Aller au contenu principal

McKINZEY : LE PNF CHANGE DE MÉTHODE ET D’ATTITUDE – D’UNE ÉLECTION À L’AUTRE ?

ENTRETIEN

McKinsey: «Soit le PNF a appris de l’affaire Fillon, soit son comportement change quand il s’agit du pouvoir»

Par Ronan Planchon

Le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment aggravé de fraude fiscale à l’encontre du cabinet de conseil. Cette affaire peut perturber le futur quinquennat d’Emmanuel Macron s’il est réélu, note l’ancien juge d’instruction et avocat Hervé Lehman.

Hervé Lehman est ancien juge d’instruction et avocat au barreau de Paris. Il a notamment publié L’air de la calomnie. Une histoire de la diffamation(éd. du Cerf, 2020), Le Procès Fillon (éd. du Cerf, 2018) et Justice, une lenteur coupable (PUF, 2002).

LE FIGARO. – Le Parquet national financier a annoncé ce 6 avril avoir ouvert une enquête préliminaire du chef de «blanchiment aggravé de fraude fiscale», «après avoir pris connaissance du rapport » de la commission d’enquête sénatoriale sur l’influence croissante des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques, et «après avoir procédé à des vérifications». Que vous inspire cette décision ?

Hervé LEHMAN. – Le Parquet national financier (PNF) a été utilisé (sinon créé) par François Hollande pour casser les dirigeants de la droite républicaine, Nicolas Sarkozy puis François Fillon, avec une efficacité remarquable. La situation est aujourd’hui bien différente puisque l’affaire McKinsey concerne le pouvoir en place. Rappelons-nous: en 2017, le parquet national financier avait ouvert une enquête le jour même de la publication de l’article du Canard Enchaîné sur l’emploi de Pénélope Fillon, et avait publié aussitôt un communiqué. Cette fois-ci, le Parquet national financier s’est laissé le temps de la réflexion puisque le rapport de la commission du Sénat a été rendu public le 17 mars, et que l’enquête a été ouverte le 31 mars, dans la plus grande discrétion pour être révélée le 6 avril après que de nombreuses voix, dont un collectif de magistrats, se sont étonnées de l’absence d’ouverture d’enquête.

Il existe deux hypothèses: soit le Parquet national financier a appris de l’expérience catastrophique de l’affaire Fillon, où son intervention précipitée et tonitruante a altéré le processus démocratique, et a souhaité cette fois-ci respecter la trêve républicaine en période préélectorale, soit son comportement est différent lorsque l’affaire concerne le pouvoir en place.

Que peut-on attendre de cette enquête ? Ce dossier pourrait-il, à terme, provoquer une myriade de perquisitions au cœur de l’appareil d’État ?

L’enquête judiciaire ne perturbera pas les élections, car le calendrier est maintenant trop serré. Cela ne veut pas dire que les révélations du rapport parlementaire n’ont pas d’effet sur les électeurs, mais il ne s’agit pas d’une ingérence de la justice dans les élections.

L’affaire va donc suivre le rythme malheureusement habituel des affaires financières: cela va être très long. L’affaire des assistants parlementaires du MoDem, qui a valu son portefeuille ministériel en 2017 à l’éphémère garde des Sceaux François Bayrou, est toujours en cours. On peut s’attendre en effet à des perquisitions dans les ministères, surtout si un juge d’instruction est désigné. Rappelons qu’il y a peu, c’est le cabinet du garde des Sceaux qui a été perquisitionné par des juges de la Cour de justice de la République, jusqu’à percer au chalumeau un vieux coffre-fort vide.S’il y a un second quinquennat d’Emmanuel Macron, cette affaire va distiller son venin au fur et à mesure des investigations et des révélations.

De son côté, Emmanuel Macron a suggéré que les pratiques fiscales de McKinsey n’avaient rien d’illégal. «Personne ne fait payer l’impôt à des entreprises comme celle-ci, car ce ne sont pas les règles», a-t-il déclaré le 23 mars sur M6.

Il est loin d’être certain que McKinsey a commis un délit de fraude fiscale. Il est évidemment choquant pour tous ceux qui n’ont pas d’autre choix que de payer leurs impôts de voir des sociétés étrangères, souvent américaines, ne pas payer en France d’impôts sur l’argent qu’elles ont gagné en France. Mais l’optimisation fiscale n’est pas forcément synonyme de fraude fiscale. Le délit suppose que les règles ont été violées, ou à tout le moins qu’il y a eu un abus de droit. Dans le cas de ce qu’on appelle les prix de transfert, la détermination du caractère abusif des redevances payées par la filiale française à la maison mère étrangère n’est pas chose aisée. Ainsi, le redressement de plus d’un milliard d’euros infligé à Google avait été annulé par la cour administrative d’appel.

La justice a choisi d’enquêter sur une éventuelle fraude fiscale de McKinsey et non sur un potentiel conflit d’intérêts ou trafic d’influence. Comment l’expliquer ?

La fraude fiscale ne concerne que McKinsey. Les questions autour de l’utilisation des services de McKinseyconcernent le pouvoir en place. Est-ce une explication ? Il est certain qu’il existe des questions sérieuses sur les relations entre McKinsey et le président sortant. On sait que des salariés de McKinsey ont travaillé bénévolement pour la campagne électorale d’Emmanuel Macron en 2017, puis que les ministères ont fait travailler cette société. Les prestations gratuites ont-elles été comptabilisées dans les comptes de campagne ? Y a-t-il un lien entre ces services gratuits à un candidat et les marchés publics attribués ensuite à McKinsey ? Les procédures de passation de marchés publics ont-elles été bien respectées ? Voilà des questions qui devraient plus intéresser un Parquet national financier que les impôts payés ou non par un contribuable parmi d’autres. Tôt ou tard, la justice va s’y attaquer. Mais après l’élection.

Si le PNF se met en tête de vérifier toutes les prestations facturées par McKinsey, cela risque de l’occuper tout un quinquennat. Ce dossier sera-t-il vraiment une épine dans le pied d’Emmanuel Macron, si le président sortant est réélu ?

On a vu comment l’affaire des sondages de l’Élysée et celle des comptes de campagne avaient nui à Nicolas Sarkozy et à son entourage pendant dix ans. Emmanuel Macron jouit d’une immunité tant qu’il est président de la République, puis pour tout ce qu’il a fait comme président. Mais cette immunité ne bénéficie ni aux membres de son cabinet, ni à ses ministres. Il est douteux que les magistrats, qui n’ont pas avalé l’affront qu’ils ont ressenti du fait de la nomination comme garde des Sceaux d’Éric Dupond-Moretti, soient finalement beaucoup plus souples avec l’entourage d’Emmanuel Macron qu’avec celui de Nicolas Sarkozy. S’il y a un second quinquennat d’Emmanuel Macron, cette affaire va distiller son venin au fur et à mesure des investigations et des révélations. Malheureusement, cela renforce la conviction chez certains électeurs que les politiques sont «tous pourris».

3 réponses »

  1. Bonjour, Thierry,Il y a deux affaires dans cette affaire, l’une juridique et c’est ce dont s’occupe le PNF, et une autre politique où le pouvoir actuel a délégué à des cabinets privés la gestion des affaires publiques de la France leur ouvrant les dossiers sur des informations stratégiques. Si ces cabinets sont de puissances étrangères, comme l’est McKinsey y a alors suspicion de haute trahison, et je ne l’ai entendu dans aucun commentaire. Pourtant les faits dont là.Bien amicalementJean-Marc Envoyé depuis Yahoo Mail pour Android

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :