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L’AUTRE CRISE MAJEURE QUE L’ÉTAT ET LES COLLECTIVITES FONT MINE DE MAÎTRISER

Une catastrophe que l’Etat, les collectivités territoriales et les organisations professionnelles font mine d’ignorer.

Avec les pandémies et la rupture informatique, les crues sont le troisième risque majeur. On sait comment sont appréhendés les deux premiers, on cache encore les risques du troisième… Voici l’exemple de la Seine.

PROPOS DE L’ARTICLE : « Faiblement médiatisé et encore peu pris en compte par les pouvoirs publics, le risque de crue centennale menace pourtant sérieusement la Seine et ses environs, en particulier au printemps.

Si une telle catastrophe se produisait l’année prochaine, les pertes économiques se chiffreraient en dizaines de milliards d’euros. Plusieurs centaines de milliers d’emplois seraient menacés. Sans compter la « gigantesque panne technologique » qui en découlerait. »

On sait que les plans de prevention et de gestion des crues de la Seine de l’État, des Collectivités, des entreprises et gestionnaires d’immeubles ne sont pas finalisés pour leur donner un caractère véritablement opérationnel.

Les exercices de crise sont approximatifs et ignorent la chaine complète des événements, ils ne font pas l’objet d’une évaluation complète, ni d’un plan d’action partenarial suivi.

ARTICLE

L’Île-de-France survivra-t-elle à la prochaine grande crue de la Seine ?

Pablo Maillé 14 mai 2022 Usbek & Rica

Les Parisiens sont – littéralement – déphasés. En ce 21 janvier 1910, sur le coup de 23 heures, il leur devient tout bonnement impossible de lire l’heure. Les horloges alimentées grâce à l’air comprimé, principale source d’énergie pendulaire de l’époque, ne répondent plus. Et pour cause : depuis quelques jours, des trombes d’eau s’abattent sur la moitié nord de la France, faisant gonfler rivières et fleuves à une vitesse inédite. La Seine n’est pas épargnée.

L’usine d’air comprimé située quai de la Gare, dans le treizième arrondissement, ne tarde pas à se retrouver sous les eaux. Aussitôt, les aiguilles des cadrans municipaux de la capitale se figent. Même sort pour tous les ascenseurs, immobilisés jusqu’à nouvel ordre. Pire, les messages échangés entre l’Assemblée nationale et les ministères à travers des tubes pneumatiques souterrains ne peuvent plus circuler. La ville lumière et sa banlieue sont peu à peu paralysées.

Épisode saillant de la « crue centennale » de la Seine qui s’est produite en 1910, cette méconnue pénurie d’air comprimé est révélatrice de l’ampleur des dégâts causés par le débordement parisien. Si aucune victime directe n’est recensée au bout des 35 jours que dure la décrue, le bilan économique, lui, s’avère catastrophique. L’inondation provoque des dommages équivalents à 1,6 milliards d’euros, auxquels il convient d’ajouter les aides distribuées à titre de secours à la population. Au plan symbolique, la Seine atteint le 28 janvier son niveau maximal, 8,62 mètres sur l’échelle hydrométrique du pont d’Austerlitz. Le célèbre Zouave du pont de l’Alma, sur lequel les Parisiens ont l’habitude de mesurer la hauteur des crues, passe à quelques centimètres de l’apnée.

Un siècle plus tard, à l’image de la prévention des pandémies avant le début de l’année 2020, le risque qu’une « grande crue » de la Seine intervienne prochainement semble peu retenir l’attention du grand public, des médias et de la classe politique. Pas de Une du Monde sur le sujet, pas de rapport parlementaire spécial, pas (ou peu) d’associations mobilisées autour de ce sujet…

L’expérience du Covid-19 a pourtant montré le caractère crucial des capacités d’anticipation et de préparation des structures publiques et privées – ainsi que des individus eux-mêmes – face aux catastrophes sanitaires et environnementales. Pour la géographe Magali Reghezza-Zitt, spécialiste de ce sujet, une telle comparaison relève même de l’euphémisme, car une nouvelle crue centennale de la Seine équivaudrait au « premier confinement combiné aux grèves de 1995 ». Décryptage de ce très redouté « shutdown ».

Démultiplication des risques

Si, comme son nom l’indique, une « crue centennale » a théoriquement une chance sur 100 de se produire chaque année, cette statistique n’est en réalité qu’une moyenne mathématique. « Les hasards de la pluviométrie et les conditions locales peuvent amener des crues centennales à se produire plusieurs fois par siècle, voire plusieurs années d’affilée », précise le site EPISEINE, initiative de l’établissement public EPTB Seine Grands Lacs. 34 années ont ainsi séparé les crues majeures de 1982 et 2016, alors que 4 crues majeures sont survenues en l’espace de 7 ans des décennies plus tôt, entre 1919 et 1926. Selon la Caisse centrale de réassurance, ce sont par ailleurs deux crues « d’une période de retour d’environ 20–30 ans pour Paris » qui se sont récemment enchaînées en 2016 et 2018.

Impossible, donc, d’estimer avec précision la date à laquelle la prochaine crue centennale de la Seine aura lieu. Il paraît clair, en revanche, que le dérèglement climatique causé par l’espèce humaine a un impact direct sur la possible survenue d’un tel évènement. D’une part, celui-ci pourrait avoir lieu un peu plus tard qu’à l’accoutumée, c’est-à-dire non plus en janvier mais plutôt au mois de mars, période où certains barrages (nous y reviendrons) sont déjà remplis pour couvrir les besoins agricoles de l’été suivant. D’autre part, d’ici à 2050, le risque de crues centennales devrait croître à hauteur de 40 % – et leur intensité augmenter.

Dans les années à venir, « le volume de précipitations devrait légèrement augmenter et le nombre de jours de pluie plutôt baisser, avec une tendance à l’augmentation de l’intensité des précipitations et donc des risques d’inondation plus importants », résume la mairie de Paris dans une étude sur ses propres capacités de résistance aux chocs environnementaux publiée à la rentrée 2021.

« Lorsqu’une forte pluie s’abat sur le sol [d’une zone urbaine], l’eau qui tombe ne peut plus s’infiltrer »

Stéphanie Bidault, ancienne directrice du Centre Européen de Prévention du Risque Inondation (CEPRI)

Sans augmenter ni la fréquence ni l’intensité de ces inondations, les phénomènes d’urbanisation et d’artificialisation des sols accroissent, quant à eux, le risque de dégâts massifs une fois la crue démarrée. Conséquence de la densification des villes et de la disparition des zones humides au profit des zones commerciales ou de transport, l’imperméabilisation des sols grandit.

« Lorsqu’une forte pluie s’abat sur le sol, l’eau qui tombe ne peut plus s’infiltrer, détaille Stéphanie Bidault, ancienne directrice du Centre Européen de Prévention du Risque Inondation (CEPRI). Soit elle reste en surface, prend de la vitesse et provoque des catastrophes sur son passage. Soit elle ruisselle plus rapidement vers les rivières, ce qui les fait gonfler plus rapidement. » Dans les deux cas, les dégâts redoublent d’intensité.

Impacts majeurs

D’un point de vue financier, les pertes directes en capital public et privé se chiffreraient à hauteur de 30 milliards d’euros. Les cinq années suivantes, on recenserait également 60 milliards d’euros de pertes liées aux activités économiques, et 430 000 emplois seraient directement menacés. En comparaison, la crue de 1910 semble relever de l’échauffement. « Il faut dire qu’en un siècle, la ville et sa banlieue se sont considérablement développées, explique Magali Reghezza-Zitt, co-directrice du Centre de formation sur l’environnement et la société de l’ENS. Aujourd’hui, les territoires de certaines communes sont intégralement en zone inondable et, surtout, on compte en moyenne 7 à 8 étages sous les pieds des Franciliens. Tous les réseaux techniques enterrés se trouvent à la merci des infiltrations. » Gaz, téléphone, télécommunications… Le risque majeur, selon elle, n’est pas tant celui des dégâts matériels que celui de la « gigantesque panne technologique ».

Et si l’inondation devient inéluctable, il faudra choisir, prévient Magali Reghezza-Zitt : « Soit on interrompt ces services le temps que l’eau s’en aille et on les protège – l’inconvénient étant qu’ils deviennent inutilisables sur le moment, par exemple si on veut évacuer des gens par voie ferrée. Soit on les utilise malgré tout au risque de les endommager – l’inconvénient étant de devoir potentiellement les reconstruire par la suite, sachant qu’il faut par exemple 5 à 10 ans pour reconstruire un réseau de métro. » C’est à la cellule interministérielle de crise que revient la lourde charge d’opérer ce genre d’arbitrage. Pour le reste, chaque département dispose d’un centre opérationnel dédié, et la coordination des opérations incombe à la préfecture de police de Paris.

Côté transports, l’exercice de gestion de crise EU Sequana réalisé par la préfecture de Police en mars 2016 a permis d’établir que 140 kilomètres de lignes de métro – sur les 250 kilomètres qui le composent – seraient inutilisables. Un grand nombre de stations devraient fermer leurs portes, et la majeure partie des ponts ainsi que des axes routiers serait submergée ou fermée à la circulation. Le seul moyen de passer d’une rive à l’autre de Paris serait d’emprunter le boulevard périphérique.

Un casse-tête pour les services de santé, puisque, rien qu’à Paris, 18 établissements de soins sont situés en zone inondable, selon le plan de prévention des risques inondations (PPRI) de la capitale. D’après la mairie d’Anne Hidalgo, une crue majeure comme celle de 1910 réduirait de 40 % ses capacités d’hospitalisation. Les scénarios les plus pessimistes tablent sur l’évacuation d’un million de personnes, principalement des malades et des personnes âgées.

Autres répercussions majeures, la qualité des eaux serait menacée du fait des déchets et des débris emportés par les vagues, « avec un risque de pollution pour 1,3 million d’abonnés » au réseau d’assainissement. De même, « certains scénarios laissent entrevoir des coupures d’eau prolongées pour 5 millions d’abonnés, entreprises, ménages ou services publics », écrit la mairie de Paris dans son rapport. « La question environnementale est l’une des plus négligées alors que c’est l’une des plus importantes, confirme Magali Reghezza-Zitt. En région parisienne, on a des sols pollués, des hydrocarbures… Sans compter les remontées d’eaux usées par les réseaux d’assainissement, qui peuvent donner lieu à des pollutions localisées.  »

Quelques dispositifs de freinage

Heureusement, quelques dispositifs ont été instaurés pour limiter l’impact de ces réactions en chaîne. Tout au long de la deuxième moitié du XXème siècle, quatre lacs-réservoirs entourés de digues ont été implantés en amont de la Seine, afin non seulement d’écrêter les crues en période hivernale mais aussi de soutenir le débit de rivières en période sèche. Ils sont installés soit directement sur le cours d’une rivière voisine (comme c’est le cas du lac de Pannecière sur l’Yonne), soit en dérivation de celles-ci par l’intermédiaire de canaux (comme le sont les lacs-réservoirs Seine, Marne et Aube). Leur mission est sinon d’empêcher, du moins de freiner le plus possible la montée des eaux en aval du fleuve.

En Île-de-France, « une structure institutionnelle fragmentée empêche de prendre des engagements envers des objectifs de long terme »

L’OCDE, dans un rapport publié en 2018

De nombreuses mairies, celle de Paris inclue, ont également préparé des « batardeaux », ces barrières anti-inondations modulables dont l’installation peut être accomplie en quelques heures en cas de forte crue. En plus de ces remparts, la capitale a investi dans un système de grande muraille amovible encore plus ambitieux, déployable à travers des trous creusés dans certaines parties du bord de la Seine. Plus récemment, une augmentation par 4 ou 5 du montant de la taxe dite « Gemapi »pour soutenir la mise en œuvre de nouvelles « zones d’expansion des crues » (ZEC) a été annoncée par Patrick Ollier, nouveau président de l’EPTB Seine Grands Lacs et président de la Métropole du Grand Paris.

Suffisant pour être à la hauteur de la situation le jour J ? Malgré ces quelques initiatives, le sujet semble faire l’objet d’un intérêt limité de la part des pouvoirs publics. Après la publication, en 2014, d’une étude sur la prévention des risques d’inondation sur le bassin de la Seine, l’OCDE avait été mandaté par la Direction régionale et interdépartementale de l’Environnement et de l’Énergie d’Île-de-France et l’EPTB Seine Grands Lacs pour évaluer leur propre niveau de préparation. Quelques années plus tard, en 2018, les experts de l’organisation tiraient un bilan assez sévère de l’expérience, estimant que la « structure institutionnelle fragmentée » de la région « empêche de prendre des engagements envers des objectifs spécifiques et de long terme ».

Manque d’anticipation

Le résultat complet de ce travail d’évaluation prend la forme d’une étude accessible gratuitement en ligne, où les 14 recommandations émises en 2013 par le Forum de Haut-Niveau sur les Risques de l’OCDE sont spécifiquement passées en revue. Déclinées en trois volets (« gouvernance », « résilience » et « financement »), certaines d’entre elles n’ont malheureusement donné lieu à « aucun progrès » significatif, selon l’OCDE. C’est, entre autres, le cas de l’« élaboration d’une stratégie financière claire pour la prévention » et de la « responsabilisation d’un maître d’ouvrage unique pour gérer les infrastructures de protection » que l’institution internationale appelait de ses vœux. Mais aussi et surtout de l’amélioration de la « résilience des territoires », enjeu crucial à propos duquel l’OCDE dénonce poliment un véritable aveuglement.

Dans le détail, la prise en compte du risque d’inondation dans les politiques d’aménagement et d’urbanisme demeure selon les experts « limitée ». « Il s’agit de la recommandation sur laquelle il existe le moins d’amélioration », notamment parce que « de telles démarches continuent de se heurter à l’argument du surcoût – sur le court terme », expose l’OCDE. Est notamment mis en cause, « malgré une volonté politique parfois affirmée », le fait qu’il n’existe « aucun quartier résilient aux inondations » en petite couronne, et ce « alors que de nombreuses zones de densification du Grand Paris sont situées en zone inondable ».

Même constat pour ce qui est de « l’harmonisation » de ces politiques au niveau du Grand Paris, du « meilleur contrôle de la mise en œuvre des Plans de Prévention des Risques » ou encore des « mesures incitatives pour la réduction de la vulnérabilité du bâti existant » : la mention « Aucun progrès réalisé » y est systématiquement accolée.

Preuve de ce manque d’ambition, le 5 mars 2018, le préfet de la Région Île-de-France et le préfet de Paris ont fièrement signé une Charte des quartiers résilients avec les principaux opérateurs franciliens de l’aménagement urbain. Mais, n’ayant pas de pouvoir contraignant, ce document n’a depuis donné lieu qu’à un projet relativement « durable ». Celui des Ardoines, à Vitry-sur-Seine, site stratégique de la métropole du Grand Paris. À rebours de la doctrine générale, le plan de construction vise le développement d’un « nouveau quartier urbain de qualité, qui intègre la résilience aux inondations ». Cela passera, entre autres, par la conception d’une trame viaire accessible en cas de crue et par l’assignation de la « transparence hydraulique » aux futurs aménagements – c’est-à-dire leur aptitude à ne pas faire obstacle aux mouvements des eaux. Dans la lignée, notamment, du quartier Matra de Romorantin-Lanthenay, défini comme un modèle pour l’urbanisme résilient français depuis qu’il a démontré la pertinence de ses aménagements en 2016.

« Quand on compare le coût d’une simulation à celui des pertes en cas de crue, il devient évident que la rentabilité est du côté de l’anticipation »

Magali Reghezza-Zitt, géographe

Problème, et pas des moindres : au-delà du nécessaire passage à « l’urbain résilient », les exercices de simulation, censés donner un aperçu des chantiers à prioriser, sont encore peu nombreux. « C’est dommage car lorsqu’elles existent, ces opérations sont très révélatrices, regrette Magali Reghezza-Zitt. La dernière du genre, l’exercice EU SEQUANA de 2016, avait par exemple permis de constater que certaines cellules de crise étaient toujours situées en en zone inondable, que certaines administrations n’avaient toujours pas de plan de continuité d’activité à la hauteur… »

Autre avantage, « souvent, les simulations mettent en évidence un problème de logique économique : quand on compare le coût de ce genre d’exercice – à peine 1 million d’euros – à celui des pertes en cas de crue – jusqu’à 100 milliards -, il devient évident que la rentabilité est du côté de l’anticipation des risques ». Pour l’heure, les simulations se cantonnent donc au registre miniature : mardi 20 avril dernier, par exemple, la RATP a renouvelé son exercice annuel visant à vérifier l’efficacité de son PPRI sur l’esplanade des Invalides, à Paris. Sans lien direct ni avec d’autres entreprises du secteur, ni avec le grand public.

L’exemple néerlandais

Plus généralement, l’OCDE préconise de « renforcer les capacités et les moyens de la gestion de crise » pour être en mesure de faire face à une crue de fréquence centennale de la Seine en Île-de-France, dont elle rappelle qu’elle affecterait « l’ensemble de l’agglomération francilienne ». « Voire plus », précise l’experte en risque inondation Stéphanie Bidault, « car une inondation de la Seine affecterait la Région Centre Val de Loire, la Normandie, le Nord, impactant largement les flux routiers, commerciaux… Avec des impacts potentiellement très importants sur l’agriculture locale, par exemple ». Que ce soit en matière de mise en œuvre des moyens financiers ou d’évaluation des risques, « les exemples d’autres pays de l’OCDE, en particulier concernant les évacuations à grande échelle, pourront servir d’inspiration », prônent donc les experts de l’institution internationale.

De ce point de vue, il ne fait aucun doute que la France serait bien inspirée de jeter quelques regards au-delà de ses frontières nationales. Exemple le plus proche : aux Pays-Bas, où 59 % du territoire est menacé par la montée des eaux, les politiques de résilience face aux inondations ont été revues à la hausse dans les années 1950 puis dans les années 1990, après une série d’événements dramatiques. Depuis, les responsabilités sont clairement délimitées : « Aux autorités régionales le drainage, et aux municipalités l’urbanisme », résume Suzanne Maas, membre du Rijkswaterstaat, branche ministérielle en charge de la conception, de la construction, de la gestion et de l’entretien des principales infrastructures aux Pays-Bas.

En cas de tension anormale repérée sur son système, le Conseil d’administration de l’eau basé à Lelystad émet des avertissements plusieurs jours avant l’événement. Les autorités régionales procèdent alors à l’inspection de leurs digues, tandis que les communes informent les citoyens – parfois directement par SMS.

« Plus on anticipe dès maintenant la petite partie qu’on peut anticiper, plus on sera en capacité d’agir efficacement le jour J »

Marleen van Rijswick, juriste néerlandaise

Surtout, tout est fait pour « évacuer l’eau » à travers des canaux, des champs, des lacs, des rivières, des écluses et des stations de pompage, qui fonctionnent comme des tampons. Grâce à des grands travaux d’aménagement ayant permis de « revoir la hauteur des digues à la hausse autant que d’élargir les espaces d’écoulement des rivières », ces mesures d’ajustement suffisent généralement à contenir les vagues, selon la juriste Marleen van Rijswick, directrice du Centre universitaire sur le droit de l’eau, des océans et de la durabilité de l’université d’Utrecht. Si l’inondation devient malgré tout inévitable, le maire de la ville en question – ou la région si cela concerne plusieurs villes – « prend alors le relais ». C’est à lui que revient la tâche de « protéger les personnes, leurs biens, les infrastructures, et de préparer l’évacuation des personnes et du bétail », détaille Suzanne Maas.

« Je n’étais qu’enfant à l’époque, mais je me souviens que les épisodes d’inondation des années 1990 nous ont collectivement “réveillé”, retrace Herman Kasper Gilissen, chercheur, lui aussi, au Centre universitaire sur le droit de l’eau, des océans et de la durabilité d’Utrecht. On a commencé à regarder ce risque avec un œil nouveau, en sortant de l’idée qu’il fallait uniquement bâtir des digues plus hautes. On a vite compris qu’il allait falloir redesigner nos villes et repenser nos manières de faire, par exemple en acceptant que les espaces verts des grandes villes puissent servir de “zone tampon”. »

Trente ans plus tard, Marleen van Rijswick ne se fait plus d’illusion : elle sait qu’à cause du dérèglement climatique, « les grandes crues risquent d’arriver plus fréquemment ». D’où la nécessité paradoxale, dit-elle, de se préparer au pire dès maintenant : « On sait que toutes les mesures de préparation ne suffiront pas, et qu’on ne pourra pas tout contrôler sur le moment. Mais plus on anticipe dès maintenant la petite partie qu’on peut anticiper, plus on sera en capacité d’agir efficacement le jour J. » Aux autorités françaises de retenir la leçon avant qu’il ne soit trop tard.

Pablo Maillé

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