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«UNE RÉAPPROPRIATION DES SAVOIRS ET DES GESTES EST EN JEU DANS L’ÉVOLUTION DE LA DÉMOCRATIE »

DEVELOPPER LE VOLET PARTICIPATIF DE LA DEMOCRATIE

Penser «horizontal» dans un pays «vertical» est une pirouette pour laquelle nous n’avons pas toujours la souplesse nécessaire. Voir Article 1.

La démocratie participative ne devrait pas se résumer à la délibération pour le politologue Loïc Blondiaux. ZAD, chantiers participatifs : il appelle à considérer ces modes d’action politique très concrets, qui vont de pair avec la prise de conscience de l’urgence environnementale. Voir Article 2.

ARTICLE 1

QUI VEUT PARTICIPER À LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE  ?

par Lauren Provost publié le 26 août 2021 Libération

C’est une question sans réponse que l’on ne peut arrêter de poser : comment rabibocher les Français avec la politique ? Pour beaucoup, la panacée serait la participation locale et citoyenne. Attention, pas le vote aux élections locales ! On parle ici de la politique qui implique les citoyens près de chez eux, concrètement et pas simplement les jours de scrutin.

En 2020 aux élections municipales, 280 000 personnes ont voté pour des listes dites «participatives et citoyennes». Une soixantaine ont terminé en tête du scrutin. Libération s’est rendu dans l’une de ces communes, en Isère. Après un an de mandat, l’édile du village de Châtel-en-Trièves tire les premiers enseignements d’une politique qu’elle connaissait bien… sur le papier. Dans les faits, l’engagement n’est pas encore l’affaire de tous. «Ce sont toujours les mêmes qui reviennent», s’est vu répéter notre reporter. Même son de cloche en Alsace dans la commune écolo d’Ungersheim où le maire ne jure que par la démocratie participative depuis 2009. Il y a le noyau dur des convaincus, les retraités… et puis il y a ceux qui ne sont pas à l’aise avec la prise de parole en public, pensent ne pas pouvoir comprendre ou sont déjà trop occupés… L’expérience du village de Saillans dans la Drôme, laboratoire de ce mouvement ces dix dernières années, a fasciné et créé des envies. Mais la liste citoyenne n’a pas été reconduite aux dernières élections.

Utopie ou chantier aux fondations fragiles ? Les conditions de réussite des démarches participatives sont bien exigeantes. Penser «horizontal» dans un pays «vertical» est une pirouette pour laquelle nous n’avons pas toujours la souplesse nécessaire. Participer à des débats, conseils et commissions n’est pas assez concret pour certains. Ceux-là préféreront mettre du cœur à l’ouvrage dans les jardins participatifs et chantiers divers et variés. Obtenir un résultat, efficacement, est au cœur de cette nouvelle «démocratie du faire» dont nous parle le politologue Loïc Blondiaux. Et si les nouveaux engagés sont si empressés et pragmatiques, c’est peut-être qu’on manque cruellement de temps. Du temps pour participer. Du temps pour s’engager. Des moments d’expérience démocratique balisés, encouragés et surtout valorisés dans notre société. Et ce n’est pas gagné quand on sait que tous les dispositifs de participation, de consultation ou de concertation proposés par les écologistes et les socialistes ont été refusés par la majorité sénatoriale de droite au début du mois de juillet.

ARTICLE 2

INTERVIEW

«UNE RÉAPPROPRIATION DES SAVOIRS ET DES GESTES EST EN JEU DANS L’ÉVOLUTION DE LA DÉMOCRATIE »

par Nina Jackowski publié le 27 août 2021 Libération

Pour le professeur de sciences politiques à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Loïc Blondiaux, la participation citoyenne se résume depuis trop longtemps à la délibération, alors que certains ont besoin d’agir de façon immédiate et concrète. Une nouvelle forme d’implication appelée «démocratie du faire» par le spécialiste.

Pourquoi parlez-vous d’un renouvellement des formes de participation ?

Notre vision de la démocratie valorise surtout un engagement politique traditionnel qui relève du discours et de la délibération. C’est un véritable problème. D’abord, tous les citoyens ne sont pas à l’aise avec l’éloquence et le langage politique. Certains désirent contribuer autrement à la transformation du monde. Les ZAD (zone à défendre) en sont l’exemple-type, on peut aussi citer les jardins partagés. Face à une profonde défiance à l’égard des institutions, les citoyens veulent agir concrètement. C’est ce que j’appelle la «démocratie du faire». La sociologue Geneviève Pruvost, qui a notamment travaillé sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, parle aussi de «politisation du moindre geste». Ensuite, les citoyens sontà la recherche d’efficacité. On s’aperçoit aujourd’hui des limites des formes d’engagement traditionnel, que ce soit la manifestation, les listes électorales ou le vote. Ces pratiques ne semblent plus assez rapides et efficaces pour transformer le monde.

Pensez-vous à un public en particulier ?

Les jeunes surtout. Une partie d’entre eux participent très peu aux formes classiques de la démocratie. Même en termes de démocratie participative, ils sont moins intéressés par ses formes institutionnelles [budget, conseil participatif… ndlr]. Les jeunes sont davantage tentés par les expériences plus pratiques, comme les chantiers participatifs. On en parle encore peu en sciences politiques, mais on remarque une forme de pragmatisme de l’engagement. De manière plus générale, certains citoyens estiment avoir perdu une forme de liberté à force d’avoir délégué leur pouvoir politique à des experts. Une certaine réappropriation des savoirs et des gestes est en jeu dans l’évolution de la démocratie. J’en veux pour preuve le succès actuel des écrits de Matthew Crawford(1), qui est devenu mécanicien. On veut se concentrer sur des choses aussi élémentaires que la compréhension d’une automobile.

Une soixantaine de listes dites «participatives et citoyennes» ont été élues aux municipales l’année dernière. Est-ce la preuve de cette évolution ?

Tout n’a pas commencé en 2020. La politique électorale a été touchée très tardivement, ce qui s’est joué l’année dernière est à la remorque de la société civile. Aujourd’hui, les partis politiques et les élus ne sont plus à l’origine des dynamiques sociales de transformation. Ils suivent, accompagnent, voire amplifient des mouvements plus informels de solidarités locales en les légitimant. Mais il ne faut pas se méprendre sur les promesses de ces listes. Le vrai pouvoir ne se situe pas à l’échelle des petites municipalités, mais à l’échelon intercommunal, ou au niveau de l’Etat. A Grenoble par exemple, le préfet avait saisi le tribunal qui avait notamment retoqué le droit de pétition.

(1) Eloge du carburateur, essai sur le sens et la valeur du travail, Ed. La Découverte, 2009, 19,90€.

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