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« PEUT-ON ENCORE CROIRE AUX SONDAGES ? » AVEC FRÉDÉRIC DABI ET BRUNO CAUTRES.

Les résultats du premier tour des élections régionales ont spectaculairement déjoué les sondages

C’est en particulier une abstention plus massive, un RN à un niveau moins élevé qu’attendu, les bons scores des sortants de gauche ou de droite, le faible score de LREM. De quoi relancer les questionnements sur leur fiabilité au cours des dix prochains mois, jusqu’à la présidentielle.

Nos publications récentes :

RADIOGRAPHIE DE LA DÉMOCRATIE. « NAUFRAGE » DES SONDAGES ? LES LEÇONS DU 20 JUIN 2021. https://metahodos.fr/2021/06/22/fragilites-et-enigmes-dun-sondage-electora/

RN et LREM, LES DUELISTES AUTOPROCLAMÉS DU 2°TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE 2022 SONT LES PERDANTS DU 1° TOUR DES RÉGIONALES 2021. – MAJ –https://metahodos.fr/2021/06/22/fragilites-et-enigmes-dun-sondage-electora/

La mutation de notre vie démocratique

Le taux de participation historiquement bas au premier tour des élections régionales, dimanche 20 juin, impose de comprendre les motivations des abstentionnistes. Mais, au-delà, certains chercheurs soulignent la mutation profonde de notre vie démocratique.

ARTICLE

Peut-on encore croire aux sondages ?

Recueilli par Hippolyte Radisson et Mathieu Castagnet, LA CROIX, le 21/06/2021

« Des instruments en constante évolution »

Frédéric Dabi, directeur général de l’Institut français d’opinion publique (Ifop)

Le meilleur moyen de saisir une opinion reste le sondage. Il permet de mesurer un rapport de force électoral. Ce n’est pas une prédiction pour autant. Cet outil m’épate souvent par sa régularité, mais il reste un instrument friable qui peut être impacté par un fait inédit, comme cette abstention massive. Elle n’avait jamais été aussi forte depuis septembre 2000, lors du référendum pour le passage au quinquennat !

La mauvaise estimation dans une série de régions vient de cette abstention plus haute que prévu. Nous l’estimions à 60-62 %, elle a été de 67-68 %. Ce qui a bouleversé le rapport de force mesuré par les instituts. Cela a conduit à une mauvaise estimation du vote Rassemblement national, car il s’agit d’un vote populaire et jeune, le plus touché par les segments de population qui s’abstiennent. La preuve : les deux régions où l’Ifop a été plutôt très proche du rapport de force électoral réel, c’est l’Île-de-France et la Corse, où le RN est une force secondaire.

Mais il faut souligner que beaucoup des enseignements sortis de nos enquêtes ont été confirmés : la forte abstention et la prime aux présidents sortants notamment. Et que les sondages ont eu une bonne prise en compte des rapports de force durant les dernières échéances électorales.

Le comportement abstentionniste devient massif et majoritaire, mais il reste peu dicible, peu avouable. Il y a donc eu un décalage dans le déclaratif des Français, certains répondaient être tout à fait sûrs d’aller voter, alors qu’ils n’y sont pas allés. Cela brouille les repères. Il y a une part d’aléatoire.

Il nous revient désormais de trouver des moyens de rendre l’abstentionnisme un peu moins caché. Pour dénicher des électeurs du RN qui ne l’avouaient pas, nous avons essayé de poser des questions avec des échelles d’attitude, comme : « Êtes-vous de temps en temps d’accord avec les idées du RN ? ». C’est un bon moyen d’approche.

Nous allons peut-être devoir essayer ces techniques avec l’abstention : « Condamnez-vous les personnes qui s’abstiennent ? Ont-elles raison ? » Cela permettrait de trouver chez le sondé une empathie envers les abstentionnistes, afin d’identifier, de manière totalement empirique, davantage d’abstentionnistes.

Sans doute sommes-nous également touchés par la défiance envers les corps intermédiaires. Mais nous sommes des instituts privés, indépendants et contrôlés par la Commission des sondages. Nous avons forgé notre arsenal pour avoir, le plus possible, une mini France réaliste dans nos échantillons. Bien sûr, ce n’est jamais parfait, mais ça l’est beaucoup plus que par le passé.

Nous avons rajouté un niveau de quota de diplôme, car on sait que moins on est diplômé, moins on répond aux sondages, ainsi que le fait de payer ou non l’impôt sur le revenu. Une série de mesures pour que l’échantillon ressemble à la France.

►« Les sondeurs ont du mal quand la participation est faible »

Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences-Po

Il ne faut pas tout mélanger lorsqu’on parle des sondages. Distinguons les sondages en général, de ceux qui portent spécifiquement sur les intentions de vote. En règle générale, la méthode du sondage est très fiable. C’est un instrument scientifique largement utilisé et éprouvé qui consiste à extraire un échantillon de manière aléatoire afin de l’étudier et d’en tirer des enseignements sur un ensemble plus grand. Une analyse par prise de sang, c’est un sondage et personne n’oserait prétendre que la méthode n’est pas incroyablement fiable.

Les sondages d’intention de vote, n’en constitue donc qu’une catégorie. Et contrairement à ce qui se dit parfois, ils ne se trompent pas toujours, même si l’on parle beaucoup des trains qui arrivent en retard et pas de ceux qui sont à l’heure. À la présidentielle de 2017 par exemple, il n’y a pas eu de surprise : les sondages ont correctement prédit ce qui allait se passer.

Cette fois-ci en revanche, ils se sont avérés fortement en décalage avec les résultats. Même en tenant compte de la marge d’erreur, qu’oublient trop souvent de mettre en avant ceux qui commentent les sondages, les prévisions ont été démenties. C’est un problème qui s’était déjà manifesté plusieurs fois sur des élections à faible participation car cela entraîne une dynamique que les sondeurs ont du mal à comprendre.

3 réponses »

  1. Bonjour Thierry,Pour avoir côtoyé un temps une direction de parti politique, il m’est apparu alors que les sondages étaient des outils de propagande : si vous payez, votre référencement augmente. Si vous ne payez pas, votre référencement stagne.Bien amicalementJean-Marc

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