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UNE RÉFORME INSTITUTIONNELLE «URGENTE» ?

ARTICLE

Il est urgent de faire une réforme institutionnelle

Élodie Keyah CONTREPOINTS

Face à une démocratie de plus en plus fragile, il est donc grand temps d’engager une réforme institutionnelle.

L’amour rousseauiste de l’État nation rejette, par définition, l’idée même d’un système politique constitué en factions ou groupes d’intérêt. Sous la révolution, les jacobins considéraient le centralisme comme gage d’unité et de stabilité face aux régionalismes et communautarismes. Cela n’a pourtant pas fait obstacle aux changements incessants de régime, ni permis de pacifier les relations entre identités régionales et État central.

Un système à bout de souffle

Aujourd’hui, nos institutions démocratiques sont à bout de souffle. Et cela s’est particulièrement ressenti lors des élections présidentielles de 2022.

D’un côté, l’abstention est en hausse constante depuis vingt ans. Lassitude des élites technocratiques, désertion des partis politiques, tarissement inquiétant de nos institutions… Nous assistons à une véritable crise de la démocratie en France. Elle se caractérise non seulement par un manque de confiance – voire de défiance – de la population à l’égard de ses représentants, mais également par un sentiment d’impuissance sur sa capacité à influencer l’ordre politique.

De l’autre, la France devient un pays de plus en plus divisé. Mais au lieu d’aboutir à un éclatement et une dispersion des entités politiques, on assiste paradoxalement à une concentration dangereuse du débat entre trois groupes, et dont la rhétorique repose sur le rejet viscéral du bloc opposant. Résultat : l’hyper-centralisation débouche sur le drame du vote utile. Il n’est plus question d’adhérer à un corpus idéologique, mais de choisir un bourreau sans remettre en cause les défaillances du processus électoral.

En finir avec la Vème République

L’origine du problème se trouve donc bien dans notre régime semi-présidentiel : celui de la Vème République. Progressivement vidée de sa substance par le général de Gaulle, notre Constitution actuelle a été révisée plus d’une vingtaine de fois. À commencer par l’élection du Président au suffrage universel, première étape vers la personnification du pouvoir.

Si la Constitution de la Vème s’inscrit originellement dans la tradition parlementaire française – caractérisée par la prédominance du Parlement -, les guerres et conflits internes ont fait naître le désir de renforcer le pouvoir de l’exécutif ; et les cohabitations ont débouché sur l’introduction du quinquennat pour en réduire les risques. Certainement adaptées aux circonstances de l’époque, ces réformes montrent aujourd’hui leurs limites.

Non seulement le quinquennat a pérennisé une véritable course à l’élection, et chaque campagne présidentielle se transforme péniblement en bataille des egos. Mais la concordance entre les mandats du Président de la République et des députés ne permet plus au premier d’être inquiété d’une opposition trop puissante, au détriment d’un Parlement réduit à une chambre d’enregistrement en temps de crise. La pandémie du Covid-19 l’illustre parfaitement.

Une réforme impossible ?

Face à une démocratie de plus en plus fragile, il est donc grand temps d’engager une réforme institutionnelle. S’il est peu pertinent de calquer un modèle sur un autre, la Suisse constitue tout de même la preuve qu’un système décentralisé, doté de solides contre-pouvoirs, est une arme institutionnelle imparable face aux dérives gouvernementales.

Plutôt que de les considérer avec condescendance, nos voisins helvètes devraient, au contraire, être une source d’inspiration pour l’Hexagone. Mais cela impliquerait de regarder nos problèmes en face… au détriment de nos penchants envieux.

Par :

Élodie Keyah

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