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L’ALERTE DE JEAN-LOUIS BORLOO (ÉPISODE 3)

VOIR EPISODE 1 :  https://metahodos.fr/2022/04/03/lalerte-de-jean-louis-borloo-presquinentendue-elle-est-essentielle-pourtant-episode-1/

VOIR EPISODE 2 : https://metahodos.fr/2022/04/04/episode-2/

EPISODE 3

Pourtant parfois des coalitions réussissent à s’organiser

Les Valenciennois ont gagné la bataille des implantations de Sevelnord, de Peugeot-Fiat (3.000 emplois), de Toyota (près de 5.000 emplois), de Mercedes, de Simoldes, bref, les dernières grandes épopées industrielles.

Nous avons bâti la coalition de tous les acteurs, pour répondre à l’ensemble des problématiques de ces implantations : le coût de l’énergie et sa disponibilité, le coût de l’eau et son traitement, trouver des terrains bord à canal, bord autoroute et reliés de manière ferroviaire, les liaisons avec les grands ports, l’autoroute et le canal, garantir la durée des fouilles, la capacité de formation professionnelle, traiter des problèmes de santé spécifiques à nos amis japonais, l’accueil par les logements et dans les écoles, l’accueil des femmes des expatriés.

Cette coalition était composée de la chambre de commerce et d’industrie, de la chambre d’agriculture pour négocier les terrains adaptés avec une compensation pour les agriculteurs, de toutes les communes de l’arrondissement, des services de l’Etat, le Sous-Préfet et un Préfet spécifiquement nommé pour ces implantations, la direction de l’équipement, la direction de l’industrie, la région, le département, les organisations syndicales, bref, une grande coalition, discrète, précise, répondant aux questions, une équipe unie agissant avec rapidité et fiabilité.

Maire de Valenciennes, je n’en étais que le tiers de confiance, les implantations n’étaient pas faites sur ma commune, et allaient bien au-delà du budget de celle-ci. C’est cette coalition qui a gagné en finale.

Dans les années 2000, la situation dans les banlieues françaises était catastrophique. Pas un jour sans des affrontements sporadiques et localisés, un habitat indigne, des quartiers enfermés sur eux-mêmes, véritables cicatrices dans le tissu urbain, un taux de chômage explosif, une jeunesse exclue et désespérée, des cages d’escaliers dévastées, des décès dans des incendies, une délinquance explosive et une violence quotidienne. Dans une centaine de quartiers, partout sur le territoire, les pouvoirs publics de base ne rentraient plus ou avec difficulté.

En 2003 et 2005, toute la nation, tous les acteurs se sont unis, et le Parlement a donné à chacun les moyens et la feuille de route. Les villes, les agglomérations, les régions, les départements, l’Etat, le monde HLM, le monde éducatif, la CNAF, les gestionnaires fonds européens, les syndicats, les entreprises avec un effort de recrutement ciblé, les talents des cités, ont décrété la mobilisation générale pour nos quartiers. Dans tous les domaines, les adultes-relais (essentiellement des mamans de ces quartiers), les zones franches urbaines (Jean-Claude Gaudin), une Dotation Sociale Urbaine de 600 millions d’euros pour les quartiers, les équipes de réussite éducatives, la modification de la politique de la petite enfance, l’effort en matière de santé et de prévention, des moyens renforcés de Pôle Emploi et des missions locales, et enfin la rénovation urbaine en complément du doublement de la production de logements entre 2002 et 2007.

C’était un véritable branle-bas de combat. Dans tous les quartiers le débat avait lieu sur la prolongation ou l’extension des zones franches, sur la mise en place des équipes de réussite, sur les barres à détruire, l’endroit où il fallait reconstruire en accord avec la population.

La rénovation urbaine a été un des plus grands chantiers de France : 200.000 destructions et reconstruction, 600.000 résidentialisations, croissance des équipements publics, 30 kilomètres d’avenues créées pour aérer les quartiers, en très peu d’années. L’histoire d’une réussite et d’un arrêt incroyable.

L’ANRU n’était pas dirigée par l’Etat.

Son Conseil d’Administration comprenait : un représentant des maires et des coopérations intercommunales, des conseillers régionaux et des départements, des représentants d’organismes du logement social, de la Caisse des Dépôts, de l’ANAH, toutes les grandes organisations syndicales, toutes les grandes associations, trois personnes qualifiées qui pouvaient être parlementaires, et pour l’Etat, les ministères du logement, de l’outre-mer, des affaires sociales, du développement durable, des finances.

Quelle énergie et quelle efficacité se dégageaient de cette grande coalition ! L’agence n’était que le facilitateur, le coordinateur, le soutien, pour que dans chaque quartier, sous le pilotage de la mairie, chacun soit sûr de l’action des autres. Les financeurs étaient autour de la table et décidaient en direct. Ministre à l’époque, j’ai toujours refusé de présider l’Agence pour combattre l’idée tellement ancrée que l’Etat exerçait la tutelle. J’en étais un membre actif, à disposition. Le premier président était un élu, Jean- Paul Alduy, maire de Perpignan.

Et puis, petit à petit, l’espoir et la paix publique revenus, une tutelle normative et tatillonne a été imposée à l’Agence. Des dossiers de plus en plus complexes à monter et la confiance se réduisant, le programme s’est essoufflé au point d’être quasiment arrêté pendant cinq ans. Comme se sont éteints l’ensemble des moyens de soutien humain qui avaient été mis en place : les zones franches, les adultes- relais, le soutien aux associations…

Une coalition c’est le principe même du fonctionnement des collectivités locales. Certes, une collectivité locale n’est pas l’Etat, ce n’est pas un pays, mais les méthodes de management opérationnel relèvent toujours des mêmes logiques.

Un maire n’est pas le simple exécuteur de son budget. Le maire n’a aucune action directe sur son université, ses collèges, ses lycées, la chambre de commerce et d’industrie, la chambre d’agriculture, les services de l’Etat, le département, la région, l’intercommunalité, le logement etc… C’est simplement un tiers de confiance, un leader humble qui permet de fédérer l’ensemble des forces vives de sa ville et de son agglomération pour donner un avenir à ses concitoyens.

Ayant ouvert le moteur, vous avez pu constater avec moi l’incroyable complexité de notre gouvernance publique, des doublons, des fuites, des tuyaux qui ne sont pas reliés entre les différentes fonctions vitales du pays, une perte d’efficacité, un début de désespérance dans l’action publique, compensés par de nouvelles mesures et de nouvelles dépenses.

Aucun des acteurs ne peut parvenir seul à restaurer les poutres qui tiennent notre maison commune.

Mais vous avez pu constater également la puissance disponible de l’armée de l’action publique si elle est coordonnée. Les partenaires sociaux et les fonctionnaires des trois fonctions publiques n’ont pas choisi ce métier par hasard. Il y a en chacun d’eux un supplément d’âme et de République : servir la France, livrer les batailles essentielles. Mais il faut pour cela écrire des feuilles de route claires et précises.

L’évidence nous amène à deux exigences :

  • La France ne peut rester dans cette situation d’hybridation de pouvoirs émiettés ne pouvant plus faire face seuls aux missions dont ils ont la responsabilité. Il faut redéfinir de manière fondamentale la place de
    30 chacun des acteurs, sa responsabilité, sa compétence pleine et entière, législative, normative et financière, et le contrôle démocratique qui s’impose. Le Général de Gaulle en son temps n’avait pas hésité à installer le Conseil National de la Résistance, proposant les priorités de la nation et l’architecture des pouvoirs publics entre l’Etat et les partenaires sociaux. À l’issue des débats et du choix démocratique des français d’une présidence et d’un parlement pour cinq ans, il parait nécessaire, autour d’eux, entourés des présidents des différentes assemblées, des partenaires sociaux et des représentants des collectivités locales réunis dans une sorte de Conseil National de la République, de poser la refondation de l’architecture des pouvoirs public et du périmètre de leur action.
  • Parallèlement et sans attendre, organiser la coalition de tous les grands acteurs publics de la nation sur six urgences absolues qui ne peuvent attendre : la justice et l’ordre républicain, la réconciliation nationale, la jeunesse, la santé, l’habitat, l’énergie et la lutte contre le dérèglement climatique.

PROCHAIN EPISODE : Du Conseil National de la Résistance à un Conseil National de la République ?

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