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Présidentielle : « Une élection en suspension ». Vers une crise de légitimité dans un pays ingouvernable ?

« La crainte d’un pays ingouvernable, un problème occidental. »

C’est le titre d’un article de Ghislaine Ottenheimer du 05.03.2022 dans Challenges.

Par ailleurs, Jérôme Jaffré et Dominique Reynié se sont inquiétés, il y a quelques jours, de la perspective d’une difficulté majeure à gouverner le pays dans les 5 années à venir compte tenu de la campagne électorale et de son contexte.

«Le débat présidentiel en France ne doit pas être éclipsé par le conflit russo-ukrainien»

C’est sous ce titre que Aziliz Le Corre a publié dans le Figaro un entretien avec Benjamin Morel maître de conférences en Droit public à l’Université Paris II Panthéon-Assas.

Concernant les impacts de la guerre russo-ukrainienne sur la campagne présidentielle français, Benjamin MOREL répond :

 » Il est trop tôt pour le dire. À ce stade, on peut penser que cela va avoir deux effets. D’abord, mettre au centre de la campagne l’enjeu de l’incarnation de la fonction présidentielle. L’important n’est au fond, du point de vue électoral, pas tant la bonne gestion de la crise que le sentiment que la voix de la France est entendue. C’est la première mission d’un président. Or, plus qu’un programme, une campagne se fait sur un éthos et une vision du monde. Sur ce plan, bien traitée, cette campagne peut gagner réellement en qualité. Encore faut-il qu’il y ait une campagne. »

« Si nous devons ne pas avoir de campagne présidentielle à cause de la guerre en Ukraine, qui peut être longue, on prend un réel risque démocratique. Si l’on reporte, ce qui n’est ici pas constitutionnellement possible, une élection à chaque fois qu’une autre actualité s’impose, on ne va pas voter souvent »

« Le second élément est justement un moindre traitement de la campagne. Ça devient un vrai problème qui est lié essentiellement, non à l’actualité, mais à la mise à l’agenda médiatique.

« Nous n’avons pas eu de campagne municipale à cause de la réforme des retraites ; pas de campagne départementale et régionale à cause du Covid-19. Si nous devons ne pas avoir de campagne présidentielle à cause de la guerre en Ukraine, qui peut être longue, on prend un réel risque démocratique. »

« Si l’on reporte, ce qui n’est ici pas constitutionnellement possible, une élection à chaque fois qu’une autre actualité s’impose, on ne va pas voter souvent ».

« Pour la bonne santé de notre démocratie, les médias audiovisuels doivent apprendre à traiter plus d’un sujet important à la fois. »

Extrait de l’article de Ghislaine Ottenheimer : ingouvernabilité ?

« Privés de campagne et de débats, les Français risquent de se braquer à la première occasion. Un problème qui concerne en réalité tout le monde occidental.

« C’est la grande crainte. Égrenée par les commentateurs. Si Emmanuel Macron, bénéficiant de sa position de chef de guerre, était réélu facilement en avril prochain, le pays serait ingouvernable.

« Privés de campagne, de débats, forcément, les Français se braqueraient à la première occasion. Mais même avant que la situation internationale ne se tende, il se disait qu’en cas de réélection le chef de l’Etat ne pourrait gouverner, victime des arrière-pensées et des manœuvres de ses alliés, de droite comme de gauche.

« Certains prédisent même un échec aux législatives, alors qu’en cas de victoire de Macron on ne voit pas qui pourrait remporter la mise. La droite, comme la gauche, serait en état de mort cérébrale. De toute manière, on ne cesse de répéter que la France est un pays difficile à gouverner, en raison de son histoire, de ses institutions, de son caractère franchouillard. Tout le monde a en tête la citation du général de Gaulle:

« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage? » Pourtant la France n’a eu de cesse d’évoluer. De se transformer. Explosion urbaine, décentralisation, massification de l’enseignement, bouleversements industriels, dans la sidérurgie, la téléphonie, l’automobile, l’aéronautique, le luxe… « 

LIEN VERS NOS PUBLICATIONS PRECEDENTES

(autres liens dans la seconde publication, et en particulier, sur les propositions de reforme de B. MOREL et sur celles de METAHODOS)

UNE ELECTION PRESIDENTIELLE SANS CAMPAGNE EST ELLE DEMOCRATIQUE ? LA REPORTER ? https://metahodos.fr/2022/03/02/une-election-presidentielle-sans-campagne-est-elle-democratique-la-reporter/

Réforme institutionnelle: Propositions de l’Institut Rousseau – ET rappel des pistes de Metahodos. https://metahodos.fr/2021/09/13/institutions-10-propositions-pour-un-programme-commun/

Nous vous proposons l’article de Mariana Grépinet qui évoque un risque de crise de légitimité

Article

Présidentielle : une élection en suspension

Paris Match Publié le 04/03/2022 Mariana Grépinet

La guerre en Ukraine bouleverse la campagne. Si le président de l’Assemblée estime qu’elle aura bien lieu, celui du Sénat redoute une crise de légitimité

« À chaque campagne, on se demande quel va être le sujet dominant. On a dit cette fois que ce serait le pouvoir d’achat. Mais hier, au Salon de l’agriculture, les professionnels m’ont davantage parlé de la guerre que du prix du lait », raconte Richard Ferrand. Le premier meeting d’Emmanuel Macron, prévu à Marseille le 5 mars, a été annulé.

Et le président de l’Assemblée nationale estime que le chef de l’État peut se passer de ce type de rassemblement. « Ça aurait un côté un peu surréaliste », dit-il. Idem pour les déplacements en province pour développer tel ou tel pan de son futur programme : « On a envie que le président de la République s’occupe de ce qui nous préoccupe le plus. » Mais pas question pour lui d’admettre que la campagne est suspendue. « Elle aura lieu, elle a déjà lieu ; certains ont même commencé en septembre », rappelle le député du Finistère.

Lire aussi :Présidentielle : onze candidats pour l’Elysée

S’il confirme qu’il n’y aura pas de débat entre Macron et les autres candidats, il rappelle que ceux qui s’opposent à sa politique ont eu le temps de s’expliquer : « L’examen critique du quinquennat a été fait. » En ce qui concerne les propositions, Richard Ferrand juge que « de grandes options ont déjà été débattues, à travers le plan d’investissement France 2030 ou sur les choix en matière de nucléaire, par exemple ». D’autres thématiques viendront, dont l’éducation, la santé, la défense, bien sûr, ou le vieillissement de la population. Mais davantage encore qu’auparavant, Richard Ferrand veut croire que les Français voteront en tenant compte de la capacité des prétendants à l’Élysée à gérer une crise. « On se dit qu’il vaut mieux quelqu’un d’un peu équilibré », soupire-t-il.

Au Sénat, Gérard Larcher est sceptique 

L’agenda d’Emmanuel Macron ne lui laisse guère de temps pour peaufiner sa campagne éclair. Sa journée du 28 février devait être sanctuarisée et dégagée de toute contrainte pour lui permettre de travailler sur ses propositions. L’actualité en a décidé autrement. « Le temps passe, c’est assez oppressant. Comme on le dit pour les combats, il est dans une période de “haute intensité” », observe ce proche, persuadé qu’un organigramme de campagne est inutile et que les ministres peuvent, eux aussi, s’engager sans quitter leur poste.

Au Sénat, Gérard Larcher est sceptique quant à la suite de cette campagne, qui tardait à s’installer. Sur Europe 1, il a dénoncé mardi « un risque d’omission » du débat démocratique et redouté pour l’après présidentielle une « crise de légitimité ».

Le président de la Haute Assemblée a critiqué une « scénarisation de la crise ukrainienne par Emmanuel Macron ». Inquiet de la tournure de la campagne, le sénateur LR a considéré les candidats pro-Poutine « disqualifiés » pour le second tour.

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