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DE FACTO, OUTIL INÉDIT POUR UNE INFORMATION DE QUALITÉ

Donner les clefs pour mieux s’informer.

« La désinformation pollue les discussions publiques, le débat numérique devient brutal et l’esprit critique n’est pas toujours au rendez-vous ». Avec la plateforme De Facto, Sciences Po, l’AFP, le Centre pour L’Éducation aux Médias et XWiki unissent leurs compétences et expertises pour donner les clefs pour mieux s’informer.

➡️ https://fal.cn/3lyhK

Présentation par Sc Po

DÉCOUVREZ DE FACTO, UN OUTIL INÉDIT AU SERVICE D’UNE INFORMATION DE QUALITÉ

Lutter contre la désinformation, donner les clefs pour mieux s’informer, rétablir les faits comptent parmi les missions du projet européen DE FACTO qui réunit journalistes spécialisés dans la vérification des faits, chercheurs et professionnels de l’éducation au média sur un site web commun.

Pour en savoir plus sur cette plateforme pilotée par :

– Sciences Po,

– l’Agence France Presse (AFP),

– le Centre pour L’Éducation aux Médias et à l’Information (CLEMI)

– XWiki SAS,

découvrez l’interview croisée de Dominique Cardon, directeur scientifique du médialab, professeur de sociologie à Sciences Po et d’Émeric Henry, professeur d’économie à Sciences Po, chercheur au Centre for Economic and Policy Research (CEPR).

Pourquoi Sciences Po s’est lancé dans le projet DE FACTO aux côtés de l’AFP et du CLEMI ?

Dominique Cardon :

DE FACTO incarne un enjeu intellectuel et démocratique vraiment original. Il s’agit d’une initiative française qui prend place au sein d’un consortium de 8 projets européens similaires co financés par la Commission européenne dans le cadre du Connecting Europe Facility. La Commission a demandé que ces programmes soient pilotés par une institution de recherche qui travaille en étroite collaboration avec des journalistes et des professionnels de l’éducation au média.

À Sciences Po, nous disposons d’une École de journalisme réputée et beaucoup de chercheurs travaillent sur la transformation de l’écosystème informationnel ; c’est pourquoi il nous a semblé pertinent de monter ce partenariat en proposant à la fois de prendre de la distance, ce que permet la recherche, de défendre la qualité de l’information, ce que font les journalistes, mais aussi de participer au débat public dans un esprit critique, comme le fait l’éducation aux médias.

La mobilisation des institutions, des journalistes ou d’ONG dans la lutte contre la désinformation s’est jusqu’à présent faite de manière isolée et dispersée : certains fact-checkent, d’autres alertent l’opinion, les derniers régulent les plateformes.

L’originalité de DE FACTO réside dans la promotion d’actions communes associant la vérification, l’analyse et la participation des publics : on ne fait pas la guerre aux fake news. Les enjeux qui entourent ce bien commun essentiel qu’est l’information sont en réalité bien plus larges. Avec DE FACTO, nous pensons qu’il est nécessaire de passer à une nouvelle étape qui, au-delà de la vérification des faits, s’attache à défendre un écosystème informationnel divers, pluriel et indépendant.

Pour cela, il est nécessaire de solliciter le regard et les méthodes des chercheurs afin d’observer comment les nouveaux mécanismes de l’information s’inscrivent dans des transformations qui sont en réalité d’une très grande complexité. L’information coûte cher, l’indépendance des rédactions est fragile, la confiance dans le travail des journalistes ou des chercheurs s’érode, les stratégies des acteurs du numérique menacent la diversité informationnelle, la régulation du numérique est balbutiante et périlleuse, l’esprit critique se fourvoie parfois. Tout cela constitue un ensemble de sujets de recherche sur lesquels nous allons travailler à Sciences Po avec le médialab, le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP) et l’École de journalisme mais aussi avec un réseau d’universitaires français.

Quelles seront les activités de cette plateforme? A qui s’adresse-t-elle ?

D.C : Nous avons pensé DE FACTO comme un hub sur lequel les trois partenaires vont réunir les activités de différents réseaux d’acteurs. L’AFP, avec d’autres rédactions (Libération, 20 minutes, Radio France, les Surligneurs) va éditer un ensemble de fact checks. Sciences Po va coordonner la publication de travaux de recherche qui porteront sur trois thématiques : la compréhension de la circulation de l’information dans l’espace public numérique, l’analyse de la réception de l’information et les enjeux de régulations des plateformes numériques. Enfin, le CLEMI va réunir, à travers de multiples initiatives, les acteurs de l’éducation aux médias qui se sont récemment multipliés en France et produire des ressources éducatives.

Le plus important est sans doute ce que ces trois partenaires vont faire ensemble. L’esprit du projet est de faire discuter et travailler ces trois types d’expertise. Nous allons organiser une série d’événements et de séminaires, les étudiants de l’École de journalisme vont produire des fact-checks avec les journalistes et du datajournalisme avec les chercheurs. Chercheurs et journalistes vont co-écrire des articles pour approfondir et enrichir la compréhension de certains événements d’actualité. Nous allons aussi donner accès à des bases de données et des outils de cartographie et de visualisation. Cette configuration interdisciplinaire représente un défi original pour les chercheurs de Sciences Po. Elle nous invite évidemment à développer des programmes de recherche exigeants et rigoureux, mais aussi à travailler et à intervenir avec d’autres acteurs de la société et à nous adresser plus beaucoup directement au public.

Le projet DE FACTO – Des clés pour mieux s’informer from medialab Sciences Po on Vimeo.

En quoi le fact checking est-il important ?

Émeric Henry : Le fact checking, réalisé par des medias traditionnels ou des organisations non gouvernementales, est une activité en pleine croissance ces dernières années. Un tournant majeur a été la signature de partenariats entre les grands acteurs du numérique, en particulier Facebook, et un certain nombre de medias. Les partenaires réalisent le fact check pour le compte des plateformes qui diminuent ensuite la visibilité des contenus jugés faux. En dépit de cette montée en puissance, l’effet du fact checking reste encore une question partiellement ouverte.

Est-ce que et comment la recherche parvient à mesurer les effets du fact-checking?

E.H : La recherche en sciences sociales et en sciences cognitives a permis de commencer à mieux comprendre l’impact du fact checking. Pour le mesurer, la plupart des contributions actuelles utilisent des enquêtes randomisées (à savoir réalisées sur des panels aléatoires d’enquêtés). Les participants sont exposés à différents contenus : certains liront des fausses informations ; d’autres auront accès aux informations corrigées via le fact checking. La comparaison du comportement des individus entre ces deux groupes permet d’évaluer l’efficacité du fact checking.

Deux questions de recherche sont apparues centrales. Tout d’abord : quel est l’impact du fact checking sur ceux qui ont déjà été exposés à la fausse nouvelle ? Les résultats de plusieurs études, dans des contextes culturels et politiques différents, montrent que le fact checking a du mal à corriger les impressions laissées par la nouvelle initiale ( Barrera et al 2020, Swire et al. 2017 ). À titre d’exemple, les auteurs de cette étude ont réalisé leur étude pendant l’élection présidentielle de 2017. Les participants ont été divisés en plusieurs groupes. Les participants du premier groupe (groupe de contrôle) n’ont vu aucun texte et ont juste répondu à un certain nombre de questions. Ceux dans le deuxième groupe ont lu des déclarations de Marine Le Pen utilisant des faux chiffres sur les migrants. Le troisième groupe (Fact checking) a vu les mêmes informations suivies d’un fact checking des chiffres concernant les migrants. L’étude montre que les intentions de votes en faveur de Marine Le Pen augmentent de 5% après avoir lu ses déclarations, et ceci indépendamment de la présence du fact checking.

Le fact checking ne permet donc pas de corriger les impressions laissées par les fausses déclarations, même s’il permet de corriger les croyances sur les chiffres eux-mêmes. Le principal problème identifié est que le fact checking insiste sur des thématiques anxiogènes pour les électeurs.

La deuxième question centrale est de savoir si le fact checking permet de ralentir la circulation des fausses informations. Sur ce plan, les résultats sont bien plus encourageants ( Henry et. al. 2020, Pennycook et al. 2020 ).

Les utilisateurs face à un contenu signalé comme faux, sont bien moins susceptibles de le retransférer, un effet pouvant aller jusqu’à 45% de réduction des partages. Le fact checking a donc un rôle important à jouer, en particulier s’il est réalisé à temps. La recherche va maintenant tenter de déterminer comment maximiser l’impact du fact-checking pour freiner la circulation des fausses nouvelles.

Propos recueillis par L’équipe éditoriale de Sciences Po

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