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« La politique n’est pas une carrière, mais un service public » (et autres citations)

LA REVUE COMMENTAIRE A PUBLIÉ UN CERTAIN NOMBRE DE CITATIONS

LA POLITIQUE N’EST PAS UNE CARRIÈRE, MAIS UN SERVICE PUBLIC

Je rentrerai dans la vie politique, dont le sentiment de mon impuissance m’avait seul éloigné, avec le désir sincère de me rendre utile, mais avec la résolution, dont vous m’êtes témoins, de n’y accepter un rôle plus important, quelques circonstances qui se puissent produire, que si j’arrivais à penser qu’un nouveau et plus grand sacrifice pourrait tourner au profit de notre pays. (…)

La politique n’est pas un but, elle ne doit surtout pas être une carrière. Elle est un service public. On n’y doit rester qu’autant qu’on peut s’y croire utile. Il est bon de retourner à son métier, à sa profession, de quitter la scène, de monter un peu dans la galerie, d’entendre ce qu’il s’y dit, de savoir ce qu’il s’y pense. Enfin, il est des heures où le meilleur moyen de servir les doctrines auxquelles on est attaché, c’est de laisser les faits accomplis produire tous leurs résultats.

Pierre Waldeck-Rousseau­­

IL FAUT ÉVITER LES DEMI-MESURES

J’ai vu hier lord Palmerston assez longtemps, et, après lui avoir fait part de vos réflexions et des détails contenus dans la dépêche de l’amiral Roussin, j’ai cru devoir l’aborder de nouveau ouvertement sur la question d’Orient qui à bon droit préoccupe en ce moment tous les cabinets. Après avoir passé en revue avec lui les différentes phases de cette question, j’ai conclu en établissant que, dans mon opinion, il y avait aujourd’hui pour la France et la Grande-Bretagne à prendre un des deux partis suivants : ou d’adopter les mesures indiquées par l’amiral Roussin en attaquant les établissements maritimes russes dans la mer Noire, et ceci était la guerre ; ou de persister à faire tout pour le maintien de la paix générale, et alors il fallait éviter autant que possible les demi-mesures, les motifs fondés d’inquiétude pour les autres puissances, et se tenir dans une ligne de conduite ferme, mais modérée et conciliatrice.

J’ai laissé de côté le premier parti qu’il n’est pas nécessaire de discuter en ce moment et qui d’ailleurs devrait avant tout être précédé d’un traité d’alliance offensive entre l’Angleterre et la France.

Je me suis donc attaché principalement à ma seconde disposition, et j’ai rappelé les considérations que j’avais déjà développées dans mes conversations précédentes au sujet des mouvements de la flotte anglaise dans la Méditerranée. J’ai dit que ces mouvements ne pouvaient avoir qu’un effet bien douteux sur le cabinet de Saint-Pétersbourg ; qu’ils n’étaient en définitive qu’une démonstration dont il était aisé de prévoir l’issue, et que, dans ces sortes d’affaires, une demi-mesure sans résultat était plus nuisible qu’utile.

Prenant enfin la question dans l’intérêt purement français, j’ai fait comprendre à lord Palmerston (…) que nous avions pensé qu’un traité purement défensif entre nous et l’Angleterre aurait servi à intimider la Russie et ses alliés beaucoup mieux que des promenades maritimes (…).

Talleyrand, au comte de Rigny, le 6 juillet 1834­­

MESSAGE DU PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS AU CONGRÈS, 5 DÉCEMBRE 1815

Aujourd’hui, à midi, le Président des États-Unis a transmis aux deux chambres du Congrès le message suivant, par l’intermédiaire de M. Todd, son secrétaire :

Chers concitoyens du Sénat et de la Chambre des représentants,

J’ai le plaisir, lors de notre réunion d’aujourd’hui, de pouvoir vous annoncer la fin victorieuse de la guerre entreprise contre les États-Unis par la régence d’Alger. L’escadre avancée, sous le commandement du commodore Decatur, n’a pas perdu un instant après son entrée en Méditerranée pour rechercher la force navale ennemie qui croisait alors dans cette mer, et elle a réussi à capturer deux de ses navires, dont l’un était le navire principal, commandé par l’amiral algérien. Le commandant américain a brillamment confirmé sa grande réputation à cette occasion, qui a vu son propre navire livrer un combat rapproché avec celui de son adversaire, tout comme l’ont fait, avec leur courage habituel, tous les officiers et les hommes qui ont pris part à la bataille. Après avoir préparé la voie, grâce à cette démonstration de l’habileté et de la bravoure américaines, il s’est empressé de croiser vers le port d’Alger, où la paix a été rapidement conclue par ses forces victorieuses. Dans les termes stipulés, les droits et l’honneur des États-Unis furent particulièrement pris en compte, le Dey renonçant définitivement à toute prétention de tribut de leur part. Les résultats ainsi obtenus, renforcés comme ils l’auront été par les transactions ultérieures avec les régences de Tunis et de Tripoli, grâce à l’arrivée, qui a suivi, d’une force plus importante sous le commandement du commodore Bainbridge, chef de l’expédition, et par les dispositions préventives judicieuses qu’il a prises dans cette région, offrent une perspective raisonnable de sécurité future pour la partie précieuse de notre commerce qui passe à portée des croiseurs barbaresques.

James Madison­­

CONSTRUIRE L’EUROPE

Nous ferons donc, en 1961, ce que nous avons à faire. Aider à construire l’Europe, qui, en confédérant ses nations, peut et doit être, pour le bien des hommes, la plus grande puissance politique, économique, militaire et culturelle qui ait jamais existé. Aider cette Europe rassemblée et l’Amérique sa fille à réorganiser leur alliance en vue de mieux défendre le monde libre et d’agir en commun par toute la terre.

Charles de Gaulle­­

LA DÉMOCRATISATION DE L’EUROPE

Qu’on appelle cela « civilisation », « humanisation » ou « progrès », c’est là que l’on cherche aujourd’hui le trait distinctif des Européens ; appelons cela simplement, sans louanges ni reproches, avec une formule politique, le mouvement démocratique de l’Europe : derrière tous les arrière-plans moraux et politiques auxquels renvoient de telles formules, s’accomplit un immense processus physiologique qui s’accélère de plus en plus, le processus d’une assimilation des Européens, leur détachement croissant des conditions qui donnent naissance à des races liées au climat et aux classes sociales, leur indépendance croissante vis-à-vis de tout milieu déterminé, qui, pendant des siècles, ont voulu s’inscrire dans l’âme et le corps avec les mêmes exigences, c’est-à-dire la lente émergence d’un type d’homme essentiellement supranational et nomade qui, physiologiquement parlant, possède comme trait distinctif typique les plus grandes capacités d’adaptation. Ce processus de formation de l’Européen, qui peut être retardé par de grandes régressions, mais qui gagne peut-être justement ainsi en intensité et en profondeur, qui comprend la tempête et la passion du « sentiment national » faisant encore rage aujourd’hui, ainsi que l’anarchisme naissant, ce processus aboutira probablement à des résultats auxquels ses promoteurs naïfs et ses apologistes naïfs, les apôtres des « idées modernes », s’attendent le moins. Les mêmes conditions nouvelles qui, en moyenne, conduiront à un équilibre et à une médiocrité de l’être humain – un être utile, travailleur, polyvalent et docile – sont tout à fait propices à l’émergence d’individus exceptionnels, dotés des qualités les plus dangereuses et les plus attrayantes. En effet, tandis que cette capacité d’adaptation, qui expérimente des conditions toujours changeantes et inaugure un nouveau travail à chaque génération, presque à chaque décennie, rend impossible la puissance du type ; tandis que l’impression générale que donneront ces futurs Européens sera probablement celle d’une multitude d’ouvriers bavards, sans volonté et extrêmement dociles, qui auront autant besoin du maître du commandement que du pain quotidien ; tandis que la démocratisation de l’Europe aboutit à la création d’un type préparé à l’esclavage, au sens le plus fin du terme : dans des cas particuliers et exceptionnels, l’homme fort devra devenir plus fort et plus riche qu’il ne l’a peut-être jamais été jusqu’à présent, grâce à l’absence de préjugés dans son éducation, grâce à l’immense diversité des pratiques, des arts et des masques. Je voulais dire : la démocratisation de l’Europe est, en même temps, une entreprise involontaire visant à former des tyrans, au sens propre du terme, y compris dans son acception la plus spirituelle.

Friedrich Nietzsche­­

Ces citations ont paru au printemps 2026, dans le numéro 193 de Commentaire.

Retrouvez leurs références complètes sur le site de la revue.

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