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LYCÉENS ET RELIGION : POUR 65 % DES LYCÉENS MUSULMANS L’ISLAM EST AU DESSUS DES LOIS DE LA RÉPUBLIQUE

EXPRESSION DU FAIT RELIGIEUX

Les lycéens développent une vision de la laïcité toujours plus éloignée de celle du reste des Français

Selon une étude de l’Ifop pour la LICRA,

plus d’un lycéen sur deux (55%) a déjà été confronté à une forme d’expression du fait religieux en milieu scolaire.

Quelles sont les atteintes à la laïcité les plus répandues ? Cette enquête donne des indications sur les pressions religieuses auxquelles les lycéens peuvent être confrontés au cours de leur scolarité.

Notre dossier :

  1. LES RESULTATS DE L’ETUDE : https://www.datapressepremium.com/rmdiff/2010052/analyse-DDV_2021.12.07.pdf
    https://www.datapressepremium.com/rmdiff/2010052/Infographie_Ifop_Licra_Obin_12.20211.pdf
    https://www.datapressepremium.com/rmdiff/2010052/2_PPT_IFOP_LICRA_2021.12.081.pdf

2. Article de Marianne, « Selon l’Ifop, 65 % des lycéens musulmans placent l’islam au-dessus des lois de la République » de Gilles Clavreul.

3. Entretien dans Atlantico, « Les lycéens développent une vision de la laïcité toujours plus éloignée de celle du reste des Français » de Gilles Clavreul.

Gilles Clavreul est un ancien délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). Il a remis au gouvernement, en février 2018, un rapport sur la laïcité. Il a cofondé en 2015 le Printemps Républicain (avec le politologue Laurent Bouvet), et lance actuellement un think tank, « L’Aurore ».Voir la bio »

2. Article

Selon l’Ifop, 65 % des lycéens musulmans placent l’islam au-dessus des lois de la République

Par Magazine Marianne, Publié le 09/12/2021, Gilles Clavreul

Selon une étude de l’Ifop pour avoir assisté à des revendications religieuses au sein de leur établissement. Ceux qui sont scolarisés dans les zones d’éducation prioritaires y sont particulièrement confrontés. Parmi les apprentissages les plus contestés : l’éducation sexuelle et les questions d’égalité hommes-femmes, et les cours de natation.

Dix-sept ans se sont écoulés depuis l’adoption de la loi interdisant le port de signes religieux à l’école et aujourd’hui encore, les croyances continuent de se confronter au cadre laïc de l’enseignement public. Quelques mois après l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty par un terroriste islamiste, un rapport d’étude réalisé par l’Ifop pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et son magazine, le Droit de Vivre, s’est penché sur les revendications religieuses observées par les lycéens français dans leurs établissements.

Combien ont été confrontés à des protestations ou des demandes spécifiques d’ordre religieux entre la classe de seconde et de terminale ? Selon l’Ifop, ils sont 48 % à déclarer avoir assisté à des contestations motivées par la religion de leurs camarades lors d’un cours. Un chiffre qui grimpe à 74 % dans les lycées classés en zone d’éducation prioritaire (ZEP).

DES TABLES, ROBINETS OU VESTIAIRES RÉSERVÉS À CERTAINES RELIGIONS

Sans surprise, hors des cours à proprement parler, ce sont les demandes de nature alimentaire qui sont les plus citées par les lycéens. Près d’un sur deux (47 %) déclare avoir déjà vu leurs camarades demander « des menus conformes » aux prescriptions de leur religion, qu’il s’agisse de nourriture halal ou cacher. Encore une fois, ces demandes augmentent sensiblement dans les lycées classés ZEP, où 56 % des lycéens rapportent avoir assisté à ce type de réclamations. Vient ensuite le droit de s’absenter du cours de natation, au nom de ses convictions religieuses, auquel ont été confrontés 31 % des lycées tous types d’établissements confondus, puis « des contestations des repas de Noël, des arbres de Noël ou des galettes des rois au prétexte qu’ils auraient des références religieuses chrétiennes » (27 %).

Parmi ces revendications, on trouve des éléments spécifiques plus inquiétants. Un quart des lycéens rapportent, par exemple, avoir observé des refus d’entrer dans des lieux de culte pour des motifs religieux, 16 % témoignent de l’organisation à la cantine de tables en fonction de la confession et 15 % de toilettes ou vestiaires selon le même principe religieux. Parmi les élèves sondés, 13 % rapportent même avoir constaté la mise en place de robinet dévolu à certaines confessions.

PROBLÈME AVEC L’ÉGALITÉ DE GENRE

Mais les lycéens sondés rapportent également des atteintes à la nature même des programmes scolaires. Parmi ces contestations, on trouve d’abord l’enseignement moral et civique : 34 % des lycéens rapportent avoir déjà vu des élèves remettre en cause ces apprentissages au nom de leur religion. Les deux autres types d’enseignements les plus cités par les lycéens concernent le rapport entre les hommes et les femmes. Sur la deuxième marche de cette étude, ce sont les cours portant sur le genre ou l’égalité entre les femmes et les hommes, lors desquels 32 % des lycéens déclarent avoir assisté à ce type de contestation au nom de valeurs religieuses.

3. Entretien

Les lycéens développent une vision de la laïcité toujours plus éloignée de celle du reste des Français

avec Gilles Clavreul, Atlantico, 9 12 2021

Atlantico : Une étude de l’Ifop pour la LICRA et le Droit de Vivre réalisée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 006 lycéens âgés de 15 ans intitulée « Les lycéens, le droit à la critique des religions et les formes de contestations de la laïcité à l’école » paraît ce jour. A quel point le phénomène est-il prégnant ? Quelles sont les atteintes les plus répandues ?

Gilles Clavreul : Si on en croit les lycéens interrogés dans cette enquête, les atteintes à la laïcité – pour être plus précis, il s’agit de remises en cause des activités et des modalités de vie collective ayant pour origine une prescription religieuse, que ces remises en cause engagent directement ou non le principe de laïcité – ne sont ni exceptionnelles, comme on l’a longtemps prétendu, ni même marginales : elles sont au contraire fréquentes, et d’autant plus fréquentes qu’on se trouve dans un établissement relevant de l’éducation prioritaire, accueillant des élèves issues de familles modestes, pour une part importante issues de l’immigration et de confession musulmane. Ce n’est pas une surprise, plutôt une confirmation.

Les revendications identitaires et religieuses sont devenues diffuses et multiples : on est bien loin de l’époque du « voile », qui cristallisait l’essentiel des contestations. L’enquête le montre assez bien : elles portent aussi bien sur le contenu des cours que sur la participation à certaines activités, durant le temps d’enseignement ou en dehors, comme à la cantine par exemple. Le fait qu’il n’y ait pas un seul incident type, comme à l’époque du voile, me fait penser qu’on est paradoxalement sortis d’une époque militante et revendicative, pour entrer dans une banalisation de l’affirmation religieuse au lycée – et ailleurs : désormais, ce sont toutes les dimensions de la vie, scolaire en l’occurrence, qui sont affectés.

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Parmi les comportements observés, quels sont selon vous les plus problématiques et éventuellement les plus dangereux ?

Pour la raison que je viens d’indiquer, aucun en particulier. Il y a en fait trois niveaux d’analyse et de vigilance : le premier, c’est le « fait social total », pour reprendre le concept de Marcel Mauss, que constitue désormais la demande d’affirmation religieuse, de la part de jeunes filles et de jeunes garçons de confession musulmane, mais aussi la compréhension avec laquelle leurs camarades non musulmans regardent cette expression de la foi. C’est un vrai changement quant à la place que nous donnons à la religion dans la vie sociale, mais c’est surtout un changement qui affecte très inégalement les populations et les territoires. Donc il y a un enjeu de cohésion sociale globale derrière cela : est-ce que nous vivons encore sensiblement de la même façon d’un territoire à l’autre, d’un groupe social à l’autre ? C’est un vrai sujet.

Le second, ce sont les conséquences à la fois sur le bon développement individuel de chaque enfant, sur son accès aux pratiques sportives ou culturelles par exemple, et sur l’organisation de la vie collective : les adultes doivent être vigilants à ces séparations quasi-invisibles qui s’installent, par exemple dans la répartition des tables à la cantine. Là, c’est la vie des établissements et de la communauté éducative qui est potentiellement affectée : se plier à des exigences individuelles et collectives toujours plus nombreuses et changeantes rend l’organisation des activités communes compliquées, même en l’absence d’infractions juridiquement qualifiées.

Le troisième niveau est beaucoup plus marginal, mais appelle à une grande vigilance : il concerne des cas qui attestent d’une mise en retrait de la vie collective pouvant aller jusqu’à la radicalisation violente.

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A quoi est due l’ampleur de ces atteintes ? Est-ce un problème de l’institution qui ne sait pas faire respecter cette valeur clé ou des élèves qui ont une méconnaissance de ce qu’est la laïcité ?

C’est une évolution sociale et culturelle qui n’a pas été correctement anticipée et dont certains persistent à nier l’importance – quand d’autres, pour des raisons symétriques, cherchent à l’exagérer. Plusieurs enquêtes approfondies ont mis en exergue, ces dernières années, un fossé de représentations, de rapport à la religion mais aussi de rapport à la société, aux valeurs républicaines, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à l’homosexualité, etc. entre l’ensemble de la société française et une minorité significative de jeunes musulmans manifestant un attachement très fort à la religion, associé avec un système de valeurs très conservateur, voire réactionnaire, et une faible acceptation de la liberté d’expression, de la liberté de moeurs et du pluralisme. L’enquête « les jeunes et la loi » de Sébastian Roché et La tentation radicale d’Olivier Galland et Anne Muxel ont analysé très rigoureusement ce phénomène – de façon scientifique et non idéologique, c’est important de le préciser.

Quelles solutions peuvent être apportées ? La prégnance plus forte encore de ce phénomène dans les quartiers prioritaires doit-elle se traduire par une attention plus spécifique à ces problématiques dans ces établissements ? Le hiatus entre les lycéens et le reste de la population est-il préoccupant pour l’avenir ?

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Ces résultats marquent l’échec absolu de l’approche « positive » et conciliante dont des intellectuels comme Jean Baubérot, des institutions comme l’Observatoire de la laïcité et des associations d’éducation populaire comme la Ligue de l’Enseignement ou la Ligue des Droits de l’Homme, mais aussi la FCPE, l’UNEF, etc. ont été les porte-parole. Cette approche n’est, en réalité, ni positive ni conciliante, mais tout simplement irréaliste et démagogique. Non seulement elle n’a rien apaisé du tout, bien au contraire ; mais, en légitimant le repli identitaire sous couvert de « reconnaissance », en désarmant les profs face à des remises en causes qui n’auraient jamais dû être tolérées, elle a au contraire donné du grain à moudre aux discours de stigmatisation et d’exclusion.

C’est d’autant plus regrettable que les lycéens réagissent très bien dès lors que les adultes sont au clair sur les règles qu’ils posent : ce qui est à coup sûr très marginal chez les jeunes, c’est la violence pour la violence, l’hostilité pure ou l’envie d’en découdre avec le système. En revanche, lorsque les adultes se contredisent, ils le perçoivent immédiatement. Cela les fait rire, ils en jouent…mais cela les insécurise aussi. Et cela donne, par contraste, du crédit à des « autorités » externes, par exemple des entrepreneurs religieux, qui leur disent : « nous au moins, on sait où on habite ». Les jeunes sont très sensibles à la cohérence et à l’authenticité des adultes : il n’en faut pas plus, ni moins, pour gagner leur confiance.

1 réponse »

  1. Bonjour, Thierry,L’assemblée nationale n’est plus qu’un boudoir à palabre. Tout est décidé de plus en plus par l’exécutif depuis trois quinquennats. Les gouvernances à coup de 49.3 et par décrets ont totalement déconstruit la mécanique républicaine. Les français ont bien compris que cette cinquième république ainsi modifiée les a exclus, notemment par la mise en adéquation de la présidentielle avec les législatives fabriquant des leveurs de mains. Même si la technique n’apparait pas clairement dans les consciences, les conséquences apparaissent tout à fait et clairement. Il n’y a donc pas d’autres réforme à conduire sinon celle de la constitution républicaine, revenir à l’origine de la cinquième ou créer la sixième.Bien amicalementJean-Marc

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