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HIVER STUDIEUX AVEC METAHODOS : « DEMOKRATIA » 2500 ans d’histoire

« Demokratia. Une histoire de la démocratie »

(Democracy. A Life), de Paul Cartledge, traduit de l’anglais par Simon Duran, Passés composés, 386 p.

La démocratie est aujourd’hui une aspiration pour des centaines de millions de personnes, comme elle est un droit de naissance pour des millions d’autres à travers le monde. Mais de quelle démocratie parlons-nous ? Sa signification est-elle inchangée depuis sa création dans la Grèce antique ? Examinant ses différentes manifestations et montrant comment la démocratie a changé au cours de sa longue vie, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, Paul Cartledge offre une réflexion d’une fécondité exceptionnelle. Comment le « pouvoir du peuple » des Athéniens a-t-il émergé en premier lieu ? Et en quoi la version athénienne de la démocratie différait-elle des nombreuses autres formes qui se sont développées ensuite ? Après un âge d’or au IVe siècle av. J.-C., il y a eu une longue et lente dégradation de la conception et de la pratique grecques originales de la démocratie. De l’Antiquité tardive à la Renaissance, la démocratie a été éclipsée par d’autres formes de gouvernement, tant en théorie qu’en pratique. Mais ce n’était en aucun cas la fin de l’histoire : la démocratie devait finalement connaître une nouvelle floraison. D’abord ravivée dans l’Angleterre du XVIIe siècle, elle devait renaître dans le climat révolutionnaire de l’Amérique du Nord et de la France à la fin du XVIIIe siècle – et n’a cessé de se reconstituer et de se réinventer depuis, jusqu’à la contradiction la plus récente de la « démocratie illibérale ».

Le propos est savant, documenté, et nous emmène dans bien des directions, que ce soit vers les dieux ou la responsabilité des magistrats, ainsi que sur la notion fondamentale de citoyen et de citoyenneté.

Un ambitieux essai de l’historien britannique retrace les fortunes et infortunes de ce régime politique.

L’engouement ou la défiance que suscite aujourd’hui la démocratie à travers le monde appelle une réflexion nouvelle sur les différentes versions de son original grec. C’est là que l’on trouve les rudiments de la société démocratique moderne.

Une pensée politique occidentale antidémocratique

Ce parcours aboutit à un paradoxe : la tradition dominante dans la pensée politique occidentale aura été antidémocratique, l’élite percevant le pouvoir de la majorité comme l’équivalent d’une dictature du prolétariat. Cette longue tradition est encore loin d’avoir été vaincue par les défenseurs de la démocratie directe.

L’évidence qui consiste à établir un lien direct en la démocratie grecque antique et la nôtre est illusoire, comme le démontre Cartledge (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aucune filiation, mais les deux systèmes sont fort différents sur de nombreux points), même si l’ auteur, dans une introduction inspirée, balaye d’un revers de main les théories les plus fumeuses qui tente de nier à la fois la spécificité du modèle grec et son antériorité : il n’y a pas eu de véritable démocratie en dehors de ce petit bout d’Europe.

Les grands moments de l’histoire grecque

sont revisités à l’aune de la question de la démocratie (il est intéressant de voir ce qui a été fait de mythes comme celui des Tyrannoctones ou de Marathon). On comprendra en lisant ces lignes que la démocratie « à la grecque » n’a que peu en commun avec notre notion moderne de la démocratie, et pas seulement par la manière dont est organisée la vie politique ainsi que les attendus du citoyen. On découvre aussi à quel point le mot « démocratie » n’est guère employé dans le sens moderne et est synonyme de « gouvernance de la populace ». Bref, le concept n’est pas sans revêtir un caractère négatif.

L’auteur aborde ensuite, en guise de chapitre de conclusion, le retour de la démocratie, sous une autre forme, en Angleterre, en France et aux Etats-Unis, trois cas différents, en fait (Sparte et Rome inspirent plus les révolutionnaires que l’Athènes de Périclès…). L’épilogue, traitant de notre époque, est pour le moins pessimiste…

ARTICLE 1 Extrait

Demokratia, de Paul Cartledge: la démocratie, une longue histoire

Par Paul-François il Paoli. 11/01/2023 LE FIGARO

Comment une idée, née en Grèce il y a 2500 ans, a changé la face du monde.

Érudit mais aussi fastidieux à force d’être partisan, tel est le sentiment qui peut s’emparer du lecteur en s’aventurant dans Demokratia. Une histoire de la démocratie et c’est dommage, car le sujet en valait la peine.

Ou comment l’idée démocratique, qui a changé la face du monde, a pu naître et s’incarner dans la Grèce de Clisthène et de Périclès pour s’estomper et quasiment disparaître au fil des siècles. Avant de resurgir au XVIIIe siècle en Occident, notamment à travers les révolutions américaine et française. Voilà le viatique que s’est donné Paul Cartledge, historien britannique spécialiste de la Grèce antique et notamment de Sparte, dans cet essai qui se cantonne, et c’est déjà beaucoup, à notre région du monde.

Cartledge nous explique dans les détails les procédures électives qui réunissaient des milliers de citoyens mâles âgés de plus de 18 ans qui votaient à main levée à Athènes. Pour la première fois dans l’histoire de l’Occident des pauvres et des «sans voix» pouvaient peser…

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ARTICLE 2 Extrait

« Demokratia », de Paul Cartledge : vingt-cinq siècles de démocratie nous contemplent

Un ambitieux essai de l’historien britannique retrace les fortunes et infortunes de ce régime politique. 

Par Marc Semo 25 février 2023. LE MONDE

Volontiers il emploie le mot au pluriel, évoquant les « démocraties anciennes », tant leurs formes, dans la Grèce antique, pouvaient être différentes. L’historien britannique Paul Cartledge tente, avec l’ambitieux Demokratia, de raconter l’histoire de ce régime politique né en Grèce, dont l’âge d’or fut le IVe siècle av. J.-C., quand une majorité de cités étaient des régimes démocratiques. Mais il en déroule aussi le riche héritage, de la République romaine, dont il interroge avec sagacité le statut de « démocratie hybride », jusqu’à son retour dans l’Angleterre du XVIIe siècle, puis à travers les révolutions américaine et française, en passant par ses fortunes et infortunes durant le Moyen Age et la ­Renaissance.

Retour aux origines

La réalité contemporaine de la démocratie, sa crise et en même temps son caractère irremplaçable, appelle en effet, selon l’auteur, une réflexion fondée sur un retour aux origines. Il s’agit de comprendre ce qui la caractérise, les circonstances particulières qui lui ont ­permis de naître, mais aussi le paradoxe d’une pensée politique grecque, puis occidentale, qui longtemps fut antidémocratique. L’élite craignait et méprisait le pouvoir du peuple et de la majorité. « Ce que les Grecs anciens, ou plus préci­sément les Athéniens, entendaient par demokratia était sur le plan pratique et symbolique proche du mot d’ordre révolutionnaire bolchevique et léniniste de dictature du prolétariat », écrit avec humour Cartledge, spécialiste mondia­lement reconnu de l’histoire de la ­démocratie antique.

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ARTICLE 3 Extrait

Vingt-cinq siècles de démocratie nous contemplent

Par Marc Semo Publié le 1 mars 2023 LE MONDE

Volontiers il emploie le mot au pluriel, évoquant les « démocraties anciennes », tant leurs formes, dans la Grèce antique, pouvaient être différentes. L’historien britannique Paul Cartledge tente, avec l’ambitieux Demokratia, de raconter l’histoire de ce régime politique né en Grèce, dont l’âge d’or fut le IVe siècle av. J.-C., quand une majorité de cités étaient des régimes démocratiques. Mais il en déroule aussi le riche héritage, de la République romaine, dont il interroge avec sagacité le statut de « démocratie hybride », jusqu’à son retour dans l’Angleterre du XVIIe siècle, puis à travers les révolutions américaine et française, en passant par ses fortunes et infortunes durant le Moyen Age et la ­Renaissance.

Retour aux origines

La réalité contemporaine de la démocratie, sa crise et en même temps son caractère irremplaçable, appelle en effet, selon l’auteur, une réflexion fondée sur un retour aux origines. Il s’agit de comprendre ce qui la caractérise, les circonstances particulières qui lui ont ­permis de naître, mais aussi le paradoxe d’une pensée politique grecque, puis occidentale, qui longtemps fut antidémocratique. L’élite craignait et méprisait le pouvoir du peuple et de la majorité. « Ce que les Grecs anciens, ou plus préci­sément les Athéniens, entendaient par demokratia était sur le plan pratique et symbolique proche du mot d’ordre révolutionnaire bolchevique et léniniste de dictature du prolétariat », écrit avec humour Cartledge, spécialiste mondia­lement reconnu de l’histoire de la ­démocratie antique.

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