
RENCONTRES ÉCONOMIQUES D´AIX EN PROVENCE
Le Medef dévoile un plan drastique visant à économiser plus de 100 milliards en ciblant fonctionnaires, retraites et aides sociales dès 2027
45 milliards d’euros en 2027 et 103 milliards en 2030 : ce sont les économies que projette le Medef dans un plan drastique qui cible fonctionnaires, retraites et aides sociales. Pour comprendre comment l’organisation patronale obtient de tels chiffres et comment elle compte ramener le déficit de la France à 4,2% du PIB l’année prochaine,
ARTICLE – Le détail du plan à 100 milliards d’euros du Medef pour purger le déficit
Publié le 3 juillet 2026 Sarah Spitz L’opinion
Redresser les comptes du pays ? Le Medef a des idées, et son président Patrick Martin veut le faire savoir. Après avoir déjeuné avec quasiment tous les chefs de parti, l’organisation patronale a dévoile jeudi son plan pour trouver « plus de 30 milliards d’euros dès 2027 » et 85 milliards en 2030. Elle a formalisé une série de mesures dans un document d’une quarantaine de pages, prenant la forme d’une proposition de loi composée de 66 articles, dévoilée aux Echoset que l’Opinion s’est procuré.
Objectif, donc : ramener le déficit à 4,2% du PIB l’année prochaine pour passer sous la barre des 3% « dès 2029 ». « Cette contribution est une démarche originale et inédite », écrit l’organisation en préambule. Il s’agit d’un « travail systématique de réexamen de dépenses immédiatement mobilisables » qui s’appuie sur les travaux déjà menés par la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances ainsi que celle des Affaires sociales, ou encore le Haut Conseil des finances publiques. Avec des chiffrages qui reposent aussi sur des rapports parlementaires, des productions de l’Institut Montaigne ou du Conseil d’analyse économique, et parfois des calculs faits maison.
103 milliards d’économies en 2030
La réflexion se décline sur deux volets, une longue liste de mesures d’économies qui permettraient de soulager le déficit et de financer un « choc d’offre ». Commençons par la longue liste des sources d’économies possibles, qui atteint 45 milliards d’euros en 2027 et 103 milliards en 2030. Avec en premier lieu, une baisse des dépenses de l’Etat de 22 milliards en 2027 (et 33 milliards en 2030). Un tiers de cet effort serait atteint par le gel du point d’indice des fonctionnaires, le gel des avancements et promotions automatiques de carrière pendant un an, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans la fonction publique d’Etat ou encore la « rationalisation » de la gestion immobilière de l’Etat.
Un autre tiers viendrait de différentes mesures sectorielles (baisse des subventions de l’Etat aux associations ou des dépenses de l’Education nationale, désindexation des APL…). Le reste de ces 22 milliards serait alimenté par la « suppression d’avantages non justifiés vis-à-vis du privé » (supplément familial de traitement, indemnité de résidence, « majorations, congés bonifiés et indemnités outre-mer » sont cités) ainsi qu’1,4 milliard récupérés auprès des opérateurs publics.
Retraite à 65 ans « a minima »
Le Medef entend ensuite trouver 6 milliards d’économies dès 2027 et même presque 21 milliards en 2030 sur les retraites. Cela passerait par un gel des pensions du régime de base en 2027 et une sous-indexation jusqu’en 2030. L’organisation préconise aussi non seulement une reprise mais une poursuite de la réforme Borne, suspendue pour l’instant, pour augmenter l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, « a minima », ainsi qu’un resserrement du dispositif de carrières longues.
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Le tout serait ensuite complété par des économies trouvées auprès de la branche maladie ainsi que de l’assurance-chômage. Le Medef reprend le volet de mesures déjà détaillées l’année passée : dématérialisation des procédures, réforme du statut des ALD (affections de longue durée), tour de vis sur les arrêts de travail…
L’organisation plaide aussi pour un durcissement des règles du chômage et une désindexation des prestations en 2027 après avoir acté un gel des allocations cette semaine pour 2026. Enfin, le Medef reprend aussi l’idée de faire contribuer les collectivités locales à l’effort porté essentiellement par 5 milliards d’économies dès 2027 grâce à une « optimisation des achats des collectivités territoriales ».
Le Medef propose un « choc d’offre »
L’organisation préconise ensuite un « choc d’offre » qui pourrait être financé par une partie des économies envisagées. Avec d’abord, un réarrangement de la fiscalité qui pèse sur les entreprises : suppression de la CVAE, impôt de production que le patronat peine à faire disparaître malgré des promesses gouvernementales passées. Cela serait en partie compensé par 2 milliards trouvés en perfectionnant la lutte contre la fraude à la TVA et « un minimum d’impôt sur le revenu pour tous, par exemple 50 euros forfaitaires » permettant de dégager 1,2 milliard.
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Surtout, 10 milliards d’euros annuels pourraient être fléchés vers la défense (6 milliards en 2027), l’intelligence artificielle (2 milliards) ou encore l’électrification (1 milliard).
Occuper le débat public
« Il faut être lucide : compte tenu du calendrier électoral et des fractures partisanes, une transposition législative intégrale des mesures proposées ici est peu probable. Son objectif demeure : fournir à chaque Français une grille de lecture rigoureuse, ancrée dans l’analyse économique, pour comparer et évaluer la cohérence et l’efficacité des mesures qui seront proposées puis retenues dans le cadre des prochaines lois de finances et de financement de la sécurité sociale », prévient le Medef.
L’organisation patronale est bien décidée à peser dans le débat public. Elle avait déjà phosphoré, il y a deux ans, sur une feuille de route pour 2027 dans le cadre de l’initiative du « Front économique ». Plus récemment, en juin, elle a également chiffré la réforme du financement de la protection sociale qu’il prône, reprise dans son document programmatique. L’idée a été conçue pour être neutre pour les finances publiques : il s’agit de faire financer une partie de la Sécurité sociale non plus par des cotisations sociales mais par du fiscal : hausse de la TVA et suppression de l’abattement fiscal de l’impôt sur les revenus pour les retraités.