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PRISON (2) : LES FRANÇAIS PRÉFÈRENT « UNE SOCIÉTÉ DE LA DÉGRADATION À UNE SOCIÉTÉ DE LA RÉPARATION »

PRESENTATION

Quelle alternative au tout carcéral ?

Economiste et Président de LIGERE, laboratoire d’idées de la cohésion sociale, Paul Klotz revient dans un article pour Usbek & Rica que nous publions sur les principaux enseignements de l’étude qu’il consacre pour l’Institut Rousseau à la politique du tout-carcéral français tout en esquissant quelques pistes pour s’en détacher.

Précédente publication:

UNE NOUVELLE POLITIQUE CARCÉRALE, Paul Klotz https://metahodos.fr/2021/05/25/prison-1-une-nouvelle-politique-carcerale-paul-klotz/

ARTICLE

Prison : « la majorité des Français préfère désormais une société de la dégradation à une société de la réparation »

Paul Klotz – 17 mai 2021 – Usbek & Rica

Deux raisons nous poussent à nous interroger de toute urgence sur le rôle des prisons en France.

La première est philosophique : pourquoi la privation de liberté constitue-t-elle, dans une République héritière de l’humanisme des Lumières, la sanction pénale la plus évidente ? 

Notre esprit universaliste voudrait que le sentiment de faire « communauté » franchisse les enceintes des prisons et fasse à tous les détenus la même promesse émancipatrice : celle de pouvoir se réinsérer après avoir réparé les fautes commises. 

Mais les données contredisent cette intuition et, dans les faits, la majorité des Français semble préférer une société de la dégradation à une société de la réparation. Ainsi, tandis qu’en janvier 2000, un sondage IFOP montrait que 72 % des personnes considéraient que la mission de la prison était de « préparer la réinsertion des détenus dans la société », elles ne sont plus que 45 % en 2018.En janvier 2000, 72 % des personnes considéraient que la mission de la prison était de « préparer la réinsertion des détenus dans la société », elles ne sont plus que 45 % en 2018.

La seconde raison part d’un constat : la prison constitue un aveu d’échec terrible de la justice pénale française. D’après l’Observatoire International des Prisons, 63 % des personnes condamnées à une peine « ferme » sont réincarcérées dans les cinq ans qui suivent leur libération. Par ailleurs, la France est encore régulièrement condamnée pour conditions de détention inhumaines par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Ces condamnations mettent en lumière le manque cruel de moyens alloués à la politique pénale : la France comptait en 2016 une moyenne de 13 magistrats et 47 personnels judiciaires pour 100 000 habitants, contre une médiane de 31 magistrats et 105 personnels judiciaires dans les pays comparables.   

Privilégier les sanctions non carcérales pour les petits délits

Pourtant, des voies alternatives s’offrent aux décideurs pour construire une politique carcérale plus humaine et plus efficace. Si les auteurs des infractions les plus lourdes, déférés pour des crimes directement devant la plus haute juridiction pénale, doivent purger les longues peines auxquelles ils sont condamnés, la question doit en revanche se poser pour les auteurs de petits délits : par exemple, 8791 personnes sont aujourd’hui détenues en France pour une durée égale ou inférieure à 6 mois au titre d’une peine correctionnelle.

Le ministère de la Justice le concède lui-même, dans une étude de juin 2014 consacrée à la prévention de la récidive et à l’individualisation des peines : « la récidive – entendue comme le taux de recondamnation – est toujours moindre après des sanctions non carcérales ». Ainsi, ce taux était de 61 % après une peine de prison ferme en 2014, contre 34 % pour une peine de Travaux d’intérêt général, 32 % pour une peine de prison avec sursis mise à l’épreuve ou encore 23 % avec un placement sous surveillance électronique.

Dépolitiser la question sécuritaire

Le refus de considérer des alternatives sérieuses à la prison est en réalité justifiée par le grand potentiel électoral des politiques sécuritaires. Les Français placent la protection « des biens et des personnes » au cinquième rang de leurs préoccupations politiques et nombre de responsables s’en emparent stratégiquement. Pourtant, une confiance aveugle en la prison coûte doublement à la société : une première fois où, enfermé, le détenu ne peut travailler pour l’intérêt général et une seconde fois, lorsqu’il récidive en raison d’une mauvaise réinsertion.Une confiance aveugle en la prison coûte doublement à la société : une première fois où, enfermé, le détenu ne peut travailler pour l’intérêt général et une seconde fois, lorsqu’il récidive en raison d’une mauvaise réinsertion.

Pour sortir de cette impasse, des propositions simples peuvent être rapidement mises en œuvre. Ainsi, convertir systématiquement les peines de prisons inférieures à six mois en peines de travaux d’intérêt général permettrait à la fois au détenu de conserver ses compétences professionnelles à flots, à la société de bénéficier d’une réparation juste et tangible et à l’institution judiciaire de mener une politique alliant humanisme et efficacité.

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