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ÉNERGIE/EDF : COMMENT COMPRENDRE LES ERREMENTS DES POLITIQUES PUBLIQUES ? – SUITE –

Dans le prolongement de nos publications relatives au fiasco de la politique gouvernementale de l’énergie,

nos lectrices lecteurs nous proposent 4 articles de Marianne qui éclairent le sujet.

NOS PRÉCÉDENTES PUBLICATIONS

ÉLECTRICITÉ, UN FIASCO FRANÇAIS : LA SUÈDE ET L’ALLEMAGNE, PREMIERS EXPORTATEURS, LA FRANCE, DESORMAIS IMPORTATRICE. https://metahodos.fr/2022/08/15/electricite-un-fiasco-francais-la-suede-et-lallemagne-remplacent-la-france-comme-premiers-exportateurs/

REBONDISSEMENT DANS LES RELATIONS EXÉCUTIF/EDF : TRIPOTAGE, MASCARADE, CONNIVENCE ? https://metahodos.fr/2022/08/10/letat-et-edf-tripotage-mascarade-connivence/

ÉTATISATION D’EDF : UNE DÉCISION INCOMPRÉHENSIBLE À 10 MILLIARDS D’EUROS https://metahodos.fr/2022/07/28/nationalisation-dedf-a-100-une-decision-incomprehensible-a-10-milliards-deuros/

EDF, L’ÉTAT DÉJÀ À SA TÊTE : GOUVERNANCE DU « COUP DE MENTON » ? https://metahodos.fr › 2022/07/18 › edf-letat-deja-a-sa-t…

« EDF : UNE FAUSSE NATIONALISATION…» https://metahodos.fr/2022/07/15/edf-une-fausse-nationalisation/

EDF – L’ÉTAT AU SECOURS DE L’ÉTAT ? MASCARADE ? https://metahodos.fr/2022/07/14/edf-un-etat-impotent-qui-cherche-a-regir-le-moindre-aspect-de-leconomie/

EDF – UN ACTIONNARIAT 100% PUBLIC SANS OPPOSITION RÉELLE CAR SANS EFFET VÉRITABLE ? https://metahodos.fr/2022/07/13/edf-un-actionnariat-100-public-sans-opposition-car-sans-effets-veritables/

MISE À JOUR N’3 – ÉTATISATION D’EDF : « Les soviets et la guillotine » – « Grandeur et décadence de l’actionnariat populaire » https://metahodos.fr/2022/07/09/mise-a-jour-reponse-de-lexecutif-aux-lecons-des-operatieurs-denergie-le-nationalisation-dedf/

MISE À JOUR – RÉPONSE (?) DE L’EXÉCUTIF AUX LEÇONS DES OPERATIEURS D’ÉNERGIE le: NATIONALISATION D’EDF https://metahodos.fr/2022/07/07/quand-les-producteurs-denergie-appellent-a-la-sobriete-il-faut-se-poser-des-questions/

Énergie : L’initiative privée face à l’inertie publique ? https://metahodos.fr/2022/06/28/energie-linitiative-privee-face-a-linertie-publique/

1. ARTICLE

Raquer pour se chauffer

Flambée des factures d’électricité et de gaz : le gouvernement face au risque d’une colère noire

Publié le 30/09/2021 MARIANNE

12,6 % de plus pour le gaz, entre 10 et 12 % pour l’électricité : toutes ces futures hausses des tarifs constituent un coup dur pour les ménages qui vont devoir mettre la main à la poche s’ils veulent se chauffer correctement. Pour parer à toute contestation sociale, Jean Castex devrait annoncer des mesures d’aides jeudi 30 septembre à 20 heures, sur « TF1 ».

Les nuages noirs s’accumulent sur vos fins de mois. Première mauvaise nouvelle : la Commission de régulation de l’énergie a annoncé, lundi 27 septembre, une hausse de 12,6 % TTC au 1er octobre 2021 des tarifs réglementés du gaz appliqués. Deuxième mauvaise nouvelle : les prix de l’électricité vont aussi flamber. L’UFC-Que choisir craint une augmentation de 10 %. La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, présente sur le plateau de Cnews ce jeudi 30 septembre, estime quant à elle que cette hausse, prévue pour le début de l’année 2022, tournera « aux alentours de 12 % ».

QUELLES SONT LES CAUSES DE CES AUGMENTATIONS ?

Plusieurs raisons expliquent ces hausses. D’abord, la France ne produit pas de gaz naturel et dépend donc des importations et de ses principaux fournisseurs : la Norvège (36 % des entrées brutes de gaz en France en 2019), la Russie (20 %) et les Pays-Bas (8 %). Les deux premiers ne parviennent pas à augmenter leurs livraisons, les stocks sont bas, et la demande explose en Asie. Selon les chiffres annoncés en 2019 par le ministère de la Transition écologique, cette partie du monde « représente 41 % de la consommation mondiale en 2016 [d’énergie primaire], contre 20 % 40 ans auparavant ».

En France, 6,7 millions d’habitants souffrent déjà de précarité énergétique selon l’Observatoire national de la précarité énergétique. À seulement sept mois de l’élection présidentielle et après les nombreuses manifestations des Gilets jaunes, le gouvernement veut éviter à tout prix la formation d’un nouveau mouvement de contestation. Ce jeudi à 20 heures, le Premier ministre Jean Castex prendra la parole sur TF1. Il devrait annoncer des mesures d’aides pour les ménages même si, comme il a lancé à Midi Libre ce même jour, « la meilleure réponse, c’est de consommer moins d’énergie »…

QUELLES AIDES ?

Difficile de spéculer sur les déclarations de Jean Castex. Mais Barbara Pompili l’assure : le gouvernement va protéger les Français. « On a regardé jusque très récemment pour trouver le meilleur moyen d’aider pour toucher le plus de monde. Je ne vais pas vous faire les annonces du Premier ministre à sa place, mais nous avons bien pensé à ce que les aides concernent le plus de monde », affirme-t-elle. Matignon pourrait par exemple geler momentanément les augmentations sur les tarifs régulés, ce qui entraînerait un rattrapage quelques mois plus tard.

À la fin de l’été, le gouvernement avait annoncé le versement exceptionnel de 100 euros supplémentaires au chèque énergie, envoyé entre mars et avril chaque année, depuis 2018. Cet hiver, il doit être alloué à six millions de ménages. Son montant oscille entre 48 et 277 euros, pour une somme moyenne de 150 euros. Il est donc peu probable que le gouvernement envisage une nouvelle augmentation de ce chèque. C’est pourtant ce qu’a demandé Laurent Berger, le secrétaire national de la CFDT, ce matin surFrance info, ainsi qu’un élargissement du nombre de bénéficiaires.

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À LIRE AUSSI : Gaz, électricité, carburant, timbres : ces prix flambent et les ménages trinquent

2. ARTICLE

Marché unique européen de l’électricité : un grand bienfait… sauf pour les consommateurs

Court-jus

Par Louis Nadau Publié le 30/09/2021

Même si le coût de production de l’électricité nucléaire française reste stable, le fonctionnement actuel du marché continental fait mécaniquement augmenter les prix, sans offrir plus de garanties qu’un système coopératif ne dépendant pas des aléas de la spéculation.

Connaissez-vous les bienfaits du marché unique européen de l’électricité ? Non ? Alors que la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a annoncé ce jeudi 20 septembre que le prix de l’électricité augmenterait d’environ 12 % en février ou mars prochain, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), Jean-François Carenco, rappelait encore ses indéniables vertus sur BFM Business ce mardi.

« L’intérêt de ce marché électrique, c’est que 40 jours par an, ça nous évite le black-out. 40 jours par an, on a besoin des autres. Regardez ce qui se passe aujourd’hui en Angleterre avec le pétrole. Ça, c’est l’Europe », expliquait-il. Et d’ajouter, fervent : « Ce qui compte, c’est le sujet de la décarbonation en Europe, pas en France. Je me sens européen, et les règles de marché européennes sont telles qu’on utilise le carbone en dernier ressort. C’est ce qui fait qu’en Europe le prix est stable – c’est vrai qu’on paie un peu, mais en échange on exporte et on a quarante jours sans black-out  et ça permet aussi d’avoir des prix en Europe moins chers qu’ailleurs. »

UNE FACTURE 57 % PLUS LOURDE DEPUIS 2007

Puisque ce système est si merveilleux, comment expliquer alors, selon les propres chiffres du CRE, que la facture annuelle du « client moyen » soit passée de 319 euros en août 2007 à 501 euros en août 2021, gonflant donc de 57 % ? Pourquoi les ménages se chauffant à l’électricité devront payer cette année 150 euros de plus en moyenne que la précédente ? Elle n’est pas belle, la « stabilité des prix » vantée par Jean-François Carenco ?

Conséquence de l’intégration européenne, l’ouverture à la concurrence du marché électrique des particuliers français en 2007 était censée tirer les prix vers le bas. Au lieu de ça, le tarif réglementé que 23 millions de ménages paient encore n’a cessé d’augmenter, à un rythme supérieur à celui de l’inflation. Y aurait-il un problème ? Même le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire – pourtant assez éloigné du bolchevisme – estimait récemment que le système « ne marche pas, est aberrant ».

À LIRE AUSSI :Pourquoi les médias ne comprennent-ils rien aux questions d’énergie ? Natacha Polony face à Jean-Marc Jancovici

Cette augmentation des prix est d’autant plus étonnante que la France produit la grande majorité de son électricité grâce aux centrales nucléaires, amorties depuis très longtemps. Sauf que, par la grâce des règles du marché continental, le prix de l’électricité, identique quelle que soit sa source (nucléaire, éolien, gaz, charbon…), n’est pas déterminé en fonction de son coût de production, mais selon le coût marginal de sa production, c’est-à-dire en fonction du coût de la mise en route de la dernière centrale dont la production d’électricité est nécessaire pour couvrir la demande du réseau électrique.

Suivant un principe écologique, l’ordre « d’appel » des centrales dans la production va des sources d’électricité les moins polluantes au plus polluantes. Concrètement, quand la demande d’électricité augmente, on fait par exemple tourner en priorité une centrale hydroélectrique, puis une éolienne ou une centrale nucléaire, puis une centrale à gaz, puis une centrale à charbon. L’effet pervers est évident : si c’est le coût de mise en route d’une centrale à gaz qui détermine le prix général de l’électricité, alors une augmentation du prix du gaz signifie une augmentation du prix de l’électricité. Or le prix du gaz a grimpé en flèche ces dernières années.

UNE « VISION UN PEU SIMPLISTE DU MARCHÉ »

« L’explosion des prix, ça n’a aucune raison si ce n’est qu’on est dans un système dérégulé », regrette Anne Debrégeas, ingénieure chercheuse à EDF R&D et membre du syndicat Sud Énergie. « Le problème, c’est que même si ce marché a des vertus en termes d’optimisation, il a un très gros effet pervers : il expose le consommateur à des aléas très élevé de prix », confirme à Marianne Thomas Reverdy, sociologue des organisations et des marchés. « Est-ce qu’on doit pour autant imposer au consommateur français le prix qui se fabrique au niveau européen ? », demande l’auteur de La construction politique du prix de l’énergie, sociologie d’une réforme libérale(Presses de Sciences Po, 2014).

« On a fait un certain pari économique, mais sur une base un peu erronée. Parce qu’ils avaient une vision un peu simpliste du marché, les décideurs de l’époque ont pensé que ça fonctionnerait, en ignorant complètement que le marché pouvait être ultra-volatile », développe Thomas Reverdy. Soutenu par des gouvernements ayant la volonté de figurer parmi les bons élèves de l’Union européenne, EDF était favorable à l’intégration au marché unique de l’énergie européen, dans la mesure où il espérait exporter des technologies, en bénéficiant de coûts très compétitifs. Mais tout ne s’est donc pas passé comme prévu…

« Ils ne se sont pas attendus à ce que politiquement, les conséquences de ces fluctuations sur le prix de l’électricité soient inacceptables en France, et qu’on soit obligé de mettre en place un système alternatif », continue Thomas Reverdy. Ce système conjoncturel, permettant de concilier la mise en œuvre de la sacro-sainte concurrence sur le marché intérieur et la maîtrise du prix pour le consommateur, c’est la fameuse « Arenh », pour « Accès régulé à l’électricité nucléaire historique ». Il permet aux fournisseurs concurrents d’EDF de vendre un quart de la production nucléaire d’EDF nucléaire à un tarif déterminé (actuellement 42 euros du Mg/h), dans la limite d’un volume de 100 TWh/an.

À LIRE AUSSI :Flambée des factures d’électricité et de gaz : le gouvernement face au risque d’une colère noire

Malgré tout, en France, le consommateur est encore largement protégé des fluctuations. « Il faut bien avoir conscience que ce n’est qu’un simulacre de marché, insiste Thomas Reverdy. Le mécanisme de marché est globalement inadapté, on est un peu prisonnier d’un choix historique qui a été fait, et qu’on l’a très largement rafistolé. »

Pour EDF, le fonctionnement actuel du marché unique européen est loin d’être idéal, même s’il permet à l’entreprise publique d’exporter de l’électricité à un prix très supérieur à son coût de production. « Le nucléaire n’aurait pas pu se construire s’il avait dû se rémunérer sur des prix de marché, constate Anne Debrégeas. On ne peut pas rémunérer des investissements fixes et à très long terme avec des aléas pareils. » Même analyse pour Thomas Reverdy : « Parce que c’est une industrie qui fonctionne sur le long terme, c’est un moyen de production qui est très fortement sanctionné sur un marché d’instantanéité. »

UN RISQUE DE BLACK-OUT, VRAIMENT ?

Tous ces inconvénients sont-ils compensés par la sécurité d’approvisionnement mise en avant par Jean-François Carenco lorsqu’il affirme que « l’intérêt de ce marché électrique, c’est que 40 jours par an, ça nous évite le black-out » ? Oui… mais non. Selon le gestionnaire du réseau français, RTE, la France comptait, en 2020, 43 journées avec un solde d’électricité importateur. La balance est toutefois largement positive. « La France reste néanmoins exportatrice sur l’ensemble de ses frontières et demeure le pays le plus exportateur d’Europe », rappelle ainsi RTE.

3. ARTICLE

On marche sur la tête

Par Emmanuel Lévy Publié le 14/01/2022MARIANNE

EDF va racheter son électricité jusqu’à 300 euros le MWh… et la revendre à 46,20 euros à ses concurrents

Face à l’envolée des prix de l’électricité qui atteignent des sommets, la promesse du gouvernement de limiter la hausse pour les ménages à 4 % semblait tenir de la gageure. À trois mois des présidentielles, il fallait trouver une solution, quitte à inventer une usine à gaz. Problème : cela conduit EDF à fournir aux opérateurs alternatifs des volumes d’électricité qu’elle n’a plus.

Les circonvolutions du gouvernement autour du protocole sanitaire applicable dans les écoles ne pourraient être qu’une aimable mise en jambes. Son plan pour limiter la hausse de l’électricité à 4 % en 2022, promesse de Jean Castex faite septembre, risque lui d’être un véritable marathon pour la communication gouvernementale. Il va devoir expliquer qu’il demande à EDF de racheter aux prix vertigineux de 2022 l’électricité qu’il a déjà vendue pas cher, pour ensuite la brader à ses concurrents à un prix six fois inférieur.

En effet, le plan du gouvernement partage l’effort entre une baisse de 8 milliards d’euros des taxes supportée par l’État, et 8,4 milliards à la charge d’EDF. Des sommes importantes liées à l’envolée des prix et leur répercussion sur les tarifs pour les ménages. La Commission de régulation estimait en effet le 10 janvier que la hausse devait atteindre entre 30 % et 40 %, selon Le Parisien.

À LIRE AUSSI : Marché unique européen de l’électricité : un grand bienfait… sauf pour les consommateurs

Dans cette optique, l’État, premier actionnaire de l’opérateur historique, a tout simplement intimé l’ordre à EDF d’augmenter le volume d’électricité nucléaire qu’il a l’obligation de vendre à ses concurrents à prix réduits. L’idée est simple : transférer aux clients finaux, les ménages et les entreprises, cette baisse des prix. Sauf que ces 20 TWh à 46,20 euros le MWh, qui s’ajoutent aux 100 TWh vendus à prix d’ami de 42 euros, EDF n’en dispose plus. Il les a déjà vendus sur le marché de gros lors des négociations qui ont eu lieu en 2021. L’électricien a donc déjà perdu une partie des bénéfices qu’il aurait pu retirer de la hausse des prix. Et il va les perdre une seconde fois car EDF va devoir racheter des montagnes de sa propre électricité, au prix de marché qui se situe entre 275 euros et 300 euros le MWh, et les revendre six fois moins cher.

FLOU DANS LA COM’

Évidemment, aucun des deux ministres chargés de présenter l’usine à gaz en urgence ce jeudi 13 janvier au soir, Barbara Pompili à l’Écologie sur LCI et Bruno Lemaire à Bercy dans une interview au Parisien n’en a pipé mot. Ni EDF dans son communiqué qui a suivi. Seul détail donné sur les 8 milliards que lui coûtera le dispositif : « Ce montant intègre une estimation de l’effet du report tarifaire sur le cash-flow 2 022 d’environ 1,5 Mds€ sur la base des prix de marché au 31 décembre 2021 et d’environ 1,6 Mds€ sur la base des prix de marché au 12 janvier 2022 ». Un blabla destiné aux marchés financiers qui risquent de ne pas goûter le flou.

Restent donc 5 milliards fantomatiques. Ils se retrouvent pour une grosse part dans la stratégie délirante d’achats des 20 TWh sur le marché à un prix avoisinant les 300 euros durant les mois d’hiver, et leur revente à 46,20 euros. Une autre grosse part vient des Tarifs Réglementés en vigueur (TRV) ou tarifs bleu pour les foyers qui n’augmenteront pas mécaniquement. On savait déjà que la libéralisation du marché de l’électricité était une énorme blague. Avec ce que le gouvernement vient de décider, on en viendrait presque à pleurer de rire.

A LIRE AUSSI :Électricité et gaz : et si on revenait aux monopoles d’État ?

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4. ENTRETIEN

Loïk Le Floch-Prigent : « La meilleure décision et la plus efficace est de redémarrer Fessenheim »

Entretien

Propos recueillis par Emmanuel Lévy Publié le 28/07/2022

Selon Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG de GDF et d’Elf Aquitaine, la France dispose encore de capacités de production électrique non actionnées. Pour éviter les coupures, il faut mobiliser les centrales à charbon, au fioul et même redémarrer la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim (Haut-Rhin), d’après lui.

Marianne : Faute de capacité de production électrique, le scénario d’une coupure durant l’hiver prochain devient de plus en plus probable. Pour réduire ce risque, la France dispose-t-elle de moyens de production mobilisables qui n’ont pas été envisagés ?

Loïk Le Floch-Prigent : Effectivement, on entend des craintes sérieuses de risques de pénurie électrique pour l’hiver prochain, mais il y a aussi, pour les industriels, une incertitude sur les prix car le bouclier dont on parle actuellement est uniquement pour les particuliers. Les entreprises, elles, ont vu leurs notes d’électricité multipliées par trois et ont du mal aujourd’hui à signer des contrats sur un, deux ou trois ans avec des tarifs qui n’ont rien à voir avec les coûts de production. Il faut donc commencer par observer que le marché européen de l’énergie électrique, artificiel et idéologique, débouche sur un drame, celui d’une envolée des prix qui pèse sur l’inflation et la compétitivité et sur des risques de pénurie. Le fait de produire de l’énergie d’origine nucléaire à 40 euros, de la vendre à 42, et ensuite de la racheter le 21 juillet à 397 euros devrait faire s’interroger tous les Français.

À LIRE AUSSI : Loïk Le Floch-Prigent : « Alstom a encore un avenir en France »

La pénurie éventuelle vient des arrêts des centrales à fioul et à charbon décidés sous la pression des écologistes politiques auxquelles ne peuvent se substituer les énergies intermittentes éoliennes ou solaires. La production française revient donc sur les épaules du nucléaire et de l’hydraulique, qui sont pilotables, mais il y a eu aussi des arrêts décidés par le gouvernement – comme à Fessenheim – ou par précaution, par l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN). En période de crise intense, il faut s’interroger sur la pertinence de tous ces arrêts. La période difficile nécessite un second examen de ces arrêts qui sont surtout justifiés, pour certains, par une application trop stricte du principe de précaution.

À LIRE AUSSI : EDF va racheter son électricité jusqu’à 300 euros le MWh… et la revendre à 46,20 euros à ses concurrents

Dans quel état sont les centrales à charbon et à fioul arrêtées ? L’une, Cordemais (Loire-Atlantique), fonctionne avec un mélange charbon-pellets [granulés de bois], mais Saint-Avold (Moselle) peut redémarrer rapidement aussi. De même pour celle du Havre (Seine-Maritime) qui avait été essayée au même mélange qu’à Cordemais. Quant à celle au fioul de Porcheville (Yvelines), il serait urgent de la regarder de près. Autrement dit, on a loin d’avoir fait le tour du dispositif d’urgence que la situation impose. Mais on voit que notre pays a oublié la nécessité de disposer d’une énergie abondante, bon marché et souveraine, qui est pourtant une politique évidente à respecter.

Cette éventuelle remise en route de Fessenheim est-elle envisageable pour le prochain hiver ou s’agit-il d’une solution pour 2023-2024 ?

La centrale de Fessenheim a été arrêtée. On a déménagé tout l’appareillage mais on n’a pas touché au réacteur. La meilleure décision que l’on pourrait prendre aujourd’hui pour les années à venir, la moins chère, la plus efficace, serait d’engager un programme de redémarrage. Par rapport au rendement de l’argent investi, le réacteur étant complètement amorti et donc gratuit, il en coûterait de l’ordre du milliard sur une année. Ce serait ensuite aux contrôleurs de sûreté de décider quand le redémarrage serait envisageable. En tous les cas, ce ne serait pas possible pour l’hiver prochain, mais ce serait une bonne décision à prendre.

Quelles sont alors les solutions de court terme que vous préconisez ?

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Je vous l’ai dit : une mobilisation de toutes les centrales fermées et l’examen de leur redémarrage, qu’elles soient nucléaires, thermiques ou hydrauliques ; l’arrêt des investissements coûteux et inutiles des usines éoliennes en mer ancrées trop près du rivage, comme celle du cap Fréhel-Cap d’Erquy car elles n’apportent rien de positif à cause de leur intermittence au problème des hivers de demain comme d’après-demain. Mais surtout, pour retrouver un peu de compétitivité industrielle à partir de nos investissements électriques historiques, une remise à plat immédiate de la politique européenne spoliatrice qui nous fait racheter dix fois le prix ce que nous produisons !

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