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UBER FILES, SYMPTÔME DE LA «DÉGÉNÉRESCENCE D’UN RÉGIME» ?

1. « Ce sont les hommes qui ne parviennent plus à incarner les institutions qui sont les premiers responsables de cet état de fait. »

Indique Arnaud Benedetti dans un entretien au Figaro reproduit ci contre.

Extrait : « Les «uberfiles» sont un objet qui confirme le principe de dégénérescence d’un régime. Ce n’est bien sûr pas le régime qui est en cause: les institutions de la Vème ont, à l’épreuve de l’histoire, fait la démonstration de leur stabilité, de leur caractère démocratique, de leur capacité à amortir et surmonter les crises. Ce sont les hommes qui ne parviennent plus à les incarner qui sont les premiers responsables de cet état de fait. L’histoire n’est pas une mécanique, elle reste d’abord celle des hommes qui la font. »

2. D’anciens ministres, tels que Christian Eckert ou Michel Sapin, disent reconnaître parfaitement Emmanuel Macron. François Hollande déclare ignorer un tel accord.

dans les documents publiés dans le cadre de l’enquête «Uber Files».

« L’ancien ministre Christian Eckert qui fut longtemps socialiste, secrétaire d’État au Budget et aux Comptes publics de 2014 à 2017, est un peu amer : «je décrivais entre autres mes différences et mes différends avec celui qui est devenu président de notre République et qui était ministre de l’Économie quand j’étais membre du gouvernement. Je viens de parcourir les articles découvrant subitement sa proximité (et celle de ses collaborateurs du moment devenus pour beaucoup députés et présentés comme issus de la société civile!) avec Uber et le monde des plateformes numériques. J’en souris et me demande pourquoi certaines alertes (dont les miennes) n’ont pas eu plus d’écoute à l’époque.»

Michel Sapin : « Quand il favorise l’arrivée d’Uber en France, Macron est complètement Macron »

Michel Sapin était au gouvernement avec Emmanuel Macron lorsque ce dernier a, depuis Bercy, conclu un « deal secret » avec la société américaine Uber. Ministre des Finances et des comptes publics (2014-2016) puis de l’Économie et des finances (2016-2017), ce « Hollandais » historique – qui n’a jamais caché ses désaccords stratégiques avec l’actuel chef de l’État – a participé, via la loi « Sapin 2 », à mieux encadrer le lien entre lobbyistes et politiques.

« Quand il favorise l’entrée d’Uber en France, il est « complètement Macron », si j’ose dire. Ce qui toutefois peut apparaître comme choquant pour l’opinion, c’est le manque de transparence que note « Le Monde » : ces rendez-vous hors agenda, ces échanges par SMS… Ce côté obscur et secret qui, du reste, devait particulièrement flatter les interlocuteurs du ministre de l’Économie.

« Il n’y a pas, aujourd’hui, de transparence obligatoire des agendas. Toutefois, si une telle rencontre a lieu à la demande d’un lobbyiste, elle doit désormais être déclarée à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique [c’est que ce stipule la loi Sapin 2, NDLR]. Ce n’était pas le cas en 2015. Le fait qu’Emmanuel Macron ait rencontré la direction d’Uber hors agenda, en termes juridiques, n’a rien de choquant. En termes éthiques, c’est une autre affaire. Certes, il n’a rien fait pour interférer sur les enquêtes fiscales liées à Uber, que menaient alors mes services, ou pour empêcher une quelconque perquisition. Mais tout cela prouve la fascination qu’il avait à ce moment-là pour ces personnalités soi-disant « disruptives » venues du secteur de l’économie numérique. »

Le chef d’État d’alors, François hollande, nie avoir eu connaissance de ces faits à l’époque.

Auprès de Libération, son entourage l’assure, « il n’y a jamais eu, au niveau de l’Élysée, la connaissance du moindre deal. Si ça s’est fait, l’Élysée n’était pas au courant ». Une réaction confirmée auprès de BFMTV dans la foulée.

3. « Macron, Amazon et Google : des documents que l’Élysée a voulu garder « secrets » démontrent une grande proximité »

Titre Mediapart qui poursuit :

« Au nom du secret des affaires, l’Élysée avait refusé de transmettre à Mediapart les échanges entre les lobbyistes d’Amazon, Google et autres géants du numérique avec la présidence de la République. Le tribunal administratif nous a cependant donné raison et nous venons d’avoir accès à ces échanges, qui montrent la construction permanente d’un discours commun. Tout comme chez Uber, un lobbyiste d’Amazon a même œuvré pour la campagne d’Emmanuel Macron en 2017.

« Le culte du secret ne concerne pas uniquement Uber. Mediapart a enfin eu accès, il y a quelques jours, et après trois ans d’attente, aux échanges entre des conseillers du président et les lobbyistes et dirigeants des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) datant du second semestre 2017. Curieux de savoir quelle relation et quelle proximité la présidence entretenait avec ces multinationales, nous avions demandé en 2019 à l’Élysée de nous communiquer ces documents administratifs. Mais l’Élysée s’y était opposé, au nom du secret des affaires. Mais quelles « affaires » ? À entendre Emmanuel Macron à propos d’Uber, il s’agirait juste de développer l’emploi en France.

« Il a donc pourtant fallu passer par la Commission d’accès aux documents administratifs puis par le tribunal administratif de Paris pour obtenir gain de cause. Le tribunal a estimé que dans les 90 pages communicables, une seule (une note de la DGFIP relative à la situation fiscale d’Amazon) et trois paragraphes sur une autre (un mail sur la stratégie fiscale de Microsoft) pouvaient porter atteinte au secret fiscal et n’avaient donc pas à être communiqués.


« Tous les autres documents ont été finalement transmis à Mediapart et montrent comment Emmanuel Macron et ses conseillers travaillent main dans la main avec Amazon, Google ou Microsoft. On a parfois l’impression de lire l’élaboration d’une forme de coproduction dans la communication qui sera faite de part et d’autre sur le développement de ces géants du numérique en France. Et ce, alors même que ces entreprises étaient sous le coup de redressements fiscaux et que la « taxe Gafa » promise par l’exécutif tout au long du quinquennat ne verra pas le jour, remplacée …/… »

4. « Après celui d’Uber, un lobbyiste d’Amazon aurait aussi participé à la campagne d’Emmanuel Macron en 2017 «

titre LIBÉRATION qui poursuit :

« Des échanges entre les représentants de plusieurs géants du numérique et l’ex-ministre de l’Economie, révélés par «Mediapart» ce jeudi, montrent une nouvelle fois les liens problématiques déjà évoqués dans les «Uber Files».

« Quelques jours à peine après la déflagration des «Uber files», qui ont révélé les liens privilégiés entre la société de VTC et Emmanuel Macron lorsqu’il était à Bercy, une nouvelle enquête met en lumière sur les relations douteuses entre l’ex-ministre de l’Economie et plusieurs géants du numérique.

« Dans un article publié ce mercredi soir, Mediapart indique avoir eu accès aux échanges entre «des conseillers du président et les lobbyistes et dirigeants des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft)» datant du second semestre 2017. On y apprend, comme pour Uber, qu’un lobbyiste d’Amazon aurait œuvré à l’époque pour la campagne d’Emmanuel Macron.

5. « Uber Files : « On a le sentiment qu’il y a eu trahison », déplore le président de l’Union nationale des taxis »

titre FranceInfo qui poursuit :

« Rachid Boudjema, président de l’Union nationale des taxis,demande une enquête parlementaire après les révélations sur les liens entre Emmanuel Macron, lorsqu’il était ministre de l’Économie, et l’entreprise américaine Uber. »

« C’est une forme de déception. On a le sentiment qu’il y a eu trahison. On a le sentiment que le gouvernement de l’époque, notamment le ministre en question, a favorisé une entreprise étrangère au détriment de petites entreprises françaises. Ce qui me choque, c’est que certains journalistes, plutôt que saluer le travail des journalistes d’investigation, critiquent en disant ‘Circulez, il n’y a rien à voir, il n’y a rien de grave’. C’est assez choquant parce que, quand vous avez un ministre qui travaille en tant que lobbyiste pour une entreprise étrangère qui ne paye pas ses impôts en France, c’est grave. »

6. LA PUBLICATION PRÉCÉDENTE DE METAHODOS :

MISE À JOUR 3 – « UN DEAL SECRET ENTRE UBER ET MACRON » ? : LE DOSSIER https://metahodos.fr/2022/07/12/mise-a-jour-3-un-deal-secret-entre-uber-et-macron-le-dossier/

7. ARTICLE

Arnaud Benedetti: «Uberfiles ou le nouveau symptôme de l’affaiblissement du régime»

Par Arnaud Benedetti. Le Figaro

De récentes révélations de presse ont mis en lumière les échanges entre Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, et la société Uber. Pour Arnaud Benedetti, cette polémique est un révélateur.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il est rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire. Il a publié Comment sont morts les politiques ? – Le grand malaise du pouvoir (éditions du Cerf, novembre 2021).

Les «uberfiles» sont un objet qui confirme le principe de dégénérescence d’un régime. Ce n’est bien sûr pas le régime qui est en cause: les institutions de la Vème ont, à l’épreuve de l’histoire, fait la démonstration de leur stabilité, de leur caractère démocratique, de leur capacité à amortir et surmonter les crises. Ce sont les hommes qui ne parviennent plus à les incarner qui sont les premiers responsables de cet état de fait. L’histoire n’est pas une mécanique, elle reste d’abord celle des hommes qui la font.

Pour autant, cette dégénérescence n’est pas propre au macronisme ; elle vient de loin, et le macronisme, de ce point de vue, n’est que le produit de cette dernière. Elle s’est traduite par l’affaiblissement du politique et l’abandon progressif de ce qui donne un sens à un mandat démocratique.

À LIRE AUSSIMacron et Uber : Corbière (LFI) envisage une commission d’enquête parlementaire

Le jour où est actée la marginalisation de l’indépendance nationale, de sa dilution dans un conglomérat globalisé, c’est toute l’architecture du principe de responsabilité qui s’en trouve infléchie et abîmée. Avec cette dernière, ce sont les fondements moraux qui légitiment l’exercice du pouvoir qui disparaissent également. Pas de morale publique sans prise en compte des «intérêts matériels et moraux» du peuple pour reprendre la formule de Chateaubriand, lequel résume lumineusement les basses eaux que nous traversons à la lumière de ce que fut en son temps la Restauration: «le ministère a inventé une morale nouvelle, la morale des intérêts ; celle des devoirs est abandonnée aux imbéciles. Or, cette morale des intérêts, dont on veut faire la base de notre gouvernement, a plus corrompu le peuple dans l’espace de trois années que la révolution dans un quart de siècle».

Emmanuel Macron est le greffier terminal d’une séquence d’ubérisation constante et soutenue de l’intérêt général ; il en constitue le vecteur tout à la fois le plus logique et le plus décomplexé.Arnaud Benedetti

Ainsi, nos temps incertains offrent une troublante chambre d’écho aux propos du grand auteur, comme si ce que révélait le macronisme n’était rien d’autre qu’une dégradation accélérée de l’esprit public faisant suite à des années d’insidieuse prolifération. Emmanuel Macron de ce point de vue est le greffier terminal d’une séquence d’ubérisation constante et soutenue de l’intérêt général ; il en constitue le vecteur tout à la fois le plus logique et le plus décomplexé.

Le point de départ de ce phénomène est à rechercher déjà du côté des années 1990 dans l’ivresse de la mondialisation naissante et dans l’émergence d’un techno-libéralisme dont la vocation était d’acculturer les modèles étatiques aux logiques entrepreneuriales. Le marketing de la «start-up nation», dont les «uberfiles» sont l’illustration, est l’ultime excroissance née d’une pensée tout autant managériale que dérégulatrice.

La cohérence structurelle de l’événement avec le logiciel politique du président ne saurait pourtant dissimuler, outre le problème moral et éthique qu’elle pose, la question politique qu’elle soulève. Elle interroge en effet sur l’état du quinquennat qui débute juste. La convergence entre une impossible majorité durable à l’Assemblée, des perspectives économiques hypothéquées par l’inflation, la dette, le défaut de croissance et la multiplication des suspicions de tout ordre qui pèsent sur l’image ou la réputation de nombre de responsables de l’exécutif délivre la représentation d’une atmosphère pour le moins «fin de règne».

Le pouvoir d’enchantement de 2017 résolument évaporé, tout se passe comme si le post-macronisme avait déjà débuté, invalidant vraisemblablement les stratégies de ceux qui prétendent le poursuivre avec d’autres figures et moyens.

Sous les apparences trompeuses, déformantes et pour tout dire anecdotiques des jeux partisans, ce n’est pas seulement l’avenir à brève échéance du mandat d’Emmanuel Macron qui se joue mais plus largement celui du régime après ces longues années que Chateaubriand, encore une fois, peut nous aider à comprendre sur les ailes magistrales de sa prose: «Ce qui fait périr la morale chez les nations, et avec la morale les nations elles-mêmes, ce n’est pas la violence mais la séduction ; et par séduction j’entends ce que toute fausse doctrine a de flatteur et de spécieux. Les hommes prennent souvent l’erreur pour la vérité (…) ; la froideur ressemble à la vertu, le raisonner à la raison, le vide à la profondeur, ainsi du reste».

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