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Gestion du covid: On a donné raison à Diafoirus et Purgon

BILLET

Les médecins de Molière ont été convoqués par l’exécutif

Le philosophe Bernard-Henri Levy a pris le temps de la réflexion et de l’analyse sur la gestion de la crise de Pandémie. Jusque là prudent, il s’interrogeait sur l’état d’asphyxie dans lequel était placé le pays. Le temps de l’écriture et de la prise de parole est venu et il s’exprime avec grande gravité dans les médias et un livre à paraître le 10 juin.

Il indique tour à tour:

« Les gens se sont fait avoir par les médias, les médecins et le pouvoir »

« Nos gouvernants ont fait preuve  d’abus d’autorité »

« Les politiques n’ont cessé de nous dire « nous nous remettons à ceux qui savent »

Il dénonce également les « arguments d’autorités insupportables » employés dans les médias par les responsables politiques et les autorités sanitaires.

« Il y a eu une espèce d’atmosphère de terreur générale qui a été je crois une mauvaise action »

« Ce n’est pas comme ça qu’on affronte une pandémie »

Les médecins de Molière ont été convoqués par l’exécutif pour justifier les mesures mises en oeuvre et les « autorités éditorialisantes » – selon l’expression du philosophe – ont suivi et amplifié.

A suivre, la Vidéo ( https://www.dailymotion.com/embed/video/x7ucbg4 )

Armand FLAX

EXTRAITS DE L’ENTRETIEN (Ouest France)

Coronavirus. « On s’est fait avoir… », estime le philosophe Bernard-Henri Lévy

Invité ce dimanche 7 juin sur Europe 1, Bernard-Henry Lévy est revenu sur la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Il affirme qu’elle a comporté des « mécanismes de folie » et qu’en ayant fait une confiance aveugle aux médecins, il y a eu de la part du pouvoir un « abus d’autorité ».

Invité de  Patrick Cohen, ce dimanche 7 juin, dans l’émission « C’est arrivé demain » sur Europe 1, le philosophe et écrivain  Bernard-Henry Lévy a analysé et commenté la gestion de la crise du Covid-19. Selon lui, « les gens se sont fait avoir par les médias, les médecins et le pouvoir ». Pour le philosophe, en ayant fait une confiance aveugle aux médecins ou à tout responsable médical, nos gouvernants ont fait preuve « d’abus d’autorité », estime-t-il.

« On les a tous considérés comme les « sachants ». Les politiques n’ont cessé de nous dire « nous nous remettons à ceux qui savent », et nous avons nous-même considéré qu’ils savaient », a poursuivi Bernard-Henri Lévy. « Or, les scientifiques les plus sérieux savaient qu’ils ne savaient rien », explique-t-il, pointant le fait que la médecine n’est « pas une science dure […] et que la bagarre domine entre les médecins».

« Une atmosphère de terreur »

Bernard-Henri Lévy dénonce également les « arguments d’autorités insupportables » employés dans les médias par les responsables politiques et les autorités sanitaires. Le philosophe fait notamment allusion au décompte « terrifiant » des morts quotidiens. « Il y a eu une espèce d’atmosphère de terreur générale qui a été je crois une mauvaise action », regrette BHL. « Ce n’est pas comme ça qu’on affronte une pandémie », estime-t-il, justifiant ainsi le titre de son nouveau livre Ce virus qui rend fou. « Il y a eu des mécanismes de cette folie. Je pense qu’on a été saisis par un moment d’égarement collectif.»

Post scriptum: Belle image du temps jadis des nouveaux philosophes.

Glucksmann et BHL, nouveaux philosophes et faux jumeaux | Slate.fr

18 réponses »

  1. Dans le JDD

    les extraits exclusifs du nouveau livre de Bernard-Henri Lévy

    Il dresse un « bilan d’étape » de la crise du coronavirus. L’étrange réaction de l’humanité à cette pandémie, qu’il a rebaptisée « la Première Peur mondiale », l’a épouvanté.

    Commentaire du JDD:
    Toujours chez lui le dandysme a triomphé de tout, et d’abord du meilleur de lui-même : sa vaillante passion pour la résistance. Jamais il ne s’en est inquiété. Ça ne lui déplaisait pas, de confondre ce dandysme avec lui. N’est-ce pas sa signature, sa coquetterie? Son masque, aussi. C’est tout le paradoxe de cette affaire : il a fallu que le monde entier soit sommé de porter des masques pour que Bernard-Henri Lévy jette le sien avec indignation. Il a fallu une pandémie pour terrasser son dandysme. On ne sait pas encore s’il en réchappera ; on espère que non. Ce que l’on sait, c’est qu’aujourd’hui il est « HS ». En « réa ». La colère l’a écrasé. La colère, oui. BHL est en colère. Contre la « grand-peur » – c’est son mot – qui s’est abattue sur le monde. Contre « notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche ». Contre « le virus du virus » qui attaque ses chers principes. Contre la soumission. Cela donne Ce virus qui rend fou, un petit livre noir et puissant. Et profond. Très. Anna Cabana

    « J’ai été sidéré, moi aussi. Mais ce qui m’a le plus sidéré, ce n’est pas la pandémie. Car cette sorte de désastre a toujours existé. La grippe espagnole, avec ses cinquante millions de morts, a fait, il y a un siècle, plus de victimes que n’en fera sans doute le Covid. Pour m’en tenir à notre temps, celui dont je suis en âge de me souvenir, il a connu, après Mai 1968, la fameuse grippe de Hongkong où un million de terriens moururent les lèvres cyanosées, d’hémorragie pulmonaire ou d’étouffement. Il y avait eu, dix ans plus tôt, non moins effacée de la mémoire collective, la grippe asiatique qui, à nouveau partie de Chine, passa par l’Iran, l’Italie, l’est de la France, l’Amérique et fit deux millions de morts. Non, le plus saisissant c’est la façon très étrange dont on a, cette fois-ci, réagi. Et c’est l’épidémie, non seulement de Covid, mais de peur qui s’est abattue sur le monde.

    On a vu des tempéraments hardis, soudain paralysés. On a entendu des intellectuels, qui avaient vu d’autres guerres, reprendre la rhétorique de l’ennemi invisible, des combattants de première et de deuxième ligne, de la guerre sanitaire totale. On a vu Paris se vider, comme dans le Journal de l’Occupation d’Ernst Jünger. On a vu les villes du monde devenir des villes fantômes avec leurs avenues, muettes comme des chemins de campagne, où les jours, disait Hugo, étaient comme les nuits. J’ai vu, sur des vidéos que l’on m’envoyait de Kiev et de Milan, de New York et de Madrid, mais aussi de Lagos, d’Erbil ou de Qamishli, des rares passants hâtifs qui ne semblaient là que pour rappeler l’existence d’une espèce humaine mais qui changeaient de trottoir, les yeux baissés, quand surgissait un autre humain. Nous avons tous vu, d’un bout à l’autre de la planète, dans les pays les plus démunis non moins que dans les grandes métropoles, des peuples entiers trembler et se laisser rabattre dans leurs habitats, parfois à coups de matraque, comme du gibier dans ses tanières.

    Les combattants de Daech ont filé se moucher, dans des Kleenex à l’eucalyptus, au fond de quelque caverne. Les manifestants de Hongkong, comme par enchantement, ont disparu. Les Peshmerga, ces guerriers dont le nom dit qu’ils savent braver la mort, se sont bunkérisés dans leurs tranchées. Les Saoudiens et les Houthis qui se livraient, au Yémen, une guerre interminable, ont, à l’annonce des premiers cas, conclu un cessez-le-feu. Le Hezbollah s’est confiné. Le Hamas, qui déplorait alors huit cas, a déclaré n’avoir plus qu’un but de guerre, obtenir des masques d’Israël : « Des masques! des masques! notre royaume pour des masques! nous viendrons, si besoin, couper le souffle à six millions d’Israéliens. »

    Daech a déclaré l’Europe zone à risque pour ses combattants qui ont filé se moucher, dans des Kleenex à l’eucalyptus, au fond de quelque caverne syrienne ou irakienne. Le Panama, parce qu’on avait détecté un cas suspect, a confiné dans la jungle 1.700 désespérés en train de marcher vers la frontière des États-Unis. Le Nigeria d’où j’avais rapporté, quelques semaines plus tôt, un reportage sur des massacres de villages chrétiens par des djihadistes peuls, dénombrait, à la mi-avril 2020, selon l’AFP, douze morts du virus mais dix-huit tués par les forces de sécurité pour non-respect du confinement.

    Le Bangladesh où je me trouvais aussi en reportage, quelques heures avant que la France ne boucle ses frontières, cumulait toutes les calamités ; on y mourait de la dengue, du choléra, de la peste, de la rage, de la fièvre jaune et de virus inconnus ; mais voilà que l’on y détecte quelques cas de Covid et lui aussi, comme un seul homme, se sangle dans le confinement. Et c’est, en vérité, toute la planète qui, pays riches et pauvres confondus, ceux qui pouvaient tenir et ceux qui allaient craquer, se rue sur cette idée d’une pandémie inédite, en passe d’exterminer le genre humain.

    Un supplice chinois
    Alors? Qu’a-t-il bien pu se passer? Viralité, non seulement du virus, mais du discours sur le virus? Aveuglement collectif comme dans ce roman de José Saramago où une épidémie mystérieuse frappe une ville entière de cécité? Victoire des collapsologues qui, depuis le temps qu’ils nous prédisaient la fin du monde, la sentent pointer le nez et nous laissent une dernière chance de carême et de reset? Celle des maîtres du monde voyant ce grand confinement – traduction anglaise du « grand renfermement » théorisé par Michel Foucault dans les textes où il dépeignait les systèmes de pouvoir du futur – comme la répétition générale d’un type nouveau d’arraisonnement et d’assignation des corps?

    Qu’a-t-il bien pu se passer ? Viralité, non seulement du virus, mais du discours sur le virus?

    Une grand-peur, comme celle de 1789, avec son lot d’infox, de complots, de fuites éperdues et, un jour, d’émeutes sans espérance? L’inverse? Le signe, rassurant, que le monde a changé, qu’il sacralise enfin la vie et qu’entre elle, la vie, et l’économie, il a choisi de choisir la vie? Ou, l’inverse encore : un emballement collectif, aggravé par les chaînes d’information et les réseaux sociaux qui, en matraquant, jour après jour, le chiffre des réanimés, des mourants et des morts, nous plaçaient dans un univers parallèle où n’existait plus, nulle part, aucune autre information et, à la lettre, nous rendaient fous : n’est-ce pas ainsi, après tout, que fonctionne un supplice chinois? N’est-il pas établi que le son de la goutte d’eau, indéfiniment répété, devient un dragon menaçant? Et comment réagirions-nous si les responsables de la sécurité routière s’avisaient de placer, tous les kilomètres, des haut-parleurs géants diffusant, en continu, les accidents mortels de la journée?

    J’avais avec moi, toujours précieux, mon Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie. J’avais, pour essayer de penser cette extraordinaire soumission mondiale à un événement dont je répète qu’il était tragique mais nullement sans précédent, mes souvenirs de René Girard et de son désir mimétique qui, lui aussi, est un virus et qui, comme tout virus, déclenche des pandémies.

    Il y avait encore Jacques Lacan avançant que, face au surgissement d’un « point de réel », un vrai, celui qui heurte et auquel on se heurte, celui qui fait trou dans le savoir et dont il n’y a pas d’image (et n’est-ce pas, en effet, le cas pour n’importe quel nouveau virus?), l’humanité a le choix entre le déni et le délire, la névrose et la psychose : Trump trépignant qu’il faut « libérer le Michigan » – ou les gouvernants inquiets de la menace, brandie par des collectifs d’avocats, d’un « Nuremberg du corona » et jugeant plus prudent de mettre le monde à l’arrêt.

    Il était trop tôt pour trancher. Aujourd’hui encore, à l’heure où j’écris ces lignes et où l’on commence de « déconfiner », il est trop tôt pour casser, non seulement le code du virus, mais celui de l’effroi qu’il a suscité.

    Des principes auxquels je tenais, et qui étaient ce que les sociétés occidentales ont de meilleur, ont été attaqués par le virus

    Et ayant, aussi, mes morts que je n’ai pas fini de pleurer, je n’ai pas le cœur à rire du bon rire brechtien que nous inspirera peut-être, un jour, l’énorme mise en scène distanciée que l’appel à la distanciation sociale aura produite sous nos yeux ébahis.

    Il est temps, en revanche, de dire les effets de tout cela dans nos sociétés et nos esprits. Il est temps de dire ce qui, dans ce qui nous relie comme au plus obscur et profond de nous-mêmes, a commencé de s’opérer.

    Et s’il est vrai que, comme aimait à le dire, non sans ironie, le grand médecin allemand de la fin du XIXe siècle, père de l’anatomie pathologique, Rudolf Virchow, « une épidémie est un phénomène social qui comporte quelques aspects médicaux », c’est le moment ou jamais de reprendre ses esprits et de tenter de décrire quelques-uns des aspects non médicaux de cette histoire.

    Certains sont heureux. Nous vécûmes de vrais moments de civisme et d’entraide. Et l’on ne se réjouira jamais assez que l’on se soit enfin avisé, non seulement de l’existence, mais de l’éminente dignité d’un peuple d’humiliés (personnels soignants, caissières et caissiers, agriculteurs, transporteurs, éboueurs, livreurs…) qui sont apparus dans la lumière.

    Mais d’autres sont fâcheux. Des mots ont été dits, des plis ont été pris, des réflexes sont revenus qui m’ont épouvanté. Des principes auxquels je tenais, et qui étaient ce que les sociétés occidentales ont de meilleur, ont été attaqués par le virus, et par le virus du virus, en même temps que les hommes mouraient. Et parce que les idées meurent aussi, parce qu’elles vivent de la même matière que les humains et qu’il se pourrait bien que, l’épidémie refluant, elles restent, elles, sur la rive, telles des méduses crevées, disparues sans laisser de trace car elles étaient, comme nous, presque entièrement faites d’eau, c’est d’elles que j’ai voulu, ici, prendre la défense. Première Peur mondiale (au sens où on le dit de la guerre) : bilan d’étape. […]

    Ahurrissante docilité
    M’est revenue, l’autre nuit, tandis que je me trouvais, comme tout le monde, hypnotisé par les images en boucle de ces femmes et hommes admirables, bataillant contre la maladie et sauvant des vies, une étrange formule du Talmud, entendue il y a longtemps, lors d’une des dernières visites que je lui rendis, dans la bouche d’Emmanuel Levinas : « Le meilleur des médecins ira en enfer. » […]

    Je suis allé voir chez Rachi : tout médecin, dit-il, commet des erreurs et abuse de son pouvoir ; le fait qu’il soit « meilleur » le rend d’autant plus inexcusable – d’où l’enfer. Chez le Méiri, rabbin catalan du XIIIe siècle, ami des sciences et des lumières : il arrive au meilleur médecin d’opérer sans être sûr que l’intervention soit nécessaire et il abuse alors de son savoir – l’enfer encore. […]

    Le malaise que m’avait inspiré notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche et à sa mise en demeure des corps

    Mais c’est chez le Maharal de Prague que j’ai trouvé l’éclaircissement le plus fouillé et, finalement, le plus édifiant : 1. le meilleur médecin est celui qui se voue, avec une passion sans bornes, à l’examen, l’hygiène, la guérison du corps ; 2. ce corps-là, le corps seul, le corps, malade ou sain, dont on oublie que c’est l’esprit qui l’a éclairé de son trait de foudre et qui l’a mis en forme, le corps organique, n’est qu’un paquet de matière opaque et ténébreuse ; 3. cette matière opaque, ce corps sans lumière et sans âme, cette chair que l’on traite comme si elle était déliée de l’intelligence humaine et de ses projets, ce corps réduit à sa seule masse d’organes, d’humeurs et de nerfs, voilà précisément l’enfer… L’enfer, pour le Maharal de Prague, n’est ni, comme chez Pascal, le moi. Ni, comme chez Sartre, les autres. Ni même la chambre noire de Genet, Crevel et les autres. L’enfer c’est le corps. Seulement le corps et le corps seul. L’enfer, c’est vous, c’est moi, c’est nous – mais en tant que nous sommes enfermés dans notre corps, réduits à notre vie de corps et que, sous l’empire du pouvoir médical, ou du pouvoir tout court s’emparant du pouvoir médical, ou de notre propre assujettissement aux deux, nous y consentons.

    Tout, alors, devenait clair. Le malaise que m’avait inspiré, dès le premier instant, notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche et à sa mise en demeure des corps. […]

    Le spectacle d’un souverain pontife, héritier du « N’ayez pas peur » de Jean Paul II et personnellement rompu à l’exercice, si éminemment catholique, du baiser aux fiévreux, eczémateux et autres lépreux des bidonvilles de Buenos Aires, qui se distancie du peuple chrétien, ne communique plus que par Internet, ordonne que l’on vide les bassins d’eau bénite et fait son chemin de croix, sur le parvis de la basilique, devant une place Saint-Pierre déserte.

    Effacée, l’image juive du Messie qui attend, aux portes de Rome, au milieu des scrofuleux. Oublié, le baiser de Jésus au lépreux qui, de Flaubert à Mauriac, a inspiré tant de belles pages. Aux oubliettes Violaine, la « jeune fille pure » de Claudel qui, s’il écrivait aujourd’hui cette Annonce faite à Marie, s’il osait sanctifier cette héroïne lumineuse, embrassant exprès un lépreux et réenfantée par ce baiser, passerait pour irresponsable, criminel contre la société, mauvais citoyen.

    Toutes ces applications numériques dont, la veille encore, nous semblions nous défier, les voilà devenues les plates-formes d’un commerce salubre, hygiénique, diététique, sans contact, clean!

    Impensable, cette image troublante et belle, gardée de mon enfance, d’un général de Gaulle en visite à Tahiti, deux ans avant son retour au pouvoir : sa voiture est bloquée par un cortège de lépreux ; il descend ; serre la main de chacun ; prend dans ses bras une enfant ; étreint l’organisateur de cette étrange manifestation ; ne dit rien ; redémarre. […]

    Epidémie de la délation
    Et puis toutes ces applications numériques dont, la veille encore, nous semblions nous défier et tenir pour les ennemies du genre humain – les voilà devenues les plates-formes d’un commerce salubre, hygiénique, diététique, sans contact, clean! Les fameux Gafa, qui, de pestiférés qu’ils étaient avant la peste, devenaient pourvoyeurs bénis de télétravail, téléenseignement, téléconsultation, télétransport, télésurveillance! Jusqu’à l’Organisation mondiale de la santé qui, au pic de la panique, rejoignait la campagne « Play Apart Together » et recommandait à tous les parents du monde de veiller à ce que leurs enfants ne jouent plus qu’à des jeux vidéo (Konbini, 30 mars 2020)…

    […] Recul des libertés? Mise entre les mains des compagnies, mais aussi des États, d’un stock de données dont nul n’ignore le mauvais usage que l’on peut faire? Risque, plus effrayant encore, de vivre en état d’alerte et de suspicion perpétuelles, surveillant notre bluetooth, traquant nos contacts douteux, exigeant frénétiquement les noms, oui, les noms, on ne plaisante pas avec la santé! De l’inconnu croisé ce matin, l’œil torve, la mine pas catholique et qui, dit l’App, nous a peut-être contaminé?

    Il y a eu quelques fortes têtes, heureusement, pour s’inquiéter de cela. […]

    On a même lu de bonnes enquêtes sur le retour des corbeaux à l’ancienne, l’épidémie de délation dans les commissariats de police, les centres d’appels submergés par des correspondants, anonymes ou non, dénonçant un papy entré deux fois à la supérette, une ménagère venue n’acheter qu’un rouleau de papier toilette, un Parisien débarqué nuitamment ou un rassemblement suspect de plus de deux personnes – que sera-ce avec « StopCovid »! avec les « brigades de cas contact » annoncées par le gouverneur de l’État de New York et les ministres de la Santé européens! avec les « caméras intelligentes » d’ores et déjà chargées, dans telle ville du sud de la France, de contrôler le port du masque! ou avec les labradors « au nez puissant » dressés à détecter l’odeur du Covid chez les humains (Washington Post, 29 avril 2020)!

    La vie, donc. Mais une vie nue.

    […] La vie, donc. La vie que l’on nous enjoignait, sur tous les tons, de sauver en restant chez nous et en résistant au démon du relâchement. Mais une vie nue.

    […] Une vie terrifiée d’elle-même et terrée en son terrier kafkaïen transformé en colonie pénitentiaire. […]

    Un monde où règnent les techniciens de la ventilation, les surveillants généraux de l’état d’urgence, les délégués à l’agonie. Un monde où, à la place du monde qui fait trop mal, on a des gels hydroalcooliques, des balcons où l’on s’autocomplimente, des chiens à promener deux fois par jour muni de son attestation Covid et des villes expurgées de la foule humaine comme une salle d’op de ses infections nosocomiales. Un monde de maîtres-chiens, c’est‑à-dire de maîtres qui sont des chiens et qui dressent comme des chiens une humanité qui n’a le droit que d’aboyer quand on lui rappelle qu’elle est faite d’hommes, de gémir quand elle attrape un virus et de japper quand Monsieur Corona, notre roi, vient lui donner sa leçon comme on donne une pâtée, au double sens de pitance et de raclée. Le monde est fait pour s’y blottir, dit le roi Corona. Il est fait pour que l’on s’y couche. Et si le sommeil tarde à venir, il faut y compter les moutons, les gros sous quand on en a et, donc, les virus.

    Elle est pas belle, la vie?

    On n’y a pas tout ce qu’il faut (les produits de première nécessité mais aussi, en fin de compte, le sexe, l’imagination, la mort) à portée de clics et de Netflix? Tiens! Encore ce « net », qui est l’autre sens du mundus…

    Telle est la leçon du virus. Telle est la raison de ma colère. […] »

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    • Il nous edt proposé de punlier l’analyse de l’Institut Montaigne sur la gestion de la crise.

      L’action publique
      face à la crise du Covid-19

      JUIN 2020

      AUTEUR

      Nicolas BauquetDirecteur des études

      Nicolas Bauquet est historien et directeur des études de l’Institut Montaigne.

      L’Institut Montaigne a souhaité livrer une première analyse de la gestion de la crise en France pendant les quatre mois de la crise sanitaire, de l’apparition des premiers cas domestiques à la fin du mois de janvier 2020, jusqu’à la mise en œuvre du déconfinement au mois de mai. Retour sur un défi sanitaire inédit.

      Quel regard porter sur l’attitude de notre pays durant la crise ? Quelles ont été nos réussites ? Nos échecs ? Quelles difficultés ont pu être rencontrées par les acteurs de terrain, les entreprises, les médecins et les scientifiques, les collectivités locales ou encore les hauts fonctionnaires ? Pourquoi ? Et surtout, comment préparer l’avenir désormais ? Quels enseignements tirer de cette expérience pour améliorer l’action publique ?

      Quels enseignements tirer de cette expérience pour améliorer l’action publique ?

      La note ouvre de nombreuses questions. Pour y répondre, nous nous sommes basés sur une cinquantaine de témoignages de personnalités issues du monde de l’entreprise, de la médecine et de la science, des collectivités locales ou de l’administration de notre pays, d’une part, et sur les benchmarks internationaux réalisés par l’Institut Montaigne, d’autre part, concernant les réponses d’Asie orientale et d’une dizaine de pays européens face à la crise.  

      Ils révèlent que si notre système a tenu grâce à l’engagement exceptionnel des personnels de santé, et si des mesures rapides et efficaces ont permis de soutenir le tissu économique pendant la première phase du choc, la gestion de la crise par l’État a révélé des dysfonctionnements de l’action publique qui renvoient à des traits structurels.

      Une crise qui se déploie sur cinq niveaux d’action publique

      En replaçant la gestion de la crise sanitaire dans le cadre plus large de l’action publique, la note envisage cinq niveaux d’action.

      L’organisation de la gestion de crise par l’exécutif

      Comment la gestion de crise a-t-elle été organisée au plus haut niveau de l’État ? Le dispositif a évolué selon quatre phases en quatre mois. Il en ressort les constats suivants :  une absence de lieu clair et transparent de prise de la décision publique, une gestion de crise marquée par un très haut degré de centralisation, une faible place laissée aux initiatives locales, et donc des difficultés à faire remonter rapidement les informations pertinentes, et à adapter les dispositifs selon une logique de retour d’expérience.

      L’articulation du pouvoir politique et du pouvoir médical

      À l’absence d’institutions médicales ou scientifiques qui auraient pu servir de conseil pour l’exécutif et de repère pour l’opinion, a succédé, à partir du 11 mars, la création de structures ad hoc, et en particulier du conseil scientifique, appelé à un rôle de co-gestion de la décision et de la communication gouvernementale. Cette nouvelle configuration souffre de plusieurs faiblesses : la nature incertaine du statut et du rôle de ce conseil, et l’absence de la dimension de santé publique dans l’expertise mobilisée pour orienter la décision. Il en résulte à la fois un manque de stratégie scientifique pour construire un appareil de connaissance efficace du suivi de l’épidémie, et une incertitude de l’opinion sur la source et l’autorité de la parole scientifique.

      La réponse à la crise dans les territoires

      Vue des territoires, l’action de l’État a été caractérisée par le paradoxe saisissant d’une extrême centralisation, notamment dans les modalités du confinement, et d’une absence de l’État face aux défis les plus pressants, comme l’approvisionnement en masques ou l’organisation de tests massifs.

      L’État est apparu entravé par sa propre organisation, notamment du fait de l’absence de chaîne hiérarchique claire entre les préfets et les agences régionales de santé (ARS). Il est aussi apparu prisonnier d’une logique centrée sur le maintien de l’ordre public, souvent déconnecté des défis concrets que devaient relever, dans l’urgence, les acteurs locaux pour assurer la continuité des services essentiels et répondre aux inquiétudes de leurs administrés.

      L’action de l’État a été caractérisée par le paradoxe saisissant d’une extrême centralisation et d’une absence de l’État face aux défis les plus pressants.

      Le rôle des entreprises pendant la crise

      Parmi les entreprises, celles qui avaient des implantations ou des partenaires en Chine ont pu s’appuyer sur leur expérience pour mettre en place une gestion de crise précoce, et déployer des protocoles sanitaires qui ont permis de mobiliser les salariés autour d’un double objectif de protection de leur santé et de maintien de l’activité. Beaucoup d’entre elles se sont mobilisées au service de la lutte contre la pandémie, en fournissant notamment du matériel de protection. Face à la pénurie de masques, l’État a choisi de gérer seul la question des approvisionnements, sans exploiter toute l’expertise qu’auraient pu apporter certains groupes de distribution ou de logistique. Si les mesures économiques mises très rapidement en place par le gouvernement ont joué un rôle essentiel pour la sauvegarde des entreprises, ces dernières n’ont pas réellement été considérées comme des partenaires de la lutte sanitaire dans la phase de déconfinement, ce qui a limité leur capacité à prendre des initiatives pour favoriser la reprise de l’activité dans un cadre sécurisant.

      La crise vue par la société civile et les citoyens

      Les associations ont été peu associées à une lutte sanitaire pour laquelle leur capacité de contact avec les populations aurait pu se révéler précieuse.

      Alors que le président du conseil scientifique a exprimé à plusieurs reprises le besoin de mobiliser l’ensemble de la société dans la lutte contre la pandémie, la forte volonté des citoyens de s’engager, au-delà de l’obéissance aux consignes de confinement, n’a pas été placée au cœur de la stratégie des pouvoirs publics. Bien sûr, certaines expériences locales ont réussi. Mais les associations ont été peu associées à une lutte sanitaire pour laquelle leur capacité de contact avec les populations aurait pu se révéler précieuse.

      Plus que l’absence de stocks de masques, qui a été le lot de la plupart des pays européens, c’est le choix de ne pas faire appel aux citoyens pour les fabriquer qui révèle une réticence fondamentale, pour l’État, à s’appuyer sur la société. En retour, le manque de confiance de la société envers l’État s’exprime notamment par des formes de refus du numérique qui handicapent la capacité de l’État à se transformer pour répondre aux attentes qui s’expriment envers lui.

      Une crise qui révèle des failles et des opportunités

      Le « piège » de la verticalité

      Dans chacun de ces domaines, la gestion de crise a été marquée par un fonctionnement vertical, en décalage avec les défis posés par la crise comme avec les attentes des partenaires de l’État et de la société.

      La gestion de la crise a été marquée par un manque de données fiables sur la circulation du virus et le profil des malades. Le manque de partage de données avec les acteurs locaux apparaît particulièrement dommageable à la mobilisation des collectivités locales comme des citoyens. Elle va de pair avec la séparation des données sanitaires et des données sociales, reflet du manque de prise en compte de la santé publique en France.
       Cette verticalité se reflète aussi dans les modes de communication de l’État, organisés en deux circuits parallèles : les messages adressés par l’exécutif à travers les médias, notamment télévisuels, et la longue chaîne administrative chargée de transmettre et d’interpréter les décisions annoncées, avec un décalage temporel qui nourrit les interrogations et les incompréhensions.

      La verticalité de la réponse des pouvoirs publics a été particulièrement sensible dans l’organisation de la crise sanitaire. Le contrôle étroit exercé par la direction générale de la Santé sur le réseau des 38 établissements de santé de référence (ESR) n’a pas permis de faire remonter suffisamment rapidement les informations sur la circulation de l’épidémie, ni de faire évoluer, sur la base des expériences locales ou internationales, les doctrines restrictives mises en place au sujet des tests comme du port des masques.

      La gestion de crise a été marquée par un fonctionnement vertical, en décalage avec les défis posés par la crise comme avec les attentes des partenaires de l’État et de la société.

      De nouveaux acteurs

      La mobilisation des soignants a été essentielle.

      La crise a également fait émerger de nouveaux acteurs, qui ont pris des risques et des responsabilités, et se sont organisés en réseaux :

      Au sein de l’État lui-même, la mobilisation des équipes chargées de la gestion de crise a permis de faire face aux urgences, et, souvent, de dépasser des blocages jusqu’ici jugés insurmontables. Les équipes chargées de la mise en œuvre des outils numériques ont joué un rôle crucial, à l’image de l’Agence du numérique en santé.
       Les collectivités locales se sont activement mobilisées pour assurer la continuité des services essentiels, et déployer un dispositif de communication proche du terrain pour informer, rassurer et mobiliser. Elles ont fait preuve de beaucoup de pragmatisme, en outrepassant le cadre strict de leurs responsabilités pour répondre à la réalité des urgences.
       Les entreprises ont été en première ligne de la lutte sanitaire et ont représenté un lieu privilégié de pédagogie des gestes barrières. La crise a été pour beaucoup d’entreprises un moment important de mise en œuvre de leur impératif de responsabilité.
       Enfin, c’est la discipline et la mobilisation des citoyens qui ont joué un rôle décisif, avec le respect des gestes barrières et des consignes de confinement, mais aussi à travers la multiplication des actions de solidarité et l’auto-production de masques.

      Les enseignements pour l’action publique

      Plus que la question de la répartition des responsabilités, notamment entre l’État et les collectivités locales, c’est la manière dont est exercée l’action publique qui doit faire l’objet d’une réflexion partagée et d’une action déterminée pour qu’elle puisse être au rendez-vous des prochaines crises, et faire à nouveau la preuve de son efficacité. Il importe de :

      Restaurer les lignes hiérarchiques claires au sein de l’État, au niveau central comme au niveau déconcentré, en revenant sur la multiplication des agences, et en organisant la prise de responsabilité à chacun des échelons de l’action publique.
       S’appuyer sur les réseaux qui ont émergé pendant la crise, notamment les associations d’élus, pour mettre en œuvre un dialogue stratégique avec les collectivités locales, allant de la gestion de crise aux stratégies de développement territorial.
       S’appuyer sur les structures et les personnalités qui ont fait la preuve, pendant la crise, d’un engagement et d’une lucidité particulières, et en particulier d’une capacité à prendre des risques et des responsabilités.
       Faire du numérique le levier décisif pour casser les verticalités administratives, développer une culture de la donnée partagée, partir des fins et non des moyens, privilégier l’engagement et l’efficacité par rapport aux normes administratives et aux codes sociaux.

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  2. Il nous est proposé de publier l’analyse de l’Institut Montaigne sur la gestion de la crise.

    L’action publique
    face à la crise du Covid-19

    JUIN 2020

    Nicolas Bauquet est historien et directeur des études de l’Institut Montaigne.

    L’Institut Montaigne a souhaité livrer une première analyse de la gestion de la crise en France pendant les quatre mois de la crise sanitaire, de l’apparition des premiers cas domestiques à la fin du mois de janvier 2020, jusqu’à la mise en œuvre du déconfinement au mois de mai. Retour sur un défi sanitaire inédit.

    Quel regard porter sur l’attitude de notre pays durant la crise ? Quelles ont été nos réussites ? Nos échecs ? Quelles difficultés ont pu être rencontrées par les acteurs de terrain, les entreprises, les médecins et les scientifiques, les collectivités locales ou encore les hauts fonctionnaires ? Pourquoi ? Et surtout, comment préparer l’avenir désormais ? Quels enseignements tirer de cette expérience pour améliorer l’action publique ?

    Quels enseignements tirer de cette expérience pour améliorer l’action publique ?

    La note ouvre de nombreuses questions. Pour y répondre, nous nous sommes basés sur une cinquantaine de témoignages de personnalités issues du monde de l’entreprise, de la médecine et de la science, des collectivités locales ou de l’administration de notre pays, d’une part, et sur les benchmarks internationaux réalisés par l’Institut Montaigne, d’autre part, concernant les réponses d’Asie orientale et d’une dizaine de pays européens face à la crise.  

    Ils révèlent que si notre système a tenu grâce à l’engagement exceptionnel des personnels de santé, et si des mesures rapides et efficaces ont permis de soutenir le tissu économique pendant la première phase du choc, la gestion de la crise par l’État a révélé des dysfonctionnements de l’action publique qui renvoient à des traits structurels.

    Une crise qui se déploie sur cinq niveaux d’action publique

    En replaçant la gestion de la crise sanitaire dans le cadre plus large de l’action publique, la note envisage cinq niveaux d’action.

    L’organisation de la gestion de crise par l’exécutif

    Comment la gestion de crise a-t-elle été organisée au plus haut niveau de l’État ? Le dispositif a évolué selon quatre phases en quatre mois. Il en ressort les constats suivants :  une absence de lieu clair et transparent de prise de la décision publique, une gestion de crise marquée par un très haut degré de centralisation, une faible place laissée aux initiatives locales, et donc des difficultés à faire remonter rapidement les informations pertinentes, et à adapter les dispositifs selon une logique de retour d’expérience.

    L’articulation du pouvoir politique et du pouvoir médical

    À l’absence d’institutions médicales ou scientifiques qui auraient pu servir de conseil pour l’exécutif et de repère pour l’opinion, a succédé, à partir du 11 mars, la création de structures ad hoc, et en particulier du conseil scientifique, appelé à un rôle de co-gestion de la décision et de la communication gouvernementale. Cette nouvelle configuration souffre de plusieurs faiblesses : la nature incertaine du statut et du rôle de ce conseil, et l’absence de la dimension de santé publique dans l’expertise mobilisée pour orienter la décision. Il en résulte à la fois un manque de stratégie scientifique pour construire un appareil de connaissance efficace du suivi de l’épidémie, et une incertitude de l’opinion sur la source et l’autorité de la parole scientifique.

    La réponse à la crise dans les territoires

    Vue des territoires, l’action de l’État a été caractérisée par le paradoxe saisissant d’une extrême centralisation, notamment dans les modalités du confinement, et d’une absence de l’État face aux défis les plus pressants, comme l’approvisionnement en masques ou l’organisation de tests massifs.

    L’État est apparu entravé par sa propre organisation, notamment du fait de l’absence de chaîne hiérarchique claire entre les préfets et les agences régionales de santé (ARS). Il est aussi apparu prisonnier d’une logique centrée sur le maintien de l’ordre public, souvent déconnecté des défis concrets que devaient relever, dans l’urgence, les acteurs locaux pour assurer la continuité des services essentiels et répondre aux inquiétudes de leurs administrés.

    L’action de l’État a été caractérisée par le paradoxe saisissant d’une extrême centralisation et d’une absence de l’État face aux défis les plus pressants.

    Le rôle des entreprises pendant la crise

    Parmi les entreprises, celles qui avaient des implantations ou des partenaires en Chine ont pu s’appuyer sur leur expérience pour mettre en place une gestion de crise précoce, et déployer des protocoles sanitaires qui ont permis de mobiliser les salariés autour d’un double objectif de protection de leur santé et de maintien de l’activité. Beaucoup d’entre elles se sont mobilisées au service de la lutte contre la pandémie, en fournissant notamment du matériel de protection. Face à la pénurie de masques, l’État a choisi de gérer seul la question des approvisionnements, sans exploiter toute l’expertise qu’auraient pu apporter certains groupes de distribution ou de logistique. Si les mesures économiques mises très rapidement en place par le gouvernement ont joué un rôle essentiel pour la sauvegarde des entreprises, ces dernières n’ont pas réellement été considérées comme des partenaires de la lutte sanitaire dans la phase de déconfinement, ce qui a limité leur capacité à prendre des initiatives pour favoriser la reprise de l’activité dans un cadre sécurisant.

    La crise vue par la société civile et les citoyens

    Les associations ont été peu associées à une lutte sanitaire pour laquelle leur capacité de contact avec les populations aurait pu se révéler précieuse.

    Alors que le président du conseil scientifique a exprimé à plusieurs reprises le besoin de mobiliser l’ensemble de la société dans la lutte contre la pandémie, la forte volonté des citoyens de s’engager, au-delà de l’obéissance aux consignes de confinement, n’a pas été placée au cœur de la stratégie des pouvoirs publics. Bien sûr, certaines expériences locales ont réussi. Mais les associations ont été peu associées à une lutte sanitaire pour laquelle leur capacité de contact avec les populations aurait pu se révéler précieuse.

    Plus que l’absence de stocks de masques, qui a été le lot de la plupart des pays européens, c’est le choix de ne pas faire appel aux citoyens pour les fabriquer qui révèle une réticence fondamentale, pour l’État, à s’appuyer sur la société. En retour, le manque de confiance de la société envers l’État s’exprime notamment par des formes de refus du numérique qui handicapent la capacité de l’État à se transformer pour répondre aux attentes qui s’expriment envers lui.

    Une crise qui révèle des failles et des opportunités

    Le « piège » de la verticalité

    Dans chacun de ces domaines, la gestion de crise a été marquée par un fonctionnement vertical, en décalage avec les défis posés par la crise comme avec les attentes des partenaires de l’État et de la société.

    La gestion de la crise a été marquée par un manque de données fiables sur la circulation du virus et le profil des malades. Le manque de partage de données avec les acteurs locaux apparaît particulièrement dommageable à la mobilisation des collectivités locales comme des citoyens. Elle va de pair avec la séparation des données sanitaires et des données sociales, reflet du manque de prise en compte de la santé publique en France.
     Cette verticalité se reflète aussi dans les modes de communication de l’État, organisés en deux circuits parallèles : les messages adressés par l’exécutif à travers les médias, notamment télévisuels, et la longue chaîne administrative chargée de transmettre et d’interpréter les décisions annoncées, avec un décalage temporel qui nourrit les interrogations et les incompréhensions.

    La verticalité de la réponse des pouvoirs publics a été particulièrement sensible dans l’organisation de la crise sanitaire. Le contrôle étroit exercé par la direction générale de la Santé sur le réseau des 38 établissements de santé de référence (ESR) n’a pas permis de faire remonter suffisamment rapidement les informations sur la circulation de l’épidémie, ni de faire évoluer, sur la base des expériences locales ou internationales, les doctrines restrictives mises en place au sujet des tests comme du port des masques.

    La gestion de crise a été marquée par un fonctionnement vertical, en décalage avec les défis posés par la crise comme avec les attentes des partenaires de l’État et de la société.

    De nouveaux acteurs

    La mobilisation des soignants a été essentielle.

    La crise a également fait émerger de nouveaux acteurs, qui ont pris des risques et des responsabilités, et se sont organisés en réseaux :

    Au sein de l’État lui-même, la mobilisation des équipes chargées de la gestion de crise a permis de faire face aux urgences, et, souvent, de dépasser des blocages jusqu’ici jugés insurmontables. Les équipes chargées de la mise en œuvre des outils numériques ont joué un rôle crucial, à l’image de l’Agence du numérique en santé.
     Les collectivités locales se sont activement mobilisées pour assurer la continuité des services essentiels, et déployer un dispositif de communication proche du terrain pour informer, rassurer et mobiliser. Elles ont fait preuve de beaucoup de pragmatisme, en outrepassant le cadre strict de leurs responsabilités pour répondre à la réalité des urgences.
     Les entreprises ont été en première ligne de la lutte sanitaire et ont représenté un lieu privilégié de pédagogie des gestes barrières. La crise a été pour beaucoup d’entreprises un moment important de mise en œuvre de leur impératif de responsabilité.
     Enfin, c’est la discipline et la mobilisation des citoyens qui ont joué un rôle décisif, avec le respect des gestes barrières et des consignes de confinement, mais aussi à travers la multiplication des actions de solidarité et l’auto-production de masques.

    Les enseignements pour l’action publique

    Plus que la question de la répartition des responsabilités, notamment entre l’État et les collectivités locales, c’est la manière dont est exercée l’action publique qui doit faire l’objet d’une réflexion partagée et d’une action déterminée pour qu’elle puisse être au rendez-vous des prochaines crises, et faire à nouveau la preuve de son efficacité. Il importe de :

    Restaurer les lignes hiérarchiques claires au sein de l’État, au niveau central comme au niveau déconcentré, en revenant sur la multiplication des agences, et en organisant la prise de responsabilité à chacun des échelons de l’action publique.
     S’appuyer sur les réseaux qui ont émergé pendant la crise, notamment les associations d’élus, pour mettre en œuvre un dialogue stratégique avec les collectivités locales, allant de la gestion de crise aux stratégies de développement territorial.
     S’appuyer sur les structures et les personnalités qui ont fait la preuve, pendant la crise, d’un engagement et d’une lucidité particulières, et en particulier d’une capacité à prendre des risques et des responsabilités.
     Faire du numérique le levier décisif pour casser les verticalités administratives, développer une culture de la donnée partagée, partir des fins et non des moyens, privilégier l’engagement et l’efficacité par rapport aux normes administratives et aux codes sociaux.

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  3. Retour sur le livre de BHL

    In La Regle du Jeu

    Ce virus qui rend fou : l’anti-journal de confinement de BHLpar Christine Bini

    12 juin 2020

    Le coup de gueule d’un homme en mouvement qui, bien que civiquement confiné, refuse les disciplines auxquelles le monde a été et reste soumis, dans sa presque entièreté.

    Voilà l’anti-journal de confinement. Le coup de gueule d’un homme en mouvement qui, bien que civiquement confiné, refuse le marasme social auquel le monde a été et reste soumis, dans sa presque entièreté. Bernard Henri-Lévy nous livre ses réflexions alors que nous entrons dans ce que l’on appelle le « déconfinement », même si le mot n’existe pas. S’il existe un contraire au « confinement », c’est la liberté. Comme le contraire de la mort est la vie. On ne « démeurt » pas – éventuellement, on ressuscite – comme on ne « déconfine pas ». On élargit. On libère. En cinq chapitres qui sont autant d’angles de vue du même phénomène, et un prologue qui revient sur les pandémies historiques – celles qui n’ont jamais conduit à l’interdiction de mouvements de milliards de personnes – BHL dit sa colère.

    Le cœur du livre, le chapitre 3, porte comme chapeau « le confinement délicieux ». Ce chapitre-là fustige les « pascaliens du dimanche » comme autant de ravis de la crèche. Car tout part d’une citation tronquée de Pascal, que l’on nous a serinée durant des semaines, sur tous les réseaux sociaux, sur des fonds de couleur rose ou bleu pâle, lénifiants. Rappelons-nous : « tout le malheur du monde vient de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Outre que le confinement n’est en rien le repos, qu’il y a l’école à faire à domicile et le travail à accomplir à distance, par écran et claviers interposés, s’en remettre à cette citation était un contresens. Un contresens rassurant, qui invitait, croyait-on, faisait-on croire, au retour sur soi, si ce n’est au repli sur soi. Bernard-Henri Lévy remet les pendules pascaliennes à l’heure, et rappelle que selon l’auteur des Pensées, le moi est haïssable. A partir de ce contresens, tous les autres en ont découlé : on s’en est allé lire, ou simplement rappeler que l’on avait lu, ou entendu parler, des œuvres de confinement, celles de Kafka, de Thomas Mann, de Proust, de Montaigne, confinant dans le même élan, et le même contresens, la vie des écrivains et les aventures immobiles de leurs personnages. Ce chapitre-là, le troisième, central, part de la littérature philosophique pour déboucher sur le surréalisme de Crevel et la peinture de l’univers carcéral de Genet. Être enfermé, confiné, c’est être seul et « on n’est rien quand on est seul, on […] ne pense le plus souvent à rien, et  […] l’enfer ce n’est pas les autres, mais c’est moi. »

    Autour de l’axe du chapitre 3 se déploient deux versants de réflexion : un premier autour de l’attitude politique et médiatique du savoir médical et de la posture écologique, un second sur ce que l’on nous a enlevé et occulté, sur notre manière d’être humain et notre façon d’être informés. Premier versant, donc : les sociétés savantes, expression souvent employée par le ministre de la Santé, ont pris une importance inimaginable jusqu’alors. Ces sociétés-là sont en général presque secrètes, et murmurent à l’oreille de quelques initiés. Les experts médicaux ont tout à coup envahi l’espace médiatique, et on les a écoutés comme des oracles, d’édition spéciale en édition spéciale, sur toutes les chaînes, en attendant la conférence de presse quotidienne du directeur général de la Santé. « Jamais un médecin ne s’était invité, chaque soir, dans les foyers, pour annoncer, telle une pythie triste, le nombre des morts de la journée ». C’était, pour parodier un titre de Gary-Ajar, l’angoisse du professeur Salomon. BHL remonte le cours historique des confrontations ou appariements entre le politique et le médical. C’est saisissant. Quant aux hérauts de la nature-mère et des bienfaits évidents du confinement sur le vice des villes, BHL les renvoie à des temps pas si lointains. On entend les oiseaux dans Paris ? Quelle merveille ! L’homme a disparu des rues ? Quelle même merveille… Comme si c’était l’homme le virus, le méchant. C’est oublier un peu vite que le virus n’a aucune « vertu cachée ». Et BHL de rappeler que Giono, en 1940, dans la cour du Carrousel du Louvre,  « s’extasiait d’un Paris qui n’avait “jamais été si beau ni fleuri”. » Le confinement comme un silence d’occupation. Le confinement, dont BHL ne nie pas les effets bénéfiques sur la lutte contre la propagation du virus, a fait s’amplifier un bruit écolo inquiétant. Car la ville, c’est l’homme. Plus bas, BHL rachète Giono par l’attitude de son Hussard : voler libre sur les toits.

    Second versant : la mort cachée, l’information occultée. Le confinement a avalé la mort, la représentation de la mort. On isole, pour leur bien, des vieillards, on les prive de visites. On ne tient pas la main de ceux qui vont partir, on enterre en catimini en tout petit comité. Bernard-Henri Lévy en appelle à Canguilhem et à Foucault, revient sur l’humus et l’homo. Porter l’homme en terre, c’est être humain. La mort solitaire et l’inhumation volée, c’est inhumain. Et l’oubli… on a oublié, pendant le confinement, tout ce qui se passait ailleurs. On savait que tous les pays étaient frappés par le virus, on connaissait même le nombre de morts par pays et par jour. Mais… il ne se passait donc rien d’autre que la pandémie ? Bien sûr que si. Mais… silence…

    Ce virus qui rend fou est un anti-journal de confinement. BHL ne se regarde pas en tant que citoyen confiné, il ne donne pas de leçon, il constate. Il observe, en philosophe et en homme engagé, ce que la crise sanitaire a fait de nous. Des êtres masqués, à qui l’on conseille d’éviter tout contact physique. Pour un temps. Seulement pour un temps, hein… Car la poignée de main, l’embrassade, le bisou, il faudra y revenir pour se sentir plus humain. Et pour se sentir plus humain, pour simplement redevenir des hommes et des femmes conscients de la marche du monde, il faudra vaincre ce foutu virus qui étouffe les corps et les esprits. On retiendra, en toute fin d’ouvrage, l’allusion au Gaffiot, et les deux sens latins de mundus. Le « monde » et le « propre », l’aseptisé. Un même mot latin pour une contradiction. Le monde aseptisé n’est pas le monde humain. On ne peut vivre dans un monde où l’on passe sa vie à se laver les mains – à s’enlaver les mains – au gel hydroalcoolique.

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  4. Article 20 Minutes 18 06 2020

    Les masques….

    Coronavirus : Pour l’ex-dirigeant de Santé publique France, les décideurs n’ont pas assez cru à la protection des masques

    Un rapport préconisait déjà en août 2018 de prévoir une boîte de 50 masques par foyer comprenant une personne malade, soit 20 millions de foyers

    Interrogé à l’Assemblée nationale, l’ancien patron de Santé publique France, a regretté le manque de stocks en masques de la France au moment de la crise sanitaire. François Bourdillon estime que de nombreux responsables sanitaires ne croyaient pas en leur efficacité pour le grand public.

    « Je pense qu’il y avait, dans le processus de décision, toute une série de personnes qui ne croyaient pas réellement à l’utilité des masques en population » générale, a-t-il déclaré devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion de la crise du coronavirus. Cela expliquerait que seuls 100 millions de masques chirurgicaux aient été commandés à l’été 2019 pour reconstituer le stock stratégique d’Etat, qui avait chuté de plus de 700 millions à une centaine de millions après la destruction de stocks en mauvais état.

    Consigne transmise en 2018, commande passée en 2019

    Un rapport de l’infectiologue Jean-Paul Stahl remis à Santé publique France en août 2018 préconisait pourtant de prévoir 1 milliard de masques : une boîte de 50 masques par foyer comprenant une personne malade, soit 20 millions de foyers en cas d’atteinte de 30 % de la population.

    François Bourdillon, directeur général de Santé publique France depuis sa création en avril 2016 et jusqu’en juin 2019, explique avoir transmis, en septembre 2018, cette préconisation au directeur général de la Santé Jérôme Salomon, soulignant que l’état des stocks « ne permet (tait) pas une protection » du pays en cas d’épidémie.

    Ce dernier lui a alors donné instruction de commander 100 millions de masques, ce qui a été fait, après lancement d’un appel d’offres, en juillet 2019 : 32 millions ont été livrés courant 2019, le reste étant arrivé en février 2020, alors que l’épidémie de Covid-19 touchait déjà la France.

    Du flou sur la protection des Français

    Le spécialiste de la santé publique a également expliqué avoir demandé au responsable ministériel une « doctrine claire » sur la destination de ces masques. Si officiellement depuis 2013, hôpitaux et cliniques devaient eux-mêmes déterminer l’opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger leur personnel, il n’était pas clair si les stocks stratégiques gérés par Santé publique France devaient couvrir les besoins du grand public ou également ceux des soignants, a-t-il estimé.

    Auditionnée ensuite, Geneviève Chêne, qui a pris la direction générale de Santé publique France en novembre 2019, a souligné que lorsque le ministère lui avait demandé de commander 1,1 million de masques FFP2, le 7 février, « il y a à ce moment-là, moins de 10 cas qui sont confirmés en France, on est encore dans une phase très précoce de l’épidémie en France ».

    Elle a par ailleurs justifié l’adoption début mars d’un système de surveillance « adapté de celui utilisé pour la grippe », où « on ne compte plus nécessairement tous les cas un par un » et où « il n’est plus nécessaire de diagnostiquer l’ensemble des personnes ». François Bourdillon a toutefois reconnu que l’effort budgétaire réalisé au moment du cyclone Irma en 2017 avait « peut-être impacté ce qui était prévu » pour l’achat de masques et de médicaments antiviraux. La réduction de 20 % des effectifs opérée en quelques années a aussi pu affecter l’efficacité de l’agence, a-t-il ajouté.

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  5. Gestion de la crise

    Jérôme Salomon devant la commission d’enquête de l’Assemblée, le 16 juin 2020. 20 Minutes

    Coronavirus : Masques, tests… Jérôme Salomon défend son bilan devant la commission d’enquête

    MIS À JOUR LE 17/06/20 À 00H57

    Le directeur général de la Santé a assuré que ses services avaient «toujours suivi les recommandations internationales» sur le port du masque en public

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    Il ne cède rien. Masques, tests, préparation du pays aux crises sanitaires… Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon a défendu mardi pied à pied la stratégie des autorités devant la commission d’enquête parlementaire destinée à « tirer les leçons » de la crise du coronavirus.

    « Le monde entier a été surpris par cette crise inédite, massive, brutale, mondiale », a-t-il souligné à l’Assemblée nationale, assurant qu’aucun pays ne pouvait « se targuer d’avoir été prêt et d’avoir parfaitement géré cette pandémie ». Il a néanmoins dit vouloir « tirer toutes les leçons en toute humilité », pour se préparer à une éventuelle « deuxième vague ». Avec près de 30.000 décès provoqués par le Covid-19, la France accuse le 5e bilan le plus lourd au monde.

    Pas un « tribunal populaire »

    Le spécialiste des maladies infectieuses, un des visages de la crise sanitaire avec ses points presse quotidiens, ouvrait le bal des auditions d’une commission qui ne sera « ni un tribunal populaire ni un feuilleton télévisé », a répété en ouverture sa présidente Brigitte Bourguignon (LREM), également présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée.

    LCP

    ✔@LCP

    – « Le 4 mars, vous déclariez sur @BFMTV ‘les masques n’ont aucun intérêt pour le grand public' », affirme @damienabad.
    – « Nous avons toujours suivi les recommandations internationales », répond Jérôme Salomon.#DirectAN #COVID19

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    17:50 – 16 juin 2020

    Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité

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    Beaucoup de questions ont tourné autour des masques, « au coeur des interrogations de nos concitoyens et des soignants », selon Eric Ciotti, député (LR) des Alpes maritimes et rapporteur de la commission. Jérôme Salomon a retracé la chronologie des stocks stratégiques d’Etat de ces équipements de protection, commandés massivement au moment de la menace de grippe H1N1 puis détruits en partie après un audit de 2017 ayant conclu au mauvais état d’une majorité d’entre eux.

    Une commande de 100 millions de masques est alors passée fin 2018, avec décision d’évoluer « vers un stock dynamique, tournant », plutôt qu’un stock massif « dormant ». Mais avec l’irruption de la pandémie en France, les besoins pour les soignants sont passés brutalement de 3 à 5 millions par semaine à 30 voire 40 millions, alors que tous les pays voyaient aussi leurs besoins augmenter et que le principal pays producteur, la Chine, voyait son économie paralysée, a-t-il souligné.

    Quant aux masques pour le grand public, « nous avons toujours suivi les recommandations internationales », notamment de l’OMS, a assuré le directeur général de la Santé, accusé par Jean-Christophe Lagarde (UDI) de « mensonge d Etat » pour avoir assuré le 18 mars qu’il n’y avait « pas de sens à porter ce masque » dans la rue « pour les personnes non contaminées ».

    Sur la défensive sur les tests

    Concernant les tests de dépistage, il a défendu l’arrêt du dépistage systématique le 14 mars au profit d’une « surveillance syndromique » et d’un diagnostic basé sur les symptômes, expliquant que cela ne changeait rien à la prise en charge des patients. Selon lui, l’invitation de l’OMS le 16 mars à « teste (r) chaque cas suspect de Covid » visait plutôt les pays « qui n’avaient pas accès aux tests » à ce moment-là.

    Jérôme Salomon a par ailleurs assuré qu’« aucune décision nationale » n’avait été prise concernant l’hospitalisation des résidents d’Ehpad atteints de coronavirus, mais qu’il s’était toujours agi d’une « démarche individuelle des équipes médicales ». Il a aussi affirmé avoir promu une « culture de la prévention, de l’anticipation et de la gestion des risques » depuis son arrivée au ministère.

    Le professeur Delfraissy attendu mercredi

    La commission entendra mercredi l’ancien patron de Santé publique France François Bourdillon et Geneviève Chêne, qui lui a succédé en novembre. Suivra, jeudi, Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique, dont les avis ont incité le gouvernement à décréter le confinement puis guidé sa fin progressive.

    Viendra ensuite le tour de deux anciens directeurs généraux, des scientifiques, dont le controversé professeur marseillais Didier Raoult, et des politiques, après le second tour des élections municipales, avec Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, et plusieurs de ses prédécesseurs.

    Installée pour six mois, cette commission entend « faire en sorte que notre pays soit mieux armé pour faire face à une crise sanitaire de cette ampleur » à l’avenir, selon Brigitte Bourguignon.

    Il s’agit d’examiner « tous les éléments qui ont amené à ce retard à l’allumage » en « janvier, février, mars », a estimé Alexis Corbière (LFI), jugeant toutefois que la commission d’enquête « est entre les mains de ceux qui en raison de leur proximité politique ne créeront pas toutes les conditions pour que la lumière soit faite ». Le Sénat a aussi prévu sa commission d’enquête, à la fin du mois.

    Ces investigations politiques cohabiteront avec la vaste enquête préliminaire ouverte mardi par le parquet de Paris, visant notamment les chefs d’« homicides involontaires » ou « mise en danger de la vie d’autrui ».

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  6. Gestion de la crise

    « Je savais que c’était un job à recevoir des coups » : Jean-François Delfraissy, un équilibriste sur le fil du coronavirus

    Par Pascale Santi et Claire Legros
    Le Monde 17 06 2020

    Auditionné jeudi matin par la commission d’enquête à l’Assemblée nationale, le président du conseil scientifique chargé d’éclairer le gouvernement sur l’évolution de l’épidémie a cherché depuis trois mois à afficher son indépendance à l’égard du pouvoir. Sans réussir, pourtant, à imposer la démocratie sanitaire dont il se réclame.

    Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique Covid-19, au Comité consultatif national d’éthique, à Paris, le 16 juin. ED ALCOCK/MYOP POUR « LE MONDE »

    Le changement de cap en a surpris plus d’un. En annonçant dès le 7 juin, dans Le Journal du dimanche, que l’épidémie est « sous contrôle » et qu’il faut « laisser les gens vivre », le président du conseil scientifique Covid-19, Jean-François Delfraissy, a opéré un virement de bord, et pris de court l’exécutif qui prévoyait d’attendre le 22 juin pour une nouvelle étape dans le déconfinement. Il ne faut pas « aller trop vite », même si « la situation continue de s’améliorer », a tempéré le lendemain le ministre de la santé, Olivier Véran, lors d’un déplacement à Argenteuil (Val-d’Oise). Avant que le président de la République n’annonce finalement le passage « en vert », à partir du 15 juin, de l’ensemble du territoire, à l’exception de la Guyane et de Mayotte.

    L’expert justifie le revirement par l’évolution des connaissances : « On est relativement rassurés sur les semaines qui viennent. Les tests pour dépister sont là, les masques aussi. Il y a eu un changement des mentalités vis-à-vis des mesures barrières », assure-t-il au Monde, même s’il faut se tenir prêt « en cas de perte de contrôle de l’épidémie », l’un des quatre scénarios évoqués dans un avis du conseil scientifique le 2 juin.

    Depuis sa nomination il y a trois mois, ce n’est pas la première fois que Jean-François Delfraissy impose son rythme. Au fil des semaines, on l’a vu afficher de plus en plus ouvertement son indépendance et celle du conseil, organisant avec soin ses sorties médiatiques, à distance de celles du gouvernement.

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  7. Gestion de la crise

    Entre le conseil scientifique et l’exécutif, une relation aigre-douce

    Par Alexandre Lemarié et Olivier Faye 14 mai Le Monde

    Les quatorze scientifiques nommés au début de l’épidémie pour conseiller le gouvernement nourrissent les critiques de « gouvernement des experts », mais se voient aussi reprocher leur trop grande émancipation dans les médias.

    Emmanuel Macron en visioconférence avec la virologue Françoise Barré-Sinoussi, du comité analyse recherche et expertise, à l’Elysée, le 16 avril. YOAN VALAT / POOL VIA AP

    Ils ont rempilé pour deux mois de plus. Avec la prorogation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 juillet, les membres du conseil scientifique voient leur mission auprès de l’exécutif s’étendre (au moins) jusqu’au cœur de l’été. Deux mois de plus à tenter de guider Emmanuel Macron et le gouvernement dans cette crise du coronavirus, marquée par des connaissances scientifiques évolutives et un contexte politique sans cesse plus éruptif. Installé le 10 mars, cet organe, décrit par l’entourage du chef de l’Etat comme « précieux, utile et influent », ne sort pas indemne de la période du confinement ; les scientifiques ont essuyé leur lot de critiques, comme les politiques, et leur relation à l’exécutif s’est parfois jouée sur un air de « Je t’aime, moi non plus ».

    Lire aussi: Qui compose le conseil scientifique Covid-19, créé pour aider le gouvernement face à la crise ?

    Les premières notes de la mélodie, au mois de mars, se voulaient pourtant harmonieuses. « Un principe nous guide pour définir nos actions, il nous guide depuis le début pour anticiper cette crise puis pour la gérer depuis plusieurs semaines et il doit continuer de le faire : c’est la confiance dans la science. C’est d’écouter celles et ceux qui savent », déclarait Emmanuel Macron, le 12 mars, lors de sa première allocution télévisée consacrée au Covid-19. Son choix de fermer les écoles, notamment, puis de décider le confinement de la population, a été fait sur la base de leurs recommandations. « Derrière toute décision que nous prenons, il y a des blouses blanches », répétait le ministre de la santé, Olivier Véran. « Beaucoup de gens ne croient plus les politiques, donc justifier toutes nos décisions par un avis des autorités sanitaires nous redonne du crédit », estimait alors un responsable de la majorité.

    Le 13 mars, le premier ministre, Edouard Philippe, s’affiche ainsi au côté du président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, dans la cour du ministère de l’intérieur, au moment de justifier le maintien du premier tour des élections municipales, deux jours plus tard. Mais le pare-feu n’a pas empêché la polémique d’éclater. « Nous avons repris l’argument du conseil consistant à dire que voter était à peu près aussi dangereux que d’aller acheter son pain. Ils en ont pris autant que nous dans la gueule avec cet épisode », note un cadre de la Macronie. Les membres du conseil scientifique assurent pourtant avoir répondu à une simple question posée par Emmanuel Macron : « Dans quelles conditions peut-on organiser les municipales ? » Rien de plus. Mais le mal est fait.

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  8. ARTICLE PROPOSÉ:

    Crise : le passage des responsables devant le juge pénal est inéluctable

    Publié le 02/04/2020 Régis De Castelnau Marianne

    « Face à une telle tragédie, la colère sera immense et face à des milliers de plaintes pénales venant de toute la France, il faudra rappeler fermement au corps des magistrats, au nom de qui ils doivent rendre justice. Et ceux qui ont failli devront rendre des comptes. »

    Emmanuel Macron serait, nous dit le Parisien en « colère froide », excédé par ceux qui sur les plateaux de télévision critiquent sa gestion de la crise, et il considère comme « irresponsable » le fait de saisir la justice pour qu’elle identifie et condamne les fautes pénales commises par les décideurs publics dans la gestion de la catastrophe pandémique connaît notre pays. Ayant décidément du mal avec le débat démocratique, il se fait menaçant faisant dire à un de ces « chevaux légers » la chose suivante : « Quand cette crise sera passée, on aura tous à rendre des comptes. Tous sans exception. La majorité bien évidemment et c’est normal. Mais aussi tous ceux qui ont joué, à certains moments, à un jeu dangereux pour déstabiliser le pays dans une période où l’unité prévalait ».

    Bigre, va-t-il demander au Parlement de voter un nouvel article du code pénal réprimant « l’intelligence avec l’ennemi Coronavirus » ? Inquiétantes rodomontades.

    La « guerre » pour cacher les faillites

    Certes pour l’instant, il s’agit d’affronter dans les moins mauvaises conditions le défi de la catastrophe sanitaire. Incontestablement le peuple français a trouvé des ressources en son sein pour que ceux qui sont indispensables soient malgré les risques à leur poste. « Nous sommes en guerre » nous a martelé celui qui se prend pour Clemenceau et joue les présidents thaumaturges. On lui répondra qu’à la guerre, on juge les généraux incompétents et parfois on les fusille. Et cela, présidents ministre fonctionnaires le savent bien, et manifestement appréhendent l’heure des comptes. Ils savent l’état déplorable du système hospitalier français dont ils sont les principaux responsables, le scandale des masques, des tests, la pénurie de matériel, les mensonges, le criminel premier tour des municipales, les invites Macroniennes à aller au théâtre etc. etc, n’en jetez plus ! Malgré cela, Emmanuel Macron joue « les pères de la nation » et délègue Édouard Philippe au colmatage, qui ose proclamer : « Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision s’agissant du confinement ».

    Eh bien Monsieur le Premier ministre, dans un pays démocratique, même en guerre si on doit faire son devoir, on peut aussi critiquer la façon dont nos gouvernants font le leur. Or nous constatons qu’il y a eu du retard en tout et que la gestion a été marquée par le dogmatisme, l’amateurisme, l’imprévision, le mensonge et l’absence de transparence. Pour essayer d’éviter les responsabilités vous inventez la fable grossière « de la crise imprévisible » due au mensonge chinois sur leur nombre de morts. Quiconque a suivi d’un peu près la crise déclenchée en Chine savait ce qui nous attendait. Beaucoup d’experts le disaient, et l’OMS avait tôt lancé l’alerte. Depuis les précédentes épidémies de Coronavirus, tous les dirigeants auraient dû savoir et prévoir ce qui nous attendait. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs en 2010, la France possédait un stock de masques pléthorique.

    Jérôme Salomon, l’actuel directeur général de la santé avait remis, un rapport à Macron candidat en 2017 dans lequel il indiquait que la France n’était pas prête pour encaisser une pandémie. Cela n’a pas empêché celui-ci, accompagné du même Salomon, de poursuivre la mise en œuvre de la destruction du système de santé français, en réprimant férocement ceux qui s’y opposaient. Imprévisible la crise ? Alors que raconte Agnès Buzyn dans ses aveux ? Quand elle dit qu’elle savait tout à partir du 10 janvier, qu’elle a prévenu le président, le Premier ministre et le directeur de la santé ? Pendant qu’elle mentait aux Français en leur disant qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter ?

    Alors face à la colère qui monte, et à l’exigence populaire de la reddition des comptes, devant le juge pénal si nécessaire, on allume les contre-feux et on menace.

    Un lot d’infractions considérable

    On retiendra de cette triste opération de communication, la lettre signée de six anciens ministres de la santé qui nous disent que le gouvernement a été formidable ! Probablement une façon pour eux aussi de tenter de se dédouaner, car l’affaiblissement méthodique de notre système de santé que nous payons si cher, ils en ont été les exécutants dociles depuis 30 ans. Ils seraient bien avisés de tous raser les murs. Pour ma part je retiens cette consternante tribune signée par deux avocats dans les colonnes de l’Obs où l’on met sans état d’âme ignorance et mauvaise foi au service d’une triste cause. En disant vouloir éviter à la justice de tomber dans le piège qui lui est tendu : juger l’action politique au prétexte d’un procès pénal. Comme si c’était le problème !

    La gestion de la crise par le gouvernement et par l’État depuis le début du mois de janvier a été, chacun le sait bien aujourd’hui, calamiteuse. Les aveux pleurnichards d’Agnès Buzyn n’en sont finalement qu’une confirmation. Le comportement de nos dirigeants a été marqué par l’impréparation, la désinvolture, le cynisme, et beaucoup de leurs actes relèvent de l’application du code pénal. Homicides par négligences, mise en danger délibéré de la vie d’autrui, non-assistance à personne en danger, détournement de biens (disparition des stocks de masques et de chloroquine) nous avons affaire à un véritable florilège. Mais il faut bien comprendre que ce sont toutes les chaînes de commandement de l’État qui sont impliquées. Il n’y a pas que les ministres, Jérôme Salomon par exemple est un haut fonctionnaire, il relève quant à lui des tribunaux ordinaires.

    On ne va pas ici faire la liste de toutes les infractions que l’on pourrait relever dans la gestion de la crise, simplement donner quelques exemples qui démontrent l’inanité des arguments avancés pour prétendre qu’il n’y en a pas.

    Les deux auteurs de la tribune de l’Obsn’hésitent pas nous dire : « Mise en danger de la vie d’autrui ? Elle suppose, selon l’article 223-1 du Code pénal, que le coupable ait violé, de façon « manifestement délibérée », une « obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement». Quelle obligation « particulière », qu’elle soit légale ou réglementaire, les membres du gouvernement ont-ils délibérément violée ? Aucune : « il n’y a donc pas eu mise en danger de la vie d’autrui. » Pardon ?

    Le confinement est une réglementation particulière de sécurité prévue par décret. Il a pour but d’éviter la propagation du virus, et l’extension de la maladie et de la mort aux autres citoyens. Le violer, refuser de l’exécuter constitue bien évidemment cette « mise en danger délibéré » prévu au code pénal. Le Canard enchaîné nous apprend que Monsieur Nuñez aurait refusé de demander aux forces de l’ordre sous son autorité de le faire respecter dans certaines banlieues, ce refus d’accomplir sa mission a exposé les habitants à des risques de maladies et de mort, tout simplement. Si cette défaillance est réelle, Monsieur Nuñez devra être jugé et en répond.

    Et puis il y a bien sûr les homicides et blessures involontaires (article 221–6 et 121–3 du Code pénal), ou pour pouvoir être poursuivi et condamné il faut avoir « violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière de prudence ou de sécurité » (comme en matière de mise en danger) ou encore « commis une faute caractérisée qui exposait autrui à un risque d’une particulière gravité ». Et nos deux auteurs d’affirmer tranquillement qu’il n’y a eu aucune faute. Pardon ? Tous les contaminés décédés du fait de la carence semble-t-il volontaire de Monsieur Nunez sont morts par hasard ? L’organisation calamiteuse du premier tour des élections municipales qui va entraîner des centaines de victimes, ne serait pas une faute caractérisée ? Alors même que comme l’a avoué Agnès Buzyn elle avait prévenu le présent de la république et le Premier ministre du danger dès le mois de janvier ? Et que dire des saillies lamentables, de Sibeth Ndiaye voix du gouvernement et par conséquent d’Édouard Philippe venant marteler mensongèrement et probablement délibérément sur les ondes « que les masques ne servaient à rien » exposant au risque ceux qui prenaient cela pour argent comptant.

    Tant de méconnaissance de la matière sidère. Sans trop insister sur un argument d’autorité, l’auteur de cette tribune rappelle qu’il a écrit plusieurs livres sur le sujet de la responsabilité pénale des décideurs publics, enseigné la matière à l’université Paris II, et traité dans son cabinet plus d’une centaine de dossiers d’agents publics mis en cause sur la base de ces infractions. Il prétend par expérience savoir de quoi.

    Et il y a aussi les infractions qui relèvent du fameux chapitre « des atteintes à la probité » du Code pénal qui ne concerne que les agents publics. Juste un exemple, il faudra nous dire ce que sont devenus les stocks de masques et de chloroquine. Il semble bien que ce qui constituaient des biens publics ont été détournés ce que réprime l’article 432–15 du code, sans oublier le 432–16 qui lui punit les fonctionnaires dont la négligence a permis de détournements. N’en jetons plus…

    Ministres et hauts fonctionnaires sont des agents publics. Ils devront en répondre comme dans le précédent parfaitement connu du « sang contaminé ».

    Et ceux qui ont failli devront rendre des comptes

    Ce que l’on va préciser maintenant et que cette reddition des comptes devant le juge pénal est inéluctable et elle aura lieu.

    L’article 2 du code de procédure pénaleprécise qui a intérêt pour agir et se constituer partie civile : « L’action civile en réparation du dommage causé par un crime, un délit ou une contravention appartient à tous ceux qui ont personnellement souffert du dommage directement causé par l’infraction. » C’est-à-dire, que les familles et les ayants droits des personnes décédées, ceux qui garderont des séquelles physiques de la pandémie, mais aussi les victimes économiques pourront déposer le moment venu des plaintes « simples » entre les mains du procureur de la république de tous les tribunaux judiciaires français. Il existe déjà des plates-formes numériques qui fournissent les modèles qui rassemblent les plaignants. On peut légitimement craindre que les parquets qui ont été si actifs dans la répression du mouvement social des gilets jaunes, si zélés dans le refus de poursuivre les violences policières et les infractions commises par membres de l’entourage du président, poursuivent dans la même voie de soutien sans barguigner de l’État Macron. Qu’à cela ne tienne, si ces parquets restent sans réagir pendant trois mois ou classent sans suite, les plaignants récupéreront leur pouvoir d’initiative et pourront déposer des plaintes avec constitution de partie civile. La nomination de juges d’instruction (juges du siège théoriquement indépendants et impartiaux) sera obligatoire. Les instructions pourront se dérouler dans un cadre contradictoire et dans le respect des règles du code de procédure pénale. Il n’est pas temps de dire si tous les gens dont nous parlons serons condamnés, mais en tout cas ils seront jugés.

    Face à une telle tragédie, la colère sera immense et face à des milliers de plaintes pénales venant de toute la France, il faudra rappeler fermement au corps des magistrats, au nom de qui ils doivent rendre justice. Et ceux qui ont failli devront rendre des comptes.

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  9. CLAUDE CHARTRES nous suggère de publier cet article relatif à l’oms, compte tenu des polémiques qui ont fleuri pendant la crise du covid

    L’OMS face à la pandémie de Covid-19
    Trois questions à Antoine Flahault

    INTERVIEW – 26 JUIN 2020

    Antoine Flahault

    DIRECTEUR DE L’INSTITUT DE SANTÉ GLOBALE À GENÈVE

    Alors que le Président américain a annoncé fin mai la suspension de la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) accusée de complaisance avec la Chine, quel regard porter sur l’action de l’OMS pendant la crise ? Le Professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à Genève, a répondu aux questions d’Angèle Malâtre-Lansac, directrice déléguée à la santé à l’Institut Montaigne.

    L’OMS a fait l’objet de nombreuses critiques pendant la pandémie. Le mécontentement de certains États face au rôle joué par l’OMS est-il justifié et comment l’expliquer ?

    Tout d’abord, j’aimerais revenir sur ce qu’est et sur ce que n’est pas l’OMS. L’Organisation mondiale de la santé est une agence onusienne intergouvernementale et pas supranationale. Elle dispose par ailleurs de moyens assez faibles : son budget équivaut à celui d’un gros hôpital universitaire de province. 

    En dépit de ces moyens assez faibles, il faut reconnaître à l’OMS la qualité de ses experts, mondialement reconnus. Les avis de l’OMS sont d’ailleurs très rarement remis en question.

     Mais son rôle est essentiellement normatif : l’OMS ne dispose ni de pouvoirs de sanction, ni même de pouvoirs d’inspection, contrairement à d’autres agences comme l’Organisation internationale du travail (OIT) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

    L’action de l’OMS dans la pandémie s’est jouée dans le cadre du règlement sanitaire international (RSI 2005) qui a pour objectif de prévenir les risques graves pour la santé publique et de gérer les crises épidémiques. C’est dans ce cadre que le Dr Tedros, le directeur général de l’OMS, a convoqué un comité d’urgence le 30 janvier qui a considéré, dans l’avis qu’il lui a transmis, que l’épidémie de coronavirus constituait une urgence de santé publique internationale (USPPI ou PHEIC en anglais). Dans les jours qui ont suivi, des recommandations non contraignantes ont été produites par l’OMS qui déconseillait notamment la mise en place de restrictions aux voyages et au commerce, recommandations qui seront très rapidement violées par la plupart des pays membres.

    Si l’on regarde d’où proviennent les critiques de l’OMS, elles sont essentiellement le fait des pays les plus riches, ceux qui ont le moins besoin de l’OMS car ils disposent d’une infrastructure et d’agences de santé publique fortes. On reproche à juste titre à l’OMS de ne pas avoir joué son rôle de coordinateur, de leader face à la pandémie. Or, cette situation résulte d’un cadre dans lequel les États membres ne donnent aucune capacité contraignante à l’OMS. Ses pouvoirs sont quasi-absents du fait de ses faibles moyens, de son mode de fonctionnement et de gouvernance. Officiellement, l’OMS est très démocratique, avec 194 pays qui ont chacun une voix équivalente, alors même que les budgets sont à la discrétion des États.

    Officiellement, l’OMS est très démocratique, avec 194 pays qui ont chacun une voix équivalente, alors même que les budgets sont à la discrétion des États.

    Sans pouvoir contraignant ou d’inspection, l’OMS a dû, pour avoir de l’influence, tisser des liens pays par pays, et a ouvert de nombreux bureaux un peu partout dans le monde qui lui permettent d’avoir des portes d’entrées directes dans les États. Cela se fait bien de manière très politique et peu transparente. Le risque que je vois aujourd’hui avec le retrait des États-Unis qui est l’un des principaux financeurs de l’OMS, est celui d’un repli, d’une forme de « bunkerisation » de l’organisation.

    Selon vous, que peut-on retenir de positif de l’action de l’OMS pendant la pandémie ?

    Je retiendrai particulièrement le projet ACT Accelerator : un dispositif de coopération de très grande ampleur mis en place fin avril pour permettre d’accélérer l’accès aux traitements et aux outils de lutte contre le Covid-19, notamment pour faciliter l’accessibilité pour tous à un éventuel vaccin, dans un contexte où les États et notamment les États-Unis, se replient. 

    L’OMS a là joué son rôle de coordinateur et de chef de file en réunissant de nombreuses organisations comme la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI), la GAVI – l’Alliance du vaccin, le Fonds mondial, UNITAID, le Wellcome Trust, ou encore la Fédération internationale de l’industrie du médicament (IFPMA), qui se sont tous engagés à agir ensemble.

    Autre moment clé, fin mai, l’OMS a réuni la 73e assemblée mondiale de la santé, qui est en quelque sorte le conseil d’administration de l’agence. Cette assemblée a pris une résolution extrêmement importante pour soutenir l’action de l’OMS dans laquelle elle appelle notamment à intensifier la coopération et la collaboration à tous les niveaux ; à reconnaître le rôle de chef de file de l’OMS et de l’ONU pour mobiliser et coordonner la riposte mondiale ;

     à reconnaître le rôle des professionnels de santé et des humanitaires dans la crise ; à demander l’accès universel, rapide et équitable aux traitements. Cette résolution appelle également à une évaluation impartiale, indépendante et complète pour « examiner l’expérience acquise et les leçons tirées de la riposte sanitaire internationale coordonnée par l’OMS face à le Covid-19 ». 

    Les États membres ont ici bien joué leur rôle d’administrateurs lors de cette assemblée au cours de laquelle la France a été force de proposition.

    L’Europe peut-elle jouer un rôle particulier pour renforcer le rôle de l’OMS et permettre une meilleure coordination en cas de pandémie à venir ?

    L’Europe est le bon élève du mutlilatéralisme de façon générale. 

    Dans le contexte actuel de tensions sino-américaines, nous avons plus que jamais besoin de faire entendre cette voix européenne.

    Il y a une volonté très forte en Europe, y compris du côté du Royaume-Uni, de faire jouer un rôle plus fort à l’OMS.

    Il y a une volonté très forte en Europe, y compris du côté du Royaume-Uni, de faire jouer un rôle plus fort à l’OMS.

    Pour permettre une meilleure coopération mondiale, l’Europe doit vraiment reprendre une place centrale dans l’OMS et cela se fera notamment à travers les moyens et le soutien apporté à l’organisation. 

    Pour permettre à l’OMS de pouvoir piloter de façon opérationnelle les crises, on pourrait imaginer que lorsqu’une crise dépasse un certain seuil, comme cela a été le cas avec la pandémie de Covid-19, se mettent en place des mécanismes qui lui permettraient de prendre concrètement un rôle de pilote avec des pouvoirs plus forts, et notamment des prérogatives d’inspection. 

    Le multilatéralisme apporte des solutions qu’aucun État ne pourra apporter à lui seul et le rôle de l’OMS est essentiel, notamment pour les pays les plus démunis.

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  10. Commentaire reçu, en appui à l’extrait des 2 articles du Temps:

    Pas de RETEX, mais une commission désignée et pilotée par l’exécutif . Celle ci est à la fois concurrente à celles des Assemblée dont le rome est de contromer l’executif et ne remplace pas le RETEX

    (RETEX qui doit être fait – rappelons le en interne: par les autorités elles mêmes avec leurs équipes et leurs partenaires, afin de retracer les actions et leurs conséquences, de les évaluer en valorisant les bonnes pratiques et en définissant des pistes de progrès sous forme de plan d’action )

    ARTICLE 1

    Emmanuel Macron a installé ce jeudi la mission «indépendante d’évaluation de la gestion de la crise du coronavirus». Elle est présidée par Didier Pittet, chef du service de prévention et contrôle de l’infection aux HUG

    Le Temps 25 juin 2020

    L’Elysée a indiqué ce jeudi avoir mis en place la mission d’évaluation de l’exécutif sur la gestion de la crise du coronavirus, annoncée au début du mois de juin. Elle est présidée par l’infectiologue genevois Didier Pittet, chef du service de prévention et contrôle de l’infection aux Hôpitaux universitaires de Genève. Il a été reçu par Emmanuel Macron à 16 heures.

    Cette «mission indépendante nationale sur l’évaluation de la gestion du crise du COVID-19, et sur l’anticipation des risques pandémiques» aura une durée de six mois et sera chargée de rendre un premier rapport à l’automne et un second d’ici la fin de l’année. Elle est complémentaire à la commission d’enquête parlementaire sur le coronavirus, selon une source de l’Elysée citée par Reuters.Didier Pittet insiste vraiment: «Ce n’est pas le virus qui circule mais les gens»
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    L’infectiologue genevois a offert à l’humanité le gel hydroalcoolique qu’aujourd’hui tout le monde s’arrache

    ARTICLE 2

    PORTRAIT DE DIDIER PITTET

    Didier Pittet: «Une bonne communication est primordiale dans cette épidémie.» Eddy Mottaz /Le Temps 19 MARS

    Il insiste vraiment: «Ce n’est pas le virus qui circule mais les gens»; L’infectiologue genevois a offert à l’humanité le gel hydroalcoolique qu’aujourd’hui tout le monde s’arrache

    En temps normal, il dort cinq à six heures par nuit. Ce qui lui suffit. «Une question d’habitude et de rythme», dit-il. Mais depuis une quinzaine de jours, il a réduit ce temps de sommeil. Deux à trois heures. Comment tient-il? Un haussement d’épaules, puis un sourire. Il n’a pas l’air d’un homme fatigué. Sans doute parce qu’il respecte par ailleurs une stricte hygiène de vie. Saine alimentation par exemple: légumes, poissons, eau minérale.

    Une partie de la nuit, il lit ses courriels – 3800 en souffrance en ce moment – qui affluent du monde entier, tente de répondre à ses consœurs et confrères infectiologues ou épidémiologistes qui comme lui font face à l’épidémie de Covid-19. Didier Pittet dirige le service de prévention et de contrôle de l’infection aux Hôpitaux universitaires genevois. Autant dire qu’il est en première ligne. Lorsqu’il quitte son vaste (et très encombré) bureau du 9e étage, c’est pour entrer en cellule de crise. Il en ressort pour filer à l’aéroport (un cas suspect est annoncé), se rendre sur un plateau de télévision ou à une séance avec des responsables politiques.

    Didier Pittet l’assure: «Une bonne communication est primordiale dans cette épidémie.» Dire et redire, aux jeunes surtout, que ce n’est pas le virus qui circule mais les gens, qu’il faut réduire les déplacements, les rassemblements, les contacts. Il explique: «Au minimum 80% des malades présentent une forme bénigne de la maladie. On peut être infecté et ne se sentir que légèrement grippé. Mais il y a une possibilité de transmission, notamment à l’intérieur des familles, qui aurait un impact sur les vieillards et les plus fragiles.»

    L’urgence de freiner
    Donc «il faut freiner la vitesse de propagation pour que le pic arrive le plus tard possible et qu’il soit le moins haut possible. Ainsi les structures hospitalières pourront faire face à un afflux de patients.» Son cauchemar: une situation à l’italienne. Ses confrères, à Bergame notamment, faute de respirateurs, cochent ceux qui ne seront pas soignés, au-delà de 75 ans en général. Didier Pittet a réalisé une vidéo avec le youtubeur Le Grand JD pour diffuser le message. Samedi dernier, il était aussi l’invité des deux Vincent (Kucholl et Veillon) dans 120 minutes sur RTS1. Ce type d’exercice ne semble pas lui déplaire. Et il passe bien, avec des propos clairs. Et cette gentillesse qu’il dégage, ainsi qu’une simplicité de tous les instants.

    Qui sait que cet homme a été honoré par la reine d’Angleterre et fait commandeur de l’ordre de l’Empire britannique? «Mieux que Paul McCartney qui, en 1965, n’a été élevé qu’au rang de membre», s’amuse-t-il. En 1999, il a contribué à la mise en place du service de prévention des infections de l’Hammersmith Hospital de Londres et a prodigué ses conseils lors du lancement en 2003 de la campagne pour l’hygiène des mains. Il a été surtout anobli pour avoir offert à l’OMS et donc à l’humanité le produit révolutionnaire qu’est le gel hydroalcoolique dont on parle tant aujourd’hui.

    Avec son équipe (médecins, chercheurs, infirmières, personnels de nettoyage, etc.), il a développé et démocratisé cette solution dont la formule a été imaginée par William Griffiths, un pharmacien anglais des HUG. Didier Pittet aurait pu devenir multimilliardaire en brevetant ses travaux. Au lieu de cela, il a choisi d’en faire don à tous. «L’hygiène des mains est une chose trop simple, trop nécessaire pour qu’elle soit brevetée», insiste-t-il. Son combat durant toute sa carrière: faire reculer les maladies dites nosocomiales, hôpital par hôpital, pays par pays, en Suisse, en Afghanistan, en Afrique où le déficit en eau courante fait encore des ravages. Six pour cent des patients suisses contractent une infection dans les hôpitaux.

    En 1995, il prend un chronomètre et découvre qu’une infirmière des soins intensifs se lave les mains environ 22 fois par heure et qu’il lui faut une à deux minutes à chaque fois. «Quand on multiplie cette durée par 22, c’est impossible: on ne peut pas se désinfecter les mains avec de l’eau et du savon, ça prend trop de temps», témoigne-t-il dans le livre Le Geste qui sauve, paru en 2014 à L’Age d’Homme, qui lui est consacré. Une évidence s’impose: il faut utiliser de l’alcool, qui est un puissant antiseptique. La crise actuelle le démontre, c’est le produit miracle. Il était là, à portée de tous les soignants, mais personne n’avait pensé à le diffuser à grande échelle dans les institutions hospitalières.

    Un battant
    Didier Pittet est un battant, élevé par un couple modeste de Lancy (GE): un père mécanicien et une mère au foyer qui voulaient voir leur fils réussir ses études. Il envisage de devenir curé, mais passe beaucoup de temps chez un camarade dont le père est médecin. Il admire cet homme dont le métier est une vocation, un sacerdoce. Aux Evangiles, il va donc préférer le Vidal, la bible du médecin.

    Plus de 180 pays et plus de 20 000 hôpitaux ont adopté la solution hydroalcoolique de Didier Pittet. Il continue, tel un baroudeur, à arpenter le monde, souvent sur ses jours de vacances. Il est pour le moment cloué à Genève, coronavirus oblige, annonce fièrement que la pharmacie des HUG vient de démarrer la production de 100 000 flacons de solution hydroalcoolique. En dépit des contraintes actuelles.

    Profil
    1957 Naissance à Genève.

    2004 Commence à collaborer avec l’OMS.

    2007 Honoré par la reine d’Angleterre.

    2014 Parution du «Geste qui sauve», écrit par Thierry Crouzet (Ed. L’Age d’homme).

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  11. ACTUALITE du Covid
    Cela expliquerait peut-être la décision de l’exécutif de ne pas faire le retex :
    Une enquête judiciaire sera ouverte contre Édouard Philippe, Agnès Buzyn et Olivier Véran
    François Molins a annoncé ce vendredi 3 juillet l’ouverture d’une enquête judiciaire sur la gestion de la crise du coronavirus contre trois anciens ministres.
    Ouest-France  Avec AFPPublié le 03/07/202 18h15
    Une enquête judiciaire sur la gestion de la crise du Covid-19 va être ouverte à la Cour de Justice de la République (CJR) contre les ex-ministres Édouard Philippe, Olivier Véran et Agnès Buzyn, a annoncé ce vendredi 3 juillet le procureur général près la Cour de cassation François Molins.
    La commission des requêtes, composée de hauts magistrats et qui fait office de filtre, a en effet jugé recevables neuf plaintes contre ces anciens membres du gouvernement. Aux termes de la procédure, François Molins est désormais tenu de saisir la commission d’instruction de la CJR, qui agira comme un juge d’instruction et mènera les investigations.
    « Abstention de combattre un sinistre »
    Au total, 90 plaintes ont été reçues à ce jour par la CJR, seule instance habilitée à juger les membres du gouvernement pour l’exercice de leur fonction, et 53 d’entre elles ont été examinées.
    Parmi elles, 34 ont été déclarées irrecevables car elles ne visaient pas un membre du gouvernement ou car le plaignant n’avait pas d’intérêt à agir. Dix autres, visant notamment les ex-ministres de la Justice Nicole Belloubet, des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian ou encore de l’Intérieur Christophe Castaner, ont été classées sans suite.
    Les neuf restantes ont été jointes en vue de la saisine de la commission d’instruction du seul chef d’abstention de combattre un sinistre à l’encontre d’Agnès Buzyn, d’Édouard Philippe et d’Olivier Véran, selon le communiqué du procureur général.
    La première occupait jusqu’à mi-février le poste de ministre de la Santé, avant de partir briguer la mairie de Paris. Les deux derniers faisaient partie du gouvernement qui a démissionné vendredi matin.
    Emmanuel Macron irresponsable pénalement
    Les plaintes à la CJR avaient commencé à être déposées quelques jours après le début du confinement mi-mars. Elles émanent de particuliers, de médecins, d’associations, ou encore de détenus.
    Le chef de l’État, Emmanuel Macron, est lui irresponsable pénalement des actes réalisés dans l’exercice de ses fonctions.
    Les plaignants dénonçaient, selon les cas, des faits de mise en danger de la vie d’autrui, homicide involontaire, non-assistance à personne en danger ou abstention de prendre à temps des mesures pour endiguer la pandémie. Cette dernière a fait jusqu’ici près de 30 000 morts.

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  12. Article proposé en complément

    118.000 euros de MSD, 116.000 euros de Roche : faut-il s’inquiéter des liens entre labos et conseils scientifiques ?

    Par Étienne Girard

    Publié le 03/04/2020 à 18:08

    Les experts-médecins des conseils scientifiques chargés d’éclairer Emmanuel Macron pendant la crise du coronavirus ont touché 450.000 euros des firmes pharmaceutiques ces cinq dernières années. Faut-il s’inquiéter pour leur indépendance ? Eléments de réponse.

    Souvenez-vous de Jean-Jacques Mourad. Pendant la campagne présidentielle de 2017, ce cardiologue était l’un des conseillers santé d’Emmanuel Macron. Il avait démissionné après avoir été accusé de conflit d’intérêts, pour avoir touché quelque 80.000 euros d’avantages du laboratoire Servier, en trois ans et demi. Et ce, alors que son candidat plaidait pour le remboursement des médicaments contre la tension artérielle, spécialité du groupe pharmaceutique.

    Trois ans plus tard, rien n’a changé dans le microcosme médical. Parmi les experts des conseils scientifiques chargés de conseiller le chef de l’Etat sur la crise du coronavirus, plusieurs ont des liens d’intérêts importants avec les laboratoires. L’un d’entre eux s’est vu verser … 251.327 euros d’avantages de la part des firmes, entre 2014 et 2019, selon les chiffres de la base publique Transparence santé. Ces relations d’argent n’empêchent pas l’indépendance d’esprit, mais interrogent dans la mesure où une étude universitaire publiée en novembre 2019 a montré que les médecins liés aux industriels du secteur prescrivent plus de médicaments que les autres. Car la réponse au coronavirus passera aussi par des choix qui impliquent les multinationales du

    En cinq ans, entre les déjeuners, les dîners, les hébergements à l’hôtel, les frais de transport et les honoraires, les industriels ont payé pour 449.389 euros d’avantages à neuf experts du conseil scientifique placé auprès d’Emmanuel Macron ainsi que du Comité analyse et expertise (Care) chargé de l’éclairer sur les questions purement scientifiques liées au Covid-19. Ce qui recouvre des situations très différentes, dont certaines témoignent d’un compagnonnage suivi entre les médecins et les fabricants de médicaments. Largement en tête des firmes les plus généreuses, on retrouve l’Américain Merck Sharp and Dohme (MSD) et le Suisse Roche, deux laboratoires en pointe dans la recherche contre le coronavirus. MSD, qui a accordé 118.883 euros aux experts, fait partie des dix groupes qui ont annoncé mettre en commun leurs molécules afin de trouver un traitement. Quant au laboratoire Roche, donateur de quelques 116. 286 euros d’avantages en cinq ans, il vient de faire savoir qu’il a mis en place un nouveau test rapide de dépistage du Covid-19. Soit précisément les tests sur lesquels comptent le gouvernement pour augmenter les capacités de dépistage du pays.

    Déclarations incomplètes

    Un registre de déport en cas de conflit d’intérêts est-il prévu au sein des conseils d’expert ? L’oncologue Jean-Philipp Spano, un des représentants du Care, nous indique que ses membres « sont actuellement en train de remplir des déclarations publiques d’intérêts. Ces déclarations seront rendues publiques d’ici le début de la semaine prochaine». Il précise que « ces DPI font l’objet d’une relecture par les ministères chargés de la santé et de la recherche, qui pourront demander le déport de certains membres du CARE lorsque cela est nécessaire, y compris pour des liens passés avec des industriels, même réalisés ponctuellement, et ce pour des raisons éthiques ». Reste à savoir de quelle façon ces règles seront appliquées.

    Quant au conseil scientifique, son président, Jean-François Delfraissy, n’a pas pu nous répondre dans les délais. Il a assuré à nos confrères de Mediapart qu’un registre de déport sera bientôt mis en place. Les membres de l’instance ont par ailleurs rempli une déclaration publique d’intérêts, publiée sur un site dédié. Problème, il suffit de comparer avec la base Transparence santé pour s’apercevoir que plusieurs praticiens… ne déclarent pas tous leurs liens.

    1,36 milliard par an

    Les relations entre les laboratoires et les médecins sont loin d’être étanches. En 2018, les industriels pharmaceutiques ont ainsi versé quelque 1,36 milliard d’euros d’avantages aux professionnels de santé, a révélé une enquête de la presse quotidienne régionale. Une vieille habitude du secteur. « Il y a une culture du lien avec les labos, les médecins y sont biberonnés dès leurs études. Les représentants des firmes viennent dans les services, distribuent des invitations, ils font partie du paysage », note le médecin généraliste Pierre Frouard, co-auteur d’une étude de l’Université Rennes 1 sur les prescriptions des médecins et leurs liens avec les lobbys, en novembre dernier. Cette étude, publiée dans le prestigieux British Medical Journal, a montré que les médecins qui reçoivent des cadeaux de l’industrie pharmaceutiques prescrivent… plus et moins bien, par rapport aux indicateurs de l’Assurance maladie. « Et puis il y a un autre élément, ajoute Pierre Frouard. Qui relève plutôt du bon sens. Si ça n’était pas efficace, les firmes ne mettraient pas autant d’argent dans le lobbying ».

    En France, il existe même une corporation entièrement tournée vers cette pratique, celle des « visiteurs médicaux ». Ces lobbyistes de porte-à-porte rendent visite aux praticiens, parfois sans rendez-vous, pour leur proposer des médicaments, des formations ou des études. Plusieurs médecins nous indiquent qu’il n’est pas rare de les croiser… dans les couloirs des hôpitaux, dans lesquels ils se rendent pour solliciter un échange rapide avec les professionnels. Dans de nombreux CHU, des petits-déjeuners ou déjeuners « de service » sont en outre régulièrement organisés avec ces représentants des firmes. Jusqu’à une période récente, ils pouvaient même solliciter les internes, au

    Depuis 2014, les industriels peuvent par ailleurs financer la formation continue des médecins. Et aussi les initiatives des associations qui apportent des médicaments dans les pays pauvres, comme nous le raconte un professeur d’un grand hôpital parisien, qui a participé à plusieurs actions de ce type, notamment en Afrique. De quoi les rendre

    Avant même l’étude de l’Université Rennes 1, l’affaire du Mediator a montré les effets que pouvait avoir le lobbying médical. Pendant 37 ans, le médicament de Servier, aujourd’hui suspect d’avoir provoqué de nombreuses pathologies, a été commercialisé, avec l’aval de toutes les autorités sanitaires, dont certains des responsables avaient des relations d’affaires avec le laboratoire. A l’automne 2011, le ministre de la Santé Xavier Bertrand a fait voter une nouvelle loi, dont il présentait les objectifs en ces termes devant l’Assemblée nationale : « S’il est vrai que, au fil des années, des progrès ont été réalisés, ils se sont révélés notoirement insuffisants (…) La lutte pour la transparence, la lutte contre les conflits d’intérêts passent par deux voies : l’indépendance des experts et l’organisation d’une procédure d’expertise transparente et collégiale. » C’est ce texte qui a institué la publication des avantages consentis par les firmes sur Transparence Santé.

    450.000 euros pour neuf médecins

    Ce qui n’a pas dissuadé les industriels de continuer à fréquenter les praticiens. Pierre Frouard explique que « les deux cibles prioritaires des firmes sont d’une part les médecins qui prescrivent des médicaments et d’autre part les leaders d’opinion, qui assurent la crédibilité de leurs recherches ». Les experts des deux comités placés auprès du président de la République appartiennent à cette dernière catégorie. Le conseil scientifique est chargé des éclairages immédiats (le confinement, les hospitalisations) tandis que le Care se concentre sur les questions purement scientifiques, à plus longue échéance. Et l’on constate que les firmes pharmaceutiques, qui se démènent pour trouver des solutions contre le coronavirus, sont particulièrement bien introduites auprès de ces médecins stars. Près de 450.000 euros ont ainsi été dépensés par les industriels pour… neuf médecins de ces deux instances.

    Des conflits d’intérêts pourraient potentiellement surgir. Hors les cas de MSD et Roche, l’ensemble ou presque des dix premiers donateurs participent à la recherche contre le coronavirus. Johnson & Johnson (22.487 euros d’avantages versés), Sanofi (18.551 euros), Abbvie (14.706 euros), GSK (15.412 euros) ou Gilead (9.096 euros) figurent parmi les candidats à un traitement contre le Covid-19. Les filiales françaises de ces labos seraient par ailleurs concernées par d’éventuelles réquisitions de médicaments. Dans son avis du 23 mars, le Conseil scientifique aborde le thème des pénuries de « dispositifs médicaux » et « insiste » sur la « responsabilité de tous les acteurs de santé ». Sans s’avancer vers une solution politique précise.

    MSD, Johnson & Johnson et GSK généreux

    Ce panorama global des liens entre les labos et nos médecins-consultants auprès du gouvernement cache de grandes disparités de situations. Sur les huit médecins originellement membres du conseil scientifique, deux (Arnaud Fontanet et Didier Raoult) ont touché zéro euro, tandis que le président Jean-François Delfraissy s’est vu lui verser des avantages très faibles (165 euros). Certains professionnels travaillent surtout avec un laboratoire en particulier, comme le virologue Bruno Lina, dont plus 75% des 22.739 euros d’avantages qu’il a perçus sont versés par Sanofi. Et puis il y a l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah. Le 11 mars dernier, c’est lui qui présentait, au cours d’une conférence de presse, les différents essais à venir de traitements contre le coronavirus. Ce professionnel reconnu, expert auprès de l’OMS, a bénéficié de 96.178 euros d’avantages en cinq ans. Les firmes les plus généreuses à son égard ? MSD, Johnson & Johnson, et GSK, toutes donatrices de plus de 15.000 euros d’avantages en cinq ans.

    Ce total est d’autant plus impressionnant que plus de 95% des avantages ont été versés… sur trois ans, entre mi-2014 et mi-2017. A cette époque, le médecin carburait à environ un lien d’intérêts par semaine, entre des honoraires, des invitations à des événements, des nuits à l’hôtel ou des repas. Yazdan Yazdanpanah, qui n’a pas répondu à notre sollicitation au moment de la publication de cet article, a expliqué à Mediapart avoir depuis changé ses pratiques : « Depuis 2017, j’ai arrêté mes liens avec les laboratoires. (…) Est-ce que trois ans et demi ça suffit pour se défaire d’un lien ? Ce sont des discussions que nous avons dans le cadre de la définition d’un règlement intérieur. »

    Ce délai est justement pris en compte par le Haute autorité de Santé pour déterminer si des médecins doivent se déporter sur certains sujets. En 2013, l’instance, gendarme des bonnes pratiques dans le secteur de la santé, a établi un « guide de gestion des conflits d’intérêts » en son sein. Le document précise les critères qui font naître un conflit d’intérêts, c’est-à-dire « une situation dans laquelle les liens d’intérêts d’une personne sont susceptibles, par leur nature ou leur intensité, de mettre en cause son impartialité ou son indépendance ». L’ « ancienneté » de la collaboration est prise en compte. La HAS considère ainsi que le « ‘déclassement’ d’un lien d’intérêts majeur en autre lien d’intérêts peut se produire quand le lien d’intérêts a disparu depuis au moins trois ans ». Ce qui irait dans le sens suggéré par Yazdan Yazdanpanah, même si le médecin n’a pas totalement stoppé ses relations avec les firmes : il a encore accepté huit repas (dont sept payés par MSD) en 2018.

    « C’est beaucoup quand même »

    Dans son appréciation, l’autorité prend d’ailleurs également en compte la « fréquence » des relations et le « montant des avantages ». Seulement, aucune précision n’est donnée sur le seuil des montants qui font naître un conflit d’intérêts. Et les médecins n’ont pas toujours conscience des sommes que les industriels dépensent pour eux. « Je ne vais jamais sur Transparence santé, mais je devrais peut-être le faire vu les attaques que je subis », nous explique l’infectiologue Karine Lacombe, que nous avons interrogée. Dans la catégorie « autres liens » de leurs déclarations d’intérêts, aucun des membres du conseil scientifique n’a d’ailleurs mentionné ses invitations à des repas ou dans des hôtels. Contacté, l’infectiologue Denis Malvy, qui siège au sein de l’instance, évalue mal les liens d’intérêts qui lui sont imputés sur Transparence santé : « Il doit y avoir un aller-retour, une chambre d’hôtel une fois, une invitation, à l’occasion ». Quand on lui indique que le montant total s’élève à 12.044 euros en cinq ans, il est surpris : « C’est beaucoup quand même, ça m’étonne ».

    Sur le fond, ce praticien du CHU Bordeaux estime qu’une conception trop stricte des conflits d’intérêts pourrait affaiblir la qualité des débats : « Si on me dit de ne pas parler sur un sujet, je ne parlerai pas, bien sûr, mais il faut voir qu’à la fin, vous aurez des experts sans expérience. La preuve de la probité d’un médecin, c’est sa crédibilité, son expérience ». Cette position correspond à celle d’une partie du milieu médical, attaché à ses liens avec les labos, qui financent souvent la formation continue des médecins. En 2013, l’ex-ministre Agnès Buzyn expliquait exactement la même chose lors d’une rencontre avec des lobbyistes : « Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts »

    LIRE AUSSI »ON AURAIT DÛ TOUT ARRÊTER » : LES CONFIDENCES LUNAIRES D’AGNÈS BUZYN

    Denis Malvy ajoute que ces liens peuvent servir à obtenir des partenariats pour des traitements expérimentaux au bénéfice des CHU et de leurs patients : « Quand on produit de la science, de l’information au public, il peut parfois être utile de le faire avec l’émulation de l’industrie. Quand on me propose des essais cliniques, si je dis non, je prive mes patients d’un traitement. » Karine Lacombe, qui partage cette idée, considère également que les relations avec les labos sont un gage de crédibilité : « Si on n’a aucun lien d’intérêts, on n’est pas reconnu par la communauté scientifique. Par exemple, si on ne peut pas aller à des congrès, on ne peut pas présenter nos recherches, donc on n’est pas compétitifs ».

    Selon cette conception des relations médecins-firmes, les liens d’intérêts seraient inévitables, voire bénéfiques car ils permettraient de faire avancer la recherche. Même si les sommes versées aux CHU ne sont pas répertoriées sur Transparence santé (leur existence, non chiffrée, est en revanche mentionnée dans la déclaration d’intérêts). La HAS intègre dans une certaine mesure cette philosophie à son appréciation des conflits d’intérêts, puisqu’elle estime, dans son guide, que « dans certains cas, les objectifs de protéger la santé publique » imposent d’« accepter le concours d’un expert dans une situation de conflit d’intérêts, car il est le seul à pouvoir fournir une expertise d’une qualité suffisante ».

    « Le problème va se poser au sein du Care »

    Le débat aura tout particulièrement lieu au sein du Care, appelé à fournir au chef de l’Etat un éclairage sur « les suites à donner aux propositions d’approche innovantes scientifiques, technologiques et thérapeutiques formulées par la communauté scientifique ». En clair, cette instance a notamment vocation à donner son avis sur… différentes propositions de traitement du Covid-19, émanant d’acteurs concurrents. « Le problème des conflits d’intérêts va surtout se poser au sein du Care », analyse un ponte d’un grand hôpital. Parmi ses membres, Yazdan Yazdapanah, mais aussi l’oncologue Jean-Philippe Spano, qui a accumulé 251.327 euros d’avantages des firmes, en cinq ans, au rythme de cinq liens d’intérêts par mois, en moyenne. Ce praticien de la Pitié-Salpétrière est particulièrement proche de Roche, qui a versé pour lui quelque 103.530 euros.

    Les liens qui figurent sur la base Transparence santé ne sont par ailleurs pas exhaustifs. La microbiologiste Marie-Paule Kieny, qui ne compte aucun avantage répertorié sur le site du gouvernement, est par exemple membre du conseil d’administration de BioMérieux, le laboratoire français, concurrent de Roche, qui vient lui aussi de mettre au point un test rapide de dépistage du Covid-19.

    447 avantages en cinq ans

    D’autres médecins actifs médiatiquement sont également liés à certaines entreprises. Il en est ainsi de Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l’hôpital Saint-Antoine. Le 28 mars, elle était invitée à présenter la situation des hôpitaux à la conférence de presse du gouvernement. Parce qu’elle a critiqué la méthodologie de l’étude du professeur Raoult sur l’hydroxychloroquine, certains internautes l’ont immédiatement suspectée de rouler pour la firme Gilead, qui prépare un traitement contre le coronavirus. Sa fiche sur Transparence santé indique bien qu’elle a reçu des avantages de la part du laboratoire américain (20.486 euros en cinq ans), mais moindres par rapport aux largesses d’Abbvie (23.111 euros) et surtout MSD (57.932 euros).

    La particularité des liens d’intérêts de l’infectiologue réside dans leur nombre, souvent des repas, pour de petits montants. On en compte 447 en cinq ans et demi, soit entre un et deux par semaine en moyenne. La médecin s’est aussi fait payer un hébergement par les labos à trente-et-une reprises sur la même période, soit une fois tous les deux mois en moyenne, dont onze fois par MSD.

    Interrogée, Karine Lacombe y voit surtout la conséquences de ses nombreux déplacements pour présenter ses recherches : « Je fais beaucoup de conférences, mais jamais sur un médicament en particulier ». Elle indique que ses voyages sont à chaque fois contrôlés par le Conseil de l’ordre des médecins, comme le veut la réglementation. « Le Conseil vérifie qu’on ne va pas dans un hôtel de luxe, qu’on voyage en classe économique, qu’on ne fait pas des jours en plus après la fin du congrès ». D’où l’habitude de certains chercheurs français de rater la dernière demi-journée des colloques, pour prendre leur avion.

    Ces règles de modestie ne semblent toutefois pas toujours suivies à la lettre. Dans les intérêts de Jean-Philippe Spano sur Transparence santé, on retrouve par exemple onze repas compris entre 100 euros et 273 euros, ou une facture pour un « transport » à 15.614 euros. L’étendue du train de vie des médecins est par ailleurs difficile à apprécier dans la mesure où les firmes remplissent les fiches de façon souvent incomplète. Impossible par exemple de savoir à combien de nuits font référence trois factures d’hébergement à plus de 1.400 euros l’unité accordées à un des membres du Care.

    « Votre probité est vite vue »

    Ces relations suivies entre les médecins et les labos doivent-elles nourrir une quelconque suspicion à l’encontre de ces professionnels de santé ? A en croire Pauline Londeix, fondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques de médicaments, s’il ne faut pas tomber dans la paranoïa sur les cas personnels, le fonctionnement du secteur reste problématique : « Avoir des liens d’intérêts n’empêche pas l’honnêteté, n’empêche pas la compétence. Mais quand l’industrie finance un secteur à un niveau trop important, il faut quand même se demander si ça ne pose pas un biais quelque part ». D’où l’idée de renforcer les pratiques de déport pour les médecins qui influencent les politiques publiques.

    Pour Denis Malvy, il existe toutefois déjà une forme de contrôle implicite au sein de la profession : « Tout est transparent et quand vous vous exprimez devant des experts, votre probité est vite vue. Si vous parlez pour des intérêts, on s’en rend bien compte ». Un point de vue optimiste qui laisse un peu sceptique Pierre Frouard. Le médecin généraliste considère que la moitié du chemin reste encore à faire : « La transparence, c’est bien, mais l’indépendance, c’est encore mieux ».

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  13. Coronavirus : Près de 10 millions d’enfants risquent de ne jamais retourner à l’école

    13/07/20

    Avant la pandémie, 258 millions d’enfants et adolescents se trouvaient déjà en dehors du système éducatif dans le monde

    Lorsque l’on connaît l’importance de l’éducation pour sortir les populations de la pauvreté, on comprend bien que le coronavirus va avoir des effets extrêmement négatifs sur le long terme. Près de 10 millions d’enfants dans le monde pourraient en effet ne jamais retourner à l’école après le confinement, affirme ce lundi l’ONG britannique Save the Children.

    Avant la pandémie, 258 millions d’enfants et adolescents se trouvaient déjà en dehors du système éducatif dans le monde. Jusqu’à 1,6 milliard d’élèves ont dû quitter les cours, de l’école à l’université, à cause de la crise sanitaire internationale, selon le rapport. « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une génération entière d’enfants aura vu son parcours scolaire bouleversé », souligne Save the Children.

    Risque d’accentuer les inégalités entre les filles et les garçons

    L’association, qui appelle gouvernements et donateurs à agir face à cette « urgence éducative mondiale », estime que jusqu’à près de 9,7 millions d’élèves risquent de quitter les bancs de l’école pour toujours d’ici à la fin de l’année. Si rien n’est fait, les inégalités qui existent déjà « exploseront entre les riches et les pauvres, et entre les garçons et les filles », explique Inger Ashing, directrice générale de Save the Children. Dans 12 pays, principalement en Afrique centrale et de l’Ouest, ainsi qu’au Yémen et en Afghanistan, les enfants sont confrontés à un risque « extrêmement fort » de ne pas retourner à l’école après le confinement, particulièrement les filles.

    L’association appelle donc les créanciers commerciaux à suspendre le remboursement de la dette des pays pauvres, mesure qui pourrait selon elle permettre de débloquer 14 milliards de dollars pour investir dans l’éducation. « Ce serait inadmissible que les ressources dont on a désespérément besoin pour maintenir en vie l’espoir qu’apporte l’éducation soient utilisées pour rembourser des dettes », selon Inger Ashing. « Si nous laissons cette crise de l’éducation se développer, l’impact sur les enfants sera durable », poursuit-elle. « La promesse que le monde a faite de garantir à tous les enfants l’accès à une éducation de qualité d’ici à 2030 sera retardée de plusieurs années », ajoute Inger Ashing, citant l’objectif fixé par les Nations Unies.

    Un manque de 77 à 192 milliards de dollars

    L’association estime à 77 milliards de dollars la chute des dépenses pour l’éducation dans un scénario budgétaire moyen, dans les pays les plus pauvres dans les 18 mois. Dans le pire scénario où les gouvernements attribueraient les ressources de l’éducation à d’autres domaines pour répondre à la pandémie de Covid-19, le chiffre pourrait atteindre 192 milliards de dollars.

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  14. Ségur de la santé : l’urgentiste Patrick Pelloux dénonce les « magouilles des syndicats », « un monde d’avant en pire »Le médecin urgentiste Patrick Pelloux, président de l’association des médecins hospitaliers de France.

    Par franceinfo – Radio France

    le 13/07/2020

    « On nous avait promis un nouveau monde, on a l’impression que c’est le monde du passé », a dénoncé l’urgentiste sur franceinfo après l’accord trouvé par les syndicats et le gouvernement lors du « Ségur de la santé ».

    Un accord entre syndicats hospitaliers et gouvernement a été trouvé au terme des négociations, dites « Ségur de la santé ». L’accord prévoit notamment 7,5 milliards d’euros pour revaloriser les salaires des soignants. « Là, je vous assure, ça fout un coup au moral de voir que c’est toujours les mêmes qui depuis 30 ans signent les accords et qui font un truc à l’envers. On nous avait promis un nouveau monde, on nous avait promis une modernité, un ‘quoi qu’il en coûte’, et puis on se retrouve avec le monde d’avant en pire », a déploré lundi 13 juillet sur franceinfo Patrick Pelloux, président de l’Association des Médecins Urgentistes de France.

    L’urgentiste dénonce des « négociations de couloirs »

    « Concernant les urgences, il n’y a aucun progrès. Il ne se passe rien de moderne. On nous avait promis un nouveau monde, on a l’impression que c’est le monde du passé qui est en train d’être institutionnalisé pour des années. Il n’y a rien sur les gardes, il n’y a rien sur la permanence de soins, il n’y a rien sur la valorisation du temps additionnel, c’est-à-dire des heures supplémentaires. Là, dans le Ségur, il n’y a aucun moratoire. On va continuer la fermeture des hôpitaux et ça, je trouve vraiment que ce n’est pas bien ce qu’ils font », a ajouté l’urgentiste.

    « Nous avons l’impression que tous ceux qui se sont engagés et qui ont fait le boulot pendant la crise du coronavirus, les réanimateurs médicaux, les anesthésistes, les médecins urgentistes, sont les laissés-pour-compte de cet accord. On a fait plein de propositions pour moderniser l’hôpital, moderniser sa démocratie, moderniser sa gouvernance et il n’y a rien du tout », a également déclaré Patrick Pelloux qui dénonce les « magouilles des syndicats » : « J’applaudis les syndicats qui ont réussi à faire des magouilles dans le dos des autres et qui ont réussi à s’arranger. C’est la France des clans, c’est la France des potentats, c’est la France qui fait croire que c’est un accord majoritaire alors que ça ne l’est pas. Ce sont des négociations de couloirs. »

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