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LA VERITE DANS LE DEBAT PUBLIC : LES MEDIAS SOCIAUX SEULS DESIGNES ? RAPPORT BRONNER (Partie 1)

PUBLICATIONS ANTERIEURES DE METAHODOS

« LA DEMOCRATIE REPRESENTATIVE, NOTRE BIEN COMMUN ». LES MEDIAS SOCIAUX, SEULS DÉSIGNÉS. Le Monde, Éditorial https://metahodos.fr/2022/01/13/la-democratie-representative-notre-bien-commun-le-monde-editorial/

extrait de notre billet du 13 janvier 2022:

Le Monde désigne les seuls médias sociaux

L’absence de considération pour les élus locaux et nationaux de la part de l’exécutif, l’affaiblissement des fonctions de contrôle, débat et initiative appartenant au Parlement, plus largement la pauvreté du débat démocratique considéré souvent comme inutile et encombrant dans les processus de décision, sont autant de facteurs qui conduisent à la perte de sens de la démocratie représentative.

Les médias sociaux (réseaux sociaux) désignés par Le Monde ont leur part, avec d’autres causes aussi dont nous parlons régulièrement sur Metahodos, parmi lesquelles la presse elle même.

Emmanuel Macron rend hommage aux médias presse…face au « complotisme » et aux « fausses informations » des médias sociaux

Le 12 janvier le chef de l’Etat présentait ses vœux à la presse. La proximité de calendrier et de fond avec l’éditorial du Monde est à remarquer.

Il a rappelé « le besoin d’une presse forte, libre et indépendante ». Selon lui, cette nécessité serait même redoublée à l’heure où frappe la crise du Covid-19, véritable catalyseur depuis deux ans de « phénomènes complotistes »« Rarement nous avons eu autant besoin de journalistes », dont la « déontologie » a pour vocation « de bâtir la vérité », a souligné M. Macron, au moment où « chacun peut s’improviser journaliste » à l’aide d’un smartphone.

Sans la presse, « les vagues de fausses informations auraient été plus puissantes et plus dangereuses encore », a-t-il estimé.

Le rapport sur la désinformation et le complotisme commandé, en septembre 2021 a été remis au président

Le matin même, le président de la République a reçu un rapport sur la désinformation et le complotisme qu’il avait commandé, en septembre 2021, à une commission sur « Les Lumières à l’ère numérique », présidée par le sociologue Gérald Bronner.

Le président en retient le besoin de « former davantage les enfants à l’esprit de méthode » face à l’« effondrement de tout rapport à la vérité », mais aussi de lutter contre « l’enfermement algorithmique » construit par les géants du Web, qui conduit chacun à rester cantonné à une bulle sur les réseaux sociaux.

POINT DE VUE. CONCILIER VERITE OFFICIELLE ET SCIENCE ?https://metahodos.fr/2021/10/28/verite-et-science/

S’attaquer au complotisme sans – en même temps – se soumettre à l’éthique du parler vrai. https://metahodos.fr/2021/10/06/27339/

VIDÉO – APOCALYPSE COGNITIVE, AVEC GÉRALD BRONNER. https://metahodos.fr/2021/07/27/apocalypse-cognitive/

LE RAPPORT BRONNER

Internet peut faciliter la diffusion d’informations fausses ou trompeuses au détriment de l’échange argumenté des points de vue. La désinformation en ligne s’appuie sur des techniques en évolution constante.

Le rapport de la commission Bronner intitulé « Les Lumières à l’ère numérique » a été publié le 11 janvier 2022. Il dresse un état des lieux de la désinformation sur les réseaux sociaux. Ce rapport présente une synthèse des « désordres informationnels » à l’ère numérique et des « perturbations de la vie démocratique » qu’ils engendrent. Il fait également des propositions dans les champs de l’éducation, de la régulation et de la lutte contre les diffuseurs de haine en ligne.

Le rapport identifie plusieurs causes à cette désinformation dont :

  • la publicité dite « programmatique » qui désigne l’activité publicitaire pour laquelle l’achat d’espace publicitaire, la mise en place de campagnes et leur diffusion sont réalisés de manière automatisée. Fortes des données récoltées et de l’analyse du parcours des internautes sur le web, les régies sont capables de pousser des contenus ciblés. Mais on constate que ces annonces se retrouvent fréquemment sur des sites propageant de fausses informations ou encore des théories conspirationnistes… Plus une information est choquante, plus elle peut recueillir de clics et de partages. Toutefois, attribuer la responsabilité de l’expansion de sites véhiculant des fake news à ce type de publicité serait réducteur ;
  • la compétition stratégique : l’espace numérique est devenu l’arène d’opérations informationnelles avec l’émergence de menaces de plus en plus hybrides. Les grandes puissances investissent massivement dans leurs capacités de lutte informatique pour convaincre l’opinion publique de la légitimité d’une cause, pour obtenir un avantage tactique ou pour influencer l’adversaire ;
  • des logiques algorithmiques qui contribuent à former les comportements, les attitudes, les  représentations du monde environnant ou les croyances sans en être directement responsables.

30 recommandations contre les « désordres de l’information »

Dans ce contexte, le rapport présente des recommandations autour de six grands thèmes :

Les journalistes auraient « perdu le monopole de l’éditorialisation du monde qui est faite aujourd’hui par les algorithmes »

Selon Gérald Bronner, dans l’entretien cité ci dessous, les journalistes ont perdu le monopole de l’éditorialisation du monde, car « cette éditorialisation est faite aujourd’hui par les algorithmes ». La rationalité des algorithmes, « c’est d’attirer notre attention, pour nourrir la variable d’engagement. Facebook donne un coefficient 5 à l’émoticone colère et 1 à like ».

La designation des algorithmes suffit elle a expliquer ce qui se passe dans le débat public ?

L’exécutif et sa communication verticale, les medias presse (qui sont, notamment, sous l’emprise de l’immédiateté, des éléments de langage, et qui sont également très actifs sur les réseaux), les élus; les intellectuels, les institutions et administrations, les autres parties prenantes, n’ont ils pas aussi des responsabilités ?

Article

Gérald Bronner : « Faisons de l’esprit critique une grande cause nationale »

Vendredi 14 janvier 2022, par Nicolas Demorand, Léa Salamé, France Inter

Le spécialiste de sociologie cognitive, Gérald Bronner, président de la commission « Les Lumières à l’ère du numérique », est l’invité du Grand entretien de la matinale de France Inter. 

Gérald Bronner est l’auteur de L’apocalypse cognitive (PUF 2021). Lancé fin septembre 2021 par Emmanuel Macron, la commission « Lumières à l’ère du numérique » est composée de quatorze experts. Dans un rapport, elle fait 30 propositions pour lutter contre le complotisme et les fausses nouvelles sur les réseaux sociaux. 

->Lire le rapport

Une situation préoccupante

La commission propose d’instaurer, par la loi,  la responsabilité civile du diffuseur et de faciliter le recours des utilisateurs contre les plateformes quand elles ne répondent pas à leurs demandes. 

Pour Gérald Bronner, « la situation est très préoccupante » car il y a « un risque de faire émerger des réalités parallèle, nous vivons dans la même société mais pas tout à fait dans le même monde« .
Pour débattre il faut des arguments dans le même monde intellectuel, « or il y a une fracture de notre socle commun ».  

Le risque actuel, en période électorale notamment, c’est « la perturbation par des influences étrangères malveillantes peuvent dénaturer l’élection, pas forcément par ses résultats, mais sur la narration des résultats; on pourrait croire que l’élection est volée car truquée ». 

L’esprit critique

Le problème c’est que nous sommes dotés d’outils critiques mais « l’environnement algorithmique provoque des logiques que ne percevons pas, car elles sont opaques ».
La commission dans son rapport insiste sur « la diversité inauthentique ». « Quand on utilise Youtube pour chercher des infos sur le climat, on a plus de chance de tomber sur une vidéo climatosceptique, c’est de nature à faire dévisser le jugement des citoyens non experts ».

Gérald Bronner constate que les journalistes ont perdu le monopole de l’éditorialisation du monde, car « cette éditorialisation est faite aujourd’hui par les algorithmes ». La rationalité des algorithmes, « c’est d’attirer notre attention, pour nourrir la variable d’engagement. Facebook donne un coefficient 5 à l’émoticone colère et 1 à like ».

Gérald Bronner estime qu’il serait utile de faire de l’esprit critique grand cause nationale. 

C’est encore un des leviers que nous avons en mains. Sur les autres sujets nous dépendons des opérateurs du net

Ce que permet le développement de l’esprit critique, « c’est de chercher à résister à la pensée paresseuse  (lazy thinking) ». 

Selon lui, il faut travailler au sein de l’éducation nationale, « ça devrait être une priorité nationale ». Il incite à ce que dans tous les réseaux d’éducation, soit proposés des outils « qui permettent de regagner en autonomie intellectuelle ». 

Evoquant l’interdiction de Donald Trump sur Twitter, il considère que « c’est un sérieux problème démocratique, je ne suis pas à l’aise avec ce genre de décision, mais il se trouve que c’est efficace. Cependant la vraie inquiétude, c’est que cela peut susciter un univers alternatif, Trump crée son propre réseau social, cela confirmerait l’éloignement “des continents”. » 

Les antivax, « ça reste nos concitoyens, il ne faut jamais l’oublier »

Comment lutter contre le développement de croyances, comme dans le cas des antivax par exemple ? Gérald Bronner répond que « l’antivax ne l’a pas toujours été. C’est à ça que sert l’esprit critique ». Les vrais antivax ont essaimé au-delà de leur espace, « il ne faut pas les abandonner pour autant ».Mais, poursuit-il « ça reste nos concitoyens, il ne faut jamais l’oublier.« 

Le phénomène auquel nous assistons depuis quelques années, celui de l’infobésité, c’est que « plus il y a d’informations disponibles, plus vous avez de ressources pour nourrir vos croyances »explique-t-il.

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