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« BYE BYE, LA DÉMOCRATIE ? » : Un quart des belges pour le pouvoir d’un leader unique

ARTICLE

Sondage RTBF/La Libre « Bye-Bye, la démocratie? » : un Belge sur quatre donnerait le pouvoir à un leader unique

13 nov. 2022. Par Jean-François Noulet

Il y a un an, la RTBF lançait l’opération « Bye-Bye, la démocratie ? » L’idée était de sonder les citoyens sur leur vision de la Belgique et de ses institutions. Plus largement, l’objectif était de réfléchir au fonctionnement de nos institutions.

En 2022, la RTBF, associée à La Libre a, une nouvelle fois, sondé les Belges et commandé une étude auprès de l’institut de sondages Kantar pour prendre le pouls auprès des citoyens. Comment ceux-ci voient-ils la démocratie ?

Dans le contexte actuel, de période post-Covid, alors que le pouvoir d’achat des Belges est entamé par la forte inflation et la crise énergétique, 1101 personnes ont été sondées du 10 au 17 octobre 2022. La marge d’erreur est de maximum 3,1% autour du pourcentage observé, avec un intervalle de confiance à 95%.

40% des Belges pensent que le pays serait mieux géré si le pouvoir était aux mains d’un seul leader. C’est l’un des chiffres marquants de ce sondage qui montre que la démocratie représentative fait de moins en moins consensus mais que l’opinion est très divisée quant aux solutions à apporter.

Un leader seul gérerait-il mieux notre société ?

Notre société serait-elle mieux gérée si le pouvoir était concentré dans les mains d’un seul leader ? A cette question, près de 40% (39,5%) des Belges sondés sont tout à fait d’accord ou d’accord pour une concentration du pouvoir dans les mains d’un seul leader afin d’améliorer la gestion de la société. L’an dernier, lors du sondage 2021, à la même question, 37,3% des sondés étaient favorables à la solution du leader seul.

Le phénomène est nettement plus marqué chez les jeunes. Dans la catégorie des 18-34 ans, c’est quasi une personne sur deux qui se prononce en faveur d’un leader unique. 47,8% des personnes de cette catégorie d’âge se montrent en faveur de cette solution.

Cette opinion est davantage présente au Nord qu’au Sud du pays. 41,2% des Flamands sont pour cette piste du leader unique. En Wallonie, ils 39,7% dans ce cas. A Bruxelles, 28,5%.

Le niveau d’éducation influence aussi cette perception. Moins on a fait d’études, plus on aspire à une concentration du pouvoir. Les ouvriers et les inactifs sont aussi plus enclins à privilégier la solution d’un leader unique.

Cette notion « d’un seul leader » doit être précisée car elle peut signifier « parti unique » ou « dictateur ». Parmi les personnes sondées qui sont « tout à fait d’accord » avec l’affirmation qu’un seul leader est mieux, 30,5% estiment que la meilleure manière de gérer le pouvoir serait avec un parti unique. 11,3% opteraient pour un dictateur. A contrario, celles qui ne sont pas du tout d’accord avec cette affirmation « un seul leader » penchent majoritairement pour une coalition de partis au pouvoir.

Pour diriger le pays efficacement, la coalition de plusieurs partis ne convainc qu’un sondé sur trois

Autre question posée, quel est le moyen le plus efficace pour diriger le pays ? Les personnes ont eu le choix entre quelques propositions. Parmi celles-ci, c’est la coalition de plusieurs partis, c’est-à-dire le système actuel, qui obtient le plus d’adhésions. 34,1% des sondés y sont favorables. On y croit un peu plus en Flandre (40,1%) qu’en Wallonie (23,6%). Cette formule obtient aussi plus les faveurs des plus âgés que des jeunes.

Il reste donc deux tiers des personnes qui privilégieraient une autre solution.

Une assemblée citoyenne convaincrait 18,4% des Belges. C’est en Wallonie (27%) et à Bruxelles (25,8%) que cette option séduirait le plus. En Flandre, on ne compte que 12,5% de personnes favorables à la gestion du pouvoir par une assemblée citoyenne.

16,1% des personnes sondées seraient favorables à un parti unique au pouvoir. Chez les jeunes, 21,2% seraient pour cette option.

14,9% des Belges verraient bien un panel d’experts diriger le pays.

12,4% des Belges seraient en faveur d’une gestion du pouvoir par référendum.

4,2% des Belges privilégieraient un dictateur pour diriger le pays.

Plus d’un Belge sur deux veut changer le système démocratique (parlementaire) actuel

Que pensent les personnes sondées de notre système démocratique qui permet d’élire des représentants de la population dans les parlements ?

57,9 des personnes interrogées estiment que ce système doit être supprimé et remplacé par un autre système démocratique, par exemple avec l’élection directe des représentants ou via des listes électorales nationales pour les élections fédérales.

12,6% estiment que le système démocratique parlementaire actuel doit être supprimé et remplacé par un autre système plus autoritaire. On retrouve ici un pourcentage assez proche des 11,3% de Belges en faveur d’un dictateur.

29,5% des personnes sondées trouvent que le système actuel fonctionne généralement bien tel qu’il est. Notons que les 18-34 ans sont plus nombreux (34,4%) à être satisfaits du système actuel que les plus âgés (20,8% chez les 55-64 ans). Les ouvriers sont aussi plus satisfaits du régime démocratique actuel que les employés. Parmi toutes ces personnes satisfaites du système parlementaire actuel, 53% préconisent un exercice du pouvoir par une coalition de partis pour gérer efficacement le pays.

Si l’on s’intéresse aux personnes qui veulent un remplacement du système actuel par un autre, aucune solution ne se dégage des autres, qu’il s’agisse d’une coalition de partis, une assemblée citoyenne, un panel d’experts, voire un parti unique.

Estimez-vous vivre dans une démocratie ou dans une dictature ?

Une large majorité des personnes sondées a plutôt l’impression de vivre en Belgique dans une démocratie. 66,6% des Belges interrogés penchent pour cette impression. Le sentiment est davantage marqué chez les jeunes.
 

A l’inverse, l’impression que la situation politique actuelle en Belgique est une dictature ou tend vers ce régime est présente chez près d’un cinquième des personnes sondées (18,9%).

Vis-à-vis de l’Europe, les Belges interrogés sont plus critiques. Ils ne sont plus que 56,9% à estimer que l’Europe a un fonctionnement démocratique. 23,6% pensent que l’Europe est une dictature ou en prend le chemin.

Les partis d’extrême droite ou d’extrême gauche sont-ils une menace pour la démocratie ?

« Pensez-vous que les partis d’extrême droite sont une menace pour la démocratie ? » C’est « oui » pour 61,6% des sondés et « non » pour 38,4%.

Même question pour les partis d’extrême gauche. Sont-ils une menace pour la démocratie ? C’est « oui » pour 57,3% et « non » pour 42,7%.

L’extrême droite est donc davantage perçue comme une menace que l’extrême gauche.

Les extrêmes sont aussi moins diabolisés en Flandre. 56,4% des sondés flamands voient en l’extrême droite une menace pour la démocratie, contre 68% en Wallonie et 72% à Bruxelles. Dans des proportions assez semblables, la crainte de l’extrême gauche est aussi moins grande en Flandre que dans les deux autres régions.

Globalement, les jeunes sont aussi moins nombreux que les plus âgés à considérer que les partis d’extrême droite et gauche constituent des menaces pour la démocratie. 57,6% des jeunes belges voient une menace en l’extrême droite, contre 70,7% pour les plus de 65 ans. 51,7% des jeunes considèrent que l’extrême gauche est une menace, contre 58,8% pour les plus de 65 ans.

Le monde politique, les marchés et les riches dans le top 3 des éléments qui influencent le quotidien des sondés.

« Qui selon vous prend les décisions qui influencent le plus votre quotidien ? » Plusieurs propositions ont été faites aux personnes interrogées : le monde politique (gouvernements et parlements), les marchés financiers et les banques, les personnes les plus riches, les patrons, les médias, les syndicats, la police et l’armée, les ONGs, Dieu/la religion ou encore, une société secrète.

Il a été demandé aux personnes interrogées d’établir leur Top 3 parmi ces propositions.

81,6% des personnes sondées ont inscrit « le monde politique » dans leur Top 3.

63,7% des sondés ont mis « les marchés financiers et les banques » dans leur Top 3.

Avec 36,9% des personnes l’ayant choisie, la proposition « les personnes les plus riches » est la troisième suggestion la plus souvent placée en Top 3.

Notons que près de 15% (14,6%) des 18-34 ans sondés mettent « Dieu et la religion » comme élément qui influence le plus leur quotidien. Pour 23% de ces jeunes, la religion fait partie des trois éléments qui influencent le plus leur vie.

Les Belges de moins en moins convaincus de la capacité des ministres et des gouvernements à améliorer leur vie quotidienne

Face à l’affirmation « les gouvernements et les ministres n’ont plus de réelle capacité d’améliorer ma vie quotidienne, ils ne peuvent quasi rien changer », c’est l’insatisfaction qui domine, encore plus qu’en 2021.

63,3% des personnes sondées sont d’accord ou tout à fait d’accord avec cette proposition. Ils étaient 59,7% dans ce cas en 2021.

36,7 ne sont pas d’accord, contre 40,3% en 2021.

L’insatisfaction est plus grande chez les jeunes.

Pensez-vous avoir une bonne compréhension des grands enjeux de notre société ?

Devant cette affirmation, « Je pense avoir une bonne compréhension des grands enjeux de notre société », la majorité des Belges sondés, 79%, se montrent d’accord ou tout à fait d’accord. C’est en résultat quasi identique à celui du sondage réalisé en 2021 (79,5%)

Chez les plus jeunes, de 18 à 34 ans, ce sentiment d’avoir une bonne compréhension des enjeux de la société est un peu plus faible. 72% des sondés de cette catégorie se montrent d’accord ou tout à fait d’accord avec la proposition.

Des différentes régions du pays, c’est en Flandre qu’on estime le plus avoir une bonne compréhension (81,5%). Viennent ensuite Bruxelles (76,8%) et la Wallonie (75,1%)

La confiance des Belges en leur bourgmestre s’érode

A l’affirmation « le bourgmestre est le responsable politique qui répond le mieux à mes besoins et mes attentes », seuls 39,3% des Belges sondés répondent qu’ils sont d’accord, contre 60,7% qui ne le sont pas.

La confiance qu’ont les Belges en la fonction de bourgmestre s’érode par rapport à 2021. L’an dernier, on comptait encore 44,4% de personnes sondées estimant que le bourgmestre était le responsable politique répondant le mieux à leurs besoins et attentes.

Parmi ceux qui estiment que le bourgmestre remplit les attentes, on trouve quand même plus de la moitié de gens qui pensent qu’il faut remplacer le système démocratique actuel.

Les Belges prêts à s’impliquer dans la gestion communale, moins dans la gestion régionale ou fédérale

Quand on leur demande s’ils sont prêts à s’impliquer en tant que citoyen dans la gestion au niveau communal, régional ou fédéral, les Belges répondent de manière variée. Plus on s’éloigne du niveau de proximité, le niveau communal, moins on est prêt à s’impliquer.

En Wallonie, au niveau communal, près d’un un citoyen sur trois (60,9%) se dit prêt à s’impliquer. Les jeunes de 18 à 34 ans (63,6%) et les indépendants (79%) sont plus nombreux à être prêts à le faire.

La volonté d’implication au niveau régional est plus faible. A Bruxelles 50% des citoyens seraient prêts à s’impliquer dans la gestion de la région (43,4% en Wallonie).

Au niveau fédéral, on ne compterait plus que 38,9% des Belges qui seraient prêts à prendre part à la gestion du pays.

En Flandre, l’intérêt pour la gestion politique est moins marqué que dans les deux autres régions.

En majorité, les Belges pensent n’avoir rien à dire sur ce que fait le politique

En grande majorité, 74,4%, les Belges sondés dans cette enquête pensent ne pas avoir leur mot à dire sur ce que fait le monde politique. Ils étaient 77% l’an dernier à être dans ce cas.

Cela fait quand même trois Belges sur quatre qui ne pensent pas avoir voix au chapitre.

Ce sont les jeunes de 18 à 34 ans qui ont le plus l’impression d’avoir quelque chose à dire sur l’action du politique. Ils sont 34,9% à le penser.

Par ailleurs, plus le niveau d’éducation est élevé, plus les Belges sondés ont le sentiment d’être écoutés.

Pour qui voter en 2024 ? C’est l’incertitude

Dans ce contexte, « savez-vous déjà pour qui vous voteriez, avec certitude, en 2024 ? » Non, répondent 54,2% des sondés. C’est en Wallonie que l’incertitude est la plus grande avec 64,6% de gens qui ne savent pas pour qui ils voteront dans deux ans. Ils ne sont « que » 48,7% à être dans ce cas en Flandre.

La confiance dans le système des soins de santé est maintenue

70,9% des Belges interrogés dans cette enquête sont d’accord pour dire que l’Etat, grâce au système de soins de santé améliore leur niveau de vie. C’est un peu moins qu’en 2021 où 73,2% des personnes sondées étaient de cet avis.

Une majorité de Belges en faveur de sanctions en cas de discriminations

« Il faut sanctionner plus sévèrement les discriminations liées au sexe, au genre ou à l’origine ». 79% des sondés sont d’accord avec cette affirmation. 21% ne le sont pas. C’est à Bruxelles (81,1%) et en Wallonie (83,2%) qu’on compte la plus grande proportion de personne qui partage cet avis.

Perception mitigée de la capacité de la police et du système judiciaire à protéger les citoyens

« Dans ma vie de tous les jours, je me sens protégé(e) par la police et le système judiciaire en Belgique ». Face à cette affirmation, 53,2% des personnes sondées se disent d’accord. Elles étaient 56,4% l’an dernier. 46,8% disent ne pas se sentir protégés.

En temps de crise, que doit faire l’Etat ? Restreindre les libertés ? Aider financièrement la population ?

La crise du Covid a amené le gouvernement à prendre des mesures sanitaires qui, à plusieurs reprises, ont conduit à restreindre les libertés individuelles.

La période actuelle de crise, en particulier de crise énergétique, conduit l’Etat à prendre d’autres mesures, notamment pour aider la population à payer ses factures.

Que doit faire l’Etat dans des cas de crise ? Deux propositions ont été faites aux personnes sondées.

La première est relative aux libertés individuelles. « En cas de crise, il est normal que l’Etat restreigne les libertés individuelles pour sauvegarder l’intérêt collectif », a-t-on suggéré aux citoyens interrogés. 60,6% des sondés sont d’accord avec cette proposition. Chez les jeunes (18-34 ans), ils sont 61,7% à l’être.

C’est à Bruxelles (68,8%) qu’on est le plus enclin à voir ses libertés individuelles restreintes. En Flandre, 61,8% des sondés marquent leur accord. C’est en Wallonie qu’on compte la plus faible majorité de personnes d’accord avec une restriction des libertés, avec 55,8%.

La seconde proposition faite aux sondés concerne l’aide financière que l’Etat devrait ou non accorder à la population pour l’aider en cas de crise.

L’Etat doit le faire pour 87% des Belges sondés. Ils sont moins nombreux chez les 18-34 ans à être de cet avis, avec 78,7%.

Ce sont les Bruxellois, à 92,9% qui souhaitent le plus une intervention de l’Etat pour aider la population en cas de crise. En Wallonie, 89% des sondés sont de cet avis. En Flandre, ils sont 84,8% à le souhaiter.

Les éléments au coeur de ce sondage seront aussi évoqués cette semaine à la cité Miroir à Liège dans le cadre de PolitiK, Les Rencontres Internationales du Film politique de Liège, lors de trois débats. Bye bye Démocratie ? (le 16 novembre à 18 h 30), Bye bye Libertés ? (le 17 novembre à 18 h 30) et Bye bye la Planète ? (17 h). Plus d’infos : www.politik-liege.be

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