
Les personnalités qui ont progressivement pris leurs distances, jusqu’à des critiques sans appel
Plusieurs personnalités qui ont contribué à faire émerger, légitimer ou conseiller Emmanuel Macron en 2016-2017 ont progressivement pris leurs distances, parfois jusqu’à une critique très sévère.
- Jacques Attali
- Alain Minc
- Jean Pisani-Ferry
- Xavier Niel
- certains dirigeants de la French Tech
- certains responsables de la finance et du CAC 40 qui avaient vu Macron comme une garantie de modernisation économique
- Manuel Valls
- Gérard Collomb
- Jean-Yves Le Drian
- François Patriat
- plusieurs anciens socialistes ralliés à Macron
- Édouard Philippe
- Bruno Le Maire
- Gérald Darmanin
- certains juppéistes et sarkozystes
- Gabriel Attal
- Édouard Philippe
- certains anciens ministres et conseillers
- …
Attali et Minc sont deux cas particulièrement parlants.
Jacques Attali : du « vide » à la critique du bilan
Jacques Attali est un cas fondateur : c’est lui qui avait repéré Macron à Bercy et l’avait fait entrer dans son cercle intellectuel. En 2016, alors qu’il était encore très favorable à son ascension, Attali déclarait néanmoins que Macron « n’incarne que le vide », avant de préciser qu’il était « en train progressivement de le remplir ».
En 2017, Attali soutient ensuite explicitement Macron et est présent à la Rotonde le soir du premier tour.
Mais son soutien n’a jamais été inconditionnel. Dès 2016-2017, il reprochait à Macron de mettre trop de temps à « accoucher d’une vision » pour la France.
Et le contraste devient particulièrement intéressant en 2026 : Attali apparaît désormais beaucoup plus critique à l’égard de la politique menée et des choix effectués par l’exécutif. Cela ne signifie pas qu’il soit devenu un opposant politique classique : il se situe plutôt dans la catégorie des anciens inspirateurs qui considèrent que Macron n’a pas réalisé le potentiel qu’ils voyaient en lui.
Alain Minc : un retournement encore plus spectaculaire
Minc avait été un soutien important de Macron en 2017. Il voyait en lui le « seul candidat authentiquement européen ».
En janvier 2018, son enthousiasme était encore considérable. Il décrivait Macron comme :
« Bonaparte Premier consul »
et affirmait que « le regard change sur la France » et que « le monde entier est stupéfait et jaloux ».
Mais Minc devient progressivement beaucoup plus critique.
En novembre 2023, il formule une critique particulièrement révélatrice sur l’entourage présidentiel :
« Son problème, il n’est pas entouré de gens d’une immense qualité ».
Il ajoute qu’il est devenu, pour Macron, « comme un vieil oncle acariâtre » dont on écoute les avis « d’une oreille ».
Et en mars 2026, la rupture rhétorique devient spectaculaire : interrogé sur Macron dans Quelle époque !, Minc attribue 13/20 au premier quinquennat mais seulement 2/20 au second, en considérant notamment la dissolution de 2024 comme une décision « dramatique » qui a effacé une partie des réussites antérieures.
C’est probablement l’un des exemples les plus nets de dégradation du jugement d’un soutien historique de Macron.
Mais la liste est beaucoup plus large
Si votre objectif est de documenter le phénomène, je distinguerais au moins cinq catégories :
1. Les inspirateurs intellectuels
- Jacques Attali
- Alain Minc
- Jean Pisani-Ferry
2. Les soutiens économiques et patronaux
- Xavier Niel
- certains dirigeants de la French Tech
- certains responsables de la finance et du CAC 40 qui avaient vu Macron comme une garantie de modernisation économique
3. Les soutiens politiques venus de la gauche
- Manuel Valls
- Gérard Collomb
- Jean-Yves Le Drian
- François Patriat
- plusieurs anciens socialistes ralliés à Macron
4. Les soutiens issus de la droite
- Édouard Philippe
- Bruno Le Maire
- Gérald Darmanin
- certains juppéistes et sarkozystes
Ici, le phénomène est plus complexe : certains ne sont pas devenus anti-Macron, mais ont progressivement autonomisé leur position.
5. Les anciens collaborateurs devenus critiques
- Gabriel Attal
- Édouard Philippe
- certains anciens ministres et conseillers
C’est probablement cette dernière catégorie qui est politiquement la plus significative pour 2027 : Attal et Philippe ne contestent pas nécessairement toute l’œuvre macronienne, mais cherchent précisément à se différencier de Macron et à ne pas être enfermés dans son bilan. Les analyses récentes soulignent cette difficulté : les candidats centristes doivent désormais composer avec un héritage macronien devenu électoralement lourd.
Le cas Attali-Minc est particulièrement utile parce qu’il permet de montrer quelque chose de plus profond : le problème n’est pas simplement que Macron a perdu des soutiens ; certains de ceux qui avaient contribué à construire son image de réformateur, d’européen et de modernisateur considèrent désormais que le second quinquennat a dégradé, voire annulé, une partie de ce capital initial.
Un phénomène très net : une partie des personnalités qui avaient contribué à la construction intellectuelle, politique ou médiatique du macronisme ont progressivement cessé de défendre Macron, voire ont formulé des critiques très dures
Le phénomène est très net : une partie des personnalités qui avaient contribué à la construction intellectuelle, politique ou médiatique du macronisme ont progressivement cessé de défendre Macron, voire ont formulé des critiques très dures.
Les cas les plus significatifs :
Personnalité – Proximité initiale avec Macron – Moment du décrochage – Citation / position significative – Degré de rupture
Jacques Attali
Inspirateur dès Bercy, soutien de la candidature
Progressif
Critique récurrente de l’absence de vision et du fonctionnement du pouvoir
★★★
Alain Minc
Soutien très actif en 2017
2022-26
Évaluation très dégradée du second quinquennat : 2/20 selon ses déclarations rapportées en 2026
★★★★★
Jean Pisani-Ferry
Architecte économique du programme 2017
Progressif, très net en 2025
« Je me suis peu à peu transformé en vieux grognard du macronisme » ; « trop déçu pour adhérer encore »
★★★★★
Gérard Collomb
Premier grand rallié, ministre de l’Intérieur
2018
« Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler » ; critique du « manque d’humilité »
★★★★★
Nicolas Hulot
Grande caution écologiste du gouvernement
2018
« Les petits pas [ne] suffisent [pas] » face à la « tragédie climatique »
★★★★★
Édouard Philippe
Premier ministre, pilier du premier quinquennat
2024
« C’est le président de la République qui a tué la majorité présidentielle. »
★★★★★
Gabriel Attal
Ministre puis Premier ministre, héritier politique
2024
« Cette dissolution, je ne l’ai pas choisie, mais j’ai choisi de ne pas la subir »
★★★★
Bertrand Delanoë
Soutien de Macron en 2017
2024
Vote Glucksmann aux européennes et critique du « coup de barre à droite »
★★★★
Manuel Valls
Soutien/ralliement au macronisme après 2017
2024
Critique de la politique de Macron en Nouvelle-Calédonie : « mis à terre trente-six années de dialogue et de progrès »
★★★★
Agnès Pannier-Runacher
Ministre macroniste depuis 2018
2024
« La réforme de l’assurance chômage, pour moi, c’est non »
★★★
François Bayrou
Allié politique majeur de Macron
Plusieurs épisodes
Prises de distance ponctuelles sur la méthode et certaines déclarations présidentielles
★★
Daniel Cohn-Bendit
Soutien emblématique de 2017
1. Le cas Pisani-Ferry est probablement le plus révélateur
Pisani-Ferry avait participé à la campagne de 2017 parce qu’il croyait réellement au projet initial. En septembre 2025, il fait lui-même le bilan de cette évolution :
« Ceux qui, comme moi, s’étaient engagés sur un projet d’émancipation et d’égalité des règles avaient du mal à se retrouver dans la politique de l’exécutif. »
Puis :
« Je me suis peu à peu transformé en vieux grognard du macronisme : trop déçu pour adhérer encore, mais trop fidèle pour rompre vraiment. »
C’est extrêmement important : il décrit non pas une rupture idéologique immédiate, mais le déplacement progressif du curseur politique de Macron.
2. Collomb : le premier cercle qui se fissure
Le cas Gérard Collomb est encore plus politique.
Il fut le premier parlementaire socialiste à soutenir Macron et l’un des principaux artisans de son implantation à Lyon. En 2018, il commence pourtant à dénoncer publiquement le fonctionnement du nouveau pouvoir.
Il parle de « manque d’humilité » et surtout déclare :
« Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler. »
Il ajoute que ceux qui peuvent encore parler franchement à Macron sont les hommes du premier cercle : Ferrand, Castaner, Griveaux et lui-même.
C’est un indicateur très intéressant de la transformation du macronisme : le problème n’est plus seulement la politique menée, mais le rapport du président à son propre entourage et à la contradiction.
3. Nicolas Hulot : la première rupture symbolique
La démission de Hulot, en août 2018, constitue probablement la première grande alerte politique du quinquennat.
Il explique :
« Est-ce que les petits pas suffisent à endiguer, inverser et même à s’adapter […] ? La réponse est non. »
Et il estime que la politique gouvernementale n’est pas à la hauteur de l’urgence climatique.
Son départ est particulièrement lourd symboliquement parce que Macron avait fait de Hulot l’une de ses prises les plus prestigieuses et l’une des cautions de l’ouverture du « nouveau monde ».
4. Édouard Philippe : de la cohabitation à la rupture
Le cas Philippe est d’une autre nature.
Il ne devient pas anti-Macron. Il devient post-Macron.
La rupture politique s’accélère en juin 2024 après la dissolution. Philippe déclare :
« C’est le président de la République qui a tué la majorité présidentielle. […] Il a décidé de la tuer. Très bien. On passe à autre chose. »
Le symbole est particulièrement fort : le visage de Macron est même retiré d’un tract électoral de la majorité soutenue par Philippe.
Le phénomène est désormais pleinement assumé : Philippe construit sa propre offre politique pour 2027. Les analyses de 2026 soulignent d’ailleurs que Philippe et Attal cherchent tous deux à se différencier de l’héritage macronien tout en conservant certaines de ses orientations.
5. Gabriel Attal : « tuer le père »
Attal est encore plus intéressant psychologiquement et politiquement.
En janvier 2024, il devient Premier ministre en affirmant encore devoir « tout » à Macron. Mais la dissolution de juin 2024 constitue un point de bascule.
Il déclare :
« Cette dissolution, je ne l’ai pas choisie, mais j’ai choisi de ne pas la subir. »
Puis il commence à construire son propre récit du macronisme.
En décembre 2024, devenu secrétaire général de Renaissance, il lance même un « inventaire du macronisme », avec l’objectif d’analyser les raisons des désillusions et de consulter notamment les anciens soutiens de 2016.
C’est un changement majeur : on passe du soutien au président à l’évaluation historique de son mouvement.
6. Bertrand Delanoë : le décrochage de la gauche réformiste
C’est un cas moins spectaculaire mais politiquement très révélateur.
Delanoë avait soutenu Macron en 2017. En avril 2024, il annonce qu’il votera pour Raphaël Glucksmann aux européennes.
Le Point présente explicitement cette décision comme celle d’un ancien soutien de poids de Macron qui prend ses distances, notamment en raison du « coup de barre à droite » du second quinquennat.
Il ne s’agit donc pas d’un rejet du réformisme ni de l’Europe : c’est précisément depuis la gauche sociale-démocrate européenne qu’il prend ses distances avec Macron.
7. Manuel Valls : le paradoxe du soutien devenu critique
Le cas Valls est particulièrement intéressant parce qu’il illustre la complexité du phénomène.
En novembre 2024, avant de revenir au gouvernement, il attaque très durement la politique de Macron en Nouvelle-Calédonie :
« mis à terre trente-six années de dialogue et de progrès »
et dénonce « l’entêtement imbécile, irresponsable et criminel » d’un président « mal entouré » et « mal conseillé ».
Puis il accepte de devenir ministre de Macron sous Bayrou.
Il faut donc le classer non pas parmi les ruptures définitives, mais parmi les soutiens devenus critiques tout en restant disponibles pour exercer des responsabilités.
Il y a trois vagues de désaffection.
2018 : les premières désillusions.
Hulot et Collomb sont les deux cas emblématiques.
- Hulot : « ce n’est pas à la hauteur ».
- Collomb : « manque d’humilité », pouvoir de plus en plus fermé.
C’est la première fissure du récit du « nouveau monde ».
2022-2024 : la désillusion politique.
Après le second quinquennat, la question n’est plus seulement celle des réformes mais celle du mode de gouvernement, de la verticalité, du déficit, de la crise démocratique et de la dissolution.
Philippe et Attal commencent à se construire contre une partie de l’héritage présidentiel.
2025-2026 : le bilan historique.
C’est ici que le phénomène devient vraiment intéressant.
Pisani-Ferry ne dit plus simplement « je ne suis pas d’accord avec telle réforme » : il explique que le macronisme de 2017 n’est plus celui auquel il avait adhéré.
Minc va beaucoup plus loin dans son jugement sur le second quinquennat.
Et en 2026, le problème est devenu structurel : les candidats issus du macronisme — Philippe, Attal, mais aussi d’autres — doivent désormais hériter de Macron sans apparaître comme ses héritiers. Le Monde relève précisément cette difficulté à l’approche de 2027.