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6 ANS ET 6 MINISTRES POUR NE PAS RÉALISER LES PROMESSES (71) RÉPÉTÉES DE RÉFORME DE LA SANTÉ – DOSSIER

PAS DE POLITIQUE DE SANTÉ, PAS DE PILOTE

« On change de ministre tous les quatre matins », regrette aussi Patrick Gasser, président du premier syndicat de médecins spécialistes Avenir Spé. Sous la présidence d’Emmanuel Macron depuis 2017, cinq ministres se sont déjà succédé à la tête du ministère la Santé, parfois très brièvement. Agnès Firmin Le Bodo sera la sixième.

Après Agnès Buzyn, partie mener campagne en 2020 pour les municipales à Paris, Olivier Véran a affronté l’épidémie de Covid-19. L’éphémère ministre Brigitte Bourguignon, battue par le RN aux législatives, est restée moins d’un mois en poste, suivie par l’urgentiste François Braun, qui a passé un an aux manettes, avant d’être remplacé par Aurélien Rousseau.

« Son départ est très « emmerdant »», confie à l’AFP Jérôme Marty, de l’UFML. « On a besoin de stabilité, on est à un moment de notre histoire où le système de santé souffre plus que jamais avec des soignants qui s’épuisent, et des patients qui rencontrent des difficultés d’accès aux soins ».

LA PROMESSE D’IL Y A UN AN QUI ÉCRASAIT LES PRÉCÉDENTES :

il n’y a pas même un an, Emmanuel Macron promettait, lors d’une cérémonie de vœux réservée aux acteurs du secteur, de sortir le système de soin d’une « crise sans fin ». « D’aller beaucoup plus vite, beaucoup plus fort, et [de] prendre des décisions radicales. »

Les mesures prises antérieurement, dont le Ségur de la santé, après la première vague de Covid-19, n’avaient pas sauvé le système.

LES PROMESSES PRÉCÉDENTES :

Le programme d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle 2017 comportait trois objectifs en santé dont « conduire la révolution de la prévention », « accélérer la lutte contre les inégalités de santé » et « un système de santé plus efficient ».

« Les ministres se succèdent, et le système de santé reste en crise »

TITRE LE FIGARO QUI POURSUIT :

« Avec la démission d’Aurélien Rousseau, pas moins de six ministres de la Santé se sont succédé depuis 2017, une instabilité qui met au jour les difficultés du gouvernement à répondre aux grands enjeux de la santé.

C’est un des dommages collatéraux du vote de la loi immigration : la démission du ministre de la Santé Aurélien Rousseau. Pourtant, quatre ans après le début de la pandémie de Covid-19, les chantiers du ministère sont colossaux. Hôpitaux et urgences en crise, multiplication des déserts médicaux, vieillissement de la population… Une situation qui aurait pu plaider pour un peu de stabilité.

Mais depuis le départ d’Agnès Buzyn qui, en février 2020, à la veille de la pandémie, lâcha son poste pour briguer un mandat dans la capitale, ce ne sont pas moins de cinq ministres qui se sont succédé Avenue de Ségur. D’abord Olivier Véran, qui s’est imposé pendant la crise du Covid. Puis l’éphémère Brigitte Bourguignon (1 mois et 14 jours), battue aux législatives, puis remplacée par l’urgentiste François Braun. Le suivant, Aurélien Rousseau, sera resté en poste moins de six mois. »

« Décalage entre promesse et action »

SOUS TITRAIT LE MONDE QUI POURSUIVAIT :

« Epoque révolue ? Dans les rangs des soignants, le constat est partagé : après sept années aux commandes, et une crise sanitaire d’ampleur, le chef de l’Etat et ses gouvernements successifs peinent à convaincre de la direction poursuivie pour ce secteur pourtant reconnu comme l’une des principales préoccupations des Français.

Il n’est qu’à voir le parcours de la proposition de loi du député (Horizons) Frédéric Valletoux, brandie par Matignon, à l’issue des cent premiers jours du second quinquennat Macron, comme « sa » réponse aux déserts médicaux. Présenté, débattu et voté – le 18 décembre – dans la plus grande indifférence, sans qu’aucune mesure de régulation de l’installation des médecins ne soit retenue, le texte pour « améliorer l’accès aux soins » décline toute une gamme de propositions difficilement compréhensibles. Et surtout peu à même, disent les médecins, de répondre aux difficultés qui touchent de plus en plus de citoyens pour se soigner.

Le décalage entre l’ampleur de la promesse politique et l’action engagée se vérifie sur d’autres sujets. Et ce ne sont pas les objectifs chiffrés, martelés Avenue de Ségur, qui suffisent à convaincre. Engagement solennel a été pris par le président de la République, d’ici à la fin 2023, de garantir à tous les Français souffrant d’une affection de longue durée un accès à un médecin traitant. Ils sont 700 000 malades chroniques à ne pas en avoir – et seulement 180 000 à en avoir retrouvé un, a récemment reconnu dans la presse la ministre jusque-là déléguée aux professions de santé, Agnès Firmin Le Bodo.

Autres jalons sur lesquels l’exécutif s’est avancé : « désengorger les urgences » – l’expression est, là encore, d’Emmanuel Macron – et ce, dès la fin 2024. Ou encore « donner accès aux soins à 2 millions de Français en plus » d’ici à 2027, un nouveau – et dernier – engagement pris par Aurélien Rousseau, début décembre. Sans qu’on puisse mesurer des résultats, à ce stade.

Il y a ces chantiers, aussi, régulièrement repoussés, comme les Assises de la pédiatrie, annoncées à l’hiver 2022 dans un secteur en crise, et toujours attendues. Ou ceux dont on peine à saisir les effets, comme ce Conseil national de la refondation, convoqué depuis un an dans les territoires pour faire émerger des solutions locales.

S’il est un dossier où l’absence de lisibilité est totale, c’est celui des franchises médicales. Ces sommes restant à la charge des patients, sur les boîtes de médicaments, notamment, vont-elles doubler ? En six mois, le gouvernement n’a pas su trancher : après avoir lui-même mis en avant cette piste – et inscrit 800 millions d’euros d’économies avancées à ce titre, dans le projet de loi de financement de la « Sécu » pour 2024 –, il n’a cessé de temporiser, redoutant une levée de boucliers face à une mesure qui touche au pouvoir d’achat des Français.

« Marge de manœuvre réduite

Le ministre démissionnaire, tout en martelant que le « temps des preuves » était venu, a donné l’impression, au fil des semaines, d’une marge de manœuvre plus que réduite face à l’impératif de maîtrise budgétaire dicté par Bercy. Mais aussi sur certains de ses propres dossiers : il a concerté, réuni, parfois haussé le ton, face aux pénuries de médicaments ou à la hausse des tarifs des mutuelles… Sans suite.

Il y a d’autres chantiers, enfin, sur lesquels le gouvernement est au milieu du gué. Les négociations conventionnelles, tout juste réenclenchées avec les médecins libéraux, ont échoué une première fois en février. Un rendez-vous d’apparence technique – il fixe les conditions d’exercice et de rémunération de la médecine de ville –, mais sur lequel la puissance publique joue ses leviers dans la lutte contre les déserts médicaux.

Au ministère de la santé, d’Olivier Véran à Aurélien Rousseau, les mêmes arguments ont résonné : il faut du temps pour sortir de la crise, du temps pour redonner de l’attractivité à l’hôpital et de la confiance dans le système, dix ans pour former un médecin… Les grandes réformes ont eu lieu : celle du numerus clausus – soit le nombre d’étudiants autorisés à poursuivre en médecine – « supprimé » en 2020, remplacé par un numerus apertus, fixé au niveau des universités. Celle du Ségur de la santé, au sortir de la première vague de Covid-19 qui a déferlé sur l’hôpital, avec des revalorisations salariales importantes pour les soignants, et plus récemment, du travail de nuit à l’hôpital. Les « briques » ont été posées, avait coutume de dire M. Rousseau, en faisant valoir de premiers « frémissements » positifs, avec des recrutements d’infirmiers et des réouvertures de lits à l’hôpital en perspective en cette fin d’année.

En face, dans les rangs politiques, on ne cache pas s’interroger sur ce qu’il reste de la « priorité santé ». « Le compte n’y est pas », tacle, sans surprise, le député (Les Républicains) de l’Isère Yannick Neuder, chargé de la santé dans son groupe, qui réclame un « électrochoc » pour former davantage de médecins. « Pourquoi une loi de programmation budgétaire pluriannuelle, comme il en existe pour la justice ou la défense, n’est pas possible pour la santé ? », interroge-t-il.

A gauche, le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj avance la même nécessité de « planifier les moyens ». Mais « ça va au-delà », selon lui : sur la gouvernance du système de santé, sur la prévention, sur le pilotage des hôpitaux… « On sait bien qu’il n’y a pas de baguette magique, qu’on ne peut pas faire le “grand soir” dans le domaine de la santé,concède le parlementaire. Mais on a l’impression d’une gestion au fil de l’eau, crise après crise, accaparée par la contrainte budgétaire, sans jamais voir le point d’atterrissage ou la vision politique pour le système de santé. »

Le sujet sensible de la réforme de la fin de vie, avec la légalisation possible d’une « aide active à mourir » qui fracture le monde des soignants, offre à l’observateur un exemple – un de plus – des difficultés à cerner ce qu’est devenue la priorité présidentielle. Présentée comme l’ambition sociétale du second quinquennat Macron, son annonce est reportée, mois après mois. Au point que certains doutent, désormais, de son aboutissement. »

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Santé : comment la valse des ministres glace la réforme du système de soins

Par Isabelle Castéra le 30/12/2023 SUD OUEST

Six ministres de la santé se sont succédé depuis 2017, date de la première élection d’Emmanuel Macron à la présidence. Depuis la démission d’Aurélien Rousseau, les acteurs et observateurs du secteur se questionnent sur la faisabilité du projet de réforme du système de santé

Souvenons-nous. Agnès Buzyn, son départ précipité et troublé au début de la pandémie de Covid-19, suivie par Olivier Véran le ministre des confinements, puis Brigitte Bourguignon, débarquée quelques mois à peine après sa nomination, remplacée par François Braun, lequel a tenu une petite année, évincé du gouvernement lors d’un remaniement et relevé par Aurélien Rousseau, qui a démissionné par « loyauté » à la suite du vote de la loi Immigration, et cède le fauteuil à Agnès Firmin-Le Bodo. À peine nommée, déjà dans la misère, d’aucuns supputent qu’elle pourrait bien ne pas faire long feu.

Bref, la valse des ministres des gouvernements sous la présidence Macron crée comme un flottement, qui pourrait pétrifier encore davantage le grand chantier de réforme de la santé. Chacun de ces ex-ministres a tenté de « s’y coller » avec courage, chacun avec son profil, son propre style, plus ou moins bien toléré par les soignants. Lesquels sont aujourd’hui bien seuls face au vertigineux effondrement du système.

Prenons le docteur Didier Simon, médecin généraliste à Mont-de-Marsan, président du syndicat MG France Landes, vice-président de l’Union régionale des praticiens de santé (URPS)-Médecins libéraux de Nouvelle-Aquitaine. Il est quotidiennement impliqué dans cette débâcle du système de santé. « La démission d’Aurélien Rousseau est à la fois une bonne chose, parce qu’elle est à son honneur, et une mauvaise chose, parce qu’il s’est engagé à nos côtés, on a enfin eu confiance, parce qu’il avait des convictions, il a milité pour l’accès aux soins. La situation actuelle montre à quel point la santé est désormais contrôlée par Bercy. On l’a vu sur le terrain avec la chasse aux indemnités journalières, tout est tombé sur le dos des médecins généralistes. Les commissions des sanctions organisées de force par les caisses d’assurance maladie sont scandaleuses. Nous traversons une gouvernance qui a choisi de financiariser le système de santé. » 

« Une politique de santé en soins palliatifs »

Si le docteur Simon s’inquiète du prix des consultations chez les médecins généralistes en France (26,50 €), qui reste l’avant-dernier au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il estime qu’« à force de réaménagements, de départs, de remplacements , il n’y a plus de politique de santé » : « On fait des soins palliatifs, des replâtrages. Parce qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion. » 

Un constat quasi identique pour le professeur Guillaume Captier, président du Syndicat hospitalier universitaire. Ce chirurgien pédiatrique du CHU de Montpellier souligne que « le dialogue social a disparu sous le dernier mandat d’Emmanuel Macron ». « Avec quatre ministres en moins de trois ans, comment dialoguer ? L’hôpital est en déficit, la dégradation progressive du statut hospitalier fait fuir les jeunes soignants, quel que soit leur niveau. Il existe une dissociation entre l’engagement qu’exige le statut d’agent hospitalier et la reconnaissance salariale et les conditions de travail. La démission de l’hôpital est historique, qui nous écoute maintenant ? »

Guillaume Captier regrette qu’Aurélien Rousseau n’ait même pas eu le temps de participer à une réunion syndicale… A Bordeaux, Michel Laforcade, ancien directeur de l’agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine, reste un observateur attentif. Selon lui, ce ministère de la Santé n’est pas aujourd’hui le plus enviable : « Il est objectivement difficile, il connaît une série de crises, il fait face à des défis majeurs. Ce qui est dommage, face à cette difficulté, c’est qu’aucun ministre n’ait pu se poser et prendre le temps de mettre en œuvre une politique à long terme, avec une stratégie forte. Tout simplement à cause de leur faible durée de vie. » 

La réactivité l’emporte sur la stratégie

« L’urgence et la réactivité priment sur une vraie stratégie », analyse Michel Laforcade. C’est embarrassant. Si l’on compare avec les ministres qui ont laissé leur marque, force est de constater qu’ils ont passé du temps avec eux. Claude Évin ou Simone Veil ont laissé une vraie loi substantielle. Roselyne Bachelot a créé l’ARS, Marisol Touraine a rééquilibré les comptes de la Sécurité sociale. Quelle est la puissance, la force d’un ministre de la Santé aujourd’hui pour obtenir un arbitrage face à un Bercy tout-puissant ? » 

Désormais, et face à cette succession éclair de ministres, l’ancien directeur de l’ARS se demande où sont les futurs candidats ? « Pas sûr que ce ministère intéresse grand monde, nous sommes confrontés à la quadrature du cercle : les hôpitaux sont aux abois, les Ehpad en déficit, ce tsunami financier est tout à fait inédit, mais il va falloir faire des chèques car le système de santé doit perdurer. »

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