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Désir d’égalité et de singularité. Pierre Rosanvallon.

LES EPREUVES DE LA VIE

Pierre Rosanvallon, historien et sociologue, professeur émérite au Collège de France, auteur de Les Epreuves de la vie (Seuil), est l’invité du Grand entretien de France Inter. 

EMISSION

Pierre Rosanvallon : « Il y a un désir d’égalité, que chacun soit reconnu dans sa singularité »

par Nicolas Demorand, Léa Salamé France Inter

Dans cet essai, le sociologue postule que la vraie vie des Français n’est pas dans les théories générales ou les moyennes statistiques. Les principaux mouvements sociaux des dernières années, des manifestations sur les retraites aux Gilets jaunes ou au phénomène #MeToo, n’ont guère été éclairés par l’étude des structures globales de la société. Les nouvelles géographies des fractures politiques et l’instauration d’un climat de défiance ont certes été bien documentées. Mais la nature des attentes, des colères et des peurs dont elles dérivent n’a pas encore été déchiffrée. C’est donc ce qu’il propose dans cet ouvrage qui parait aux éditions du Seuil. 

« Les épreuves ce sont les évènements et les situations qui vous atteignent personnellement, ce qui diminue ou déstabilise, et vous remet en question profondément. J’ai voulu en faire la théorie à travers cette notion d’épreuves » précise Pierre Rosanvallon.

Intégrité, égalité et incertitude

Pierre Rosanvallon distingue trois types d’épreuves. 

Les épreuves de l’intégrité,  de l’individualité « vous remettent en cause le plus profondément ». Cela concerne le harcèlement, les violences sexuelles et « ce qui conduit à faire de vous une personne diminuée »; « les atteintes dans l’entreprise, le burn out, ces épreuves de l’intégrité sont partout, toutes les institutions sont concernées, église, entreprises, milieu du spectacle ». Il y a les épreuves du lien social qui « mettent à mal le principe d’égalité », car « quand on est méprisé , on n’est pas l’égal » et « quand on est discriminé on vous refuse de prendre en compte votre singularité. » 

La troisième épreuve est celle de l’incertitude. « C’est le rapport à l’avenir, comment on peut se projeter dans le futur, plus les formes d’incertitude sont grandes, plus l’identité profonde est en danger. L’état providence a eu pour but de réduire cette incertitude, or cette diminution de l’incertitude a faibli, l’état apparait moins producteur de certitudes »

Pour le sociologue, « l’individu moderne veut s’exprimer par sa personne et être reconnu en tant que tel »

Les malentendus du mouvement des Gilets Jaunes

Le phénomène des Gilets jaune a été, selon Pierre Rosanvallon, « une épreuve du mépris ». Les « vieilles grilles d’interprétation » n’ont pas permis de comprendre ce qui se passait. 

« Les évènements déclencheurs ont été le prix de  l’essence et la limitation des 80 km/h« , or le problème, « c’est que les gens estimaient qu’on ne prenait pas en compte leurs situations spécifiques ».

C’est ce sentiment d’être méprisé qui était le moteur, et le rejet du président de la République a été l’expression la plus violente de ce sentiment

Pierre Rosanvallon rappelle que les mesures du gouvernement prises dès le mois de décembre 2018 ont mis sur la table 8 milliards d’euros et « ça n’a eu aucun effet car c’est abstrait, alors que la parole qui ne vous comprends pas , ne vous reconnait ça c’est une atteinte directe. C’est la différence entre vivre une épreuve et être dominé par un système ». 

Pour lui, cet aspect abstrait des inégalités provoquées par un système, « c’est la différence entre vivre une épreuve et être dominé par un système » , au point de ne pas remettre en cause les inégalités que le système génère. 

Le mépris était aussi rude il y a 30 ou 50 ans,« mais ce qui est nouveau c’est la transformation de la société qui fait qu’on accorde à l’individu et à la personne une place centrale ; ce qui est nouveau c’est l’envie, le désir d’égalité, et que chacun soit reconnu dans sa singularité » explique-t-il.

« L’individualisme ça peut vouloir dire égoïsme et le repli, la séparation ou bien la réalisation des personnes, que chacun soit pris en compte tel qu’il est , qu’il soit une personne authentique« 

C’est la grande révolution anthropologique et sociale

L’impasse du système français et de la politique

L’état providence gère des questions générales et distribue des allocations chômage, « les services publics ne soignent pas le mépris , le sentiment d’injustice ou le burn out ». Pour Pierre Rosanvallon, « le système social français est parmi les plus avancés mais il est hémiplégique, il gère bien un ensemble de choses mais pas ces catégories d’épreuves ». 

Dans le débat politique, « les populistes surfent sur les émotions, ils ont su les manipuler, les partis populistes sont des banquiers du ressentiment, des agents du rassemblement des colères. Mais ils n’ont pas la politique de leurs critiques et c’est bien ça le problème. Se contenter d’agiter la colère ne peut mener qu’à des affrontements ou à la stérilité ». 

Donc face à cela, il conclut que « en face aujourd’hui c’est le désert. Il y a les politiques du passé, qui ne prennent pas en compte toutes ces épreuves ». 

À ÉCOUTER : https://iframe.franceinter.fr/embed/player/extrait/2dfc84fc-54d6-4133-a7b3-bd8fb0831724#amp=1

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