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L’ALERTE DE JEAN-LOUIS BORLOO (ÉPISODE 1)

Nous avons choisi de reproduire en intégralité – sous forme d’épisodes – le texte d’Alerte de Jean Louis Borloo.

Nos lecteurs verront quelques convergences avec les orientations de Metahodos, pour la réforme de l’action publique, des institutions et de la gouvernance. Et la nécessité d’un nouveau contrat social, également.

Aspect plus politicien toutefois – même si la proximité éthique et politique ne saute pas aux yeux – l’ancien ministre fait partie de ceux qui ont été “travaillé au corps” par Thierry Solère en personne pour qu’elles rejoignent Emmanuel Macron dans sa campagne.

Débauchage et marchandage, avions nous écrit en ce qui concerne un autre membre de la droite républicaine : Nicolas Sarkozy.

Rappelons par ailleurs, comme l’a écrit Le Monde récemment : « L’accueil réservé en 2018 par notre actuel président de la République au rapport de Jean-Louis Borloo sur le Vivre ensemble, vivre en grand la République, pour une réconciliation nationale [il l’a récusé]relevait-il de la résignation ou de la lâcheté ? »

Nous vous proposons en ouverture des extraits du Figaro, du Monde, de RMC.

1. Il propose une méthode pour changer la France

« Je ne pense qu’à la France, répond il au Figaro, les Français vont choisir une nouvelle présidence et un nouveau Parlement. J’irai voter et je dirai quel sera mon vote avant le premier tour, mon choix est arrêté.

Le moment démocratique qui vient est le plus important depuis très longtemps. Tout le monde le sent bien:

il va falloir réparer la France avec une méthode.

J’ai écrit ce texte parce qu’il y a urgence pour notre pays. Après avoir consacré trente ans de ma vie à l’action publique, je suis toujours aussi passionné tout en ayant pris suffisamment de distance.

Quand vous êtes dans le fleuve, vous ne voyez rien. Il faut être sur la berge. Je suis souvent embarrassé quand de grands leaders politiques, des gens ou des acteurs syndicaux, me demandent mon avis sur la situation car tout le monde sent confusément… »

2. Extrait de l’article du Monde : Présidentielle 2022 : les quartiers populaires, oubliés de la campagne

« La question des banlieues, stigmatisées à droite, absentes des discours à gauche, est reléguée au second plan, déplorent élus et associations. Jean-Louis Borloo sonne l’« alarme ».

Il n’a jamais commenté publiquement la séquence, jamais reparlé ouvertement de son « plan » pour les quartiers populaires, présenté au président de la République Emmanuel Macron, en mai 2018, et balayé aussitôt par ce dernier. Quatre années se sont écoulées et Jean-Louis Borloo a pris la plume pour parler de la France, poser son diagnostic sur la situation du pays et appeler à une remobilisation nationale. Notamment en faveur des banlieues.

Dans « L’Alarme », un texte de 92 pages en forme de manifeste publié le 25 mars en ligne, il regrette le temps des « coalitions » et des « branle-bas de combat », et propose un pacte de « réconciliation nationale » avec les 10 millions « d’oubliés »« Six millions d’habitants vivent dans 1 200 quartiers “Politique de la Ville” ou “prioritaires”, dans une forme de relégation, d’amnésie de la nation, réveillée de temps à autre par quelques faits divers, écrit-il. Au total, avec les départements et territoires d’outre-mer et les zones rurales en grand déclassement, ce sont près de dix millions de nos concitoyens qui ne sont plus réellement dans un schéma d’espérance. Attention, il y a danger. » Il plaide à nouveau pour « un plan massif, immédiat, avec une efficacité mesurable ».

Comment interpeller les candidats ?

Si l’ancien ministre de la ville de Jacques Chirac appelle à « un nouveau souffle » et alerte sur ces « fragilités nationales », les candidats à l’élection présidentielle peinent à se saisir du sujet. Les quartiers populaires et leurs habitants sont jusqu’à présent les grands perdants de cette campagne. Ils sont au cœur des discours des candidats de droite, sans cesse stigmatisés, montrés du doigt. Ils sont en revanche absents des discours des prétendants de gauche, comme oubliés, négligés. Quant au président candidat Emmanuel Macron, il s’est rendu, lundi 28 mars, à Dijon, pour parler jeunesse, formation professionnelle et politique de la ville. Pour présenter son programme, le 17 mars, il avait choisi les Docks de Paris, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), mais il n’avait pourtant pas dit un mot sur les banlieues.Lire aussi   Article réservé à nos abonnés  Face au « déferlement de haine », les quartiers populaires décidés à faire entendre leur voix

Face à la « tétanisation de l’arc gauche » et à « l’hyperprésence des thèmes de droite », face à un « débat démocratique anesthésié » et à « l’absence de relais », selon les formules de Philippe Rio, maire communiste de Grigny (Essonne), associations, acteurs de terrain et élus se voient contraints d’imaginer de nouveaux moyens d’interpellation des candidats afin de faire exister leurs thématiques.

« On se sent privé de ce temps démocratique que représente d’ordinaire une campagne présidentielle, lance Mohamed Mechmache, acteur historique des quartiers et président de la coordination nationale Pas sans nous. Il n’y a eu aucun débat sur la question de la justice sociale. Alors c’est à nous de nous auto-organiser pour essayer de faire valoir nos propositions. » Samedi 12 mars, au théâtre Le République, à Paris, la coordination a elle aussi présenté son « manifeste » au terme de son opération « Nos quartiers ont de la gueule », un tour de France en caravane d’un peu plus de quatre mois qui a fait étape dans quarante-quatre villes. »

3. Nous vous proposons des extraits de l’émission de RMC.

« C’EST LE BORDEL »: JEAN-LOUIS BORLOO SONNE L’ALARME SUR LA « DÉSORGANISATION ABSOLUE » EN FRANCE

Le 28/03/2022 RMC

Dans « Apolline Matin » …sur RMC et RMC Story, l’ancien ministre Jean-Louis Borloo a dénoncé le « bordel » en France à cause de la désorganisation des services et des collectivités, notamment.

Jean-Louis Borloo sonne « L’Alarme ». C’est le manifeste que l’ancien ministre et député-maire de Valenciennes lance pour alerter sur la désorganisation de l’action publique en France, à quelques jours de l’élection présidentielle (10 et 24 avril).

« Il y a des tas de choses qui marchent très, très bien. Sauf que ce qui ne marche plus, c’est ce qui fait qu’on fait maison commune et nation. Je ne suis pas du tout un décliniste, je suis plein d’espoir. Quand on analyse les choses, on se rend compte qu’on est dans une désorganisation absolue. Et on s’habitude », déplore Jean-Louis Borloo dans « Apolline Matin » ce lundi sur RMC et RMC Story.

Et la liste est longue. « On s’habitue à être condamné pour la dixième fois pour traitement indigne dans nos prisons. On s’habitue à voir des profs qui sont en première ligne, parfois dans une situation épouvantable. On s’habitude à voir une justice qui est épuisée, les pauvres magistrats savent l’état de nos prisons quand ils doivent décider. On s’habitude à ce que notre parc nucléaire soit à moins de 60% de ses capacités. On s’habitude à avoir 1 million de personnes sur notre territoire qui n’ont plus de projets, qui sont sans droits, déboutés… Et on fait quoi ? On s’habitue. »

« ON A FAIT CROIRE QU’ON AVAIT DÉCENTRALISÉ »

« Je pars de l’idée qu’on a un grand peuple, des dirigeants de qualité, explique Jean-Louis Borloo. J’essaye le comprendre. Où est le bug ? Ne passons pas à côté d’une élection, d’un nouveau quinquennat. Si ce n’est pas le quinquennat du nouveau souffle, de la réparation, ça ne va pas très bien se terminer. »

« On a fait croire qu’on avait décentralisé, ajoute l’ancien ministre. On a créé des régions, des agglos… Sauf qu’on n’a pas donné le pouvoir législatif. Résultat des courses, tout le monde fait tout, un tout petit peu. Il n’y a aucune coordination. On ne sait pas qui fait quoi. En 1999, on découvre que le commissariat de Boulogne-Billancourt est dans une situation absolument indigne. Il faut donc le refaire, c’est l’Etat normalement. Et non, parce que l’Etat n’a pas de sous. Il a fallu mettre d’accord la région, l’agglomération, la ville, un peu l’Etat, chacun 15-20%… Ça fait 23 ans… Il semblerait qu’on ait signé l’accord maintenant. Et si vous voulez faire une piscine municipale, ça sera pareil, on va mettre dix ans. »

Pour Jean-Louis Borloo, « aucune organisation ne peut vivre avec des pouvoirs aussi émiettés ». « Tout le monde essaye de bien faire. La Nation s’est dotée d’autorités administratives indépendantes, a fait la décentralisation apparente… Mais les fonctionnaires d’Etat n’ont pas accepté cette idée. Je parle de la très haute aristocratie. Ils ont fait des normes. On est passé de 300.000 à 487.000 normes en dix ans. C’est le bordel ! Il n’y a pas d’autre terme. Il faut faire comme en 1945 : qui fait quoi, on se pose. »https://players.brightcove.net/876630703001/c60AtpJxLj_default/index.html?amp=1&videoId=6302072895001&playsinline=true

« CE N’EST PAS LA REDEVANCE TÉLÉVISUELLE QUI VA NOUS RÉGLER LE PROBLÈME »

Jean-Louis Borloo réclame donc la création d’un « conseil national de la République ». « On réunit les patrons, les présidents des parlements, des organisations syndicales, des régions, des départements, autour d’une présidence de la République qui ne doit plus être le chef du chef du gouvernement mais le tiers de confiance de la Nation, qui met en mouvement tout le monde. On fait comment, qui est responsable de quoi, comment on se coordonne… On prend un an, un an et demi. Et pendant ce temps-là, on fait la coalition de tous les acteurs. »

« Notre problème, ce n’est pas de savoir si on a trop de fonctionnaires ou pas, ou notre modèle social, poursuit l’ancien ministre. Ce ne sont pas des ajustements. Pardon de dire que ce n’est pas la redevance télévisuelle qui va nous régler le problème. L’OCDE a fait une étude récente. La complexité de la bureaucratie, juste les doublons, c’est 60 milliards par an. L’efficacité de notre modèle est moins bonne de 80 milliards par rapport à la moyenne. »

Jean-Louis Borloo, qui a envoyé son manifeste à Emmanuel Macron mais n’a pas discuté avec lui « récemment », ne veut pas s’impliquer personnellement. « Je ne demande rien, je ne serai pas dans l’histoire, assure-t-il. Ministre, ça va, j’ai fait 11 ans, j’ai été absolument ravi. » Mais il garde espoir pour l’avenir: « Si on se réorganise, nos capacités d’amélioration seront gigantesques. Notre pays est génial. On est capable de reposer toutes les bases. Vous savez, c’est simple la vie: qui fait quoi, qui est responsable de quoi ».

4. TEXTE DE L’ALERTE, ÉPISODE 1 (Introduction et première Partie)

INTRODUCTION

Deuxième en 1995, la France est maintenant vingt-sixième pour l’indice de développement humain établi chaque année par le Programme des Nations Unies pour le Développement.

Des réussites exemplaires masquent dangereusement l’affaiblissement, le délitement des poutres essentielles de notre maison France, celles qui nous permettent de faire nation. Elles se fissurent lentement et depuis longtemps, de manière constante et bientôt dangereuse. Cela se devine, cela se suppose, cela ne se voit pas encore complètement, et quand cela se voit, on s’habitue, on finit par trouver cela normal et par penser que c’est inéluctable.
Si les clignotants sont au rouge, école, justice, police, santé, logement, ordre républicain, cohésion nationale, système énergétique, malgré un niveau de prélèvements obligatoires élevé et un déficit qui s’emballe, alors que nous sommes une grande nation, nous nous devons de tenter de comprendre et d’aller au fond des choses.

Ce n’est pas faute d’avoir été alertés : chacun à leur manière, Nicolas Baverez dès 2004 et constamment depuis, Agnès Verdier-Molinier, « L’aLa France peut-elle encore tenir longtemps ? », Nicolas Mathieu « Leurs enfants après eux », de Michel Onfray à Alexis Brézet, les travaux remarquables de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, de Jérôme Sainte-Marie « le bloc Populaire », Jacques Juilliard, Pierre Vermeren, Christophe Guilluy, Arnaud Teyssier, Eric Maurin, Marcel Gauchet, Stéphanie Rivoal, Luc Ferry et jusqu’au « Manifeste de la dernière chance » des Gracques, peu suspects d’envolées révolutionnaires ou déclinistes, l’alerte de Synopia et de tant d’autres, jusqu’à la récente publication d’ « Ouvrez les yeux » de Maurice Lévy.

Au moment de deux grands rendez-vous démocratiques et des débats nationaux, et pour tenter de comprendre ce paradoxe français, j’ai décidé d’ouvrir le capot de la voiture France, de regarder d’où viennent les fuites du moteur, l’absence de synergie et d’harmonie entre les pistons et les cylindres, et comment s’y retrouver dans cet amas de tuyaux allant dans tous les sens, que plus personne ne connait ou ne reconnait.

Pardon de vous emmener dans les entrailles de l’action publique. C’est pourtant en faisant ce diagnostic que nous découvrirons l’extraordinaire marge de progression dont nous disposons. Je vous parle avec mon coeur, mes tripes, mon âme et un peu de mon expérience. Après trente années de conduite de l’action publique, j’ai appris des échecs comme des succès.

Le problème est fondamental. Dans le confort de nos habitudes, nous n’avons pas réellement pris la mesure de la métamorphose sans précédent de notre nation, ni de l’atomisation de l’architecture des pouvoirs publics.

La France est peu capable d’évolution, il lui faut des soubresauts et des crises pour retrouver le cap et prendre les sujets à bras-le-corps. Nous sommes proches d’une crise organique. Nous n’avons pas le droit de gaspiller cette crise.

PREMIÈRE PARTIE

Le grand paradoxe français


Des réussites exemplaires cachent l’effondrement des poutres qui tiennent la maison France

Tout ne va pas si mal dans ce beau pays de France : le développement du plateau de Saclay et ses 275 laboratoires de recherche, ses deux Prix Nobel et ses médailles Fields, ses 15.000 chercheurs, l’Institut du Cancer, la réussite de la French Tech, toutes ces entreprises françaises en plein développement numérique, notre capacité industrielle dans l’aéronautique et dans l’espace, deux entreprises automobiles de rang mondial, une solide assise énergétique, des infrastructures performantes : chemin de fer, routes et autoroutes, barrages, ports…

Notre diversité par les départements et territoires d’outre- mer, notre générosité, nos douze millions de bénévoles, nos ONG, nos 500.000 élus locaux, un corps administratif bien formé, la stabilité institutionnelle, une langue parlée par plus de 300 millions d’habitants dans le monde, une monnaie solide, l’euro, la moisson de médailles aux Jeux Olympiques, les Français champions du monde et d’europe en football et au handball, une grande équipe de basket-ball, de volley, de rugby, d’escrime, d’équitation, de judo, la France est la troisième nation sportive compétitive en résultats au monde.

Notre capacité à distribuer en quelques semaines 143 milliards d’euros de prêts à 700.000 entreprises.

Et pourtant…

Je vois la société se radicaliser et être de plus en plus violente, les journalistes sous protection pour leurs opinions, comme des femmes, comme des élus, la France condamnée pour traitement indigne dans ses prisons pour la dixième fois, la gronde des magistrats, celle des avocats. Je vois le maire de Roubaix, la ville la plus pauvre de France et ses 92 nationalités, un maire en première ligne, si seul mais tellement courageux.

Je vois la désespérance des agriculteurs, celle des professeurs dans certains quartiers, seuls devant une tâche immense, souvent menacés, je vois l’inquiétude des parents devant une école qui n’est plus partout une promesse malgré le dévouement des enseignants en première ligne dans des écoles où parfois deux-tiers des enfants ne sont pas francophones, comme à Grigny, alors qu’il faut « tout un village pour élever un enfant ».
Je vois l’affaiblissement du Parlement, pourtant notre représentation nationale, je vois monter la discrimination sur notre sol.

Disons les choses clairement : oui la violence augmente, oui les forces de l’ordre ont de plus en plus de mal à exercer leur métier, eux-mêmes sont en danger à titre personnel. Oui notre service public de la justice est dans un état désespérant pour les magistrats comme pour les justiciables, il est épuisé, harassé, débordé, croulant sous les sollicitations de plus en plus nombreuses et ne permet plus de réguler la société. Oui les prisons françaises sont dans un état indigne, et bien pire, nous avons le plus haut taux européen de sorties « sèches », c’est-à-dire sans emploi, sans logement et sans formation.

Oui, la pauvreté, l’absence d’espoir et l’exclusion se concentrent géographiquement.

Je vois la colère de la jeunesse devant l’urgence climatique, je vois l’extraordinaire difficulté des mères de familles mono-parentales, leurs conditions de vie et leurs difficultés à éduquer, je vois l’effondrement du nombre de permis de construire, signe avant-coureur d’une future crise du logement.

J’entends aussi ceux qui ont l’impression de ne plus être chez eux dans leur pays aux dizaines de milliers d’églises, qui s’inquiètent pour leurs valeurs, leurs traditions, leur village, ceux qui ont peur que la fin des frontières soit la fin du mur qui les protège. Je vois l’absence de perspectives de nos territoires d’outre-mer, je vois nos centrales nucléaires qui s’arrêtent l’une après l’autre laissant craindre un risque de chaos énergétique, je vois la France dernière en mathématiques et le terrible glissement de notre niveau éducatif dans le classement international PISA. Je vois la colère des émeutes urbaines de 2005 et des Gilets Jaunes de 2018, je vois l’envie de trouver des boucs-émissaires, cette peur de l’altérité de la part d’un des peuples pourtant les plus généreux du monde.

Je vois le nombre de décrocheurs augmenter, ces 500.000 jeunes en attente aux pieds des immeubles, je vois ces 700.000 sans-papiers errant dans notre pays, et ces 40.000 mineurs non-accompagnés, l’échec (provisoire j’espère) de l’assimilation ou de l’intégration, peu importe comment on l’appelle, disons simplement de la cohésion sociale, car nous sommes à la troisième génération.

Je vois notre hôpital, une des plus grandes fiertés de notre pays, paralysé par une bureaucratie, et la désarticulation entre hôpital public, hôpital privé, médecine de ville et prévention.

Nos comptes publics déficitaires, notre record de déficit commercial, notre dette de 115% bientôt insoutenable avec le risque de remontée des taux d’intérêt européens sous la triple pression de la FED, de l’Allemagne et de la hausse du prix des matières premières, en premier lieu de l’énergie, déjà violemment enclenchée avant la guerre en Ukraine.

Pourquoi ai-je décidé de vous écrire ?

Pourquoi les poutres essentielles de la République sont-elles fissurées et en danger ?

Pourquoi ce constat est-il si alarmant ?

Pourquoi le sursaut doit-il être immédiat, ordonné, coordonné, et puissant ?

Parce que cela peut mal finir.


Pour reprendre l’expression de l’ancien ministre Gérard Collomb : « Nous vivons côte à côte, peut-être finirons- nous par vivre face à face».

Pourquoi les fissures de ces poutres essentielles peuvent- elles avoir de graves conséquences ? Parce que la France est singulière :

  • parce que la France est une des premières républiques
    laïques et en même temps « la fille ainée de l’Eglise » ;
  • parce que la Franceestlapremièrecommunautéarabo-
    musulmane d’Europe ;
  • parcequelaFranceestlapremièrecommunautéjuive
    d’Europe ;
  • parcequelaFranceestlapremièrecommunautéchinoise
    d’Europe ;
  • parce que la France compte 2,5 millions de compatriotes
    ultra-marins aux cultures riches et diverses mais aux
    particularités insulaires marquées ;
  • Parce que la France a soif de justice.
    Si nous n’actons pas que cette singularité est une richesse, si nous ne cherchons pas les causes réelles et profondes de cet affaiblissement de nos poutres, si nous ne prenons pas les décisions essentielles dans notre organisation des pouvoirs publics, alors tout ceci pourrait devenir explosif. Il est urgent de refaire nation.
    En quarante ans beaucoup de choses ont changé

La France était une grande puissance industrielle et agricole, par sa culture, son mode d’organisation, ses structures syndicales. Un syndicalisme agricole et industriel organisé, avec de véritables écoles de formation. L’église catholique imprégnait la société de ses valeurs chrétiennes et l’humanisme radical et laïc était en saine confrontation. Nous étions en pleine reconstruction, en pleine croissance, les grands projets fleurissaient partout, dans un pays d’ingénieurs et de bâtisseurs, de plein emploi. Le curseur variait entre plus de production ou plus de redistribution mais dans une forme de patriotisme puissant.

La société française était culturellement et cultuellement homogène, intégrant italiens, espagnols, portugais. L’urbanisme était apaisé avant la création de ces fameuses ZUP, ces villes hors la ville suivant la folie architecturale des promoteurs de la Charte d’Athènes.

Les flux migratoires n’étaient ni de même nature ni de même intensité. La France y trouvait son équilibre, les conséquences de la décolonisation n’étaient pas massives, notre système de santé était incomparable, notre système énergétique un des plus performants au monde.

Or, dans tous ces domaines, la France a connu une profonde mutation dans les quarante dernières années, évolution du salariat, révolution numérique, mondialisation des échanges, et une évolution substantielle de son peuplement et de son urbanisme.

Au même moment se sont opérés la multiplication et l’éclatement des acteurs publics, ne permettant pas de répondre efficacement à ces nouvelles réalités.

À suivre

7 réponses »

  1. Bonjour Thierry,Mais Jean-Louis Borloo ne dit rien de la « neoliberalisation » de nos gouvernances, de la mutation des valeurs et de l’émergence d’un localisme qui n’attend plus rien de l’Etat…Bien amicalement. Jean-Marc

    par Thierry Lidolff

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