18 avril et 2 mai 2027 L’élection présidentielle : le tourment français
PAR DOMINIQUE REYNIÉ – JUILLET 2026 FONDAPOL
La présidence d’Emmanuel Macron s’achève dans un climat dominé par une vive inquiétude. Incompréhensible, la dissolution décidée le 9 juin 2024 a provoqué un dérèglement politique et institutionnel qui a déstabilisé tout le pays. Cette décision a dérouté l’électorat macroniste en particulier.
L’absence de majorité à l’Assemblée nationale qui en a résulté est désapprouvée par 80% de ceux qui avaient voté pour la réélection du Président au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, par la plupart de ses électeurs du second tour (77%), par ceux qui ont soutenu la liste de la Majorité présidentielle aux élections européennes du 9 juin 2024 (87%) ou encore par ceux qui ont voté en faveur de la Majorité présidentielle aux élections législatives de 2024 (85%).
La marche d’un monde où la France semble en décrochage, les défis qu’elle doit relever, d’abord pour elle-même, et qui se montrent plus ardus chaque année, ont conduit les électeurs à considérer largement que leurs gouvernants et leurs élus sont incapables de répondre aux difficultés du pays. C’est pourquoi les Français estiment ne pas avoir un problème d’institutions mais de classe politique, tandis que les mêmes partis se lancent dans une douzième élection présidentielle qui apparaît comme la plus périlleuse de toutes. Les trois quarts (74%) des électeurs expriment des émotions négatives à l’approche de la présidentielle.
Pivot et fierté de la Ve République, ce scrutin censé offrir des opportunités au pays est désormais perçu comme une source de menaces et de désordres. Le clivage gauche-droite, loin d’avoir succombé au « en même temps », s’est réimposé ; il s’est même radicalisé et métamorphosé sous l’effet de la montée en puissance des populismes, à droite et à gauche. Avec Marine Le Pen, le FN/RN est en mesure d’accéder au second tour pour la quatrième fois depuis 2002, d’autant plus que l’opinion publique récuse désormais le recours au « barrage républicain ». Avec Jean-Luc Mélenchon, le clivage s’est également métamorphosé sous l’effet d’une forte expansion du religieux en politique, à l’initiative et au bénéfice de LFI.
Alors que la plupart des électeurs veulent renouer avec l’ordre institutionnel et politique en 2027, ils pourraient cependant ne pas y parvenir. En effet, le mécontentement qui pousse les uns à sanctionner leur classe politique, en attribuant la présidence à une candidature protestataire (RN ou LFI), amènerait les autres à utiliser les législatives pour bâtir à la hâte un contre-pouvoir. En somme, les Français pourraient attribuer à la personne élue le pouvoir présidentiel le 2 mai 2027, puis lui retirer, dès l’été, toute capacité à gouverner, prolongeant ainsi, alors même que tous cherchent à en sortir, le grave dérèglement engendré par la dissolution du 9 juin 2024. Tel est le tourment français.
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Ce document, qui s’inscrit dans la perspective de la prochaine élection présidentielle, est la nouvelle grande étude de la Fondapol. Elle repose notamment sur une enquête d’opinion administrée par OpinionWay auprès de 3.057 personnes inscrites sur les listes électorales, issues d’un échantillon de 3.598 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Le questionnaire de l’enquête a été conçu et rédigé par la Fondapol qui s’est également chargée de l’analyse des résultats qui fait l’objet de cette publication.
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Dominique Reynié est professeur des universités à SciencesPo et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique.
À lire : 18 avril et 2 mai 2027 L’élection présidentielle : le tourment français