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CANADA, AUSTRALIE, ESPAGNE, PAYS-BAS… DES IDÉES POUR FREINER L’ABSTENTION EN FRANCE ?

CE QUI SE FAIT AILLEURS POUR LUTTER CONTRE L’ABSTENTION

Metahodos a régulièrement traité de l’abstention qui est à la fois un symptôme d’une crise démocratique très grave et un fait politique et social majeur dans un jeu institutionnel et politique en désordre.

Vote à 16 ans, prise en compte du vote blanc, proportionnelle… Autour du globe, les modalités de vote varient d’un pays à l’autre. Autant de pistes pour lutter contre l’abstention en France ?

Article

Comment lutter contre l’abstention ? 8 idées venues de l’étranger dont la France pourrait s’inspirer

Par Marie Fiachetti L´OBS

Seuls 72 % des électeurs se sont rendus aux urnes au deuxième tour de l’élection présidentielle le 24 avril. Une abstention très forte qui, sans atteindre les sommets de 1969, confirme la crise démocratique que connaît la France depuis plusieurs années. A quelques jours des législatives des 12 et 19 juin, le spectre d’un nouveau record plane également. Selon une enquête Ipsos-Sopra Steria pour « le Monde », la moitié seulement des Français sont certains d’aller voter dimanche prochain (entre 45 % et 49 %). Il y a cinq ans, ces élections avaient déjà été marquées par une abstention historique – seuls 48,7 % des électeurs avaient placé un bulletin dans l’urne au premier tour, 42,6 %. au second tour.

Pour le second tour, l’abstention engrange plus de voix que Marine Le Pen

Si un rétablissement de la confiance des citoyens envers la politique et les responsables politiques est nécessaire pour lutter durablement contre l’abstention, sur le plan technique, certaines évolutions pourraient faire progresser le taux de participation.

• Au Canada, l’inscription sur les listes électorales possible jusqu’au jour du vote

Selon un rapport parlementaire paru en décembre 2021, environ 6 % des Français en âge de voter ne sont pas inscrits sur les listes électorales et 15 % des inscrits sont « mal inscrits » – inscrits à une autre adresse que celle de leur résidence principale, sans que cela relève d’un choix. Ces dernières années, l’inscription en ligne sur les listes électorales a permis de faciliter la procédure. Mais entre méconnaissance, négligence ou incompréhension, le problème demeure.

« L’électeur de devoir disparaît » : comment l’abstention redessine le paysage politique

« La France est l’une des rares démocraties occidentales, avec les Etats-Unis, à continuer d’imposer aux citoyens une procédure administrative préalable à l’exercice du droit de vote », relève dans une tribune au « Monde » les professeurs de science politique Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen. Pour les législatives des 12 et 19 juin, les inscriptions en ligne se sont clôturées le 4 mai (le 6 mai pour les démarches en mairie ou par courrier). Au Canada, si les électeurs peuvent eux aussi s’inscrire à l’avance, ils peuvent également le faire le jour même de l’élection dans un bureau de vote, sous réserve de prouver leur identité et lieu de domicile.

• En Australie, le vote préférentiel

En Australie, c’est par un procédé presque unique au monde que les électeurs choisissent leurs représentants : le vote préférentiel. Comme l’explique RFI, les électeurs ne votent pas pour un parti ou un candidat, mais pour tous et par ordre de préférence. Si aucun n’obtient la majorité absolue lors du dépouillement, celui qui a recueilli le plus faible nombre de voix est éliminé et ses bulletins sont transférés vers les autres, en fonction du deuxième choix des électeurs. Le procédé est répété jusqu’à ce qu’un parti ou candidat passe la barre des 50 % grâce aux reports de voix.

Si les alliances entre les partis demeurent, le processus pourrait notamment répondre au désenchantement causé par la nécessité du « vote utile », qui s’est posée – pour certains électeurs – dès le premier tour de la présidentielle française, en permettant à chacun de s’exprimer sur tous les partis plutôt que d’être contraint à un seul choix.

Faut-il changer la manière d’élire le président de la République ?

• En Espagne et aux Pays-Bas, le vote blanc pris en compte

En France, les électeurs qui refusent de faire le choix entre deux candidats ont la possibilité de voter blanc. Une option qui n’est pas prise en compte dans le calcul des résultats – les votes blancs sont comptabilisés et rendus publics mais pas considérés comme des suffrages exprimés. Beaucoup d’électeurs n’y voient pas d’utilité et préfèrent donc s’abstenir.

En Europe, pourtant, l’Espagne et les Pays-Bas intègrent le vote blanc dans les résultats des suffrages exprimés. Celui-ci est donc déterminant pour savoir si un parti a franchi ou non le seuil électoral. A noter toutefois que dans ces deux pays, le vote blanc n’est pas pris en compte pour la répartition des sièges dans les parlements lors des élections législatives.

Le vote blanc et le vote noir

Si le vote blanc avait été pris en considération au second tour de la présidentielle française le 24 avril, les résultats auraient donné : 6,5 % pour le vote blanc, 54,7 % pour Macron (à la place de 58,5 %) et 38,8 % pour Marine Le Pen (à la place de 41,5 %).

• En Autriche, le droit de vote à 16 ans

Un remède contre l’abstention des jeunes ? L’ouverture du droit de vote à 16 ans était une proposition du programme de la socialiste Anne Hidalgo pour la présidentielle. En Autriche, cette mesure est déjà en place depuis 2007 pour toutes les élections.

Abaisser le droit de vote à 16 ans : démocratique ou démagogique ?

Destinée à susciter plus d’intérêt pour la politique chez les jeunes, elle a donné des résultats inégaux selon les années : en 2008, les premières élections législatives qui ont suivi la réforme ont vu 88 % des primo-votants se déplacer aux urnes. Cinq ans plus tard, en 2013, le chiffre chute à 63 %, avant de remonter 90 % en 2017.

En 2018, Malte a aussi abaissé la majorité électorale à 16 ans pour toutes les élections.

• Presque partout en Europe, de la proportionnelle aux législatives

C’est une promesse récurrente des candidats à l’Elysée : l’élection des députés au scrutin proportionnel. Une promesse pourtant jamais exaucée, alors que la France fait figure de rare exception sur le sujet dans l’Union européenne.

Faut-il de la proportionnelle pour élire les députés ?

La plupart des pays européens utilisent en effet au moins une dose de proportionnelle. Certains ont opté pour un système mixte – comme en Allemagne –, d’autres ont adopté un scrutin totalement proportionnel, souvent avec un mécanisme correcteur pour plus de stabilité politique – en Grèce, par exemple, le parti arrivé en tête des élections obtient ainsi une prime de 50 députés sur 300.

• En Allemagne et aux Etats-Unis, le vote par correspondance

Sur le Vieux Continent, treize pays autorisent le vote par correspondance, dont sept pour l’ensemble des électeurs, selon l’Institut international pour la Démocratie et l’Assistance électorale. En Allemagne, le dispositif, mis en place en 1957, n’a cessé d’attirer les électeurs au fil des scrutins. En Bavière, en mars 2020, la crise sanitaire avait poussé les autorités à organiser le vote uniquement par correspondance pour le second tour des municipales : la participation a atteint 58,5 %, soit 3,5 points de plus qu’en 2014.

Aux Etats-Unis, la présidentielle de novembre 2020 a affiché un taux de participation record – le plus élevé depuis un siècle, selon le « Washington Post ». Une mobilisation massive notamment due à la favorisation du vote par correspondance – dispositif qui a au demeurant suscité une bataille rangée pendant la campagne : quelque 65 millions d’Américains ont voté par correspondance (soit 42 % des électeurs) cette année-là, contre 24 millions en 2016.

S’il a régulièrement été abordé lors de récentes élections, le vote par correspondance reste toutefois encore un sujet délicat en France. En plus des craintes autour d’éventuelles fraudes – motif qui avait conduit à la suppression en 1975 du vote postal qui était en vigueur dans l’Hexagone depuis 1946 –, certains constitutionnalistes estiment que le dispositif mettrait en place une inégalité entre les électeurs, qui ne voteraient pas le même jour et n’auraient donc pas forcément les mêmes informations à leur disposition.

• En Belgique, le vote obligatoire

Une solution radicale. En Belgique, le taux de participation est proche de 90 % à chaque élection. Le secret : la Constitution a rendu le vote obligatoire en 1893, sous peine d’une amende qui, dans les faits, n’est plus appliquée depuis plusieurs années. Si elle garantit sur le plan technique une forte participation aux élections, cette voie ne répond pas toutefois aux problèmes de désintérêt et de défiance.

Contre l’abstention, l’arme fatale de la honte ?

• En Estonie, le vote en ligne

C’est sans doute l’une des solutions les plus polémiques, notamment en raison de la crainte de fraude : le vote numérique. Dans le monde, seul un pays l’a généralisé : l’Estonie. Avec un résultat en demi-teinte, comme le pointait le maître de conférences en droit public Gilles Toulemonde auprès d’Europe 1en 2021. « En Estonie, le vote par Internet est instauré depuis 2005, dans un premier temps on est passé de 42 % d’abstention [aux élections législatives] à 38 %, puis 36 %, mais depuis on stagne complètement. Quant aux élections autres que législatives, l’abstention est repartie à la hausse ».

Faut-il instaurer le vote par internet aux élections ?

Dans son programme en 2017, Emmanuel Macron avait affirmé vouloir « généraliser le vote électronique d’ici 2022 », estimant que cela « élargira la participation, réduira les coûts des élections et modernisera l’image de la politique ». Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin affirmait en septembre 2021 que son ministère travaillait sur le vote numérique, tout en excluant son utilisation en 2022. Il avait également fait part de ses propres réserves sur ce processus, affirmant notamment être « très attaché au fait que c’est un caractère absolument solitaire, le vote ».

Selon un récent sondage d’Odoxa, les deux tiers des Français sont favorables au vote numérique, qui permettrait à leurs yeux de réduire l’abstention. Actuellement, seuls les Français de l’étranger peuvent voter en ligne, et uniquement pour les élections législatives et les élections consulaires. Cette option leur est proposée depuis 2012 – en 2017, néanmoins, elle avait été suspendue en raison du risque de cyberattaques. Or, cette année, l’expérience est loin d’avoir été concluante. Couacs et dysfonctionnements ont entaché la procédure de vote en ligne pour le premier tour des législatives, ouverte du 27 mai au 1erjuin.

Par Marie Fiachetti

2 réponses »

  1. Il suffit, pour revenir à la participation démocratique, de laisser le peuple s’instruire et décider pour lui et par lui-même, cesser le cynisme totalitaire néolibéral…

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