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ANTHROPOCÈNE, COLLAPSOLOGIE, LOW-TECH, CAPITALOCÈNE, GREENWASHING … PETIT LEXIQUE DU « MONDE QUI VIENT ».

Les nouvelles notions émergeant sur la scène intellectuelle et médiatique

Avec la prise de conscience toujours plus grande de l’urgence climatique, innombrables sont les nouvelles notions ayant émergé sur la scène intellectuelle et médiatique. Pour mieux vous orienter dans cette jungle conceptuelle, suivez le guide ! avec Matthieu Giroux qui a publié dans Usbek & Rica un lexique repris ci dessous.

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Anthropocène, croissance verte, low-tech… Petit lexique du monde qui vient

Matthieu Giroux- 9 juin 2021 Usbek & Rica

Anthropocène 

Le terme a été introduit en 2000 par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen. Dans Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), les collapsologues Pablo Servigne et Raphaël Stevens le définissent comme une « époque où les humains sont devenus une force qui bouleverse les grands cycles biogéochimiques du système-Terre ». Plus largement, l’Anthropocène désigne une époque géologique, succédant à l’Holocène (une période d’une « remarquable stabilité climatique qui a duré environ 12 000 ans et qui a permis l’émergence de l’agriculture et des civilisations »), amorcée au milieu du XIXe siècle, au moment de la révolution industrielle, lorsque l’usage du charbon et de la machine à vapeur se généralise tandis que les premiers gisements de pétroles sont découverts.

Basculements

Dans Basculements : Mondes émergents, possibles désirables (La Découverte, 2021), l’historien Jérôme Baschet propose de substituer à la notion d’effondrement celle de basculements, au pluriel : « [L]à où la notion d’ »effondrement » suggère un processus inéluctable et fatal, celle de « basculements » privilégie l’incertitude. Et là où l’effondrisme collapsologique propose un récit unique, la notion de « basculements » permet d’envisager une pluralité de scénarios. » À ses yeux, l’avenir n’est pas encore écrit et certaines alternatives existent, comme l’expérience d’autonomie zapatiste au Mexique, qu’il étudie depuis plus de vingt ans.

Capitalocène

Dans son livre Anthropocene or Capitalocene : Nature, History, and the Crisis of Capitalism (PM Press, 2016), l’universitaire américain Jason Moore se demande si la notion d’Anthropocène suffit pour comprendre notre époque, et s’il ne faut pas plutôt envisager un autre phénomène qu’il qualifie de « Capitalocène ». La question est alors la suivante : est-ce l’homme en général ou bien l’homme de la civilisation capitaliste qui est responsable du changement climatique ? Dans Basculements, Jérôme Baschet tranche la question : « Encore vaudrait-il mieux parler de Capitalocène, si l’on admet qu’un tel basculement ne saurait être imputé à l’espèce humaine dans son ensemble, mais à un système historique bien spécifique. » Mais ce bouleversement est-il uniquement le fait du capitalisme ? N’est-ce pas plutôt la civilisation industrielle dans son ensemble qui doit être mise en cause ? Peut-on sérieusement soutenir, par exemple, que les régimes communistes n’étaient pas polluants ? 

Collapsologie

Popularisée en France par le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens déjà évoqué plus haut (Comment tout peut s’effondrer ?, Seuil, 2015), la collapsologie (du latin collapsus, « qui est tombé en un seul bloc ») désigne un courant de pensée transdisciplinaire qui s’interroge sur les causes et les conséquences d’un futur effondrement de la civilisation industrielle en raison du changement climatique et de la surexploitation des ressources en énergie de la biomasse. Pour les deux auteurs, « la collapsologie n’est donc pas une science neutre et détachée de son objet d’étude. Les « collapsologues » sont directement concernés par ce qu’ils étudient. Ils ne peuvent plus rester neutres. Ils ne doivent pas le rester ! » Le philosophe Renaud Garcia, dans La Collapsologie ou l’écologie mutilée (L’Échappée, 2020), critique l’approche des théoriciens de l’effondrement, son « lien ambigu […] avec la critique de la « civilisation » industrielle et sa vision foncièrement pessimiste qui peut « démobiliser face à l’urgence » : « Considérer cette trajectoire comme l’occasion d’une prise de conscience écologique inédite, sous l’aspect de la collapsologie, pourrait bien contribuer à abolir l’héritage même de l’écologie politique, c’est-à-dire sa part irrécupérable par le pouvoir. »

Croissance verte

La croissance verte se fixe pour objectif de lutter contre le changement climatique tout en relançant l’économie. Elle encourage le développement des énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique) contre l’exploitation des énergies fossiles, l’objectif étant de diminuer les émissions de CO2. Bémol : elle sous-estime souvent le coup énergétique de la fabrication des dispositifs alternatifs. Dans Dormez tranquilles jusqu’en 2100 (Odile Jacob, 2015), l’ingénieur et consultant Jean Marc Jancovici écrit : « Il n’empêche : une fois que le concept de croissance verte est lancé, et comme ce serait quand même très séduisant d’avoir les avantages sans les inconvénients, il prospère. »

Décroissance

En 1972, le Club de Rome commandait à des jeunes ingénieurs du MIT un rapport sur les conséquences d’une exploitation exponentielle des ressources naturelles. Intitulé Les Limites à la croissance (Limits to Growth), cordonné par Dennis et Donella Meadows, ce rapport énonçait une vérité quasi informulable à l’époque : la croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini. Depuis, de nombreux intellectuels se sont engagés sur la voie de la « décroissance ». Serge Latouche, ancien membre de la revue du MAUSS, affirme : « Le principal message de la décroissance, c’est de retrouver le sens de la mesure, de se donner des limites. » Le journaliste Vincent Cheynet a quant à lui fondé en 2003 le journal La Décroissance qui encourage le partage et la sobriété.« Tout est à présent durable. Pas un produit qui ne soit « éco-conçu », pas un nouveau lotissement qui ne soit un « éco-quartier », pas un bâtiment d’importance qui ne soit « à basse consommation » ou « respectueux de l’environnement ». »Philippe Bihouix, ingénieur, dans son livre « L’âge des low-tech

Développement durable

Formalisé par le rapport Bruntland en 1987, le concept de développement durable (sustainable development) s’est depuis imposé dans les sphères économiques et politiques. Le développement durable entend intégrer les questions écologiques et sociales à la logique de la croissance. L’ingénieur Philippe Bihouix, auteur notamment du livre L’Âge des low tech (Seuil, 2014), constate cependant : « [V]ous l’aurez remarqué comme moi, tout est à présent durable. Pas un produit qui ne soit « éco-conçu », pas un nouveau lotissement qui ne soit un « éco-quartier », pas un bâtiment d’importance qui ne soit « à basse consommation » ou « respectueux de l’environnement ». » Le développement durable fait l’objet de vives critiques de la part des milieux décroissants, qui ne voient en lui qu’une intégration de l’écologie à la logique capitaliste.

Économie décarbonée

 Jean-Marc Jancovici a fait de l’économie bas carbone son cheval de bataille. Pour lui, l’urgence climatique, à court et moyen terme, consiste à faire baisser drastiquement les émissions de CO2. Partisan d’un meilleur développement du nucléaire, il renvoie dos à dos énergies fossiles et énergies renouvelables, la fabrication de ces dernières étant encore gourmande en énergies fossiles. « Décarboner l’économie, c’est tout simplement faire baisser les émissions année après année, et pour cela les moyens d’action peuvent aussi être les économies d’énergie, le nucléaire et, plus marginalement, la capture et séquestration du CO2, ou le remplacement temporaire du charbon par du gaz dans la production électrique. » Certains, comme les militants antinucléaires, critiquent vivement les prises de position de Jean-Marc Jancovici, trop discret selon eux sur la question de l’uranium ou de l’enfouissement des déchets nucléaires.

Effondrement

C’est avec le livre de Jared Diamond Effondrement (Gallimard, 2004) que la notion d’effondrement (collapse en anglais) s’est diffusée dans les milieux intellectuels. Pour le biologiste évolutionniste américain, elle désigne la « réduction drastique de la population humaine et/ou de la complexité politique/économique/sociale, sur une zone étendue et une durée importante » et « une forme extrême de plusieurs déclins moindres ». Au fil des siècles, plusieurs civilisations ont connu un tel effondrement : les cités Maya au Mexique, Angkor et la société Harappan de la vallée de l’Indus, ou encore l’île de Pâques dans l’océan Pacifique. Diamond soutient que l’effondrement est principalement dû à un phénomène d’épuisement des ressources par l’homme. Comme évoqué précédemment, pour l’historien Jérôme Baschet, la perspective d’un effondrement inéluctable véhiculée par la collapsologie pose problème : « Si l’effondrement du système actuel est déjà acquis, lutter contre lui n’apparaît pas nécessaire, puisque le processus s’accomplit inexorablement et sans nous. Cela accentue le caractère dépolitisé d’un discours qui fait largement l’impasse sur la conflictualité inhérente au monde capitaliste et sur les luttes collectives à mener. »

Greenwashing

Utilisé par des entreprises ayant compris le caractère attractif de la responsabilité écologique, le greenwashing est un procédé marketing qui consiste à communiquer sur des engagements forts en faveur du climat, engagements qui ne sont pas suivis dans les faits. À titre d’exemple, un grand groupe pétrolier comme Total possède désormais un label « ecosolutions » destiné à « développer des produits et services innovants permettant à [leur] client de réduire leur impact sur l’environnement ».

Low-tech

La notion de low tech (basse technologie) s’oppose, comme son nom l’indique, à celle de high tech (haute technologie). Le low tech désigne des technologies simples et peu coûteuses en ressources et en énergie. Dans L’Âge des low tech (Le Seuil, 2014), l’ingénieur Philippe Bihouix écrit : « Cet ouvrage développe la thèse, iconoclaste j’en conviens, qu’au lieu de chercher une sortie « par le haut » aux impasses environnementales et sociétales actuelles avec toujours plus d’innovation […] nous devons au contraire nous orienter, au plus vite et à marche forcée, vers une société essentiellement basée sur des basses technologies, sans doute plus rudes et basiques, peut-être un peu moins performantes, mais nettement plus économes en ressources et maîtrisables localement. » Le low tech est-il la condition de possibilité d’un véritable développement durable ?

1 réponse »

  1. Bonjour, Thierry,Merci pour ces informations sur les origines de ces concepts. Il me semble que l’agitation de tous ceux-ci nous dit qu’il nous faut enfin abandonner l’idée de « progrès » qui nous anime depuis le treizième siècle et a pris un essor considérable avec les lumières jusqu’à nous conduire dans le mur actuel. Nous ne pouvons plus penser notre vie orientée par ce concept, dans cette perspective devenue idiote. Si nos regards se transforment, alors nous avons une toute autre vision de la réalité, plus sereine et qui nous réconcilie avec les temps anciens, nous donnant l’occasion d’apprendre de leurs pratiques.J’écrirai un article prochainement sur le sujet.Bien amicalementJean-Marc

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