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« START UP NATION » : QUAND L’ÉTAT – CDC ET BPI – PERD 1,2 MILLIARDS

1. Bpifrance et la CDC accusent de lourdes pertes à cause de la débâcle boursière de Worldline

TITRE LA LETTRE QUI POURSUIT ; Actionnaire du groupe de paiements électroniques depuis 2020, la banque de Nicolas Dufourcq accuse une moins-value latente de plus de 800 millions d’euros. Avec celle de la CDC, la perte potentielle grimpe à 1,2 milliard d’euros pour les deux institutions financières publiques.

2. Des actionnaires assignent Worldline en justice après son effondrement en Bourse

Par Le Figaro avec AFP 23 juin 2026

Des actionnaires de la société de paiement Worldline, lésés par la chute de son cours de Bourse depuis 2021, l’ont assigné en justice lundi 22 juin, estimant que le groupe français a diffusé des informations trompeuses sur ses finances et ses perspectives de croissance. «Les actionnaires méritent une explication», a déclaré leur avocate Sophie Vermeille, «la société doit être transparente sur les raisons qui ont provoqué l’effondrement de son cours de Bourse».

Worldline est un maillon de la chaîne des paiements qui se rémunère en commissions sur les flux de ses clients, des commerçants physiques et en ligne. Ancienne filiale d’Atos, la société a connu ces dernières années une série de pannes spectaculaires, des révisions régulières à la baisse de ses objectifs financiers, et une chute de sa valeur qui a entraîné sa sortie fin 2023 du CAC 40, le principal indice de la Bourse de Paris.

Transactions douteuses

Fin juin 2025, l’entreprise a été mise en cause par plusieurs médias, dont Mediapart et le quotidien belge Le Soir, pour avoir traité pendant des années des milliards d’euros de transactions douteuses, voire frauduleuses. L’assignation en référé devant le tribunal des activités économiques (TAE) de Nanterre vise à obtenir des documents financiers internes à la société. Elle peut être suivie dans un second temps par une procédure sur le fond, visant potentiellement les anciens dirigeants ou les cabinets qui ont certifié les comptes.

Dans ce document, les demandeurs, actionnaires ou anciens actionnaires de Worldline, considèrent que les comptes consolidés de la société pour les exercices 2022 à 2024 «ne donnaient pas une image fidèle de la situation financière du groupe». Ils estiment que Worldline a diffusé au marché «des informations fausses ou trompeuses» concernant ses perspectives de croissance, sa marge opérationnelle ou encore sa capacité à générer de la trésorerie.

Worldline «conteste fermement les allégations des demandeurs et confirme sa détermination à faire valoir ses droits en justice», a réagi l’entreprise. Les demandeurs détiennent ensemble moins de 0,004% du capital de l’entreprise, a-t-elle souligné, en rappelant que les documents demandés étaient confidentiels. Worldline a publié en début d’année une perte nette de près de 5,2 milliards d’euros au titre de 2025, causée pour l’essentiel par des dépréciations d’actifs passées au premier semestre.

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2. Worldline : « Les scandales financiers les plus dévastateurs de ces dernières années ont concerné des entreprises cotées »

Isabelle Chaperon Publié le 24 juin 2026 LE MONDE

Des actionnaires du géant des paiements l’ont assigné en référé en vue de récupérer des documents financiers. L’avocate des plaignantes cible plusieurs mécanismes aboutissant à ce genre de dérapage, comme les nouvelles normes comptables ou l’impuissance de l’Autorité des marchés financiers sur les gros dossiers, observe Isabelle Chaperon, chroniqueuse au service Economie du « Monde ».

De Camaïeu à Ascometal, en passant par Ascoval, plus d’une entreprise française est tombée dans les griffes d’un repreneur nocif, chasseur de primes ou voyou. Une commission d’enquête parlementaire, menée par la rapporteuse (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) Aurélie Trouvé, « sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs » s’en est émue. Le 15 juin, elle présentait son rapport, après six mois de travaux, en dénonçant « l’impunité » des acteurs du non-coté. La vérité oblige, cependant, à rappeler que les scandales financiers les plus dévastateurs de ces dernières années ont concerné des entreprises cotées.

Déjà, pas besoin d’opération de LBO (leveraged buy-out), ou rachat par effet de levier, pour crouler sous les dettes. A elles trois, depuis 2023, les maisons de retraite Orpea, la société de services informatiques Atos et le distributeur Casino ont contraint leurs prêteurs à effacer pas loin de 12 milliards d’euros de créances. Leur cours de Bourse s’est écroulé, rinçant leurs actionnaires. Le point commun de ces affaires qui ont entaché la réputation de la place de Paris ? Des suspicions sur la sincérité de leur communication

3. ANALYSE

INTRODUCTION

Les deux principaux actionnaires publics français de Worldline, Bpifrance et la Caisse des dépôts et consignations, enregistrent une très forte moins-value latente à la suite de l’effondrement du cours de Bourse de Worldline. 

Les principaux éléments évoqués sont les suivants :

  • Bpifrance, dirigée par Nicolas Dufourcq, est entrée au capital de Worldline en 2020 dans le cadre de la consolidation d’un champion européen des paiements électroniques. 
  • Depuis la chute du titre, la participation de Bpifrance afficherait une moins-value latente supérieure à 800 millions d’euros
  • En ajoutant la participation détenue par la CDC, la perte potentielle cumulée atteindrait environ 1,2 milliard d’euros. Il s’agit d’une moins-value latente, c’est-à-dire d’une perte liée à la baisse de la valeur de marché des actions, et non d’une perte définitivement réalisée tant que les titres ne sont pas vendus. 
  • L’article met en lumière l’impact pour les investisseurs publics français de la crise traversée par Worldline, dont la capitalisation boursière s’est fortement contractée après plusieurs avertissements sur résultats, des difficultés opérationnelles et une profonde restructuration

Chronologie de l’investissement public dans Worldline (2020-2026)

Février 2020 : entrée de Bpifrance

  • Bpifrance acquiert 4 millions d’actions, soit 2,2 % du capital, auprès d’Atos.
  • L’objectif affiché est de devenir un actionnaire de référence d’un futur champion européen des paiements électroniques. 

2020 : acquisition d’Ingenico

  • Worldline rachète Ingenico pour environ 7,8 milliards d’euros, avec le soutien de ses principaux actionnaires.
  • La stratégie est de créer un leader européen capable de rivaliser avec les groupes américains. 

2021-2022

  • Le titre atteint des niveaux très élevés, autour de 80 € au plus haut.
  • L’investissement de Bpifrance est alors fortement valorisé. 

Octobre 2023

  • Premier effondrement majeur du cours (-59 % en une séance) après une révision des objectifs financiers.
  • Début de la destruction massive de valeur. 

2024

  • Bpifrance renforce progressivement sa participation et franchit le seuil de 5 %

Juin 2025

  • Les révélations de l’enquête journalistique « Dirty Payments » provoquent une nouvelle chute du titre (plus de 38 % en une séance).
  • Des enquêtes judiciaires sont ouvertes en Belgique et en Allemagne concernant certaines activités de paiement. 

Novembre 2025

  • Worldline présente un plan de redressement.
  • Une augmentation de capital de 500 millions d’euros est annoncée.
  • Bpifrance s’engage à participer au sauvetage. 

Mars-Avril 2026

  • L’augmentation de capital est réalisée.
  • Bpifrance dépasse 10 % du capital de Worldline. 

Juillet 2026

  • Selon La Lettre, la moins-value latente atteint :
    • plus de 800 M€ pour Bpifrance ;
    • environ 1,2 Md€ en ajoutant la CDC

Pourquoi l’État a-t-il soutenu Worldline ?

Plusieurs raisons expliquent cette politique.

Une logique de souveraineté

Les paiements électroniques sont considérés comme une infrastructure stratégique.

L’idée était de disposer d’un champion européen face à :

  • Visa,
  • Mastercard,
  • PayPal,
  • Fiserv,
  • Adyen,
  • Stripe.

Une logique industrielle

Après le rachat d’Ingenico, Worldline devenait :

  • l’un des premiers groupes mondiaux,
  • un acteur majeur des terminaux de paiement,
  • un employeur important en France.

Une logique financière

Bpifrance investit régulièrement dans des entreprises jugées stratégiques, même lorsque le rendement à court terme est incertain.

L’objectif est de soutenir :

  • l’industrie,
  • l’innovation,
  • les technologies de souveraineté.

Quel coût pour les finances publiques ?

À ce stade, il faut distinguer pertes latentes et pertes réalisées.

Les montants évoqués

Selon La Lettre :

  • Bpifrance : > 800 M€ de moins-value latente ;
  • CDC : plusieurs centaines de millions ;
  • Total : ≈ 1,2 milliard d’euros

Ces pertes sont-elles définitives ?

Non.

Elles deviendraient définitives uniquement si :

  • les titres étaient vendus,
  • ou si Worldline faisait faillite.

En revanche, ces moins-values diminuent la valeur du portefeuille détenu par les institutions publiques.

Autres engagements

Il faut également prendre en compte :

  • la participation de Bpifrance à l’augmentation de capital de 2026 ;
  • l’immobilisation durable de capitaux publics dans une entreprise en restructuration. 

Les questions que soulève cette affaire

Elle ouvre plusieurs débats de politique publique :

  • les critères utilisés par Bpifrance pour investir dans des entreprises cotées ;
  • le suivi des risques après l’investissement ;
  • le rôle de l’État comme actionnaire stratégique ;
  • la transparence sur la performance financière des participations publiques.

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