Aller au contenu principal

L’AUDACE DANS L’ACTION PUBLIQUE

Les sursauts démocratiques

Dans le cadre du dossier consacré par La Croix aux menaces qui viennent fragiliser nos démocraties, la philosophe Laurence Devillairs propose des vertus que l’on peut cultiver, individuellement et collectivement.

Dossier « Défendre la démocratie » : les sursauts démocratiques, par la philosophe Laurence Devillairs.

Voir nos précédentes publications :

Entretien

Démocratie : l’audace, ou comment oser l’action politique

Recueilli par Béatrice Bouniol le 01/02/2022 à 11:32

« L’audace, c’est le refus du “à quoi bon”. De cette petite musique, rejouée à l’envi, selon laquelle la puissance des lobbys, la pression financière, dominerait tant la politique qu’elle réduirait celle-ci à une vitrine trompeuse. Derrière les gesticulations des gouvernants, l’économie serait seule déterminante, orientée vers le profit de quelques-uns.

→ À LIRE. « Vive la démocratie ! », notre dossier

C’est faux, et la période récente nous en a apporté plusieurs preuves. Quel que soit le jugement que l’on porte sur son efficacité, le “quoi qu’il en coûte” est bien un impératif politique, et non économique. Plus largement, la crise sanitaire a souligné le poids de la décision politique. Si la peur suscitée par ce virus inconnu a dans un premier temps installé une République des experts, il est vite apparu que le meilleur moyen de contrer l’angoisse, ce n’était pas l’expertise scientifique, contradictoire par nature, mais l’action et donc la décision politique – qui, dans un état de droits, s’accompagne toujours de la critique.

Le lieu de la décision incertaine et faillible

Cette épidémie a ainsi agi comme un révélateur de l’audace nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie. J’exprimerais cette leçon ainsi : la politique est le règne de la décision et de l’action, et s’il faut de l’audace, c’est que cette décision se prend toujours dans un contexte d’incertitude et de défiance. S’il n’y avait pas d’incertitude d’ailleurs, mes actes ne seraient qu’une mise en forme de choses déjà existantes. Et si la confiance était acquise, ils ne seraient qu’une simple validation. La confiance se construit au contraire dans et par l’action politique, qui vise, en plus de son objet précis, à fédérer autour d’un avenir commun possible.

Mais cet effort ne concerne pas que les gouvernants. L’audace, c’est aussi renoncer à croire à des décisions infaillibles et à désespérer sans cesse qu’elles ne le soient pas. C’est chérir la démocratie comme le lieu de la décision incertaine et faillible, donc sans cesse critiquée, reprise, partagée. Comme le monde ouvert de l’action politique, qui jamais ne clôt la nécessité de débattre encore et de faire preuve d’audace une nouvelle fois. Il n’y a pas de politique sans pari sur l’avenir et, osons-le dire, sans une forme d’espérance. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :