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Maslow pour notre siècle

PRÉSENTATION

Les origines de la théorie

La pyramide des besoins, ou pyramide de Maslow, est une représentation pyramidale de la hiérarchie des besoins. C’est une théorie de la motivation élaborée à partir des observations réalisées dans les années 1940 par le psychologue Abraham Maslow. L’article où Maslow expose pour la première fois sa théorie, A Theory of Human Motivation, est paru en 1943.

C’est en 1970, dans la deuxième édition de son ouvrage Motivation and Personality, qu’apparaît l’exposé le plus complet de sa théorie de la motivation : la hiérarchie des besoins. Recherchant ce qui se cache derrière ces motivations, il met au jour cinq (groupes de) besoins fondamentaux : les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour, les besoins d’estime et le besoin d’accomplissement de soi. Cette taxinomie des besoins est, selon Maslow, universelle. En effet, le caractère particulier d’une motivation a pour origine les nombreux déterminismes tels que la culture, le milieu social ou l’éducation. Ainsi, une personne peut satisfaire son estime en étant reconnue comme un bon chasseur par ses pairs et une autre en possédant du pouvoir. Derrière chaque motivation ou chaque objet de désir se cache un besoin fondamental.

Maslow découvrit par la suite que les besoins s’inscrivaient dans le cadre d’une hiérarchie. Tous les besoins sont continuellement présents, mais certains se font plus sentir que d’autres à un moment donné. Par exemple, une personne démunie de tout est capable de mettre en péril sa vie pour se nourrir (dans ce cas, on observe que les besoins physiologiques ont plus d’importance que les besoins de sécurité). Autre exemple : le bizutage (les besoins d’estime ne se font pas sentir avant que les besoins d’appartenance ne soient relativement satisfaits). Lorsqu’un groupe de besoins est satisfait un autre va progressivement prendre la place selon l’ordre hiérarchique suivant : besoins physiologiques > besoins de sécurité > besoins d’appartenance et d’amour > besoins d’estime > besoin d’accomplissement de soi.

De nombreux malentendus

La représentation de la hiérarchie des besoins sous la forme d’une pyramide a généré bon nombre de malentendus et, par là même, des critiques parfois infondées. On trouve principalement parmi celles ci :

  1. l’émergence soudaine des besoins ;
  2. la satisfaction absolue des besoins.

Autrement dit, cette représentation a véhiculé l’idée selon laquelle un besoin doit être satisfait à 100 % avant que le besoin suivant émerge. Maslow nuançait cette apparente fixité à deux égards.

Il notait d’abord une progressivité dans le passage d’un échelon à un autre « comme si le citoyen moyen était satisfait à 85 % dans ses besoins physiologiques, à 70 % dans ses besoins de sécurité, à 50 % dans ses besoins d’amour, à 40 % dans ses besoins d’estime, et à 10 % dans ses besoins de réalisations. »1

Il remarquait ensuite une seconde progressivité dans l’apparition de l’échelon suivant : « Comme pour le concept d’émergence d’un nouveau besoin après satisfaction d’un besoin primaire, l’émergence n’est pas un phénomène soudain mais plutôt une émergence lente et graduelle à partir du néant. Par exemple, si le besoin primaire A est seulement satisfait à 10 %, alors le besoin B ne sera pas visible du tout. Pourtant, si le besoin A est satisfait à 25 %, le besoin B peut apparaître à 5 %, si le besoin A est satisfait à 75 % le besoin B peut apparaître complètement et ainsi de suite. »1

Ces deux nuances oubliées avec le temps accordent davantage de flexibilité à la théorie et permettent d’y intégrer certaines différences individuelles.

Une actualisation pour le XXI° siècle: le BIEN COMMUN plutôt que le progrès

Karin Boras nous propose cette actualisation que nous publions ici

ARTICLE

MASLOW ADAPTÉE POUR LE XXI° SIÈCLE, Karin Boras

La « marque entreprise » concernée ?

En 2013, un sondage[1] a interrogé des Collaborateurs sur leur engagement dans leur entreprise. En France, seulement 11% sont engagés, 61% ne sont « pas engagés » et 28% sont vraiment « désengagés ».

Et pourtant depuis plus de 70 ans, la pyramide mythique est notre outil de référence pour analyser et satisfaire les besoins de nos Collaborateurs et Clients. Comment est-il possible qu’en ayant torturé la pyramide de Maslow dans tous les sens, pour trouver du sens, apporter du sens… notre motivation s’en trouve malgré tout, « sens dessus-dessous » ? 

La pyramide ne serait-elle plus qu’une partie de la recette miracle ?

Abraham Maslow a cherché pendant 19 ans, ce qu’il y avait au-dessus du dernier étage. [i]Car il était persuadé que l’Homme avait le désir de dépasser son individualité pour « entrer dans une communion » et qu’il avait « envie de s’engager au service de quelque chose qui le dépasse ».  Visionnaire, il avait perçu que les besoins n’étaient pas toujours des critères suffisants de motivation. D’ailleurs aujourd’hui et d’une manière de plus en plus forte, les Collaborateurs et les Clients ont de plus en plus, des « envies » qui dépassent leur individualité : ils sont en recherche d’un sens qui les dépasse. Ils souhaitent que leur action soit en cohérence avec leurs valeurs et que cela s’inscrive dans une « œuvre » collective, autant dans leur acte de travail que dans leur acte d’achat.

S’adapter au XXI° siècle ?

Maslow a créé un outil qui était ancré dans les années 1945. A cette époque, la valeur fondamentale était le « progrès » : la pyramide y a parfaitement répondu, en bon petit soldat pendant 70 ans. Cette vieille dame pourtant toujours très populaire, se demande pourtant si elle est toujours dans le coup : en effet, notre société du XXIème siècle est basée sur une valeur globale non plus de « progrès » mais de « progrès responsable ». La question qui se pose désormais, n’est plus uniquement celle de nos besoins, mais celle de notre conscience : comment accomplissons-nous notre part, dans la protection ou la construction d’une œuvre collective, au profit du Bien Commun ?

Kesako « Bien Commun » ou sociétal ?

Mais qui comprend vraiment cette notion bizarre qui n’a pas cours, dans tous les cours sur l’économie, la gestion des entreprises, les écoles de commerce, etc… ? En plus, nous confondons souvent social et sociétal. Le Social c’est ce que qui concerne l’individu, l’Être Humain, et le Sociétal concerne le « Bien Commun ».

C’est ce trésor, en accès libre et gratuit, que nous nous partageons sans même nous en rendre compte. C’est une sorte de Banque généreuse, dans laquelle nous puisons gratuitement sans limites, et qui aujourd’hui crie que nous sommes toutes et tous de l’espèce des Homo Madoffus. Car notre Bien Commun est en faillite autant économique, qu’environnementale et sociale. Nous le savons toutes et tous.

Le Sociétal, un résultat ?

Le Sociétal est la conséquence sur la collectivité, de nos actes économiques, sociaux et environnementaux. Et nous avons le choix d’opter pour une conséquence « externalité positive », lorsque nous apportons quelque chose au Bien Commun ou une conséquence « externalité négative », lorsque nous amputons le Bien Commun de quelque chose.

Est-ce nous qui payons nos inconséquences ? Non, c’est l’ensemble des Êtres Humains qui paye les pots que nous cassons. C’est pour cela que les entreprises engagées sociétalement sont dites « responsables », car elles réfléchissent aux conséquences de leurs actes sur le Bien Commun.

Mais pour être responsable et répondre aux attentes des Parties Prenantes, comment emmener toute l’entreprise dans le changement ?

Œuvrer au lieu de travailler ?

En effet, lorsqu’on a bien tourné autour de soi, pour soi, avec soi, dans la pyramide de Maslow on peut se rendre compte qu’il y a d’autres personnes, et d’autres sujets que soi. Cette prise de conscience nous emmène directement dans la seconde partie de cette double pyramide transformée en spirales afin de permettre aux bonnes énergies de circuler librement.

La spirale du bas représente « comment moi en tant qu’individu je vais chercher le meilleur de moi-même » pour l’apporter à la spirale du haut « agir en intelligence collaborative pour créer des actions efficaces au profit du Bien Commun » ?

Il ne s’agit plus de travailler, mais œuvrer ensemble, afin d’avoir une utilité sociétale qui profite à chacun. Se déclenche alors une motivation puissante collective et partagée : nous nous engageons au service non pas d’une entreprise, mais au service de quelque chose qui nous dépasse. Nous participons à la protection de notre Bien Commun. Bonne nouvelle : si les conséquences négatives sont collectives, les solutions positives sont collaboratives.

Associer besoins et envies, la clef des nouvelles stratégies gagnantes ?

Cette association de spirales est un outil de réflexion simple, qui permet d’identifier les besoins (bas) et les envies (haut) à titre privé ou collectif, des Collaborateurs, des Clients, des groupes de projets, voire de l’entreprise. Ce schéma permet aussi de bâtir une stratégie RH, marketing ou de marque.

Ce duo de spirales, lorsqu’il est partagé avec les Collaborateurs permet de redonner du sens au travail, au produit, à la marque. L’intelligence collective apparait naturellement, car la seconde spirale est basée sur « l’envie » de participer et d’être acteur pour une « cause ». Une idée humaniste, sociale ou environnementale enthousiasme les collaborateurs qui entrent ainsi dans une communauté de valeurs personnelles et collectives, de pensées et d’actions. C’est tout naturellement que chacun va donner le meilleur de lui-même, et va se mettre en association avec les autres : par exemple, les juniors et les seniors enfin mis en complémentarité.

Pour réussir cela, une recette miracle : laisser l’autonomie dans l’intelligence collaborative. Le rôle de l’entreprise est dès lors d’accompagner et de donner les outils et les moyens nouveaux et nécessaires, afin que puissent se créer de vraies dynamiques enthousiasmantes pour les collaborateurs et la marque.

Lorsqu’elle est partagée avec les Clients, cette double spirale permet de motiver sur la marque, en créant une différence qui a du sens : ensemble nous partageons une idée sociétale qui est profitable à tous. A chacun de jouer son rôle : à l’entreprise d’être un acteur innovant et vertueux, au client d’être un acheteur de cette solution profitable à toutes et tous. C’est ce qu’a créé Emmanuel VASSENEIX avec « La marque du consommateur [ii]», il a redonné du sens à toute la chaine : du producteur au consommateur. C’est aussi ce qu’a créé Compta-durable [iii]pour mesurer l’impact sociétal de la marque et l’intégrer au bilan de l’entreprise.

Un outil efficace pour accroitre la puissance de la marque ?

La marque ainsi renouvelée s’inscrit dans son époque par ses convictions, mais aussi par ses actes réels et efficaces. Il faut distinguer ici, le discours sur les actes et l’efficacité réelle des actions. Les marques qui jouent trop la carte du marketing d’opportunité, mais pas de réalité, ont des soucis à se faire car leurs collaborateurs vivent la réalité et comparent le décalage entre la réalité et la communication.

Un nouvel outil très simple, d’évaluation ?

[iv]Ce nouveau schéma, outre le fait d’être un outil de différence stratégique et un outil de réalisation opérationnelle, est aussi un outil d’évaluation.

Car comment faire pour mesurer simplement, gratuitement et rapidement, l’utilité sociétale d’un projet, d’un produit, d’une marque, d’une stratégie, OU d’une entreprise ?

Chacun pourra s’auto-évaluer en tant que collaborateur, groupe de travail, ou service, afin de situer son degré de maturité sociétale.

On découvre (1° niveau), on cherche quelle action (2° niveau), on a commencé (3° niveau), on innove (4° niveau), on entraine (5° niveau) dans notre sillage des Parties Prenantes externe pour partager nos innovations et nos nouveaux savoirs et apporter notre nouvelle expérience à d’autres entreprises. En sachant que nous ne pourrons résoudre les enjeux du XXI° siècle que tous ensemble : nous réussirons tous ensemble, ou nous échouerons tous ensemble. Et les entreprises qui restent sur la spirale du bas auront beaucoup de difficultés à s’en sortir.

Quels sont les liens entre les deux spirales ?

Pas besoin d’être au niveau le plus élevé de la spirale de Maslow pour être leader charismatique. Les deux spirales ne sont pas synchronisées par rapport à leur avancement respectif. L’énergie individuelle qu’on apporte au collectif doit circuler librement entre le haut et le bas. C’est un outil de liberté qui ne doit pas être utilisé sous la contrainte, mais avec envie, par toutes et tous.

Des spirales vertueuses ?

Ce qu’on crée en haut devient un enrichissement personnel. En bas, on accroit ce nouvel enrichissement pour l’apporter à nouveau à la spirale du haut.

Alors, spiralons gaiement ?


[1] Gallup « State of the global Workplace”

[i] https://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham_Maslow

[ii] C’est qui le patron ? La marque du Consommateur

[iii] développement de nouveaux instruments pour une comptabilité qui prend en compte le capital naturel et le capital humain.

[iv] Maslow et le XXI° siècle par Karin Boras Editions e-quick-reads septembre 2017

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