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Retour sur un « non confinement »: La corruption du sensible et de l’intelligible –  L’incapacité à prendre des décisions.

Manipulation et incapacité à decider: ethique et efficacité hors champs

La manipulation des informations emporte la manipulation des personnes qui ont droit a ces informations et qui en ont besoin pour maitriser leur vie personne et collective.

Cela conduit à l’altération, la corruption des capacités et activités sensibles et cognitives.

« On utilise l’outil classique en communication politique qu’est la fuite qui vise à préparer les esprits tout en se réservant la possibilité de changer les décisions. Cela pose un gros problème éthique car on utilise des techniques de communication issues d’autres domaines en estimant qu’elles sont bonnes dans le domaine de la santé. Or, l’un des principes de base de l’éthique lorsque l’on parle de communication dans la santé, est donner une information claire pour que les gens prennent des décisions informées. », déclare Jérémy Ward dans l’entretien reproduit ci dessous.

Pratique de fuites orchestrées  pour préparer les gens , annonces paradoxales et anxiogènes, annonce – régulièrement reportée – de l’arbitrage du président…une attitude qui pose un problème éthique car elle plonge les gens dans une situation d’incertitude inutile. Le cynisme et la non considération l’emportent, la transparence et le dialogue sont absents.

Pendant une dizaine de jours, avant l’annonce surprise imposée au 1° ministre, à l’issue d’un conseil de défense, les annonces de différents médias sous-entendaient que des mesures sanitaires plus strictes pourraient être instaurées. Des manipulations de l’opinion, en forme de « fuites médiatiques dont le sociologue Jérémy Ward considère qu’elles « discréditent la parole de l’Etat« .

ARTICLE

Covid-19 : « L’incapacité de l’Etat à prendre des décisions est un facteur d’angoisse pour le public »

30/01/2021  Marianne Jérémy Ward Propos recueillis par Margot Brunet et Vincent Geny

« Reconfinement imminent » : la Une du Journal du Dimanche le 24 janvier, laissait peu de place au doute prédisant des annonces imminentes à propos de mesures restrictives pour contenir la pandémie de Covid-19. Le message paraissait clair : la décision devrait être prise dans la semaine. Sauf que le même jour, Le Parisien titre « Olivier Véran veut rassurer les Français« . Le ministre serait « optimiste« . 

Alors, qui croire ? Cette incertitude pourrait bien plonger les Français dans une angoisse plus importante que l’annonce d’un confinement en lui-même. Cest du moins ce que sous-entend un article du sociologue à l’Inserm Jérémy Ward, rédigé avec Florian Cafiero, ingénieur de recherche au CNRS, et Patrick Peretti-Watel, sociologue et directeur de recherche à l’Inserm, et publié dans la revue Infectious Diseases Now. Alors qu’un confinement pourrait être annoncé dans les jours qui viennent, Jérémy Ward nous parle de l’impact de ces fuites  sur le moral des Français

Marianne : Dans votre papier, vous expliquez que les fuites dans la presse ont un impact sur le moral des Français. Pouvez-vous développer ?

Jérémy Ward : Dans une situation d’épidémie, il est important de donner au public des informations claires afin qu’il puisse se préparer. La pratique des fuites dans la presse pose un problème éthique car elle plonge les gens dans une situation d’incertitude inutile. Cette incapacité à prendre des décisions met le public dans une situation plus difficile que ce dont il a besoin, est un facteur d’angoisse. Pour arriver à cette conclusion, nous avons utilisé un outil de l’université de Vermont qui s’appelle Hedenometer.

Grâce à une analyse des posts sur Twitter, il analyse les émotions et détermine si elles sont plutôt positives ou négatives. En l’occurrence, nous avons assisté à une augmentation de la part des émotions négatives dès la sortie de fuites dans la presse. Ensuite, nous nous sommes penchés sur les recherches Google. L’idée étant qu’elles démontrent l’état d’esprit des Français. Par exemple, beaucoup se sont mis au bricolage lors du premier confinement. Donc un pic de connexions à des commerces de bricolage tend à montrer que les Français se préparent. Or, d’après notre travail, cela ne se produit pas lors des fuites, qui sont orchestrées justement pour préparer les gens, mais bien au moment où l’annonce est officielle. Mais le plus important reste que ces fuites discréditent la parole publique.

De quelle manière ?

La France a une tradition dans sa communication de crise qui repose sur un postulat paternaliste, estimant que le public n’est pas capable de comprendre. Depuis le début de la crise, on observe une communication qui tend à occulter les incertitudes, vise à rassurer ou à orienter vers certains comportements en ne donnant qu’une partie des informations, voire des informations fausses. C’est un peu la logique derrière ces fuites.

On utilise l’outil classique en communication politique qu’est la fuite qui vise à préparer les esprits tout en se réservant la possibilité de changer les décisions. Cela pose un gros problème éthique car on utilise des techniques de communication issues d’autres domaines en estimant qu’elles sont bonnes dans le domaine de la santé. Or, l’un des principes de base de l’éthique lorsque l’on parle de communication dans la santé, est donner une information claire pour que les gens prennent des décisions informées.

Un autre problème repose sur l’absence de discussion. En faisant fuiter des informations dans la presse, on empêche paradoxalement le débat. Les plus sérieux commentent-ils des bruits de couloir ? Les fuites ne sont, de plus, pas toujours confirmées, ce qui porte un coup supplémentaire à la crédibilité de la parole publique.

Vous pensez qu’attendre le dernier moment pour tout annoncer évacuerait ces problèmes ?

Non. Il faut une discussion ouverte et publique sur la nature du confinement. On pourrait imaginer un système où le confinement n’est effectif que trois jours plus tard. Ça laisserait à la fois au Français le temps de s’y préparer, à l’opposition d’émettre des réserves ou des critiques, et aux experts ou personnes directement concernées de faire remonter les problèmes qu’ils vont rencontrer. Cela laisserait de vraies possibilités d’ajuster le dispositif.

Toutefois, nous accueillons favorablement le tournant opéré depuis la fin de l’année dernière. Certaines erreurs sont reconnues, certaines incertitudes assumées, c’est un peu moins paternaliste. Mais il faut que cela se traduise surtout par l’arrêt, ou l’utilisation moins systématique de cette pratique qui pose un réel problème éthique. Le sujet majeur est la transparence de la communication et la capacité à discuter des mesures pour que le public puisse enfin compter sur la parole officielle.

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