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« S’il n’y a pas une énorme réflexion collective, nous allons droit dans le mur » POINT DE VUE

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LE DERNIER OUVRAGE DE Michel Wieviorka

Michel Wieviorka a écrit : « Alors monsieur Macron, heureux ? », un essai paru au lendemain du second tour de la présidentielle qui interpelle le président réélu sur son bilan.

Dans ce livre en forme d’avertissement à celui qui vient d’être réélu et auquel l’auteur dresse une liste de griefs en forme de feuille de route pour l’horizon 2027, le sociologue Michel Wieviorka esquisse ce que devrait être, selon lui, ce second mandat Macron.

Le sociologue aborde aussi la question de la gauche, qui s’apprête à sceller un accord politique important en vue des élections législatives de juin.

1. ENTRETIEN EXTRAITS

Journal du Dimanche 2 mai 2022 Par Pascal Ceaux

« Pourquoi avez-vous choisi d’interpeller Emmanuel Macron au lendemain de sa réélection ?
« Le titre, Alors monsieur Macron, heureux ? , m’est venu en tête et s’est comme imposé à moi. J’avais un souvenir amusé de ces films des années 1960 ou 1970 où un macho triomphant interroge sa partenaire d’un air satisfait : « Alors, heureuse ? » Au fond, il ne fallait pas être dupe. Et j’ai trouvé nécessaire de l’interpeller autour de ce sujet vital qu’est la démocratie, dans un contexte où les intellectuels ont presque disparu du débat public – en dehors des plus réactionnaires.

« Emmanuel Macron n’incarne pas un modèle, contrairement par exemple à Perón et au péronisme en Argentine. Il est apparu plutôt soudainement, témoignant d’un sens aigu des situations, c’est un animal politique. Il exerce le pouvoir de haut en bas, avec de jeunes technocrates. C’est un modernisateur désireux d’en finir avec un « vieux monde » à certains égards vermoulu. Dans l’échange interpersonnel avec lui, les yeux dans les yeux, il peut vous donner à penser que vous êtes le centre du monde.

« Mais c’est une impression… Lorsqu’il a reçu à l’Élysée les « intellectuels », nous étions soixante à disposer chacun de trois minutes. C’était frustrant. Tout ceci n’autorise pas à parler de « macronisme » !

« La ligne politique du président réélu reste-t-elle donc indéfinissable ?
« Non. Je dirais que c’est un populisme singulier, d’en haut et du centre, et non d’en bas et des extrêmes. Ce populisme s’appuie sur un discours mythique qui résout les contradictions par le verbe, jusqu’à ce que cela devienne impossible, et génère alors dans la population toutes sortes de logiques : l’explosion, la rage, le découragement, le repli sur soi, etc. C’est ce mythe qu’il a théorisé avec le « en même temps ». Ce populisme attend beaucoup d’une relation directe au peuple, sans intermédiaire.

« Le rejet des intermédiaires, et donc aussi de la négociation, caractérise son mode de gouvernement. Aucun lieu de représentation ni de médiation, partis, élus locaux, syndicats, associations, institutions ad hoc, n’y a échappé. Il est vrai qu’ils étaient parfois en piètre état. Mais, au lieu d’aider à leur reconnaissance et à leur reconstitution, il les a méprisés, disqualifiés, cassés parfois. Ainsi, la CFDT a été tenue à l’écart du projet de réforme des retraites, alors qu’elle est ouverte à la concertation et constitue une force de proposition. L’Observatoire de la laïcité a été mis au rebut, nous en avons pourtant le plus grand besoin. Des corps, comme celui des ambassadeurs, ont été supprimés.

« L’affaiblissement populiste des médiations en faveur d’une relation directe avec le peuple n’a-t-il pas été compensé par la démocratie participative ? En fait, pas comme elle a été utilisée : quel sens cela a-t-il de tirer au sort des citoyens et de les inviter à réfléchir sur un problème donné pour finalement ne pas les laisser pleinement décider ? De les associer à une réflexion ponctuelle, sans la moindre continuité de la démarche et sans qu’ils engagent leur responsabilité ?

« Le rejet des intermédiaires caractérise son mode de gouvernement

« Diriez-vous qu’en matière de démocratie le bilan est négatif ?
« L’extrême droite commence le quinquennat à 30 % et finit à plus de 40 % : il y a cinq ans, Emmanuel Macron avait promis de nous en débarrasser. L’onde de choc des attentats terroristes de 2015, puis d’autres, je pense notamment au meurtre de Samuel Paty, ont rendu inaudibles les alertes s’inquiétant des mesures d’exception. Elles se sont accumulées sans être toujours efficaces, et courent le risque d’être utilisées pour autre chose. Le caractère indéfendable du terrorisme facilite les opinions favorables à des mesures pourtant attentatoires aux libertés et à la séparation des pouvoirs. Par contre, avec la crise sanitaire, les mesures d’exception ont accentué la dislocation de la société. Grande question : comment concilier le respect des libertés individuelles et le bien commun, incarné ici par la vaccination, quand il y a contradiction ?

« La nécessité de sauvegarder la santé publique, l’intérêt collectif, ne pouvait-ils pas justifier des mesures provisoires de restriction des libertés ?
« Je suis sans hésitation du côté de la vaccination. Mais c’est une erreur d’avoir stigmatisé une partie de la population dite « antivax » et « antipasse » et d’avoir voulu « emmerder » les réfractaires. La réponse consistant à les renvoyer vers leur égoïsme en les rejetant dans le non-sens n’est pas la bonne. Le traitement politique de l’épidémie de Covid a plutôt été réussi, mais insuffisamment démocratique. Emmanuel Macron aurait dû s’adresser autrement à ces personnes en rupture. Des traces en demeurent. La démocratie exige de défendre le corps social en totalité, mais requiert tout autant la capacité d’affronter ses divisions.

« Un clivage droite-gauche peut renaître en France, même sans le PS et LR

« L’opposition traditionnelle entre droite et gauche a cédé la place au face-à-face entre Macron et Le Pen, est-ce un tournant durable de la vie politique ?
« C’est d’abord le résultat d’un degré extrême de décomposition du système politique et, ici, Emmanuel Macron n’est pas responsable de tout. La différence avec l’Allemagne me frappe : à Berlin, les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux ont su former une coalition pour gouverner après les chrétiens-démocrates. Un clivage droite-gauche peut renaître en France, même sans le Parti socialiste et Les Républicains, dont je doute du retour en piste. Il y faudra une gauche assurant le traitement politique des conflits propres à notre société post-industrielle, autour de l’environnement, de l’identité, des orientations sexuelles et autres questions culturelles, et tout autant soucieuse d’agir face aux injustices et aux inégalités sociales. Et capable d’alimenter par un renouveau intellectuel un débat de qualité.https://d-23393018702550446127.ampproject.net/2204221712000/frame.html

« Lors de son discours dimanche dernier après l’annonce de sa victoire, le président réélu a affirmé qu’il allait changer. Y croyez-vous ?
« Prétendre se transformer tout en restant soi-même est typiquement populiste. Cela me laisse dubitatif. Mais on ne sait jamais… S’il veut changer, il faudra des ruptures fortes, une autre culture politique, ouverte à la négociation, à l’échange, au compromis. Si cela se limite à promouvoir de nouvelles têtes, de droite comme de gauche, cela ne fera qu’aggraver les fractures.

2. ÉMISSION

Michel Wieviorka, sociologue : la démocratie consiste à « savoir traiter politiquement » les crises

Par Pauline PACCARD. Publié le : 04/05/2022 – FRANCE 24

Michel Wieviorka signe l’ouvrage « Alors monsieur Macron, heureux ? », un essai paru au lendemain du second tour de la présidentielle qui interpelle le président réélu sur son bilan et dresse les lignes du second mandat. Le sociologue aborde aussi question de la gauche, qui s’apprête à sceller un accord politique important en vue des élections législatives de juin.

LIEN

https://youtu.be/22GPVivGdbc

1 réponse »

  1. Effectivement, le totalitarisme néolibéral n’est pas une preuve d’intelligence. Juste une manipulation à la Edward Bernays, la répétition de la fable des abeilles de Bernard Mandeville. Juste un bon élève à sa maîtresse de théâtre : le néolibéralisme…

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