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DÉPARTEMENTALES : LES ENJEUX D’UN SCRUTIN ÉCLIPSÉ PAR LES RÉGIONALES.


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DÉPARTEMENTALES : QUELS SONT LES ENJEUX DE CE SCRUTIN ÉCLIPSÉ PAR LES RÉGIONALES ?

19/06/21 À 10H30 Clément Giuliano, 20 Minutes

Plus de 43 millions d’électrices et d’électeurs sont appelés aux urnes pour les départementales ce dimanche et le suivant

LR, le PS et leurs alliés règnent en maîtres sur les conseils départementaux, avec 67 présidents de droite et 30 de gauche.Lors du précédent scrutin, en 2015, la gauche avait essuyé d’importants revers, avec près de 30 départements ayant basculé à droite. Le PS espère en reconquérir une partie. LR souhaite maintenir ses positions.LREM et RN ne semblent pas en mesure d’accéder à la présidence d’exécutifs départementaux, mais veulent obtenir davantage d’élus.Entre les partis sortants et les challengers, les stratégies électorales sont donc bien distinctes.

A moins que vous ne viviez à Paris, dans la métropole de Lyon, en Corse ou dans certaines collectivités d’Outre-mer, vous faites partie des quelque 43 millions d’électrices et électeurs qui, ce dimanche et le suivant, sont appelés à voter pour les élections départementales. Un scrutin globalement occulté par les régionales, organisées aux mêmes dates « dans le but d’améliorer la participation à ces élections locales, qui souffrent d’une grande abstention », souligne le ministère de l’Intérieur.

En mars 2015, 50 % des inscrites et des inscrits sur les listes électorales s’étaient déplacés pour les départementales. Et à l’issue du deuxième tour, la semaine suivante, ce ne sont pas moins de 27 départements qui avaient basculé de gauche à droite – dont des fiefs socialistes historiques  tels que les Bouches-du-Rhône et le Nord –, inversant le rapport de force entre LR, le PS et leurs alliés. Aujourd’hui, environ deux tiers des départements sont gouvernés par la droite (LR, divers droite, UDI…), et un tiers par la gauche (PS, Parti radical de gauche, divers gauche…). Le Modem et le PCF pilotent chacun un seul département (respectivement les Pyrénées-Atlantiques et le Val-de-Marne), tandis que les présidents de Seine-Maritime et du Puy-de-Dôme ont, depuis leur élection il y a six ans, rejoint les rangs de la Macronie.


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La gauche espère reconquérir 10 départements

Du côté de la droite, qui part donc de très haut pour ce scrutin, l’objectif est « de maintenir cette force territoriale dans les départements », résume Sophie Gaugain, secrétaire générale adjointe de LR chargée, notamment, des fédérations départementales. « Nous avons un ancrage local très fort, que nous voulons conforter en faisant monter une nouvelle génération d’hommes et de femmes qui s’engagent. » La droite craint-elle des pertes au soir du second tour ? « Nous abordons ce scrutin avec prudence, mais, à ce stade, je n’ai pas d’alerte sur des départements en particulier. Même si une élection reste une élection, il faut toujours l’aborder avec modestie », poursuit l’élue du Calvados.

En face, en tout cas, le PS « a des ambitions assez fortes de reconquête d’une dizaine de départements » perdus en 2015, dont la Seine-Maritime, les Bouches-du-Rhône, le Nord ou encore l’Isère, indique Pierre Jouvet, secrétaire national aux élections. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les partis de gauche se sont souvent alliés, une stratégie facilitée par le mode d’élection par binômes (lire encadré). « Dans près de 70 % des départements, nous avons un accord de rassemblement avec les communistes et les écologistes. Et, dans une vingtaine d’entre eux, cet accord va jusqu’à La France insoumise », résume le porte-parole du PS.

Le RN et LREM veulent obtenir plus de sièges

Du côté du Rassemblement national comme de La République en marche, la perspective d’avoir des présidents de département semble difficilement atteignable. « Il faut y aller par étapes », minimise par exemple Steve Briois, vice-président du RN. L’objectif affiché est donc d’obtenir davantage d’élus pour les années à venir. « En 2015, nous l’avions emporté dans une trentaine de cantons, dont certains à la surprise générale. L’objectif, c’est de progresser en 2021. Depuis six ans, le poids électoral du RN a considérablement évolué. Nous sommes aujourd’hui la première force politique », assure l’élu du Pas-de-Calais en référence, notamment, à la première place décrochée aux européennes de 2019.

Le son de cloche est similaire du côté de La République en marche, où un cadre du mouvement assure que le parti présidentiel n’a « pas du tout fait l’impasse sur cette élection ». Mais LREM part avec plusieurs handicaps : créé après les élections de 2015, le parti a très peu de sortantes et de sortants, et les scrutins intermédiaires sont généralement défavorables à la majorité en place au gouvernement. « Nos objectifs, c’est l’implantation locale, et de participer à des majorités ou des oppositions. Pour cela, nous avons laissé nos candidats faire des alliances locales », explique-t-on au siège de LREM. Ces accords ont été conclus avec les partenaires de la majorité à l’Assemblée, le Modem et Agir, mais également, dans certains cas, en binôme avec l’UDI, LR ou, plus rarement, le PS.

« Envoyer un message à Emmanuel Macron »

Ces différences d’approche se traduisent dans les stratégies et thématiques de campagne. Le contraste est net entre les partis déjà aux manettes des départements, qui évitent de nationaliser le scrutin – d’autant que LR et le PS sont en difficultés à l’échelle du pays depuis les derniers scrutins nationaux –, et les challengers, qui font le choix inverse. A LREM, par exemple, le parti a élaboré une « charte globale » à destination de ses candidats, rassemblant des propositions pour « améliorer la mise en œuvre des compétences des départements, notamment dans le domaine social, qui est le cœur de leur action, ou encore sur la gestion des routes », résume-t-on à LREM.

Mais c’est au RN que la nationalisation du scrutin est la plus évidente. Outre le fait que des thématiques nationales – telle que la sécurité – ont été arrêtées par une « petite équipe chargée de piloter les élections départementales », explique Steve Briois, la dramatisation de l’enjeu du scrutin est assumée. « Aujourd’hui, on sent très bien que l’élection qui intéresse les Français, c’est 2022. Pour cela, il faut envoyer un message à Emmanuel Macron dès ce dimanche. Et pour le sanctionner, il n’y a qu’un seul bulletin, celui du Rassemblement national. »

NOTRE DOSSIER SUR LES DÉPARTEMENTALES

Une stratégie qui fait bondir Sophie Gaugain, chez LR : « On voit bien que le RN n’a aucune proposition sur les problématiques locales. On est dans la démagogie absolue ! » Pour l’élue, l’ancrage local des conseillères et conseillers départementaux est essentiel… et le mettre en avant dans le cadre de la campagne a l’avantage de faire passer au second plan les psychodrames son parti. « Les gens font vraiment la part des choses. Les départementales, ce n’est pas la région Paca ! », poursuit-elle toutefois en référence à l’alliance entre Renaud Muselier et LREM pour les régionales, qui a suscité des remous à droite.

Au PS, Pierre Jouvet souligne également le bilan des majorités sortantes de gauche sur « la gestion des solidarités humaines et territoriales, qui est le cœur des compétences des départements ». Et d’ajouter : « Je ne vois pas le RN en capacité de l’emporter dans un département car ce scrutin reste une élection de proximité. Or il n’a pas d’implantation locale et a fait le choix stratégique de ne pas personnaliser cette campagne. Mais je crains que ses candidats soient sur des scores élevés au premier tour. »

Un seul point met l’ensemble des partis d’accord : si l’abstention est importante depuis plusieurs années aux élections locales, celle des scrutins de 2021 est encore plus incertaine. « Quels sont les électeurs qui seront mobilisés ? », s’interroge Pierre Jouvet. « Les dates du scrutin ont changé, et le contexte post Covid-19 n’est pas favorable à une forte participation », s’inquiète également Sophie Gaugain.

Comment les conseillers départementaux sont-ils élus ?

Un peu plus de 4.000 conseillères et conseillers départementaux doivent être élus les dimanches 20 et 27 juin prochains. Dans chaque canton (entre 9 et 41 selon les départements), un binôme composé d’une femme et d’un homme sera ainsi désigné pour siéger au conseil départemental. Pour se maintenir au second tour, un binôme doit obtenir au moins 12,5 % des voix des personnes inscrites sur les listes électorales. Au vu du faible taux de participation attendu, cette particularité devrait limiter le nombre de triangulaire au second tour.

Ces élues et élus sont généralement désignés pour six ans mais, pour éviter que la prochaine élection n’ait lieu la même année que la présidentielle et les législatives de 2027, leur mandat sera prolongé d’un an, jusqu’en 2028.

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