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Décombres et banqueroute : sortir de la décennie Macron pour réhabiliter l’action publique

ARTICLE – « On est assis sur un baril de poudre » : Pourquoi la banqueroute de la France tarde (pourtant) à se réaliser

Malgré une dette publique record de 3 500 milliards d’euros, des déficits persistants et plusieurs dégradations de la note française, les marchés continuent de prêter à la France à des conditions relativement favorables. Une résilience qui éloigne le risque d’une crise financière… Mais qui retarde aussi les réformes.

2 juillet 2026 CHALLENGES

« ON EST ASSIS SUR UN BARIL DE POUDRE. » L’avertissement du ministre des Comptes publics, le 28 juin sur France inter, fait écho à « la banqueroute de la France », maintes fois reprise dans les dîners parisiens déclinistes. Tout cela a le don d’agacer ceux qui s’inquiètent d’une autre calamité, particulièrement en économie : les prophéties autoréalisatrices. Heureusement pour le pays, celle-ci tarde à se réaliser, puisqu’il y a près de vingt ans déjà, le Premier ministre de l’époque, François Fillon, s’y était risqué avec son fameux « Je suis à la tête d’un Etat en situation de faillite ». Il faut dire qu’en 2007 – on l’a un peu oublié –, les intérêts d’une dette, pourtant trois fois moins élevée qu’aujourd’hui, représentaient alors plus de 4,2 % du PIB, exactement deux fois plus que les 75 milliards qui nous affolent en 2026. Et pourtant, il ne s’est rien passé, contribuant à l’irresponsabilité collective, constatée le 25 juin par l’Insee (3 500 milliards de dette française), et stigmatisée par la Cour des comptes, soulignant l’inertie des gouvernements successifs, à l’inverse des mesures prises par trois de nos voisins européens.

La France, passager clandestin de la zone euro

Comment sommes-nous passés à côté de la catastrophe annoncée ? Les taux d’intérêt, dont le niveau élevé avait constamment maintenu jusqu’en 2015 le service de la dette au-dessus de ces 2 % du PIB qui font peur aujourd’hui, ont décru au point de réduire celui-ci juste au-dessus de 1 % du PIB au moment du Covid. Depuis, ils ont fortement réaugmenté. Mais une hausse d’1 point de pourcentage des taux sur la dette de l’Etat français ne se traduit que par un supplément de son service de 30 milliards au bout de neuf ans, calcule le site Fipéco, expert des finances publiques. « Pour que la prise de conscience soit réelle, il faudrait un choc de plusieurs points », confesse, sous le sceau de l’anonymat, un des économistes les plus respectés sur le sujet.»

Or ce choc n’a aucune chance de se produire en l’état, compte tenu de la résilience démontrée de l’économie française, malgré sa panne de croissance en 2026. Qu’on en juge : une dissolution de l’Assemblée nationale ratée, un Budget lamentablement exécuté, trois dégradations du rating de la France par les agences de notation, sans compter la guerre en Iran, n’ont abouti qu’à une augmentation de son spread (la différence entre le taux des obligations du Trésor français et du Bund allemand) d’à peine 0,25 point ! Heureusement… ou malheureusement, diront les Cassandre, furieux de constater que la France soit le « passager clandestin » de la zone euro. Comme le mentionne encore Fipéco, « il est impossible de déterminer un seuil d’endettement au-delà duquel se déclencherait une crise des finances publiques imposant des mesures drastiques de redressement »… Du coup, l’irresponsabilité des hommes politiques en campagne a encore de beaux jours devant elle.

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