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OU EN EST LA LIBERTE ACADEMIQUE ET D’EXPRESSION ? – DOSSIER – 4 PREMIERES PARTIES – GRENOBLE : PROCES EN « ISLAMOPHOBIE ».

« Wokisme, islamo-gauchisme…

L’institut, abonné aux polémiques, cristallise les divisions entre la gauche, la droite et LREM en appelle à l’exécutif », écrit Le Figaro.

Qui poursuit : « En pleine campagne présidentielle, l’affaire de l’IEP de Grenoble a pris un tournant politique. Il y est tout à la fois question d’islamo-gauchisme, d’islamophobie, de liberté d’expression, de diffamation.

Au cœur de la polémique: Klaus Kinzler, professeur d’allemand depuis vingt-cinq ans, suspendu par Sabine Saurugger, la directrice de l’IEP, via un arrêté daté du 14 décembre, annonçant la saisie «dans les plus brefs délais» d’un conseil de discipline.

Elle reproche à l’enseignant, dont le nom avait été placardé en mars sur les murs de l’école assorti d’accusations d’islamophobie et de fascisme, d’avoir tenu depuis le 7 décembre des «propos diffamatoires» contre l’établissement et sa directrice.

À droite – mais aussi dans les rangs de LREM, par la voix du député François Jolivet – demande est faite à l’exécutif de se pencher sur le cas de cet institut abonné aux polémiques. »

Nous vous proposons les 4 premières parties consacrée à la liberté académique, d’expression et d’enseignement.

Partie 1

« Islamophobie »

Par Jean-Loup Adenor Publié le 20/12/2021 Marianne

Klaus Kinzler, professeur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble, accusé d’être « islamophobe » par un groupe d’étudiants, a été suspendu de ses fonctions au sein de l’établissement.

La direction de l’IEP lui reproche de s’être exprimé dans la presse, notamment auprès de « Marianne ».

Une procédure disciplinaire a été déclenchée.

De son côté, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez a annoncé qu’il suspendait l’« ensemble de ses financements » à l’IEP.

La situation continue de s’aggraver. Dans un courrier daté du 14 décembre, l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble a suspendu le professeur Klaus Kinzler, lui reprochant d’avoir manqué à ses obligations professionnelles. Selon les documents consultés par Marianne, la direction de l’IEP sanctionne Klaus Kinzler pour avoir tenu, « depuis le 7 décembre 2021 des propos diffamatoires dans plusieurs médias contre l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel il est en poste ainsi que contre la personne de sa directrice, notamment au cours d’un entretien sur le site Marianne.netet sur le quotidien L’Opinion ».

La direction lui reproche également d’avoir « gravement porté atteinte à l’intégrité professionnelle de ses collègues de travail, enseignants-chercheurs de l’établissement, en particulier dans une interview accordée à « CNews », diffusée le 9 décembre 2021 ». En résulterait, selon elle, une violation de l’obligation de discrétion professionnelle et de l’obligation de réserve auxquelles sont soumis les fonctionnaires. Pour ces faits, la direction suspend Klaus Kinzler et considère qu’il y a lieu de saisir le conseil de discipline « dans les meilleurs délais »

À LIRE AUSSI : « Islamophobie » à l’IEP de Grenoble : le ministère siffle la fin de la récré

À l’origine de cette controverse, une querelle tenue par mail entre professeurs au sujet de la scientificité du terme « islamophobie ». Deux des enseignants de l’IEP, dont Klaus Kinzler aujourd’hui suspendu, ont été accusés d’être « d’extrême droite » et eux-mêmes « islamophobes ». Cette accusation a été relayée sur les réseaux sociaux par une organisation étudiante, l’Union syndicale (US), qui a exigé de l’établissement et de sa directrice qu’ils réaffirment la validité de ce concept et qu’ils « statuent sur le cas » des professeurs en question. Ces étudiants ont été relaxés par une commission disciplinaire. Un « blanc-seing » aux campagnes d’intimidation avait estimé, auprès de Marianne Klaus Kinzler, le 7 décembre.

UNE VÉRITABLE « CHASSE AUX SORCIÈRES »

Contacté par Marianne, Klaus Kinzler assure qu’il ne « s’attendait pas » à une telle décision. Et pour cause : la directrice de l’IEP, Sabine Saurugger s’était exprimée dans un long entretien à Marianne. Elle y expliquait que les professeurs pris à partie dans la querelle qui a suivi leur contestation du terme « islamophobie » avaient son soutien, qu’ils pouvaient revenir enseigner à l’IEP. Mais elle y déclarait aussi que ce soutien ne signifiait pas « que lorsque des événements surviennent, que des propos virulents sont tenus, je ne rappelle pas ces enseignants aux responsabilités qui incombent aux fonctionnaires. » Klaus Kinzler assure, pour sa part, avoir « toujours consulté [s]es avocats » avant de prendre la parole dans les médias. Il s’appuie également sur le rapport d’inspection diligenté par le ministère de l’Enseignement supérieur : « Jamais on ne m’y reproche mes prises de parole médiatiques », assène-t-il.

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Les avocats du professeur ont publié un communiqué de presse dans lequel ils ont indiqué que leur client « a été contraint de prendre la parole afin de se défendre contre les accusations dont il a été l’objet en sa qualité de Professeur à Sciences-Po Grenoble. De ce seul fait, la direction de Sciences-Po a cru utile de le menacer à plusieurs reprises de sanctions, tentant ainsi de le réduire au silence dans le seul but de couvrir d’un voile épais les dysfonctionnements graves constatés au sein de cet établissement à l’occasion des attaques ayant visé Klaus Kinzler au début de l’année 2021. » Ils évoquent une « sanction déguisée en mesure conservatoire » qui témoigne « d’une véritable « chasse aux sorcières » ».

FIN DES SUBVENTIONS RÉGIONALES

Peu après l’annonce de la suspension de Klaus Kinzler, le président de la région Auvergne Rhône-Alpes a annoncé sur Twitter que la région ne subventionnerait plus l’Institut d’études politiques. « Sciences Po Grenoble est depuis trop longtemps dans une dérive idéologique et communautariste inacceptable. Ce n’est pas ma conception de la République : la région @auvergnerhalpes suspend donc tout financement et toute coopération avec l’établissement. »

Le président de région a par ailleurs indiqué que « depuis maintenant de nombreux mois, une minorité a confisqué le débat au sein de l’université grenobloise imposant, parfois par la terreur, des points de vue radicaux et contraires aux valeurs de notre République. » En cause, selon Laurent Wauquiez, « les militants de théories “woke”, de l’écriture inclusive, ou de pratiques communautaristes ». Ces subventions s’élèvent à 100 000 euros par an (sur un budget annuel de 15 millions d’euros), auxquels s’ajoutent des investissements ponctuels sur des projets spécifiques, a confirmé la région Auvergne Rhône-Alpes à Marianne.

Le député LREM de l’Indre, François Jolivet, a plaidé pour sa part pour une mise sous tutelle de l’établissement ainsi qu’une « commission d’enquête parlementaire sur la situation des universités françaises ».

*Contacté, l’IEP de Grenoble n’a pas souhaité réagir.

À LIRE AUSSI : Accusations d' »islamophobie », professeurs mis en cause : la directrice de l’IEP de Grenoble s’explique

Partie 2

UNE UNIVERSITÉ TRÈS ET TROP ISLAMIQUEMENT CORRECTE

Laurent Wauquiez a supprimé la subvention de la Région Rhône-Alpes à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l’auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L’affiche rouge (Denoël), ou encore de L’homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l’ « anti-sarkozysme primaire » ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L’Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

Laurent Wauquiez a supprimé la subvention de la Région Rhône-Alpes à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble

avec Benoît Rayski, Atlantico 20 12 21

L’IEP de Grenoble est envahi par le wokisme, pourri par l’islamisme et gangréné par l’indigénisme. Pour enseigner là-bas, il faut montrer patte blanche. Malheur à qui s’y refuse. 

C’est ce qui est arrivé à Klaus Kinzler, professeur d’allemand. Il a eu l’audace et le courage de s’indigner contre l’intitulé d’un cours : « Racisme, antisémitisme et islamophobie ». Mettre sur le même plan l’antisémitisme et l’islamophobie est une pure imposture. 

Il a été aussitôt lynché par le principal syndicat étudiant qui a mis en coupe réglée l’IEP. Sa photo placardée sur les murs, des inscriptions « Kinzler islamophobe ». Ce syndicat étudiant avait déjà annoncé la couleur – verte comme celle de l’islam – quelques mois auparavant en annonçant que la cafétéria qu’il gère ne servirait plus que de la viande halal.

Comme c’était un peu gros, ce syndicat a fait machine arrière invoquant « une erreur ». Peut-être voulaient-ils dire viande casher ?

Alertée, Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, a diligenté une enquête. Résultat : un rapport accablant de 80 pages, indiquant qu’un « climat de terreur » régnait à l’IEP et pointant du doigt la responsabilité de la directrice de cette fac. Ce rapport est allé tout simplement à la poubelle. 

Ne s’avouant pas vaincu, Klaus Kinzler a alerté les médias : Marianne, L’Opinion… C’était le crime à ne pas commettre. La directrice de l’IEP vient ainsi de mettre à pied pour quatre mois le professeur d’allemand en attendant d’autres éventuelles sanctions. Elle l’accuse d’avoir « diffamé la réputation » de l’établissement qu’elle dirige. 

Ecoeuré, Laurent Wauquiez a annoncé qu’il supprimait la subvention que sa région accordait à l’IEP. Il n’allait quand même pas payer pour entendre cracher sur la laïcité et sur la France. Sur son site, l’IEP proclame fièrement que cette fac est « résolument tournée vers l’international ». Comme l’IEP est affecté d’un strabisme convergent, son regard est en permanence fixé sur l’autre rive de la Méditerranée.

Partie 3

CHASSE IDÉOLOGIQUE »

Sciences Po Grenoble : ces questions qu’il est urgent de poser sur l’évolution de l’enseignement supérieur français

Klaus Kinzler, enseignant à Sciences Po Grenoble, a alerté les médias sur la dérive de son établissement et la chasse aux sorcières dont il se sentait victime. La direction vient de le suspendre au motif qu’il aurait bafoué son obligation de réserve et de discrétion.

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

Sciences Po Grenoble : ces questions qu’il est urgent de poser sur l’évolution de l’enseignement supérieur français

avec Vincent Tournier Atlantico

Atlantico : Votre collègue, Klaus Kinzler, l’enseignant qui avait dénoncé une « chasse idéologique» à Sciences Po Grenoble a été suspendu. Quelle est votre réaction ? La directrice de l’IEP lui reproche d’avoir tenu «des propos diffamatoires» dans les médias, notamment dans deux interviews. Ces accusations sont-elles fondées ?

Vincent Tournier : Tous ceux qui connaissent Klaus Kinzler savent que c’est quelqu’un de profondément humaniste, doublé d’un enseignant remarquable. Il est un libéral au sens large du terme, c’est-à-dire quelqu’un qui adhère aux droits de l’homme et à l’Etat de droit, qui défend la liberté et la justice. Il aime passionnément le débat et la controverse. Il s’intéresse à tout et discute avec tout le monde, collègues comme étudiants, même s’il ne fait pas de concessions car il n’est pas du genre à taire ses préférences et ses désaccords. Qu’un tel homme ait pu être stigmatisé sous la haute accusation de fascisme en dit long sur les dérives du débat public dans ce pays.

Mais le plus inquiétant est que, à l’IEP de Grenoble, où Klaus Kinzler est présent depuis plus d’un quart de siècle, ni ses collègues (sauf rares exceptions), ni la direction de l’établissement, n’ont jugé bon de clamer haut et fort qu’il est un authentique démocrate et un enseignant éminemment respectable. C’est d’ailleurs ce qu’il aurait aimé entendre. Si ces simples mots avaient été prononcés, l’affaire n’aurait probablement pas pris de telles proportions car Klaus n’aurait pas eu besoin d’utiliser les médias pour défendre son honneur.

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A-t-il tenu des propos diffamatoires ? Il faut reconnaître que Klaus n’est ni un communiquant, ni un tacticien : c’est quelqu’un de spontané qui ne fait pas dans la demi-mesure. Il utilise parfois des expressions fortes, des formules chocs, qui peuvent être jugées excessives, mais qui ont le mérite de dire franchement les choses. A-t-il eu tort sur le fond ? Ce n’est pas évident. Par exemple, lorsqu’il accuse les chercheurs de confondre la recherche et le militantisme, il se trouve que cette confusion est revendiquée par certains collègues qui assument de mettre leurs recherches au service d’un projet politique. De même, lorsqu’il présente l’IEP comme un « Institut d’éducation politique, voire de rééducation politique », il s’agit évidemment d’une formule excessive mais qui n’est pas pour autant dénuée de toute réalité : depuis plusieurs années, l’IEP comme du reste beaucoup d’établissements universitaires, se flatte de promouvoir certaines valeurs idéologiques, de façonner la conscience des étudiants.

On parle par exemple d’un « IEP inclusif », ce qui est un comble pour une institution qui sélectionne drastiquement ses étudiants et qui ne compte pratiquement aucun étudiant de droite. On martèle aussi auprès des étudiants qu’il faut lutter contre toutes les formes de discriminations, en omettant au passage de les inviter à questionner lesdites discriminations. De ce fait, le débat critique a tendance à passer au second plan : les étudiants sont simplement censés intérioriser des normes morales dont ils doivent faire des automatismes, ni plus ni moins. La théorie du genre devient quasiment la doctrine officielle, et l’écriture inclusive est la règle. La dénonciation des « violences sexuelles et sexistes » assimile tous les garçons à des monstres dont il faudrait quasiment se débarrasser. L’an dernier, certains collègues se sont réjouis de voir que l’IEP avait recruté 80% de filles.

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Rappelons enfin que, si la crise a éclaté en mars dernier, c’est en grande partie parce que Klaus Kinzler s’est opposé à l’utilisation du terme « islamophobie » dans l’intitulé de la Semaine pour l’égalité. Cette série de conférences et d’ateliers (où la présence des étudiants est obligatoire) est déjà en soi problématique car la mesure où elle relève davantage d’une entreprise de propagande que d’un authentique travail universitaire. Mais surtout personne ne s’est vraiment ému de voir que, quelques semaines seulement après l’assassinat de Samuel Paty, la priorité soit de dénoncer l’islamophobie plutôt que l’islamisme.

En suspendant Klaus Kinzler, avez-vous le sentiment que l’établissement cherche à se voiler la face plutôt que de regarder la réalité en face ? Quelle est la gravité de ce qui se passe à Grenoble ? Que risquent d’être les conséquences de long terme pour l’IEP ?

La directrice de l’IEP a opté pour une stratégie discutable et risquée. Sa priorité a été de sortir l’IEP de l’arène médiatique, ce qui l’a conduit à interdire de s’exprimer dans les médias. Or, une telle injonction n’a guère de sens dans une affaire comme celle-ci, qui appelle au contraire à une large publicisation dans la mesure où on a affaire à un problème d’intérêt public. Pour le dire autrement, ce n’est pas seulement l’IEP de Grenoble en tant qu’institution qui est concerné car il s’agit bien d’un débat plus général sur les dérives idéologiques d’une partie de l’enseignement supérieur. Interdire à Klaus Kinzler de s’exprimer sur la situation de l’IEP, c’était donc vouloir l’empêcher d’exposer des arguments importants qui intéressent tout le monde ; c’était aussi, plus prosaïquement, lui interdire de se défendre contre les graves accusations portées contre lui.

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Le problème est que la directrice s’est figée dans cette ligne de conduite. Elle s’est enfermée dans cette stratégie sans doute parce qu’elle a pensé qu’il s’agissait de la meilleure manière de préserver l’institution, et sans doute aussi parce qu’elle a été contrainte de composer avec une minorité très politisée d’enseignants et d’étudiants qui pèse énormément dans les instances de direction.

Mais une telle stratégie n’était pas tenable. Elle aurait donc dû en sortir, surtout en sachant qu’elle ne pourrait pas empêcher Klaus Kinzler de parler.

Toujours est-il que, lorsque Klaus Kinzler a repris la parole pour contester la relaxe des étudiants syndiqués, la directrice n’a pas voulu réévaluer sa stratégie et lui a envoyé un courrier pour lui annoncer que, suspendu pour 4 mois, il allait passer devant une commission de discipline. Ce faisant, elle ne pouvait qu’enclencher un conflit de grande ampleur car le sujet est aujourd’hui particulièrement explosif, à la fois dans les médias et dans le champ politique.

De plus, ce qui a contribué à mettre le feu aux poudres est que la directrice a refusé de faire appel de la relaxe des étudiants. On aboutit donc à une situation parfaitement ubuesque : d’un côté, les étudiants qui ont provoqué la crise sont totalement blanchis, comme d’ailleurs les autres acteurs de cette affaire, et de l’autre la principale victime va devoir rendre des comptes et sera probablement sanctionnée. Une telle issue est parfaitement inacceptable. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la directrice d’être à mon tour convoqué par la commission de discipline en me déclarant solidaire des déclarations de mon collègue Klaus Kinzler.

Craignez-vous que ce qui se passe à l’IEP de Grenoble se répande dans d’autres universités ? Est-ce déjà le cas ? 

Sans vouloir être trop pessimiste, c’est effectivement déjà un peu le cas. Il suffit d’aller lire la documentation que s’efforce de rassembler l’Observatoire du décolonialismepour comprendre que le problème est général. L’IEP de Grenoble compte probablement parmi les pointes les plus avancées, mais il n’épuise malheureusement pas le problème, comme le montre la présence désormais massive de l’écriture inclusive dans toutes les universités. On peut d’ailleurs relever que c’est le conseil de discipline de l’université de Clermont-Ferrand qui a décidé de relaxer tous les étudiants grenoblois, adoptant ainsi une position qui se situe aux antipodes des conclusions tirées par l’Inspection générale après une enquête approfondie sur la situation à l’IEP.

En fait, tout indique que nous sommes face à une vague très puissante, avec un retour massif des idéologies, ce qui est très surprenant à une époque où on annonçait plutôt la victoire du pragmatisme et de la raison.

Face à cela, on est alors tenté d’émettre deux souhaits. Le premier concerne les explications qu’il est possible d’apporter à ce phénomène de montée des nouvelles idéologies. C’est ici que les universitaires auraient une carte à jouer. Comment expliquer le succès de l’écriture inclusive et des théories décoloniales ? Pourquoi des expressions aussi contestables, et même dangereuses, que « racisme systémique » ou « islamophobie d’Etat » sont-elles avalisées et promues par des gens cultivés et diplômés ? On manque de grilles d’interprétation. Ce manque est la conséquence des lacunes et des défaillances du monde universitaire actuel. Les recherches contemporaines sont en effet émiettées, hyper-spécialisées et politiquement orientées ; elles délaissent les grandes questions pour se polariser sur des micro-objets qui n’ont souvent aucun intérêt, sinon celui de conforter les convictions morales des réseaux militants.

Le second souhait est qu’il est sans doute temps d’engager une réflexion sur l’avenir de l’enseignement supérieur, notamment sur la place des sciences sociales et politiques. Celles-ci ont émergé sous la IIIème République avec la création de l’Ecole libre des sciences politiques et l’apparition de l’Ecole française de sociologie. Le but était alors de relever le pays, de consolider la nation et l’Etat. Aujourd’hui, on est très loin de cet objectif, c’est même tout le contraire. Les sciences sociales n’ont certes pas totalement démérité et elles continuent évidemment de produire de très belles choses. Mais les belles réussites ne doivent pas cacher l’ampleur des dérives et des dysfonctionnements. Il est donc nécessaire de relancer des questions essentielles : quel est le rôle des sciences sociales ? Quelle doit être leur contribution à la formation des élites et des cadres de ce pays ? Comment éviter les dérives militantes et idéologiques tout en préservant la liberté des enseignants-chercheurs ? Ce sont des questions majeures qui mériteraient d’être abordées dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle.

Partie 4

Sciences-Po Grenoble : accusé d’islamophobie par des étudiants, un prof suspendu pour «des propos diffamatoires»

«Islamo-gauchisme», la polémiquedossier Klaus Kinzler, l’enseignant d’allemand dont le nom avait été placardé à l’entrée de l’IEP de Grenoble en mars pour s’être opposé à l’emploi du mot «islamophobie», continue de dénoncer ce qu’il perçoit comme une dérive idéologique de l’institut et dénonce un «endoctrinement». Sa directrice a décidé lundi de le suspendre pour quatre mois.

par Elsa Maudet publié le 21 décembre 2021 LIBERATION

Il se pose en «lanceur d’alerte», dénonce «la cancel culture» et l’assure : «Je ne vais pas lâcher !» Klaus Kinzler remonte ces derniers jours sur le ring médiatique dans la bataille qui l’oppose depuis un an à l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble. Ce professeur d’allemand et de civilisation allemande a été suspendu de ses fonctions, lundi et pour quatre mois, pour avoir tenu «des propos diffamatoires dans plusieurs médias contre l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel il est en poste», selon l’arrêté pris par la directrice de l’IEP, consulté par Libération. Depuis la révélation de cette suspension par le Figaro, l’affaire prend de l’ampleur, faisant largement réagir au sein de la droite et l’extrême droite.

L’affaire remonte à décembre 2020. Klaus Kinzler prépare alors, avec une collègue enseignante-chercheuse spécialiste de l’histoire coloniale du Maghreb, une journée de débats sur «le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme». Le professeur franco-allemand goûte peu de voir les trois notions mises sur le même plan, estimant, dans un mail adressé à sa collègue, que cela représenterait «une insulte aux victimes réelles (et non imaginaires) du racisme et de l’antisémitisme». Selon lui, le terme d’islamophobie n’existe que pour museler toute critique de l’islam, une religion qu’il reconnaît «ne pas beaucoup aimer».

«Chasse idéologique»

A l’issue d’échanges par mail, sa collègue accepte de retirer la notion d’islamophobie. Mais Kinzler se retrouve alors accusé par certains étudiants sur les réseaux sociaux d’être islamophobe. L’affaire explose publiquement en mars, lorsque son nom et celui d’un collègue se retrouvent placardés sur l’enceinte de l’établissement, aux côtés des phrases«des fascistes sont dans nos amphis» et «l’islamophobie tue». L’Unef, le syndicat étudiant, partage l’image sur Twitter, lui donnant une large visibilité. De là, le professeur court les médias pour se défendre.

Sciences-Po Grenoble : une semaine de tempête médiatique sur fond d’«islamo-gauchisme»

Islamophobie ou islamo-gauchisme : l’indignation à géométrie variable de Frédérique Vidal

Le 19 novembre, les 17 étudiants de l’IEP poursuivis devant la commission de discipline de l’Université Clermont-Auvergne pour avoir accusé les deux professeurs d’islamophobie ont été relaxés. Klaus Kinzler est revenu sur cette décision dans une interview à Marianne début décembre, estimant que c’était «un blanc-seing pour ceux qui voudraient placer une cible dans le dos des professeurs». Selon lui, «la chasse idéologique aux enseignants est ouverte» et «il devient alors très compliqué d’enseigner à l’IEP, voire impossible, puisque l’esprit critique n’y a plus sa place». Le lendemain dans l’Opinion, le professeur déplorait avoir «vu arriver beaucoup de jeunes chercheurs adeptes des théories woke, décolonialistes, communautaristes, anticapitalistes. Sciences-Po Grenoble n’est plus un institut d’études politiques, mais d’éducation, voire de rééducation politique. Les étudiants sont endoctrinés».

La directrice de l’IEP, Sabine Saurugger, a répliqué la semaine suivanteaffirmant que «Sciences-Po Grenoble est un établissement où la liberté d’expression et la liberté d’enseignement se trouvent au cœur du projet académique». Dès le début de l’affaire, elle a imploré Klaus Kinzler de cesser de s’exprimer dans les médias, ce que l’intéressé a toujours refusé. «L’IEP n’a pas publiquement une seule fois dit que je n’étais pas un fasciste. Je suis attaqué et même mis en danger sans que personne ne vienne à mon secours», réagit Klaus Kinzler auprès de Libération. Il se défend également des accusations de diffamation qui motivent sa suspension : «Aucun tribunal ne s’est exprimé pour l’instant pour dire si j’ai dépassé ou non la limite de la liberté d’expression. Je me défends moi-même mais je défends aussi la liberté d’expression, je me bats contre l’intolérance et je défends l’Etat de droit. Je pense que ce n’est pas de la diffamation.»nullPUBLICITÉnullnull

«Les subventions ne seront pas versées»

Dans un communiqué diffusé mardi, l’école affirme que la direction «n’a pas vocation à s’étendre publiquement sur des mesures de nature disciplinaire […] Elle rappelle simplement que toute décision de ce type est scrupuleusement fondée sur des éléments objectifs, déconnectés des remous du débat public».

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, estimant que «Sciences-Po Grenoble est depuis trop longtemps dans une dérive idéologique et communautariste inacceptable», a décidé de suspendre tout financement à destination de l’établissement – ce qui représente environ 100 000 euros par an, précise la région à Libération«Notre décision est ferme. Les subventions en cours ne seront pas versées. La région Auvergne-Rhône-Alpes ne nouera plus aucun partenariat avec Sciences-Po Grenoble tant que la direction n’aura pas fait évoluer sa position», indique Laurent Wauquiez.

La direction de l’IEP a déploré une décision «regrettable», qui «risque d’affecter des étudiants et publics ayant des difficultés d’accès aux études supérieures ou à une formation», le soutien de la région consistant «essentiellement en l’attribution de bourses». «Cette décision semble par ailleurs motivée par un motif politique, davantage que par la réalité de la situation au sein de l’institution», pointe le communiqué, qui appelle Laurent Wauquiez à «revenir sur sa décision dans l’intérêt des étudiants».

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