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ELISABETH QUIN : POUR UNE INFORMATION VERIFIEE, PESEE, HIERARCHISEE.

Extraits de l’article de Clémence Duranton : une hiérarchisation trop rare

« La hiérarchisation de l’info laisse à désirer. Les orages occupent dix ou douze minutes d’antenne alors qu’il y a une guerre en Ukraine… »

« Laurent Delahousse – « Belle Mèche », l’a-t-elle surnommé – est taquiné gentiment, Anne-Claire Coudray, décrite comme « très bien ». En revanche, quand il s’agit de la concurrence, elle reste bonne joueuse. «

« Amener du divertissement dans l’info, pourquoi pas. Cyril Hanouna a des prétentions à intervenir et à orienter le débat politique, et pour moi il sort de son champ de compétence. »

« Mais chez Yann Barthès, qui est un ami, l’info vérifiée, présentée de façon stimulante, peut permettre d’attraper le téléspectateur et d’éveiller son esprit critique. «

« Quant à “C à vous”, c’est une émission d’accueil très bien faite. On est tous complémentaires. »

Article

Elisabeth Quin: « La hiérarchisation de l’info laisse à désirer »

Paris Match, Publié le 24/01/2022 Clémence Duranton

« 28 minutes » fête ses 10 printemps sur Arte. Le prétexte idéal pour parler actualité, médias et santé avec l’animatrice, d’une honnêteté bienvenue. 

Sa coupe garçonne, ses pulls colorés et son regard rieur ont convaincu les téléspectateurs d’Arte. « 28 minutes » – qui en dure quarante-cinq – se veut depuis une décennie le rendez-vous où l’actualité internationale est reine et les invités plutôt politologues ou sociologues que « stars ». D’ailleurs la présentatrice de l’émission n’aime pas ce mot, « star ». Aux champions du box-office, Jean-Paul Rouve, Franck Dubosc ou autres, Élisabeth Quin préfère Emmanuel Carrère et Pedro Almodovar. « On fait tout pour ne pas être élitiste et pour ne pas tomber dans l’entre-soi, mais on a peu d’invités, il faut faire des choix », dit-elle. Sur son plateau, le sérieux se saupoudre d’une petite pointe d’humour… Sans supplément langue de bois.

Car Élisabeth Quin est connue pour son franc-parler. À ses débuts, alors chroniqueuse cinéma, elle était la terreur des réalisateurs, tremblants d’entendre ce qu’elle avait pensé de leur chef-d’œuvre. « Ma parole était très libre. Il faut différencier la promo de la critique. » Sa passion pour Hollywood étant intacte, la puriste du grand écran n’est pas tendre envers les plateformes. Que Martin Scorsese puisse produire un film pour Netflix lui donne envie de lancer une révolution. Impardonnable que les réalisateurs ne soient pas plus montés au créneau ! Impensable, cette discrimination contre les « non-abonnés » ! « Le cinéma, c’est l’inclusion, le film, c’est la salle. Point barre. Devant Netflix, les gens font quoi ? Ils boivent un Coca-Cola et se branlotent tout seuls ! »

Cyril Hanouna a des prétentions à orienter le débat politique, et pour moi il sort de son champ de compétence

Au diable Netflix et Amazon donc, son temps, elle le donne aux romans qu’elle avale, à l’en croire, depuis sa naissance. Chaque matin, c’est la presse papier qu’elle dévore, la radio en fond sonore. Et elle s’amuse de voir la réaction des gens quand elle affirme ne pas regarder la télé. À l’exception du JT, et seulement le dimanche. « La hiérarchisation de l’info laisse à désirer. Les orages occupent dix ou douze minutes d’antenne alors qu’il y a une guerre en Ukraine… » Laurent Delahousse – « Belle Mèche », l’a-t-elle surnommé – est taquiné gentiment, Anne-Claire Coudray, décrite comme « très bien ». En revanche, quand il s’agit de la concurrence, elle reste bonne joueuse. « Amener du divertissement dans l’info, pourquoi pas. Cyril Hanouna a des prétentions à intervenir et à orienter le débat politique, et pour moi il sort de son champ de compétence. Mais chez Yann Barthès, qui est un ami, l’info vérifiée, présentée de façon stimulante, peut permettre d’attraper le téléspectateur et d’éveiller son esprit critique. Quant à “C à vous”, c’est une émission d’accueil très bien faite. On est tous complémentaires. »

La journaliste est bavarde, drôle, charmante. Déformation professionnelle, elle anticipe certaines questions et part bille en tête sur le terrain féministe, qu’elle connaît bien. Car être une femme de plus de 35 ans (« et aux cheveux gris ! ») en télévision pose problème. « On se met une pression physique et vestimentaire, on doit être avenante et souriante. Un Pascal Praud au féminin, c’est Élisabeth Lévy et c’est immédiatement taxé d’hystérie. Quand on considère que Pascal Praud, lui, a des convictions. Rien n’a vraiment changé. » Le secteur a malgré tout évolué depuis ses débuts. Le zapping, les chaînes d’information continue, les réseaux sociaux et la défiance du public n’étaient pas tendance avant l’an 2000. « Les gens adorent nous détester. Ceux qui se méfient des “sachants” disent regarder CNews. Donc CNews n’est pas du journalisme comme ailleurs ? Quelque chose m’échappe. »

Lire aussi.Elisabeth Quin : la vue devant soi

De son sac dépassent « Les méduses n’ont pas d’oreilles », premier roman d’Adèle Rosenfeld, autour de la surdité. Voilà qui lui parle, elle qui est atteinte d’un double glaucome qui pourrait lui faire perdre la vue – « Faites-vous dépister », martèle-t-elle. Elle en a fait un ouvrage bouleversant en 2019, mais malheur à celui qui parlerait de littérature, elle laisse ça aux « vrais » écrivains. « Vous avez compris que je disais tout ce que je pense », déclare-t-elle en guise d’au revoir. En effet. Et surtout ne changez rien !

« 28 minutes », sur Arte, du lundi au samedi, à 20 h 05.

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