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SIR YES SIR : ABAISSEMENT ET REBOND

Procureure de la République, «Sir Yes Sir», raconte son quotidien

Procureure de la République, «Sir Yes Sir», comme elle se fait appeler sur Twitter, raconte son quotidien dans le livre «Dans les yeux du procureur».

ARTICLE

SIR YES SIR – LIRE « DANS LES YEUX DU PROCUREUR »

Par Amaury Bucco Publié le 06/12/2022 CNEWS

«Sir Yes Sir», c’est le nom que s’est donnée sur Twitter cette procureure de la République, qui partage avec les internautes son quotidien parfois bouleversant. Un regard affuté sur la justice du pays, que l’on retrouve compilé dans le livre «Dans les yeux du procureur, chroniques de la justice ordinaire».

D’elle, les internautes ne connaissent que ses mots. A peine laisse-t-elle entrevoir une main pleine d’ongles impeccablement manucurés. Ou une photo de son chat, Perceval. «Sir Yes Sir», comme elle se fait appeler sur Twitter, est procureure de la République. Depuis septembre 2020 elle est aussi une habituée de ce réseau social, où elle est suivie par près de 70.000 abonnés. Chaque jour elle y jette pêle-mêle, ses pensées, ses colères, ses petits riens du quotidien, mais surtout de bouleversants récits d’affaires rencontrées dans sa carrière.

Une partie de ces récits ont été regroupés dans un livre à la demande des éditions Hugo, et publiés sous le titre : «Dans les yeux du procureur, chroniques de la justice ordinaire». Un livre clé pour comprendre le spectre professionnel de ces procureurs qui agissent dans l’ombre, tenus par leur devoir de réserve.

Vous qui êtes en contact depuis des années avec la criminalité et la délinquance, diriez-vous qu’il y a une hausse de l’insécurité ou de la violence en France ces dernières années ?

Je dirais qu’il y a une augmentation du nombre des affaires pour trois raisons. J’ai le sentiment d’une multiplication des violences gratuites, notamment de la part des adolescents. De plus la parole se libère, en particulier concernant les violences intrafamiliales et conjugales, et les infractions sexuelles. Enfin la société se judiciarise, les citoyens déposant plainte plus facilement, y compris pour des litiges qui relèvent du domaine du civil. Malheureusement, en face, le nombre de magistrats dédiés au traitement de ces affaires n’a pas suivi !

Vous parlez des violences conjugales, que pensez-vous du terme «féminicide» qui s’est imposé dans les médias ?

En droit, on parle d’homicide sur conjoint. Ce terme de féminicide n’a aucune existence juridique, et vient occulter que les homicides commis sur fond de relation affective le sont parfois au préjudice d’hommes, certes beaucoup plus rarement mais sans que ces faits doivent être niés. Au fond, ce terme est sans doute né de l’intolérance croissante de la société face au nombre de femmes décédées du fait de leur conjoint ou ex-conjoint. 

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Que pensez-vous des affaires Julien Bayou et Adrien Quatennens qui ont agité la gauche ?

Au nom de la défense d’une cause, certains courants réclament une condamnation rapide, expéditive, et estiment la réponse judiciaire inadaptée, ou tardive à venir. Pour autant, juger sur les réseaux sociaux, ce n’est pas compatible avec l’Etat de droit ! 

Et que pensez-vous du terme francocideinventé par Eric Zemmour, en réponse à celui de féminicide ?

C’est inepte, dans ce cas on peut inventer un nouveau concept pour chaque victime en fonction de la catégorie ou du positionnement politique à défendre ! Faire le lien entre insécurité et immigration est peu pertinent et extrêmement réducteur, à mon sens les causes de la délinquance sont notamment à rechercher dans la misère sociale et la perte de sens, d’identité, peu importe d’où l’on vient, et ces causes diffèrent selon les lieux considérés et la population étudiée. 

Police et gendarmerie sont des partenaires indispensables au travail de procureur. Leurs méthodes sont aujourd’hui régulièrement attaquées. Avez-vous l’impression que l’image des forces de l’ordre s’est dégradée ?

Compte tenu de mes fonctions, je travaille tous les jours avec la police et la gendarmerie. Que leur image soit dégradée pour une partie de la population est probable. Il serait idiot de dire que la police est sans reproche, exempte de comportements critiquables, mais ce qui est insupportable c’est la généralisation à tout un corps de comportements individuels. Il n’y pas, par exemple, de racisme systémique. Je ne le constate pas. Il est urgent d’améliorer le quotidien et les conditions de travail des forces de sécurité intérieure, dont je crois la population n’a pas conscience. On ne réalise pas toute la violence que les policiers et gendarmes se prennent quotidiennement. Ils sont en amont dans la chaîne, bien plus que moi. On n’outrage pas un procureur comme on outrage un policier. Nous, les magistrats, la violence, on ne la voit que dans les procès-verbaux. Eux, ils la voient en direct…

Certains policiers affirment que leur travail n’est qu’un éternel recommencement, à cause notamment de manque de réponse pénale. Les juges sont-ils laxistes ?

Non, pas en France ! Nous avons parmi les peines les plus sévères d’Europe. Il y a par ailleurs une hausse du taux d’incarcération, il n’y a jamais eu autant de gens en prison… Quant à ceux qui critiquent les aménagements de peine, il faut qu’ils sachent que les magistrats ne font qu’appliquer la loi, qui encourage vivement à l’aménagement des peines. Il faut en réalité réfléchir au «tout carcéral». La question à se poser est que va-t-il se passer pendant la peine exécutée en prison ? Le but de l’emprisonnement c’est, outre sa fonction punitive, de réinsérer les détenus dans la société pour éviter la récidive, et ce but n’est pas rempli. Une autre question est à résoudre, qui tient aux conditions de détention, la promiscuité du fait de la surpopulation carcérale, la mauvaise hygiène, les violences…

Qu’avez-vous pensé de la polémique autour du karting dans les prisons ?

Parfaitement stérile. 

Comment vit-on quand on est procureur ? Est-ce qu’on ne devient pas paranoïaque à force de traiter toutes ces affaires ?

Quand on est procureur, on voit jusqu’où l’homme peut s’abaisser et comment il peut rebondir. Et, de fait, on devient forcément un peu méfiant, car on voit que chez des personnes insoupçonnables il peut se passer des choses terribles.

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