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SERVITUDE ET QR CODE : QUAND L’ÉLYSÉE A FICHÉ LES CITOYENS – TRÈS GRAVE DÉRIVE CAUTIONNÉE PAR LE CONSEIL D’ÉTAT

ARTICLE – La société du QR code avance : une triste dérive

ÉDITO. Un QR code pour fêter la République, la fête nationale sur préinscription. Derrière la commodité sécuritaire apparaît l’habitude d’un contrôle qui, demain, s’étendra. Telle est la pente de notre société.

Publié le 15/07/2026 LE POINT

Il fallait un QR code pour fêter la prise de la Bastille. On croit à une plaisanterie. Rien de plus sérieux pourtant. Pour accéder aux Champs-Élysées ce 14 juillet, l’Élysée avait prévu une préinscription en ligne, un code nominatif, un titre d’identité. La fête des Français, désormais, se réserve sur le site de la présidence de la République.

Le tribunal administratif de Paris avait vu le danger. Saisi en urgence par l’association Vigie Liberté, il a annulé le dispositif le 13 juillet, au nom de la liberté d’aller et venir. Un bref soulagement pour ceux qui, en France, pensent encore que la République autorise tout citoyen à marcher sur une avenue publique un jour de fête nationale. Mais c’était compter sans le Conseil d’État. Dans la nuit du 13 au 14 juillet, à deux heures du matin, la plus haute juridiction administrative a rétabli le QR code. Non qu’il l’ait jugé légal : il a estimé qu’à quelques heures du défilé, l’urgence sécuritaire l’emportait. Le fond reste à juger.

Le QR code ressorti du placard

Cette péripétie du QR code révèle une triste dérive qui n’est pas anodine. Le QR code, apprivoisé pendant l’épisode pandémique de la Covid-19, ressort du placard, ou plutôt de l’armoire à pharmacie. On s’y habitue. C’est précisément le problème : on s’habitue.

Aujourd’hui les Champs-Élysées, demain l’arrivée du Tour de France, après-demain le défilé du 1er Mai pour protéger les travailleurs légitimes des casseurs. Et puis ce sera toute concentration humaine sur la voie publique dans le cadre d’une vigilance accrue contre un éventuel attentat. Puis on protégera les rues à synagogue, les marchés de Noël, les sorties d’école, le voisinage du Salon de l’agriculture et la promenade à Cannes durant le Festival. Chaque extension aura sa bonne raison. Chaque bonne raison sera imparable. C’est ainsi que fonctionne une pente : jamais par décret brutal, toujours par précaution raisonnable. La sécurité des honnêtes gens, vous dit-on.

QR codes : « L’État se dote d’un outil supplémentaire de géolocalisation des personnes »

L’argument des tenants du tout-sécuritaire, on le connaît : qui n’a rien à cacher n’a rien à craindre de la surveillance. Formule commode qui suppose l’État bienveillant par nature et le restant à jamais. Mais l’instrument survit à ceux qui l’installent. Le fichier constitué pour fluidifier les flux d’un défilé devient, dans d’autres mains, un outil de contrôle tout court. Le QR code ne sait pas qui le manie. Il obéit. C’est sa vertu, et c’est sa menace.

Le 14 Juillet en mode Ancien Régime

Dans l’affaire du 14 Juillet, il y a plus troublant encore. On sacrifie la liberté du grand nombre à la sécurité de quelques-uns : vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement, et surtout le président ukrainien que la guerre expose au risque d’attentat. La libre circulation du citoyen, le jour même où l’on fête la citoyenneté, passe après la sécurité des puissants. Rien de plus contre-révolutionnaire. Célébrer la prise de la Bastille par un laissez-passer numérique, voilà qui aurait ravi le lieutenant de police de Louis XV. On mesure le renversement.

Que la sécurité impose des contraintes, nul ne l’ignore, et les palpations, les fouilles de sacs, les périmètres de filtrage font partie du contrat depuis longtemps. Ils ne consignent personne. Le QR code, lui, enregistre. Il garde trace. Il transforme le passant en donnée. La différence n’est pas de degré, elle est de nature.

Au nom de la sécurité, jusqu’où consentons-nous ? Ce 14 juillet, le pouvoir a tâté le terrain. L’idée d’un QR code est relancée, et les idées de cette sorte ne rebroussent pas chemin toutes seules. Le QR code suppose, pour le moment, un geste du citoyen : il s’inscrit, il consent, fût-ce du bout des doigts.

L’étape suivante s’annonce déjà, qui n’aura plus besoin de ce consentement de façade : le drone à reconnaissance faciale, qui capte tout d’en haut. La France l’interdit encore. Mais l’Histoire récente enseigne une chose simple : chaque outil de surveillance entre par la porte de l’exception et s’installe par celle de l’habitude. La vidéosurveillance algorithmique (détection de mouvements, de comportements, de bagages abandonnés) est entrée dans le droit français comme une « expérience » pendant les JO de Paris. Puis, elle a été prolongée… par décret. Un premier pas.

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