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«DE L’UTILITÉ DES PARTIS»

« Sauver les partis politiques, le défi de la nouvelle génération »

Titre Challenges qui poursuit :

« Alors que les différentes formations font leur rentrée, la défiance envers les partis politiques n’a jamais été aussi grande. Leur refondation est le défi de la nouvelle génération.

« Universités d’été, campus, fête de la pomme, pique-nique, congrès… Tous les partis, du PC au Rassemblement national en passant par Renaissance, Reconquête, le PS, les Verts, LR, LFI, mais aussi les mini-formations des uns et des autres, tous ont organisé des événements pour marquer la rentrée politique. L’occasion d’un tour de chauffe, à la veille d’échéances cruciales (élections à la tête de différents partis, préparation des européennes, refondation…) Mais pourquoi une telle effervescence alors que, dit-on, les partis ne comptent plus? Qu’ils sont obsolètes, voire nocifs. La défiance à leur égard n’a jamais été aussi grande.

« Dans le dernier baromètre annuel du Cevipof datant de juin 2022, seulement 17% des Français déclaraient avoir confiance dans les partis politiques, ce qui les place en queue de classement, derrière les médias ou les syndicats (34%)… Juste devant les plus mal notés, comme les réseaux sociaux (14%). »

Le manque d’intérêt suscité par les partis

Les différents scrutins de 2022 confirment le manque d’intérêt suscité par les partis. La députée du Doubs et présidente par intérim des Républicains analyse ce bouleversement politique et appelle les Républicains à en tirer toutes les conséquences.

«Admettons que les partis doivent évoluer.»
Indique t elle.

Députée du Doubs et présidente par intérim des Républicains, Annie Genevard a aussi été vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Tribune

Annie Genevard: «De l’utilité des partis»

Par Annie Genevard. 02/09/2022 FIGARO

La présidentielle de 2017 devait sonner le glas des partis politiques, jugés obsolètes face à la modernité qui allait désormais prévaloir dans la vie publique. Pourtant, ces formations existent toujours. Mieux, elles se multiplient, y compris au sein de la majorité qui les reniait.

Les partis sont toujours indispensables à la démocratie. Admettons cependant qu’ils doivent évoluer. La question se pose particulièrement aux Républicains puisqu’aucun de ceux qui dans nos rangs ont déjà manifesté leur intention présidentielle pour 2027 n’a souhaité prendre les commandes du parti. L’émergence du leader ne se construit plus en interne.

Peut-on en conclure à l’inutilité de ces formations politiques? Ce serait une erreur. Car en 2022, malgré le désaveu apparent des partis, les finalistes du second tour avaient bien présidé leur formation politique jusqu’à leur candidature. Et même s’ils prétendent avoir pris de la hauteur, ils tiennent toujours à y conserver leur influence. Qu’est-ce qui a changé depuis 2017?

Désormais, il y a deux façons d’organiser un parti politique. Il peut être créé ex nihilo par et pour son chef, comme l’a fait Emmanuel Macron. Il peut être entièrement remodelé par sa patronne, comme Marine Le Pen. Dans les deux cas, ses membres s’adaptent à l’ambition et au discours de leur leader. Leur doctrine n’est jamais inscrite dans le marbre. Elle fluctue au gré des émotions de l’électorat sans s’inscrire dans une histoire commune. Emmanuel Macron a été contre puis pour le nucléaire. Marine Le Pen a dénoncé l’Europe, l’euro, avant finalement de s’y résoudre. Ce type de parti ne fédère pas des idées, mais des ambitions électoralistes. Il encourage le fait du prince. Il n’est pas destiné à vivre plus longtemps que la carrière de son initiateur.

La seconde façon d’organiser un parti est de le concevoir comme le rassemblement d’une famille soudée autour des valeurs constitutives de son identité. Il est dépositaire d’une histoire et de principes qu’il est chargé de transmettre aux générations futures. Il s’appuie sur un cadre idéologique au sein duquel s’expriment différentes priorités. Plutôt que l’émotion, il privilégie l’expérience et la réflexion pour répondre aux enjeux du moment tout en restant fidèle à ses principes. Quel que soit son leader, il inscrit son action dans une cohérence politique qui dépasse sa personne.

Les Républicains font partie de la deuxième catégorie. Notre mouvement est avant tout fidèle à une vision de la France. La transmission aux générations futures de notre patrimoine, de notre histoire, de notre identité, de notre qualité de vie et de nos valeurs est un principe fondateur.

Alors que les idées de droite sont majoritaires en France, l’opinion ne sait plus qui les porte.
Annie Genevard
Pour autant, pouvons-nous continuer à organiser notre vie commune comme si rien n’avait changé? Plusieurs réalités doivent être considérées avec lucidité.

Alors que les idées de droite sont majoritaires en France, l’opinion ne sait plus qui les porte. Est-ce Emmanuel Macron qui s’approprie certaines de nos mesures au gré du vent de l’opinion? Est-ce Marine Le Pen qui utilise les manœuvres du président pour le prétendre tout en cachant les incohérences de son discours? Nous, les Républicains, nous savons bien que ni l’un ni l’autre ne portent notre histoire.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils s’entendent tacitement pour essayer de nous détruire. Ils ne font que détruire la politique en général. La progression de l’abstention en témoigne, tout particulièrement chez les moins de trente ans, qui depuis qu’ils ont vingt ans n’entendent que cette musique destructrice alors qu’ils n’ont pas vraiment connu la droite aux responsabilités.

Notre organisation est restée la même, alors que la structuration de la vie politique a changé. Elle est davantage soumise au temps éphémère des médias. Elle dissocie l’action locale et l’action nationale qui ne sont plus de la responsabilité des mêmes acteurs. C’est l’une des conséquences du non-cumul des mandats. Cette loi anti-cumul promue par l’émotion que nous contestions et dont nous voyons les anciens promoteurs avouer qu’à la réflexion, cette disposition a produit l’inverse de ce qu’ils espéraient.

Avec les élus locaux, chacun des militants est l’ambassadeur de notre famille politique.
Annie Genevard
Dans ce contexte, nous devons aussi nous interroger sur le rôle des militants. Ne sont-ils que des titulaires de cartes que nous appelons à voter pour désigner leur candidat ou leur chef? Certainement pas! Avec les élus locaux, chacun d’entre eux est l’ambassadeur de notre famille politique. Ils doivent être davantage impliqués dans nos instances dirigeantes. Si la décentralisation est une bonne chose pour le pays, elle doit aussi être organisée au sein de notre appareil.

Nos principes d’action n’ont pas changé. Nos convictions ont gagné du terrain. Une majorité de Français souhaite que l’immigration soit maîtrisée et s’inquiète de voir que beaucoup trop d’immigrés ne partagent pas nos valeurs, selon l’étude Fondapol publiée par Le Figaro . Nos compatriotes souhaitent que davantage de liberté soit donnée aux entreprises et que l’État exerce moins de contrôles. Ils sont bien conscients que notre système éducatif est en panne et doit être revu de fond en comble. Nous prônons ces réformes depuis plus dix ans. Les idées de droite sont majoritaires en France, et pourtant, nous devons admettre que les Français ne pensent pas spontanément à notre formation politique quand ils pensent à la droite.

Nous ne devons surtout pas douter de nos idées ni des solutions que nous proposons. Mais nous devons obligatoirement nous interroger sur la façon dont notre mouvement les exprime. Ce travail doit être effectué par nous tous, militants, élus, dirigeants. Nous devrons ensuite proposer un mode de fonctionnement et d’organisation qui réponde aux vérités désagréables que nous devons affronter sans tabou. Nous avons devant nous deux années sans aucune élection nationale au suffrage universel direct. Nous avons le temps d’accomplir cette mue tous ensemble. La désignation du nouveau président de notre mouvement en est l’occasion inespérée.

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