
MISE A JOUR :
Entreprises: « Baissons les charges et baissons les aides », plaide le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné
TITRE BFM QUI POURSUIT : Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, s’exprime ce mercredi 26 août lors des Rencontres des entrepreneurs de France organisées par le Medef à Paris.
« Les aides aux entreprises n’ont pas fait reculer le chômage » : le plein-emploi, pari perdu d’Emmanuel Macron
Le chômage atteint son plus haut niveau depuis l’automne 2020, 8,3 %, éloignant encore un peu plus le président de la République de sa promesse électorale d’un taux à 5 % à la fin de dix ans de mandat.
Par Alison Tassin 7 août 2026 LE PARISIEN
La nouvelle a beau être publiée au cœur de l’été, peu de chance qu’elle passe pour autant inaperçue. Le chômage a augmenté de 0,2 point au deuxième trimestre, pour atteindre 8,3 %, son plus haut niveau depuis l’automne 2020, la promesse du plein-emploi ne sera pas tenue à la fin de dix ans de mandat d’Emmanuel Macron. L’Élysée peut déjà revoir sa page Internet intitulée « Objectif plein-emploi » vantant une France qui « tient son rang de grande puissance économique ».
Immédiatement cette mauvaise nouvelle connue, le Rassemblement national s’est emparé du sujet. « Ils auront tout abîmé, tout ruiné, tout liquidé, tance sur X le vice-président du RN Sébastien Chenu. Le bilan de la macronie est un désastre d’Édouard Philippe à Sébastien Lecornu en passant par Gabriel Attal, le champ de ruines laissé est abyssal. » Pendant qu’une autre vice-présidente du parti Hélène Laporte évoque des chiffres reflétant « une fois de plus l’aveu d’un terrible échec ». « Le macronisme est un naufrage », renchérit l’allié (UDR) Éric Ciotti pour achever le bilan de l’ancien ministre de l’Économie.
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ANALYSE (IA)
l’article met le doigt sur un véritable échec — le plein-emploi promis par Emmanuel Macron ne sera pas atteint — mais son titre va plus loin que ce que les données permettent d’affirmer lorsqu’il suggère que les aides aux entreprises n’ont pas fait reculer le chômage.
1. Le constat factuel : la promesse du plein-emploi est effectivement perdue
Emmanuel Macron avait fixé pour son second quinquennat un objectif très précis : ramener le chômage autour de 5 %, niveau correspondant à la définition usuelle du plein-emploi.
Or la trajectoire a été :
Période
Taux de chômage
T1 2017
9,7 %
T4 2017
9,0 %
2019
8,2 %
T4 2021
7,5 %
T4 2022
7,2 %
2023
7,3 %
T4 2024
7,4 %
T4 2025
8,0 %
T2 2026
8,3 %
L’Insee confirme donc un retournement très net : après avoir atteint un minimum historique récent autour de 7,1 % en 2022-2023, le chômage est remonté à 8,3 % au deuxième trimestre 2026, soit environ 2,7 millions de chômeurs au sens du BIT.
Le paradoxe politique est particulièrement fort :
Macron a considérablement amélioré le marché du travail entre 2017 et 2023, mais il ne transforme pas cette amélioration en plein-emploi et termine son mandat avec une remontée importante du chômage.
C’est beaucoup plus nuancé que « Macron a échoué à faire baisser le chômage ».
2. Le point faible du titre du Parisien
Le titre affirme :
« Les aides aux entreprises n’ont pas fait reculer le chômage »
Il faut distinguer trois propositions différentes :
A. Les aides aux entreprises ont-elles créé des emplois ?
→ Oui, certaines l’ont incontestablement fait.
B. Ont-elles créé autant d’emplois que leur coût budgétaire pouvait le justifier ?
→ C’est beaucoup plus discutable.
C. Ont-elles permis d’atteindre le plein-emploi ?
→ Non.
Ces trois questions sont très différentes.
La Dares montre notamment que les contrats aidés présentent des effets d’aubaine considérables : dans le secteur marchand, environ 61 % des contrats aidés auraient été conclus même sans subvention, selon son évaluation économétrique de la réduction de 2017. Dans le non-marchand, l’effet d’aubaine est estimé à 26 %.
Cela ne signifie donc absolument pas que « les aides ne servent à rien ». Cela signifie qu’une partie importante de l’argent public subventionne des embauches qui auraient eu lieu de toute façon.
C’est une différence capitale.
3. Le véritable problème est probablement ailleurs : l’ampleur du système d’aides
C’est ici que le sujet devient beaucoup plus intéressant.
France Stratégie vient précisément de publier une analyse consacrée à la difficulté de définir les « aides aux entreprises ». Selon le périmètre retenu, les montants changent énormément.
Avec une définition relativement restrictive, les aides d’État françaises représentaient 45 Md€ en 2022, dont 25 Md€ hors Covid.
Avec une définition beaucoup plus large, intégrant subventions, dépenses fiscales, aides financières et certaines exonérations de cotisations, France Stratégie arrive à environ 112 Md€ en 2023.
Et la commission d’enquête du Sénat a elle-même été obligée de construire une estimation pour 2023 en raison de l’absence d’une comptabilité publique suffisamment consolidée des aides.
C’est probablement le cœur du problème politique.
La France dépense beaucoup pour soutenir l’entreprise, mais elle ne sait pas toujours répondre simplement à la question :
Combien coûte réellement chaque emploi supplémentaire créé grâce à ces dispositifs ?
Et surtout :
Combien d’emplois auraient été créés sans eux ?
4. Mais l’article sous-estime un élément essentiel : entre 2017 et 2023, le marché du travail s’est réellement amélioré
C’est là qu’il faut être très prudent avec une lecture uniquement à charge.
Entre 2017 et 2023, le nombre d’emplois a fortement augmenté.
L’Insee constate qu’entre fin 2019 et fin 2023, 1,3 million d’emplois salariés supplémentaires ont été créés. En 2023, la France comptait 30,4 millions de personnes en emploi.
Et le chômage avait effectivement atteint des niveaux que la France n’avait plus connus depuis le début des années 1980.
Autrement dit :
la politique économique de Macron n’a pas été sans effet sur l’emploi.
Le problème est plutôt de déterminer quelle partie de cette amélioration lui est imputable.
C’est beaucoup plus difficile.
5. La baisse du chômage n’a pas commencé avec Macron
C’est un point essentiel que rappelle d’ailleurs Le Monde dans son analyse du phénomène.
Le chômage était déjà orienté à la baisse avant 2017. Le taux était d’environ 10 % en 2016, puis 9,7 % début 2017.
Donc il serait incorrect d’écrire :
« Macron a fait passer le chômage de 10 % à 7 %. »
La formulation économiquement correcte serait :
« La baisse du chômage amorcée avant 2017 s’est poursuivie et amplifiée durant les premières années du macronisme. »
C’est très différent.
6. Les quatre grandes politiques Macron ont effectivement agi sur le marché du travail
Le bilan doit intégrer quatre mécanismes.
Premièrement : les allègements du coût du travail.
Ils constituent l’un des piliers de la politique de l’offre.
Le raisonnement économique est classique : diminuer le coût du travail, notamment sur les bas et moyens salaires, doit accroître la demande de travail des entreprises.
C’est une politique qui peut fonctionner.
Mais son rendement marginal devient progressivement faible : lorsque les exonérations deviennent très importantes, une partie de la dépense publique ne produit plus qu’un supplément limité d’emploi.
Deuxièmement : l’apprentissage.
C’est probablement l’une des réussites les plus spectaculaires de la période.
Les entrées en apprentissage sont passées d’environ 300 000 en 2017 à près de 900 000 en 2024. La Dares attribue cette explosion notamment à la réforme de 2018 puis à l’aide exceptionnelle instaurée en 2020.
Mais ici encore, il faut poser la question du coût.
Une partie des jeunes aurait probablement trouvé une formation ou un emploi sans cette subvention.
Il faut donc distinguer :
nombre de contrats supplémentaires
de
nombre d’emplois supplémentaires réellement provoqués par la subvention.
Troisièmement : les réformes de l’assurance-chômage.
L’objectif était d’augmenter l’incitation au retour à l’emploi.
Le raisonnement était :
rendre l’indemnisation moins favorable dans certaines situations → accélérer la reprise d’emploi → diminuer le chômage.
C’est cohérent économiquement, mais les effets sont beaucoup plus difficiles à isoler.
Quatrièmement : la réforme du marché du travail.
Les ordonnances Travail de 2017 ont notamment accru la flexibilité des entreprises.
L’objectif était de réduire le risque juridique associé à l’embauche et donc d’inciter les entreprises à recruter.
Là encore, l’effet existe potentiellement mais il est impossible de dire que l’ensemble de la baisse du chômage provient de cette réforme.
7. Le Covid brouille considérablement le bilan
C’est un élément que l’article aurait intérêt à davantage intégrer.
En 2020, le chômage a temporairement baissé selon le BIT pendant le premier confinement, non parce que l’emploi allait bien, mais parce que beaucoup de personnes avaient cessé de rechercher activement un emploi.
L’Insee souligne explicitement ce phénomène.
Puis le chômage est remonté.
Ensuite, l’État a massivement utilisé :
- chômage partiel ;
- aides aux entreprises ;
- prêts garantis ;
- aides à l’apprentissage ;
- soutien sectoriel.
Cela a évité une destruction massive d’emplois.
Donc une partie du « bilan emploi » de Macron est paradoxale :
l’État a énormément dépensé pour empêcher que le chômage explose pendant le Covid, puis a pu bénéficier du rebond économique post-Covid.
Il serait donc abusif d’attribuer intégralement la baisse 2020-2023 aux réformes structurelles.
8. Le véritable échec apparaît surtout après 2023
C’est probablement le point le plus important.
Le modèle macronien semblait fonctionner jusqu’en 2023 :
2017 → 2023 :
chômage ↓
emploi ↑
apprentissage ↑↑
activité ↑
taux d’emploi ↑
Puis :
2023 → 2026 :
croissance faible
investissement moins dynamique
emploi ralentissant
chômage ↑
déficit public ↑
contraintes budgétaires ↑
Le chômage est passé de 7,1 % environ à 8,3 %.
Et cette remontée n’est pas uniquement française : ralentissement européen, inflation, énergie, tensions géopolitiques, incertitude politique et économique jouent également.
Le Monde souligne précisément que l’inflation, les tensions géopolitiques et le ralentissement économique ont contribué au retournement depuis 2025.
Il serait donc excessif de dire :
« Macron a créé le chômage. »
Mais il est parfaitement légitime de dire :
« Macron n’a pas réussi à rendre durable la baisse du chômage nécessaire pour atteindre le plein-emploi. »
9. Le paradoxe central de la politique Macron
C’est ici que je pense que l’article du Parisien ouvre une question beaucoup plus profonde.
La stratégie Macron repose largement sur une équation :
baisse du coût du travail + flexibilité + aides aux entreprises + apprentissage + réforme de l’assurance-chômage → davantage d’emplois → plein-emploi → davantage de recettes → réduction des déficits.
Or la dernière partie de l’équation ne fonctionne pas.
La France obtient :
davantage d’emplois
mais pas suffisamment :
de croissance + de productivité + de recettes publiques + de réduction du déficit.
C’est un problème beaucoup plus sérieux que le seul taux de chômage.
10. Le vrai débat : politique de l’offre contre politique de la demande
C’est probablement le meilleur cadre pour comprendre la controverse.
La politique Macron a privilégié l’offre :
entreprise → investissement → production → emploi.
Ses adversaires répondent :
salaires → consommation → demande → production → emploi.
Mais il manque une troisième dimension :
production → compétitivité → exportations → croissance → emplois industriels.
Or c’est précisément là que le bilan français reste fragile.
On peut subventionner l’embauche dans une entreprise française.
Mais si cette entreprise perd des parts de marché face à une entreprise allemande, italienne, espagnole, chinoise ou américaine, la subvention ne règle pas le problème de compétitivité.
11. Et c’est là que le chiffre des 112 milliards devient politiquement explosif
Le débat ne devrait donc pas être :
« Faut-il aider les entreprises ? »
Mais :
« Quelles aides produisent effectivement de la croissance, de la productivité et des emplois supplémentaires ? »
Il faudrait classer les aides selon leur rendement :
Type d’aide
Objectif
Evaluation nécessaire
Allègements de cotisations
emploi
coût par emploi net
Apprentissage
insertion
emploi durable après formation
Crédit d’impôt
investissement/compétitivité
investissement additionnel
Subventions industrielles
réindustrialisation
valeur ajoutée créée
Aides énergétiques
survie
emplois réellement sauvegardés
Aides à l’innovation
productivité
brevets/CA/exportations
Aides territoriales
emploi local
emplois nets
Aides Covid
survie
entreprises/emplois sauvés
C’est cette analyse qui manque encore largement dans le débat public.
12. Mon diagnostic sur l’article
Je le résumerais ainsi :
Le Parisien a raison sur le diagnostic politique, mais son titre est trop catégorique sur le diagnostic économique.
Il est incontestable que :
- le plein-emploi promis n’est pas atteint ;
- le chômage est remonté à 8,3 % ;
- les dépenses publiques en faveur des entreprises sont considérables ;
- certains dispositifs comportent de forts effets d’aubaine ;
- la France n’a pas obtenu le rendement emploi attendu de toutes ces dépenses.
Mais il serait faux de conclure que :
« les aides aux entreprises n’ont pas créé d’emplois ».
Elles ont incontestablement contribué à l’emploi dans certains dispositifs, notamment l’apprentissage et certaines exonérations.
La vraie question est beaucoup plus sévère :
Combien d’emplois nets supplémentaires la France a-t-elle réellement obtenus grâce à ces aides, pour quel coût budgétaire, et quelle part aurait été créée sans elles ?
C’est cette question qui permettrait de juger réellement le bilan économique de Macron, plutôt que simplement de constater la remontée du chômage.
Et elle conduit à un constat particulièrement intéressant : la période 2017-2023 est plutôt une réussite relative en matière d’emploi ; c’est la transformation de cette amélioration en plein-emploi durable et en équilibre des finances publiques qui constitue l’échec majeur.
Si vous le souhaitez, je peux aller beaucoup plus loin et faire le bilan chiffré 2017-2026 de la politique de l’offre Macron : environ 15 à 20 principaux dispositifs, coût annuel cumulé des aides, emplois revendiqués, emplois réellement évalués, effets d’aubaine, coût par emploi créé et comparaison avec Hollande/Sarkozy — ce qui permettrait de tester précisément la thèse développée par l’article.