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EDF : L’EXEMPLE D’UN « ÉTAT IMPOTENT » ? POURQUOI CELA CHANGERAIT-IL DEMAIN ?

1. «EDF, faillite d’État»

Titre Le Figaro avec Jacques-Olivier Martin, rédacteur en chef du Figaro Économie.

« Black-out boursier pour EDF!

« Dans quelques semaines, le géant du nucléaire quittera la Bourse de Paris. Élisabeth Borne l’a annoncé au nom de «notre souveraineté face aux conséquences de la guerre et aux défis colossaux à venir». En 2005, Dominique de Villepin, alors premier ministre, vantait une privatisation partielle pour financer les investissements à venir et permettre aux Français d’être les copropriétaires de leur entreprise préférée…

« Aujourd’hui un petit peu privé, demain à nouveau 100 % public, EDF a toujours été à la merci de gouvernements qui en ont fait ce qu’ils voulaient, au gré de considérations souvent plus politiques qu’industrielles ou énergétiques.

« L’État est en effet rarement bon stratège et presque toujours mauvais actionnaire. Les conflits d’intérêts sont permanents. Au nom de la saine gestion des deniers publics, il a le souci de gonfler les bénéfices et les dividendes. Mais, en tant que protecteur des citoyens, sa priorité est de freiner les hausses de prix de l’électricité…

…/…

2. « Le capitalisme mixte à la française a atteint ses limites »

Titre Le Figaro Par Bertille Bayart

« L’intérêt de l’État actionnaire stricto sensu ne rejoint pas toujours, voire rarement, celui de la puissance publique, investie de la recherche en toutes circonstances de l’intérêt général.

« «Me le demandez-vous en tant qu’actionnaire majoritaire ou en tant que chef du gouvernement?» Le dimanche 21 octobre 1973, le président de la compagnie pétrolière BP, Eric Drake, reçu à sa résidence d’été de Chequers par Edward Heath, met au pied du mur le premier ministre britannique. Certes, le gouvernement détient, depuis la décision d’un certain Churchill en 1914, 51 % du capital de BP. Mais cela lui donne-t-il le droit, au lendemain du premier choc pétrolier, d’exiger de la compagnie qu’elle réserve en priorité son brut au Royaume-Uni, quitte à l’exposer à des mesures de rétorsion d’autres pays clients?

« Drake résume le dilemme à son interlocuteur: si c’est l’actionnaire de BP qui le lui demande, alors il prend le risque d’être poursuivi par des actionnaires minoritaires lésés ; si c’est le gouvernement qui le demande à BP, alors il faudra que ce soit écrit noir sur blanc, dans la loi.

…/…

3. Le permis de construire de la centrale électrique EDF du Larivot annulé par la justice

c’est ce que révèle Antoine Vermeersch dans l’Usine Nouvelle du 19 Juillet 2022

LES SERVICES DE L’ÉTAT N’ONT PAS SU SÉCURISER LES PROCÉDURES ADMINISTRATIVES ?

Selon le Tribunal, le permis – accordé et instruit par l’administration -«méconn[ait] les dispositions du code de l’urbanisme» et que l’étude d’impact environnemental réalisée par EDF est «entachée d’insuffisances substantielles»

Les associations France Nature Environnement et Guyane Nature Environnement avaient demandé l’annulation du permis de construire de la centrale électrique du Larivot, près de Cayenne. Le tribunal administratif de Guyane a accédé à leur demande le 18 juillet.

« Nouveau rebondissement dans le dossier de la centrale électrique du Larivot. Le tribunal administratif de Guyane a annulé lundi 18 juillet le permis de construire accordé en 2020 à EDFpour la construction de cette installation en bord de mer à Larivot, près de Cayenne. Dans son jugement, il estime que le permis «méconn[ait] les dispositions du code de l’urbanisme» et que l’étude d’impact environnemental réalisée par EDF est «entachée d’insuffisances substantielles». […]

4. Les actionnaires salariés veulent porter plainte contre l’Etat

Une annonce de la part d’actionnaires salariés et d’anciens salariés d’EDF qui intervient à la veille du plan du gouvernement pour renationaliser le groupe.

Ils dénoncent une spoliation et une mauvaise gestion de l’entreprise. Les actionnaires salariés et anciens salariés d’EDF ont annoncé leur intention de porter plainte contre l’Etat pour ses décisions concernant l’énergéticien et leurs conséquences « spoliatrices » pour les actionnaires, à la veille de l’annonce du plan du gouvernement pour renationaliser le groupe à 100%.

« L’association Energie en actions (…) annonce introduire une plainte pénale avec constitution de partie civile contre l’Etat en tant qu’actionnaire majoritaire d’EDF pour mise en difficulté de l’entreprise au mépris de l’intérêt social de celle-ci et des intérêts de ses actionnaires minoritaires, du fait de décisions inconsidérées et spoliatrices », indique cette association dans un communiqué dont l’AFP a pris connaissance lundi.

« La gravité des dommages infligés à l’entreprise s’illustre dans la chute vertigineuse de la valeur de l’action dont le cours est passé de 32 euros lors de l’ouverture du capital au public fin 2005 à 7,4 euros au moment de la déclaration le 6 juillet 2022 par la Première ministre que le gouvernement souhaitait détenir 100% du capital d’EDF » (contre 84% actuellement), fait valoir l’association, qui pointe également « l’augmentation non moins vertigineuse de l’endettement ».

Principal grief de l’association, « la vente, à prix inférieur aux coûts de production, aux concurrents d’au moins un quart de la production d’électricité nucléaire (100 TWh) d’EDF, selon le mécanisme dit de l’Arenh » (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), mis en place en 2010 pour éviter des poursuites de la Commission européenne, dans le cadre de la loi Nome, réformant le marché de l’électricité en France.

Ce mécanisme permet la vente par EDF d’un quart de la production d’électricité de ses centrales nucléaires à ses concurrents, l’idée étant de faire profiter les nouveaux fournisseurs d’énergie des bas coûts de production du parc nucléaire français.

L’association pointe également la mise à l’arrêt « pour des raisons purement politiques » des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim en Alsace.

5. LES PUBLICATIONS DE METAHODOS :

EDF, L’ÉTAT DÉJÀ À SA TÊTE : GOUVERNANCE DU « COUP DE MENTON » ? https://metahodos.fr/2022/07/18/edf-letat-deja-a-sa-tete-coup-de-menton/

« EDF : UNE FAUSSE NATIONALISATION…»https://metahodos.fr/2022/07/15/edf-une-fausse-nationalisation/

EDF – L’ÉTAT AU SECOURS DE L’ÉTAT ? MASCARADE ? https://metahodos.fr/2022/07/14/edf-un-etat-impotent-qui-cherche-a-regir-le-moindre-aspect-de-leconomie/

EDF – UN ACTIONNARIAT 100% PUBLIC SANS OPPOSITION RÉELLE CAR SANS EFFET VÉRITABLE ? https://metahodos.fr/2022/07/13/edf-un-actionnariat-100-public-sans-opposition-car-sans-effets-veritables/

MISE À JOUR N’3 – ÉTATISATION D’EDF : « Les soviets et la guillotine » – « Grandeur et décadence de l’actionnariat populaire » https://metahodos.fr/2022/07/09/mise-a-jour-reponse-de-lexecutif-aux-lecons-des-operatieurs-denergie-le-nationalisation-dedf/

Énergie : L’initiative privée face à l’inertie publique ? https://metahodos.fr/2022/06/28/energie-linitiative-privee-face-a-linertie-publique/

6. ENTRETIEN

Erwann Tison: «EDF, nouvel exemple d’un État impotent qui cherche à régir le moindre aspect de l’économie»

Par Erwann Tison. Publié le 11/07/2022


«La Nupes a perdu les élections présidentielles et législatives, mais son programme a tout de même été porté au pouvoir». Cette pensée pouvant traverser l’esprit de n’importe quel observateur économique, résume très bien le parfum de nationalisation flottant dans l’air depuis quelques mois. La période du Covid-19 a été un véritable exutoire pour le surmoi dirigiste de notre classe politique. Au prétexte de la lutte contre la pandémie, le gouvernement a pu déployer des trésors de mesures interventionnistes qui feraient pâlir de jalousie tout membre de l’alliance bolivarienne.null

La nationalisation d’EDF illustre ce mouvement. Pardon, ne dites pas nationalisation, mais «acquisition de 17% du capital de l’entreprise pour lui donner les moyens d’un programme ambitieux de production d’électricité bas carbone, notamment dans le nucléaire». Quelques mois après la fermeture de Fessenheim, cette ambition ne manque pas de sel. Cette acquisition boursière donc, a au moins le mérite de clarifier la situation d’EDF, qui était déjà hors marché, tant elle a subi de nombreuses injonctions étatiques sur sa stratégie. En début d’année, l’État avait par exemple imposé à l’entreprise d’augmenter de 20% le quota d’électricité qu’elle devait vendre à ses concurrents dits «alternatifs» (qui ne sont que des distributeurs et non des producteurs d’énergie) dans le cadre du fameux mécanisme de l’ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), afin de protéger les Français contre l’inflation liée à l’énergie. Une décision qui s’inscrivait dans la stratégie du «bouclier tarifaire», déployée à partir de septembre 2021. En plus de devoir vendre plus d’électricité à ses concurrents, EDF a également dû le faire à un tarif réduit, à 42€/MWh. Après avoir ainsi bradé près de 40% de sa production d’électricité de 2022 par anticipation, sur ordre de l’État, l’entreprise s’est ensuite trouvée dans l’obligation d’importer de l’électricité pour satisfaire la demande domestique, et ce au nouveau prix de marché, qui avait naturellement explosé entre-temps pour atteindre 257€/MWh. Une décision qui a amputé l’excédent brut d’exploitation du groupe de plus de huit milliards d’euros et fait plonger le titre de près de plus de 20%.

Lors de son introduction en Bourse en novembre 2005, le titre de l’entreprise valait 28€ pour connaître un pic à 76€ en novembre 2017. Il ne cote plus qu’à 9€ aujourd’hui. Une formidable illustration de la réussite actionnariale de l’État stratège.

Erwann Tison

Pour illustrer autrement, c’est comme si l’État obligeait en janvier un boulanger meilleur ouvrier de France à vendre un tiers des baguettes traditionnelles qu’il produirait dans l’année, au supermarché voisin, et ce à 50 centimes l’unité, lequel serait ensuite obligé de racheter des baguettes à nos amis allemands à 1,5€ pour satisfaire la demande de ses clients. Un scénario digne d’un Feydeau qui illustre l’efficacité du contrôle de l’État sur cette entreprise stratégique. Une succession de décisions qui ont fortement nui à EDF ces dernières années. Lors de son introduction en Bourse en novembre 2005, le titre de l’entreprise valait 28€ pour connaître un pic à 76€ en novembre 2017. Il ne cote plus qu’à 9€ aujourd’hui. Une formidable illustration de la réussite actionnariale de l’État stratège.

À VOIR AUSSI – Élisabeth Borne annonce que le gouvernement souhaite détenir «100% du capital d’EDF»https://video.lefigaro.fr/embed/figaro/video/elisabeth-borne-annonce-que-le-gouvernement-souhaite-detenir-100-du-capital-dedf/#amp=1

La récente annonce de nationalisation représente ainsi une salutaire clarification, le statut juridique de l’entreprise représentera enfin son statut opérationnel. Cette opération lui permettra au moins d’avoir toute la latitude financière pour réaliser les investissements nécessaires à notre souveraineté énergétique. Or la dégradation régulière de sa note par les agences de notation, ne lui permettait plus d’atteindre de manière autonome les financements pour développer les investissements nécessaires à cet objectif. La nationalisation permettra ainsi de financer les projets annoncés par le président de la République à savoir la construction de six réacteurs EPR2 entre 2035 et 2042 dont le coût est estimé à 50 milliards d’euros. Ajoutons que sur un plan financier, l’opération est très belle pour Bercy: vendu 32€ en 2005, le titre est aujourd’hui racheté à 9€. L’État peut donc remercier ainsi les actionnaires (vous savez ceux qui sont trop souvent vilipendés et honnis par une bonne partie de l’opinion publique) d’avoir absorbé une perte de 65% de la valeur de l’entreprise en 17 ans.

Cette nationalisation, pardon, cette montée à 100% dans le capital de l’entreprise, n’est que la réplique du séisme du quoi qu’il en coûte, sorte d’orgie budgétaire et interventionniste pour la technostructure, qui en plus de pouvoir ouvrir en grand les vannes des dépenses publiques grâce au soutien inconditionnel d’une BCE omniprésente de manière peu orthodoxe, peut enfin régir à sa guise la vie des entreprises. Et la tentation ne s’arrête pas au secteur de l’énergie. Après la nationalisation des revenus pendant le Covid-19, où entre le chômage partiel, les retraites et les allocations sociales, près de 70% des adultes dépendaient directement d’un versement de l’État, nous assistons à trois nouvelles tentatives de nationalisations d’ampleur.null

Celle de la décision du versement des dividendes, qui seront maintenant octroyés aux actionnaires à la condition que les salariés eux aussi aient pu y avoir droit, décorrélant ainsi la prime de la prise de risque. Inutile de rappeler ici que la France est le pays européen où les salaires représentent déjà la plus grande part dans la valeur ajoutée des entreprises.

Comment ne pas s’inquiéter, alors, de voir cet État impotent se voulant omnipotent chercher à régir le moindre aspect de notre économie et de notre vie?

Erwann Tison

Celle des augmentations de salairesensuite, qui doivent maintenant se faire de manière quasi-inconditionnelle dans les entreprises réalisant du profit au risque d’être considéré comme des «profiteurs de crise», décorrélant ainsi la rémunération des salariés de la productivité.

Celle du pouvoir d’achat enfin, dont le maintien semble maintenant être une responsabilité de l’État, qui déploie une multitude de chèques, subventions et autres aides plus ou moins ciblées pour arroser un maximum, décorrélant ainsi le revenu du travail.

Ceux qui affirment que la France est un enfer libéral, souvent les mêmes qui applaudissent secrètement la politique du gouvernement tant elle va dans leur sens idéologique, devraient déclencher l’hilarité générale par ces déclarations. Rappelons que le précurseur du libéralisme, le physiocrate français Pierre Le Pesant de Boisguilbert, estimait que l’État devait se concentrer prioritairement sur trois missions exclusives: offrir une éducation de qualité à tous les citoyens, favoriser l’accès à un toit décent à tous et défendre la population contre les agressions extérieures et intérieures. En observant les classements Pisa et PIAAC de la France, son taux de criminalité, ou les différents dysfonctionnements sur son marché du logement, force est de constater que l’État «ultralibéral» failli complètement sur ses missions le plus élémentaires. Comment ne pas s’inquiéter, alors, de voir cet État impotent se voulant omnipotent chercher à régir le moindre aspect de notre économie et de notre vie ?


À VOIR AUSSI – Pouvoir d’achat: énergies, salaires, loyers… Borne dévoile les mesures d’«urgence»

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