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Épisode 5 bis de l’alerte de JL Borloo : Un pacte de réconciliation nationale pour les dix millions « d’oubliés »

Une partie essentielle de l’alerte de JL Borloo a été oubliée lors de sa publication en 7 épisodes.

Voici l’épisode 5 bis. Merci pour la vigilance de nos lectrices et lecteurs qui nous on signalé cette partie pourtant essentielle et qui aura valu à JL Borloo ce que les observateurs avaient appelé une humiliation de la part du président sortant, désormais soutenu depuis la veille du 1’ tour.

Un pacte de réconciliation nationale pour les dix millions « d’oubliés »


Six millions d’habitants vivent dans 1.200 quartiers « Politique de la Ville » ou « prioritaires », dans une forme de relégation, d’amnésie de la nation, réveillée de temps à autre par quelques faits divers. Au total, avec les départements et territoires d’outre-mer et les zones rurales en grand déclassement, ce sont près de dix millions de nos concitoyens qui ne sont plus réellement dans un schéma d’espérance.

Attention, il y a danger.

Un effort public en berne, des maires de banlieues qui se battent en première ligne et qui craquent parfois et jettent l’éponge, des agents publics et des bénévoles épuisés, la violence, le recroquevillement identitaire et le repli communautaire de concitoyens ayant le sentiment de ne pas tous participer au rêve républicain. Le repli identitaire et communautaire est immense, c’est donc un défi républicain.

Par ailleurs les dealers y sont de plus en plus visibles, tandis que les femmes le sont de moins en moins, même le jour. Les forces de relégation territoriale et de désagrégation sociale sont à l’oeuvre. Ces forces propagent l’idée du rejet qui justifie le repli communautaire quand ce n’est pas la délinquance ou la haine de l’autre.

Les tensions, les violences, les agressions sont minoritaires mais de plus en plus violentes. Les intimidations et les insultes, les attaques des pratiques et édifices religieux augmentent, au milieu d’un bouillonnement d’initiatives, de réussites et de talents. Un peu partout se déploient de véritables enclaves où de nouvelles régulations se mettent en place. Les territoires perdus de la République ne laissent pas prospérer seulement le communautarisme salafiste, mais également des marchés à ciel ouvert de traffic de drogue et le royaume de la délinquance violente. Ils harmonisent la logique criminelle. De ce point de vue la loi contre les séparatismes va dans le bon sens.
Justice et forces de l’ordre sont les outils légitimes de la protection de l’Etat. Ni l’un ni l’autre n’ont les moyens suffisants à son exercice. (Voir le chapitre « Justice et ordre républicain »). C’est la première condition.

Mais la République doit aussi traiter le mal à la racine, réparer les quartiers, refaire société, éduquer et insérer.

Elle ne gagnera ce combat qu’en s’appuyant sur les forces vives des quartiers, en apportant aux enfants, aux femmes, aux élus, aux associations, aux services publics, la main tendue d’un peuple tout entier et le minimum de services de base de notre nation. Il y a tellement d’énergies et d’initiatives dans nos quartiers, tellement de chaleur, tellement de talents.

Près de la moitié des médailles françaises aux JO, avec ce que cela suppose de rigueur, de discipline, de maîtrise et d’intelligence, ont été gagnées grâce à nos quartiers et nos outre-mer.

« On ne chasse pas l’obscurité avec des bâtons, il suffit d’allumer la lumière. » Michel Serres.

Notre pays est à un carrefour.


Nous devons choisir entre assumer le repli sur soi et l’affaiblissement, avec la spirale de l’incompréhension et la rupture de l’affrontement, laissant les ennemis de la République occuper le terrain, ou bien décider que notre grande nation est riche des potentiels de cette jeunesse, forte des qualités de sa diversité. Les 500.000 jeunes disponibles représentent également le dynamisme de notre pays.

Un plan massif, immédiat, avec une efficacité mesurable est nécessaire, mais il doit être accompagné parallèlement par une maitrise réelle du peuplement.

La vague d’indépendances nationales qui marquèrent l’histoire de l’Afrique et de notre pays il y a soixante ans a eu pour conséquence que l’empreinte de la colonisation a été déterminante quand à la composition de l’immigration en France.

Au même moment, la croissance de notre pays avant le choc pétrolier a conduit à un afflux majeur de travailleurs venus du Maghreb ou d’Afrique saharienne, et l’immigration de travail est devenue immigration familiale. A cette date, nous avons cru bien faire, considérant que la meilleure intégration était celle procurée par le travail, avec la construction des logements SONACOTRA pour les chibanis, et le développement de grandes ZUP, de grands ensembles généralement hors la ville et construits enfermés sur eux-mêmes, selon les principes architecturaux de la folie de Charte d’Athènes. Celle folie urbaine de l’époque était par ailleurs saluée comme une réponse heureuse aux bidonvilles et à l’appel de l’Abbé Pierre dix ans plus tôt. De bonne foi, arrivants et accueillants ont cru bien faire, mais nous avons oublié que l’accompagnement linguistique, culturel, éducatif, social, humain, tout ce qui fait nation, était un complément indispensable de l’intégration par le travail, car celle-ci ne concerne que la première génération.

Un exemple typique : Chanteloup-les-Vignes


A coté de ce joli village a été créée une zone, une ZUP, véritable cicatrice par rapport à la ville, légèrement en dehors, le long des grandes voies de communication, le fameux quartier de la Noé, dans lequel sont arrivées des travailleurs de nationalités différentes pour les usines alentour et notamment Simca.

À peine sont-il arrivés dans cette ZUP, Simca Poissy fermait. De 20 nationalités on est passé à 80, une concentration avec dix fois moins de moyens, de soutien et d’intégration que sur le reste du territoire des Yvelines. Dès la deuxième génération, cette forme de ségrégation urbaine a créé des tensions, jusqu’à l’embrasement des banlieues de 2005.

Le malentendu


Il faut bien comprendre que ces quartiers disposent de moins de ressources financières que les autres alors qu’avec 60 à 80 nationalités différentes leurs besoins sont incomparablement supérieurs :

  • Ces quartiers sont plus jeunes, plus pauvres, d’origines
    culturelles plus diverses.
  • Les besoins d’accompagnement scolaire, social, sportif
    ne cessent de croître.
  • Les équipement en services publics sont moins présents
    avec des agents moins expérimentés.
  • Le droit commun recule : il y avait 113 policiers au
    commissariat de Sevran il y a 17 ans, il en reste 80
    aujourd’hui.
  • On trouve dans ces quartiers moitié moins de pédiatres,
    moitié moins d’équipements et de licenciés sportifs, moins de bibliothèques, de médiathèques, moins de Pole Emploi, de soins dentaires, la moitié de ces quartiers n’ont pas d’éducateur de prévention spécialisé.
    Nos compatriotes croient de bonne foi que des moyens considérables ont été mis à la disposition de ces quartiers alors que c’est faux, entrainant incompréhension et parfois haine réciproque.
    Des quartiers en difficulté dans lesquels se concentrent les nouvelles vagues migratoires
    Dans une forme de silence, de déni, tous les chiffres sont passés au rouge :
  • Augmentation de plus de 80% du nombre de titres de
    séjour délivrés chaque année à des étrangers extra-
    européens.
  • Triplement du nombre de demandeurs d’asile, la Cour
    des Comptes dressant en 2015 un constat accablant : « plus de 90% des personnes déboutées restent en France ».
  • Triplement des étrangers en situation irrégulière, chiffre qui ne s’additionne pas complètement au précédent, mais qui voit notre pays dénombrer près d’un million d’étrangers en situation irrégulière.
  • 40.000 mineurs non-accompagnés.
    Le Premier Ministre Edouard Philippe en a pris acte, déclarant le 6 novembre 2019 vouloir « reprendre le contrôle de la politique migratoire ».
    Un certain nombre de mesures extrêmement rapides et efficaces pourraient être prises : suppression des conflits entre les juridictions de l’ordre judiciaire et administratif, plus grande rapidité des procédures, modification du dialogue avec les pays d’origine pour les reconduites à la frontière, accélération des procédures de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et apatrides) et de la cour d’appel, etc…
    Un vrai plan, mais ce n’est pas ici mon propos.
    Mon propos est que cette nouvelle vague migratoire, compréhensible quand on connait la diaspora installée en France, vient se cumuler au point précédent. Ces deux phénomènes se concentrent dans les mêmes quartiers, les mêmes territoires. Il faut traiter en même temps ces deux problématiques, de manière différentiée et massive.
    Il faut construire la coalition acteurs, ville, agglomération, Etat, département, région, CNAF, CNAM, Action Logement, Pole Emploi, les association, plus vitales encore que partout ailleurs notamment dans le sport, école de la rigueur, du respect et de l’effort, les entreprises et la Caisse des Dépôts et Consignations pour bâtir ce plan de réconciliation nationale. Les 19 programmes du plan de 2018 ont été en partie suivis, mais il faut un effet « blast » beaucoup plus important.
    Les maires de ces quartiers, de toutes tendances politiques, ont poussé un cri d’alarme, les Etats-Généraux de Grigny, ils ont dénoncé les risques et les incohérences mais ils ont aussi pris le chemin de la responsabilité, du partage des expériences et des initiatives en mettant en place le Conseil National des Solutions.
    En réalité, avec toutes ces difficultés cumulées, c’est presque un miracle que la situation ne soit pas beaucoup plus dégradée.
    Là encore l’Etat ne réglera pas seul ce problème, mais la coalition de tous les acteurs, sur une feuille de route claire,
    avec des objectifs écrits, et un suivi opérationnel. Aucun d’entre eux n’en a ni la force ni les moyens humains et financiers, mais à l’échelle de toutes les forces de la nation, l’enthousiasme et l’optimisme peuvent être au rendez-vous.
    Ce pacte de réconciliation nationale, aussi indispensable que largement à notre portée, répondra au chanteur Abd al Malik « République, ô ma République, mais pourquoi donc ne m’as-tu pas dit que tu m’aimais ? »

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