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L’IDÉE NE REPRÉSENTE QUE 10% DE L’INNOVATION ?

Carole STROMBONI nous suggère de publier son article

« Quand on veut innover, qu’on soit start-up ou PME, l’idée est loin de suffire. L’engagement et l’exécution sont cruciaux pour réussir. La communication doit elle aussi être adaptée. »

Article

L’idée, c’est seulement 10 % d’une innovation…

CAROLE STROMBONI Les Échos

On peut avoir un grand nombre d’idées très créatives sans être innovant, et, inversement, il est possible d’être innovant sans des idées très créatives. Certes, il faut créer, imaginer, pour innover. Cela nécessite un environnementparticulier, une liberté de parole et une absence de jugement. Il ne s’agit pas d’avoir l’air intelligent. Sinon, le jugement du cortex préfrontal latéral entre en jeu. Comme le souligne Marc Turiault, docteur en neurosciences, « si la partie dite ‘exécutive’ est trop fortement activée, elle freine les structures créatives ». L’autocritique prendra alors le pas sur la création d’idées originales. 

Lorsque l’on tient une idée originale, on a déjà fait 10 % du travail car une idée, c’est 10 % du chemin vers l’innovation. Il faut 40 % d’exécution et 50 % d’engagement pour en faire une innovation accomplie. Ainsi, 90 % des efforts ne doivent pas porter sur les idées, mais au contraire sur l’exécution et l’engagement.

L’exécution, c’est la façon de faire, et surtout la rapidité à atteindre ses objectifs. En d’autres termes, l’excellence opérationnelle. L’engagement , c’est l’adoption de l’innovation par les personnes visées. Et de façon générale, c’est la capacité à tirer un bénéfice de cette innovation, financier en premier lieu ou d’image en second. Il est essentiel de réfléchir très en amont au bénéfice attendu et aux tests à mener pour valider ou invalider l’atteinte de ce bénéfice. 

Introduire la notion d’erreur et de tâtonnement

La communication est cruciale dans l’innovation. Elle est partie intégrante de la phase d’engagement. Cette communication doit se situer sur un autre plan que la communication institutionnelle fondée sur le succès qui consiste à dire que tout se passe bien et que nous sommes les meilleur·e·s. 

La communication d’innovation, c’est se dire que l’on teste un nouveau produit ou service et que l’on va peut-être échouer. Il s’agit d’introduire la notion d’erreur, de tâtonnement et d’échec possible très tôt dans cette communication, dès l’idée, pour commencer à diffuser des principes à fort impact dans les équipes et à changer (ou conforter) l’image innovante de l’entreprise. Lire aussi :Pauline Laigneau… « L’innovation est la valeur intrinsèque de notre marque »

C’est ce que fait très bien Tesla avec ses voitures comme le Model X. J’ai pu constater de visu que des mises à jour sont faites toutes les semaines. Les propriétaires de ce véhicule électrique futuriste voient les améliorations mais aussi les bugs. Et le fait d’avoir l’impression de participer en direct à la création d’un produit véritablement innovant les rend plus indulgent·e·s concernant les imperfections constatées au fur et à mesure. 

C’est la même indulgence que l’on peut éprouver lorsque l’on est salarié·e ou client·e et que l’on nous explique le pourquoi et le comment de ce que l’on teste. En revanche, si un produit ou un service est présenté comme parfait, les gens seront beaucoup plus exigeants et cela peut être la fin de l’innovation. 

Innovation incrémentale ou disruptive ?

La différence est également souvent faite entre l’innovation incrémentale et l’innovation disruptive. L’incrémentale étant une amélioration ou une extension d’un produit ou service existant. Elle est plus familière aux PME car c’est souvent ce qu’elles font spontanément. Comme l’indique Michel Sasson, conseiller en innovation, « on pense que l’innovation, ça fait perdre de l’argent. Ce qui fait gagner de l’argent, c’est la routine, le fait de faire un peu mieux ce qu’on faisait bien hier. Mais dans une économie mondialisée et des cycles de plus en plus courts, la routine met en danger les entreprises. » 

Au contraire, l’innovation disruptive transforme significativement les usages et les marchés. Elle implique un complet changement de chaîne de production, de sourcing et de distribution. La disruption est d’ailleurs souvent considérée comme synonyme d’« ubérisation » . En effet, l’application digitale de transport Uber a profondément transformé notre rapport aux taxis. Elle a bousculé une profession qui s’était laissé distancer par la technologie. Cette start-up a mis en place un modèle économique disruptif et s’est mise à concurrencer les taxis en agrégeant des services à la personne via une expérience unique et des tarifs fluctuants selon l’intensité de la demande. Comme le souligne Bertrand Semaille, DG d’Eleven, « le coeur de l’innovation n’est en réalité pas l’application mais le fait d’être passé sur un modèle d’asset light : Uber n’est pas propriétaire des véhicules et ne salarie pas ses conducteurs et conductrices ».

Lire aussi :Entrepreneurs, voici comment transformer une idée en succès !

Le risque pris par Uber est donc faible et l’entrée sur le marché, facilitée. C’est le digital qui le permet, et c’est en cela qu’il s’agit d’un modèle disruptif, un modèle économique qui permet de faire un business traditionnel différemment. À l’inverse, on peut penser qu’Uber, c’est toujours une voiture qui nous emmène d’un point A à un point B. Il n’y a rien de révolutionnaire. Les taxis proposaient la même chose. Vincent Edin, journaliste et essayiste, juge que dans ce cas, « l’innovation, ce sont des chauffeurs mal payés et corvéables à merci ». C’est pourquoi Uber divise encore quant à sa véritable valeur ajoutée pour la société.

L’AUTRICE

Carole Stromboni est experte en innovation, conférencière et consultante en innovation pour des start-up et des PME.

Ce texte est extrait de son ouvrage « Innover en pratique. Mener et réussir sa démarche d’innovation », aux éditions Eyrolles, 230 pages, 24,90 euros.

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